Catégorie: Histoire de Lanaudière
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L’exploitation industrielle du bois sur la rivière Ouareau

Le commerce du bois sur la rivière Ouareau autrefois appelée Lacouareau a commencé vers 1800. L’exploitation industrielle du bois sur la rivière Ouareau a été très importante mais elle est mal documentée dans l’histoire de St-Liguori, Rawdon, Chertsey et des autres villages qu’elle parcourt. Ce long article est une synthèse de plusieurs chroniques déjà publiées récapitulant cette histoire.

Le lac Ouareau et la rivière Lacouareau

En 1815 Joseph Bouchette a publié une carte très détaillée des terres connues du Bas-Canada. Sur la carte il a dessiné la rivière Ouareau sans la nommer à partir de son confluent avec la rivière L’Assomption jusqu’au nord d’un lac appelé Lac Ouareau. Ce lac est à peu près situé en amont du village de St-Liguori aujourd’hui. Le haut de la rivière n’était pas encore cartographié. Tous les premiers documents d’archive nomment la rivière Lacouareau et ce nom a persisté jusque vers 1900.

Il n’y a plus de lac Ouareau à St-Liguori mais plusieurs moulins ont été construits à cet emplacement qui ont pu modifier le cours de la rivière. Il semble en tout cas que la rivière tienne son nom de ce lac plutôt que du lac Ouareau de St-Donat nommé plus tard.

Les moulins de Manchester Place

La première mention d’une exploitation industrielle du bois sur la rivière Ouareau est la copie d’un contrat d’achat du moulin à scie de Joseph Ratelle par Henry McKenzie et Jacob Oldham de Terrebonne et Alexandre Mabbut de L’Assomption le 11 mai 1812. Joseph Ratelle demeurait au dit lieu du Lac Ouareau, dite paroisse de St-Jacques dans la seigneurie de St-Sulpice. L’emplacement de son moulin était bien nommé Lac Ouareau à cette époque.

Moulin Joseph Ratelle 1812
Patrimoine et Histoire Terrebonne

Ce moulin semble avoir été construit par Joseph Ratelle sur sa terre peu avant. En 1811 il avait embauché Joseph et Alexis Bro pour améliorer le canal du moulin dans des îlets qui n’existent plus aujourd’hui.

Plus d’informations: Les premiers moulins de Saint-Liguori (1811-1834)

Henry McKenzie et Jacob Oldham étaient des administrateurs de la Compagnie du Nord-Ouest qui avait des installations industrielles à Terrebonne servant à approvisionner le commerce des fourrures dans les Pays d’en Haut. Roderick McKenzie, frère de Henry, a été seigneur de Terrebonne de 1814 à 1824. Dans le recensement de Rawdon en 1825 Roderick McKenzie (8 personnes), Jacob Oldham (2) et David Manchester (8) ont été recensés à Rawdon où ils résidaient avec leur famille.

La compagnie McKenzie, Oldham & Co était une entreprise de Terrebonne qui gérait les moulins de la seigneurie. Claude Pronovost dans La bourgeoisie marchande en milieu rural (page 148) écrit qu’elle avait fait ériger à Terrebonne ce qui deviendra l’un des plus imposant moulin à eau du Canada avec ses cinq moulanges… Selon la notice biographique de Roderick McKenzie la compagnie aurait fait faillite en 1825.

La compagnie McKenzie-Oldham qui avait d’abord et avant tout été créée pour l’exploitation des moulins de Terrebonne continuera toutefois à opérer un commerce dans le bourg durant quelques années en plus d’exploiter un moulin à scie au lac Ouareau.

La bourgeoisie marchande en milieu rural

L’histoire de ce moulin est mal documentée mais sur le Plan of the Township of Rawdon and Kildare que Joseph Bouchette fils a dessinée en 1821 on voit qu’il y avait 2 moulins en amont du futur village de St-Liguori dans un lieu nommé Manchester Place; le lac Ouareau a disparu de la carte.

La rivière est dessinée jusqu’à la limite nord du canton de Rawdon mais elle n’est pas nommée.

Plus d’informations: La Compagnie du Nord-Ouest à St-Liguori

Les moulins Dugas sur la rivière Rouge

Sur la même carte le moulin de Philimon Dugas est dessiné au nord de Manchester Place sur la rivière Rouge. Dans le recensement canadien de 1851 Philemon Dugas possédait un moulin à farine et deux moulins à scie avec un privilège exclusif sur la rivière Rouge à partir du lot 24 du premier rang jusqu’aux lots 19 et 18 du cinquième rang dans le village de Rawdon. La description donnée dans le recensement est : grist mill 4 run of stones, 2 saw mills 5 run of saws; un moulin à farine et deux moulins à scie avec 5 scies.

Philemon Dugas - Recensement canadien de 1851
Philemon Dugas – Recensement de 1851

Commerçant arrivé du Massachusetts, Philemon s’installe d’abord à Saint-Jacques. Il y vivait en 1815. Enregistrés dans le recensement sous le nom de Firmain Dugas, Philémon et sa femme, Martha (Patty) Edwards, savent lire et écrire en anglais et maîtriseront le français rapidement…

Dès son arrivée dans le canton de Rawdon en 1816, Philémon, conjointement avec Pierre Richard et Isaac Dugas, construit un moulin à scie sur le lot 24 du premier rang.

Histoire de Rawdon

En 1818 Philemon Dugas a racheté les parts du moulin à Richard et Isaac Dugas et il s’est aussitôt associé à Martin Strong Parker médecin à St-Jacques qui a acheté la moitié du moulin.

Le dit sieur Parker n’est pas obligé d’aller rester au moulin ni de conduire aucun transport de bois, mais pour indemniser le dit sieur Dugas qui sera seul chargé de conduire le dit moulin et les dits transports de bois à Québec ou ailleurs, le dit sieur Parker sera tenu et s’oblige de payer par chaque mois au dit Dugas, la somme de 6 piastres d’Espagne et de lui fournir moitié des aliments nécessaires quand le dit Dugas restera au moulin. Et quand il conduira des cages au(?)  transport de bois à Québec ou ailleurs, alors il sera nourri aux dépens de la dite société et le dit sieur Parker lui payera alors 9 piastres d’Espagne par mois au lieu de 6.


Acte de société entre Philémon Dugas et Martin S. Parker, le 9 mars 1818

Martin Parker est décédé en 1829 et il semble que P. Dugas ait repris l’entière possession du moulin. Dans le recensement de St-Liguori en 1861 Firmin Dugas, le fils de Philemon, ne possèdait plus qu’un moulin à farine au même emplacement. Sur la carte accompagnant le recensement de 1861 on voit qu’il y avait un pont sur la rivière en amont de St-Liguori menant au moulin Dugas.

Saint-Liguori 1861
Saint-Liguori 1861

Plus d’informations: Les moulins de la rivière Ouareau vers 1850

Le chemin de chantier Dorwin en 1843

La coupe du bois sur la rivière Ouareau a donc commencé vers 1800 en remontant peu à peu le cours de la rivière. Une carte datant de 1843 montre un chemin de chantier partant de Rawdon pour aller jusqu’au nord de la route 347 actuelle, une distance de 25 miles environ. Il menait aux chantiers d’exploitation du bois des entrepreneurs de Rawdon et Saint-Liguori. Sur la carte il est nommé Dorwin’s road et il allait jusqu’à Mr. Dorwin’s upper chantier au nord du lac Leblanc (lac Blanc aujourd’hui). Le long du chemin il y avait plusieurs autres chantiers appartenant à Dorwin, Dugas, Leblanc et Beauchamp.

Cette carte dessinée par James Dignam montre qu’en 1843 la forêt était déjà exploitée tout le long de la rivière Ouareau presque jusqu’à St-Donat. Le chemin de chantier construit par Dorwin et les autres devait être rudimentaire, il servait à approvisionner les bûcherons et les animaux de travail dans les chantiers. Le bois coupé le long des rives des cours d’eau descendait par la rivière Ouareau jusqu’aux moulins à scie de Rawdon et St-Liguori.

On remarque sur la carte que presque tout le territoire sur la rive gauche de la rivière est nommé Le Grand Brûlé, depuis le lac Brûlé au sud de Chertsey jusqu’au lac Leblanc au nord. On peut imaginer que tout ce secteur avait été incendié récemment. La rivière est nommée Lacouarreau et il n’y a pas d’autre moulin dessiné en amont de Manchester Place.

Plus d’informations: Le chemin de chantier Dorwin

Le 30 novembre 1843 Charles Roe Rood & Josiah Stocking Rood ont obtenu des droits de coupe de bois sur les terres de la couronne; pour 16 livres, 13 shillings et 4 pence ils ont acheté le droit de couper 800 billots de pin sur la rivière Rouge au nord du township de Rawdon sur 1 mile de chaque côté et 5 miles en amont.

Jedediah Hubbell Dorwin et Peter McGill

Jedediah Hubbell Dorwin qui a donné son nom à ce chemin a aussi laissé son nom à une chute spectaculaire située dans le village de Rawdon. C’était un commerçant arrivé des États-Unis après la guerre de 1812. Il s’est rapidement créé un réseau d’affaires et vers 1840 il s’est associé à Peter McGill pour exploiter le bois du bassin de la rivière Ouareau. Dans le rapport du Commissaire des Terres de la Couronne de 1856 on lit que des concessions totalisant cent miles carrés sur la rivière Lacouarreau ont été accordées conjointement aux deux associés.

Rapport du Commissaire des Terres de la Couronne 1856
Rapport du Commissaire des Terres de la Couronne 1856

Il est intéressant de noter qu’en 1826 J. H. Dorwin était un des quatre dirigeants de la loge maçonnique de Montréal et William-Henry (Sorel) avec John Molson, le Rév. John Bethune et William Badgley. Parmi les membres de la loge on retrouvait le nom de nombreux marchands écossais et américains de Montréal dont Peter McGill et Henry McKenzie. Dorwin, McGill et les frères McKenzie se connaissaient donc bien.

Le 23 décembre 1862 le journal La Minerve et d’autres journaux ont publié une annonce pour la mise en vente de la propriété de Oldham Farm appartenant aux héritiers de feu l’Honorable Peter McGill située sur la rivière Lacouareau paroisse de St-Liguori… avec réserve d’un certain emplacement sur la dite rivière où se trouve érigé un moulin à scie et autres dépendances.

Vente de Oldham Farm

En 1861 les héritiers de Peter McGill avaient fait tracer le plan d’une partie de la propriété d’Oldham Farm représentant le moulin à scie sur la rivière Ouareau.

Il n’est pas facile de situer exactement les activités de McGill et Dorwin et l’emplacement de leurs moulins. François Lanoue dans Une nouvelle Acadie a publié la liste des censitaires de St-Jacques en 1861 selon le livre terrier de la seigneurie de St-Sulpice. Peter McGill et J.-H. Dorwin avaient bien des terres sur la rivière Ouareau mais plus en amont, au niveau du Camp Notre-Dame route 341, en-dehors de la paroisse de St-Liguori. Un plan montre la localisation des lots:

Saint-Sulpice secteur St-Liguori
François Lanoue

Peter McGill avait les lots 643 et 644 (commué). Joseph Jarret dit Beauregard avait une partie du 643 avec un moulin. J.H. Dorwin avait le lot 645 et le 574 (commué) situé en face sur la rivière. À l’emplacement de Manchester Place les propriétaires étaient Samuel Anderson, Russell Twiss et George Gilmour (590 et 591 commué), sur la rive sud-ouest de la rivière. Russell Twiss avait aussi des parties des lots 594 et 595 (commué) vers le village.

Il est tout à fait remarquable que les activités commerciales de Peter McGill à St-Liguori soient aussi peu documentées dans l’histoire locale. A.-C. Dugas qui a raconté l’histoire de la paroisse de St-Liguori et de ses moulins en 1902 n’a pas mentionné son nom ni ses activités et les autres historiens ont recopié ce qu’il avait écrit.

Dans le recensement de Rawdon en 1851 Jedediah Hubbell Dorwin et son fils George sont inscrits comme propriétaires de moulins à farine et à scie à l’emplacement de la chute Dorwin sur la rivière Lacouareau, lot numéro 15 du 5ème rang. Aucun historien de Rawdon n’a pu me dire en quelle année ces moulins ont été construits.

Recensement de 1851
Recensement de 1851

Plus d’informations: Jedediah Hubbell Dorwin 1792-1883

Industry Village and Rawdon Railway

En 1850 la Compagnie du Chemin à Rails du St-Laurent et du Village d’Industrie a ouvert une ligne de train entre Lanoraie et le village de L’Industrie. La ligne a été construite par Barthélémy Joliette et les exploitants de bois du village de L’Industrie pour acheminer le bois scié à leurs moulins jusqu’au fleuve Saint-Laurent. La même année un groupe de citoyens de Rawdon a fondé la compagnie Industry Village and Rawdon Railway pour profiter de cette opportunité en prolongeant la ligne jusqu’à Rawdon. Le principal promoteur de ce projet était J. H. Dorwin qui voulait lui aussi transporter son bois jusqu’au fleuve pour l’exporter. Sur le plan terrier de St-Sulpice on voit que la compagnie du Chemin de Fer de Rawdon a acquis des lots pour faire passer sa ligne.

Le Quebec Mercury du 16 décembre 1852, entre autres, a raconté l’inauguration de la ligne. Le terminus du chemin à rails se trouvait au bord de la rivière Ouareau en amont de St-Liguori au village Montcalm, en aval des moulins de Manchester Place appartenant à l’honorable Peter McGill. Sur le plan qui a été dessiné pour la construction de la ligne on voit que le terminus projeté se trouvait à côté du moulin Dugas entre la rivère Ouareau (en-haut) et la Rouge et que la ligne devait être prolongée. Leblanc qui a donné son nom au lac Blanc (ou Leblanc ou White) habitait à côté de Dugas.

Montreal Herald 9 mai 1864

La compagnie Industry Village and Rawdon Railway n’a fonctionné que quelques années. En 1857 la presse rapportait que l’assemblée annuelle des actionnaires n’avait pas eu lieu. Les rails ont été démontés et vendus avec les machines peu après. Peter McGill est décédé en 1860. Le dictionnaire biographique du Canada dit que les moulins de J.H. Dorwin à Rawdon ont brûlé en 1859. En 1864 J. H. Dorwin et son fils George ont mis en vente leurs propriétés de Rawdon mais il n’y avait plus de moulin à Rawdon sur le site de la chute Dorwin.

The extensive saw mills and the dependencies situated on the river Lacouareau, in the parish of St-Liguori county of Montcalm, being a part of the Rawdon Mill Property heretofore carried on by the late Peter McGill & Co. and the undersigned… Pine and spruce timber up the Lacouareau river to supply the saw mills for years, and ? can be floated from the mill to the Quebec market.

Montreal Herald 9 mai 1864

Bien sûr il y avait d’autres moulins à scie à St-Liguori et Rawdon à cette époque, l’histoire des moulins de ces deux villages reste à documenter plus précisément. Ces autres moulins servaient à fournir le bois de construction pour le marché local puisque les droits de coupe sur le haut de la rivière appartenaient à McGill et Dorwin.

Sans train pour transporter le bois jusqu’au fleuve il fallait le faire flotter par la rivière L’Assomption jusqu’au fleuve et le transformer là.

Plus d’informations: Industry Village and Rawdon Railway

Le canton de Chilton 1854-1866

Francis Quinn, arpenteur de Rawdon, a fait plusieurs explorations pour cadastrer le canton de Chilton situé au nord de Chertsey entre 1854 et 1866. Le parc de la Forêt Ouareau occupe aujourd’hui une partie de ce territoire. On peut consulter les cartes et les carnets d’arpentage de Quinn sur le site de la BANQ, ils donnent des informations précises sur l’exploration et le cadastrage du secteur. La première carte qu’il a dessinée en 1854 montre déjà plusieurs installations, chantiers et barrages, sur le haut de la rivière Ouareau à cette époque. Le White Lake s’appelle aujourd’hui Lac Blanc, il est situé au nord de la route 347 entre Notre-Dame-de-la-Merci et St-Côme.

Canton de Chilton 1843
Canton de Chilton 1854 (détail)

La carte permet de voir quels étaient les exploitants présents sur le territoire en 1854. On voit plusieurs chantiers appartenant à Dorwin, Beauchamp et Symm. Des moulins sont dessinés sur la rivière Dufresne à gauche du White Lake. Le chantier de Symm’s appartenait peut-être à Charles Symmes le fondateur d’Aylmer.

Une deuxième carte dessinée par Francis Quinn en 1865 montre que le secteur du lac Leblanc au-dessus de la rivière Dufresne était intensément exploité. Dorwin avait encore plusieurs installations inscrites à son nom mais il s’était retiré des affaires déjà. Un nouvel entrepreneur nommé Parker avait pris la place de Dugas et Beauchamp, semble-t-il. Il avait construit 2 barrages, plusieurs chantiers et installé son magasin de provisions sur l’île du lac Parkinson. La carte montre la présence de trois campements indiens dans ce secteur.

Canton de Chilton 1865
Canton de Chilton 1865 (détail)

Francis Quinn a laissé plusieurs carnets d’arpentage qu’on peut consulter sur le site de la BANQ. On y trouve des détails sur l’état des chemins et le fonctionnement des chantiers sur la rivière Ouareau quand l’exploitation du bois dans ce secteur est devenue plus intensive. En 1866 le chemin de Dorwin existait toujours mais il était presque impraticable, il fallait 2 jours pour aller de Rawdon aux chantiers du lac Leblanc. La Hunterstown Lumbering Company en menait large pour la coupe du bois dans le secteur selon Quinn.

Carnet de F. Quinn 1866
Carnet de F. Quinn 1866 (page 2)

Dans le même carnet on lit que les incendies de forêt étaient fréquents; M. Parker avait construit son magasin sur une île du lac Parker par précaution. Dans le carnet de 1858 Francis Quinn raconte qu’il avait dû arrêter son travail à la fin de décembre à cause du mauvais temps et qu’il avait caché ses provisions pour les retrouver au printemps. Mais quand il est revenu en mai les indiens avaient tout volé. Les amérindiens étaient donc encore bien présents sur la rivière Ouareau, sur la carte de 1865 trois campements indiens sont localisés dans le canton de Chilton.

Les carnets expliquent aussi les noms de certains lacs. Le lac Parkinson aurait reçu son nom d’un bûcheron nommé George Parkinson qui se serait noyé dans le lac. J’ai contacté M. Daniel Parkinson qui a publié Up to Rawdon et s’intéresse à l’histoire de son village. Voici ce qu’il m’a répondu :

George Parkinson was born November 15, 1842 at Rawdon. Family recollection is that he was carrying axes across a lake when the ice broke and he drowned, on November 14, 1865. He was not married. The day Quinn surveyed 15 December 1865 and George Parkinson was drowned 31 days previously.

George Parkinson s’est noyé le 14 novembre 1865 la veille de ses 23 ans et F. Quinn a arpenté le territoire 31 jours après. Le lac George situé à côté tient peut-être son nom de lui aussi, ce n’est pas précisé.

Carnet de F. Quinn 1866
Carnet de F. Quinn 1866 (page 61)

Plus d’informations: Les premiers bûcherons de la forêt Ouareau

L’Assomption Lumber company

Assomption Lumber company
Le Pays (p.3)

Le journal Le Pays a publié le 1er août 1870 un avis annonçant la création d’une société pour s’occuper du commerce de bois en général sous le nom de Assomption Lumber Co. Les administrateurs sont des américains de Boston et Montréal, leur représentant est Wm. J. Pope demeurant au Bout de l’Île.

En 1873 La Gazette de Joliette disait que les frères Cushing et MM. Pope étaient associés dans la compagnie qui exploitait aussi du bois venant de la rivière Outaouais jusqu’à Repentigny.

La Gazette de Joliette, 19 mai 1873
19 mai 1873

Sur le site internet de la ville de Charlemagne on lit :


À partir de 1867, la construction du moulin à scie de L’Assomption Lumber Company attire près de 200 travailleurs de l’industrie du bois. Ils habitent les logements de la compagnie ou achètent des places sur des terres voisines pour y construire leur résidence. Un village vient de naître, mais les services et infrastructures sont manquants en raison de son emplacement aux extrêmes limites de 3 municipalités : Lachenaie, Saint-Paul-l’Ermite et Repentigny.

Charlemagne

Cette publicité dans la Gazette de Joliette montre que la compagnie dirigée par Wm. Pope vendait aussi du bois de construction aux habitants de Chertsey et St-Liguori dans des moulins appartenant à des particuliers.

Gazette de Joliette, 22 février 1876
22 février 1876


Les Sessional Papers, legislature of the Province of Quebec de 1876 décrivent les limites de bois accordées à la compagnie à cette date. Elle a racheté les droits de McGill et Dorwin accordés avant 1856 et en a ajouté d’autres.

L’Assomption Lumber Co. exploitait le bassin de la rivière Ouareau alors que le bois du bassin de la rivière L’Assomption appartenait à la compagnie Cushing de Repentigny. Le moulin à scie Cushing fonctionnant à la vapeur a été construit en 1857 en bordure du fleuve face à l’île Lebel. Le moulin à scie construit en 1869 par l’Assomption Lumber Co. fonctionnait aussi à la vapeur. On comprend facilement pourquoi les moulins de Joliette dépendant de la force hydraulique ont décliné à partir de cette époque.

La Gazette officielle du Québec du 18 juillet 1885 rapporte que les propriétés appartenant à l’Assomption Lumber Co. ont été mis en vente à la suite de la liquidation de la Banque d’Échange du Canada. Elles étaient situées à St-Paul l’Ermite, la ville de Charlemagne n’existant pas encore. La compagnie détenait 295 miles de limites de bois à sa liquidation.

Limites de bois 1885
Limites de bois 1885 (p. 9)

La fondation de Saint-Donat en 1872

Sur une carte de St-Donat dessinée en 1871 par l’arpenteur Carolus Laurier on voit que M. Parker avait étendu ses activités en amont sur la rivière Ouareau jusqu’au lac Archambault. Son nom est associé à celui de M. Pope dans la description des deux chaussées qui ont été construites à l’entrée et à la sortie du lac. Le bois était donc déjà exploité en amont de St-Donat par l’Assomption Lumber Co.

St-Donat 1871
St-Donat 1871 (détail)

En 1868 le curé de Chertsey Alexis-Henri Coutu avait formulé une pétition auprès du nouveau gouvernement de la Province de Québec pour demander l’octroi d’aide pour l’ouverture d’un chemin le long de la rivière Ouareau; il a reçu $2.000 en 1869. Il y a 21 miles de Chertsey à St-Donat, les travaux ont commencé immédiatement et en 1872 le chemin était praticable. Mais le tracé n’a pas suivi la rivière Ouareau, il est passé à travers les montagnes pour rejoindre le chemin Provost-Masson puis St-Donat.

Dans le carnet d’arpentage de Carolus Laurier qui accompagne sa carte celui-ci raconte :

Je vais à la chaussée du lac Archambault voir le curé Coutu de St-Théodore de Chertsey, comté de Montcalm, qui a envoyé un express hier à ma tente pour aller conférer avec lui par rapport au chemin de colonisation. Je veux qu’il change le tracé et lui veut que j’arpente et borne les lots nos 32, 33, 34, 35 et 36 de chaque coté de la rivière Ouareau, immédiatement pour qu’il puisse défricher.

Carolus Laurier (page 12)

Dans une lettre de 1872 ajoutée à la fin de son carnet il précise que les premières instructions qu’il avait reçues en 1871 étaient d’arpenter le canton d’Archambault mais que le Commissaire aux Travaux Publics lui avait demandé de plutôt commencer par le canton Lussier :

Le révérend M. Coutu, curé de St-Théodore de Chertsey avait déjà fait choix d’un endroit dans Lussier pour y construire un moulin et y commencer un établissement. Bon nombre de colons n’attendaient plus que la division des lots pour aller s’y fixer.

(page 114)

Le mandat de Carolus Laurier a été de soustraire une partie du canton de Lussier à l’exploitation du bois pour le consacrer à la colonisation.

Plus d’informations: A.-H. Coutu, curé colonisateur

Charlemagne and Lac Ouareau Lumber Co.

La compagnie Charlemagne & Lac Ouareau Lumber Co a été fondée en 1886 par John Dillon, Donald William Ross, Alexander McLaurin et William Ross. Ils ont racheté les actifs de l’Assomption Lumber Co. Le mandat de la compagnie était d’exploiter le bois sur la rivière Ouareau en améliorant les installations existantes pour faire flotter le bois jusqu’à Charlemagne où se trouvaient les moulins à scie.

Le nom de la compagnie proposée sera « The Charlemagne & Lac Ouareau Lumber Company » (limited.) L’objet pour lequel l’incorporation de la dite compagnie est demandée est de posséder des droits de coupe de bois, (limites à bois), de couper, acheter et manufacturer du bois de charpente, grand bois carré, bardeaux et du bois manufacturé de toute description, et autres objets dans lesquels le bois de charpente ou le grand bois carré forme la principale partie ou y entre largement. De posséder, ériger et maintenir des moulins à scie et autres moulins nécessaires pour le but proposé.

D’améliorer la rivière Lac Ouareau et ses tributaires, et de construire des digues, glissoires et autres travaux nécessaires pour le passage du bois. De placer des estacades et jetées et autres appareils nécessaires et constructions pour faire les affaires d’une manufacture pour le bois.

Gazette officielle du Québec (page 10) – 21 août 1886

En 1891 Alexander McLaurin a invité un journaliste de la revue Dominion Illustrated à venir visiter les installations de la compagnie Charlemagne and Lac Ouareau Lumber Co. depuis les moulins de Charlemagne jusqu’aux chantiers du lac Ouareau en passant par les villages de Montcalm, Rawdon, Chertsey. Ce long reportage a été publié en quatre parties du 4 avril au 25 avril 1891 avec de nombreuses illustrations. Il s’intitule To the lumber regions et il donne une description des installations de la compagnie à Charlemagne, au village Montcalm de St-Liguori, à Rawdon, à Chertsey et au lac Ouareau.

La compagnie avait des réserves de bois à exploiter sur 325 miles carrés pour approvisionner ses moulins de Charlemagne. La distance de Montréal en passant par Charlemagne jusqu’aux chantiers d’exploitation était de 70 miles. Les moulins de Charlemagne fonctionnaient à la vapeur; de 14 à 15 millions de pieds de bois flotté sur la rivière étaient traités chaque année.

Le journaliste décrit le village Montcalm qui n’existe plus aujourd’hui. Une illustration montre les maisons du village et les moulins au bord de la rivière Ouareau. À Montcalm étaient localisés le magasin général de la compagnie et le bureau du comptable. Il y avait aussi un moulin à farine et un moulin à scie.

Le village Montcalm
Le village Montcalm

En 1891 le chemin à partir de Rawdon était encore difficile. Après une nuit à l’hôtel Burns de Rawdon le groupe a fait halte au dépôt de provisions de la compagnie à Chertsey près du pont du gouvernement. Ils sont arrivés au lac Ouareau le soir mais le chemin emprunté n’est pas précisé, chemin Coutu ou chemin Dorwin? Les chantiers de la compagnie se trouvaient au bord du lac Ouareau.

Le 18 avril 1891 une grande illustration a été publiée en première page du Dominion Illustrated pour montrer les techniques utilisées pour abattre les arbres et les transporter. Elles sont encore rudimentaires. Après avoir été coupés les arbres sont glissés sur la neige jusqu’à la rivière où les visiteurs ont vu 20 à 30.000 billots empilés en attendant le printemps. On utilisait des bœufs et des chevaux pour tirer les charges. Une autre illustration montre comment le bois était empilé sur la rivière en attendant le dégel.

Sur le lac Ouareau

La production annuelle était d’environ 150.000 billots, d’épinette en majeure partie mais aussi de pin et de mélèze. Le journaliste Haberer continue son reportage en racontant la vie des bûcherons dans les chantiers. Il est accompagné du patron et tout le monde est très poli et gentil avec lui, c’est une vision un peu idéalisée de la vie dans les chantiers qui devait être plutôt rude. Il a mangé le meilleur pain qu’il ait jamais mangé et a demandé à M. McLaurin la permission d’en ramener à la maison; il parle aussi des délicieuses scotch buns. Les hommes parlaient français et anglais, c’était l’harmonie totale.

Lire le reportage dans le Dominion Illustrated: 4 avril (page 322) – 11 avril (page 342) – 18 avril (page 361) – 25 avril (page 401)

En 1895 Alexander McLaurin a été interrogé par une commission enquêtant sur le diamètre minimal des arbres pouvant être coupés (pages 102-103). La compagnie possédait alors 700 miles carrés de réserves de bois. Dans The wood industries of Canada (image 36) on a d’autres détails sur les installations de la compagnie au village Montcalm. Trois moulins y sont décrits: un pour la fabrication de clapboard destiné aux marchés américains, un pour la farine et un pour scier le bois des habitants à usage local. La compagnie a cessé ses activités en 1916 selon la Société Historique de St-Donat et la Saint-Maurice Paper a pris la relève.

L’industrie du bois occupera pendant plusieurs décennies les donatiens. La première compagnie forestière à effectuer des coupes dans les forêts de Saint-Donat est L’Assomption Lumber Co. vers 1869. Elle exploitera un moulin à scie au confluent des rivières L’Assomption et des Prairies à Saint-Paul L’Ermite. Puis elle sera vendue à la Charlemagne & Lake Ouareau Lumber Co. Lorsque cette dernière compagnie cesse ses activités en 1916, La Saint-Maurice Paper prend la relève et ouvre un bureau au lac Ouareau.

Société Historique de St-Donat

Plus d’informations: Charlemagne and Lac Ouareau Lumber Co.

Le moulin à papier de Crabtree

Edwin Crabtree est venu d’Angleterre avec sa famille et il a été gérant de la manufacture de papier Alex. McArthur à Joliette pendant 13 ans. En 1901 il a acheté une compagnie de papier du Vermont puis en 1905 il a démissionné de son poste de gérant à Joliette pour fonder sa propre papeterie. Il était reconnu pour son savoir-faire et la grande qualité du papier produit.

Il a bâti un premier moulin en 1905 sur la rivière Ouareau en aval de St-Liguori. Le moulin a brûlé en 1912 et il a été aussitôt reconstruit. Pour augmenter le pouvoir d’eau de son moulin E. Crabtree a racheté les droits et privilèges du moulin Fisk situé en amont. Le village de Crabtree Mills s’est bâti autour du moulin pour y loger les ouvriers. Le site était idéalement situé au croisement de la rivière Ouareau et de la ligne de chemin de fer permettant de transporter le produit fini.

Aerial view, Howard Smith Paper Mills, Crabtree Division, near Joliette, QC, 1925-26
Howard Smith Paper Mills – 1925 (Musée McCord)

En 1920 un annuaire de l’industrie de la pulpe de papier montre que la compagnie est devenue la Howard Smith Paper Mills, Limited possédant des moulins à Beauharnois, Crabtree Mills et Cornwall. L’usine de pâte à papier de Crabtree est toujours en opération en 2022, elle appartient à la compagnie Kruger, c’est la dernière industrie de transformation du bois encore active sur la rivière Ouareau.

Plus d’informations: La fondation de Crabtree et la Crabtree Foundation

La St-Maurice Paper Co Ld

Un tableau publié en 1918 par le département des terres et forêts décrit les limites de bois affermées dans le bassin de la rivière Ouareau et le nom de l’acquéreur primitif. Peter McGill s’était fait accorder les premières concessions sur la rivière Ouareau avant 1856 dans les cantons de Chertsey, Chilton et Cartier mais son mode d’acquisition est Uncertain. En 1868 Otis Shepard et L’Assomption Lumber Co ont acquis à l’encan des droits dans les cantons de Chertsey, Wexford, Chilton, Lussier et Archambault. Cushing Bros. a acquis 47 miles au lac Ouareau dans les cantons de Lussier et Doncaster en 1865. En 1916 tout le territoire a été acquis par la St-Maurice Paper Co Ld.

Recherche à compléter…

Un corridor écologique le long de la rivière Ouareau

Les Amis de la Forêt Ouareau manifestent

Le territoire que j’ai décrit comprend aujourd’hui le parc régional de la forêt Ouareau et d’autres lieux de plein air. La forêt y est encore exploitée et des organismes font des pressions pour la préserver à des fins écologiques et récréatives.

Éco-corridor Kaaikop Ouareau (ÉCKO) est né de la volonté populaire de créer de vastes territoires de proximité, naturels, protégés et interconnectés, pour assurer la pérennité des écosystèmes et de leur biodiversité. Les fondateurs de cet organisme à but non lucratif militent déjà au sein de groupes d’intérêts en environnement, situés dans les régions administratives de Lanaudière et des Laurentides. La villégiature et le tourisme sont pour ces régions les principaux moteurs économiques.

Dans sa vision d’ensemble, ÉCKO projette la création d’aires protégées au Mont-Kaaikop, au Mont-Ouareau, au Parc régional de la Forêt Ouareau et au secteur des Grands-lacs de Chertsey. Ces zones seraient reliées entre-elles par des corridors écologiques, pour assurer la libre interaction faunique et floristique dans ce grand ensemble.


Coalition Mont Kaaikop
Carte du Québec

1 réflexion au sujet de “L’exploitation industrielle du bois sur la rivière Ouareau”

  1. Super comme article ! Mes grands-parents ont habités longtemps sur le bord du lac Blanc, et encore dans les années 90 , on trouvait au fond de l’eau de la  » pitoune  »
    Et ma famille a travaillé sur 4 génération à l’usine de Crabtree.

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