Chertsey centre amérindien

C’est étonnant mais il y a un immense site amérindien en grande partie préservé à Chertsey. J’étudie l’histoire et le territoire de l’ancien village Lafontaine depuis plusieurs années et j’observais beaucoup de constructions étranges mais je cherchais à les expliquer par la présence des colons. J’ai maintenant la preuve que beaucoup de ces constructions datent d’avant leur arrivée et que tout le territoire entre la Chute-à-Michel, le lac Chantelle et les Cascades Rochon a été habité et aménagé par les amérindiens.

Sur une île

J’ai fini par trouver une preuve. Quand les colons ont construit les moulins sur la rivière Jean-Venne devant chez moi ils ont abaissé le niveau de la chute sous le pont Grégoire pour capter tout le courant de la rivière. Avant il y avait un lac en amont du pont devant ma maison et un bras de la rivière coulait sous le chemin Michel pour rejoindre la rivière plus loin dans une autre chute qui devait être très spectaculaire. On peut suivre l’ancien cours de la rivière dans la forêt, je me demandais ce que c’était.

C’était donc une île et c’était certainement un endroit magique comme la Chute-à-Michel et les Cascades Rochon. Les amérindiens savaient apprécier les beaux paysages eux aussi.

D’après ce que j’observe il y a des vestiges partout; toute la rive de la rivière a été pavée depuis le pont Rochon jusqu’à la Chute-à-Michel: toutes les pierres ou presque sont taillées et placées la pointe vers la rivière. Je me demandais à quoi ça pouvait servir, c’est un travail colossal.

En trouvant le même aménagement sur les rives du lac et du cours asséchés de la rivière j’ai maintenant la preuve que ces aménagements datent d’avant l’arrivée des colons.

Un immense site préhistorique

Je suis reparti visiter tout le territoire avec ma nouvelle paire de lunettes: si tout le secteur a été très habité depuis très longtemps, les amérindiens ont pu aménager tout le site, parfois haut dans le bois. Les tas de pierres qu’on voit sur une colline semblaient étranges pour des vestiges de colons; et si c’étaient des tombes. En amont du pont Rochon dans la rivière il y a une immense terrasse faite de pierres plates; comme il y avait le moulin de Cyrille Morin à cet emplacement je me disais qu’il avait fait de bien curieux travaux pour son moulin, maintenant je comprends. En fait il y avait le même genre de terrasse au pied de ma chute mais les constructeurs des moulins les ont tassées pour faire leur chenal; ce sont des pierres taillées, pas des cailloux de la rivière.

Terrasse amérindienne
Terrasse amérindienne

Une autre énigme était la plateforme de pierre que j’ai dégagée en pensant que c’était un bâtiment du moulin. Je ne voyais pas son utilité pour un moulin mais je voyais qu’elle est faite de matériaux très étranges, des pierres qui ne viennent pas toutes de la rivière. J’ai complètement repensé le site en imaginant une rivière moins large puisqu’elle se divisait avant la chute et là encore les énigmes s’éclairent: c’était une terrasse amérindienne orientée vers le soleil levant et il y en a 2 autres dans le bois en face de chez moi sur le bord de l’ancien lac asséché. Les constructeurs du moulin ont sans doute replacé quelques pierres pour s’en servir.

On voit des traces de travail humain au bord de la rivière Jean-Venne depuis la Chute-à-Michel jusqu’aux Cascades Rochon, il y en a sûrement d’autres en aval, en amont et au lac Chantelle.

Les travaux du moulin

L’endroit où la roue du moulin a été installée est très spécial. Je comprends maintenant que les constructeurs ont ouvert une tranchée en déplaçant les pierres qui étaient là; ils les ont tassées sur les bords et utilisées dans les murs. Ils ont ouvert leur tranchée jusqu’à la terrasse. Avant la terrasse il reste une couche de sol qui n’a pas été perturbée et qui semble très spéciale; je m’étais arrêté de creuser en tombant dessus.

Là encore tous les aménagements étranges s’expliquent. Il ne faut pas oublier que la rivière était plus basse car elle se divisait. Il y avait une terrasse au pied de la chute qui a été défaite pour les moulins. Les très étranges blocs qui ressemblent à du mortier sont en fait une roche sédimentaire exotique; on voit des fossiles de coquillage. Toutes les pierres ont été taillées et je crois que les très beaux murs du pont Grégoire ont été faits avec ces pierres: ça allait bien elles étaient déjà taillées.

Le cap de roche

Ma maison est construite sur le cap de roche juste au-dessus de la terrasse de pierre; pour faire mon jardin j’ai dégagé une partie du cap de roche et je le trouvais lui aussi bien étrange. Je comprends maintenant que les énormes blocs de pierre taillée qui se trouvent au bord de la rivière ont été détachés de la falaise et qu’en réalité le cap de roche est une énorme sculpture avec des formes géométriques bien précises, toujours les mêmes pointes.

Dans les archives historiques

Le lac Chantelle était habité par des amérindiens à l’arrivée des colons et quand j’avais essayé de trouver l’origine du nom de la rivière Jean-Venne j’avais trouvé plusieurs mentions de leur présence jusque vers 1940 environ.

J’avais aussi écrit un article humoristique sur les terres rares de Chertsey, en racontant des histoires de chercheurs d’or. J’ai maintenant l’intuition que les terres rares du lac Chantelle (autrefois lac Michel) pourraient avoir rapport avec une présence historique aussi forte. 3 chutes protégeant un territoire sacré où on trouve de l’argile tripoléenne, une roche qui semble apparentée au chert, un des matériaux des tailleurs de pierre.

Et il y a une sorte de granite appelée Jean-Venne; la falaise est peut-être faite de ce granite et la majorité des blocs taillés aussi.

Mise en valeur du site

En fait c’est moi qui ai trouvé des pointes taillées sur mon terrain, je ne voulais pas trop localiser le lieu de la découverte en attendant la confirmation d’un archéologue. Avec la crise tout semble compliqué mais je crois que je n’ai plus besoin de confirmation. En signalant ma découverte d’objets en pierre taillée il a fallu que je fasse une déclaration officielle pour ne pas être en infraction. Comme le site est immense ça va concerner beaucoup de propriétaires du secteur et il va falloir trouver un moyen de le mettre en valeur sans perturber notre vie. J’ai transmis les informations au Ministère de la Culture on verra ce qu’ils en feront. En attendant tous les riverains de la rivière Jean-Venne devraient examiner leur terrain et signaler ce qui leur parait étrange.

J’ai aussi été revisiter le terrain situé au pied des Cascades Rochon appartenant à la municipalité. Il est très étrange mais avec mes nouvelles lunettes il est surtout très spectaculaire et il faut absolument que la municipalité le préserve car il pourra servir de centre d’interprétation. Et il faudrait le protéger. Hier il y avait des dizaines d’autos stationnées malgré les panneaux d’interdiction et beaucoup de monde dans la rivière qui dérangeait les pierres du pavage aménagé par les amérindiens.

J’imaginais des indiens nomades voyageant léger et laissant peu de traces. Je suis donc très étonné, il me semble n’avoir jamais entendu parler d’un site de tailleurs de pierre aussi important au Québec et c’est pour ça que ça m’a pris du temps à admettre l’évidence.

Lire aussi: Le parc des Cascades Rochon revisité

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