Les 170 ans de Chertsey dans son Communicateur

Quand j’ai habité à Chertsey j’avais constaté que la municipalité racontait n’importe quoi sur son histoire dans sa politique culturelle. C’était en 2015 et j’aurais cru que les responsables auraient corrigé leurs erreurs. Mais en 2026 la politique culturelle de Chertsey est toujours la même. Pour fêter son 170e anniversaire la municipalité a publié dans son Communicateur un historique qui démontre le manque de sérieux de sa politique culturelle: la source principale des illustrations copiées illégalement est Facebook, une compagnie bien connue pour sa contribution à la culture québécoise.

Municipalité de Chertsey 170e anniversaire

La Belle Église de Chertsey

La politique culturelle affichée sur le site internet de Chersey date de 2015, elle avait été adoptée quand la municipalité avait fait l’acquisition de son église paroissiale pour la transformer en un lieu de culture: La Belle Église. Le document commence par un historique et on lit: Du village Lafontaine, premier village de Chertsey, restent les vestiges de son église construite en 1850. Celle-ci a servi de lieu de culte jusqu’à ce que la nouvelle église Saint-Théodore, aujourd’hui présente au cœur du village, soit construite en 1859.

C’est un exploit de faire autant d’erreurs en si peu de mots. Et c’est supposé être le préambule d’une politique culturelle. L’église du village Lafontaine n’a pas été contruite en 1850 mais vers 1858-1859 et il n’en reste aucun vestige; au contraire elle a été rasée pour ne laisser aucune trace à la suite d’une chicane de village. Et la Belle Église n’a pas été construite en 1859 mais en 1869. En 2017 j’avais écrit: De la Culture en pays de colon(isation) ou comment on perd ses racines.

Et les rédacteurs de cette politique culturelle de se péter les bretelles: Les arts et la culture ont toujours été présents dans l’histoire de la municipalité de Chertsey.

La Culture se cultive, elle ne peut pas advenir magiquement sans faire d’effort.

Le 170e anniversaire de la municipalité de Chertsey

Chertsey à l'époque de l'agriculture
St-Théodore de Chertsey Lanouette et Fils, magasin général – 1939

Le 14 janvier j’ai reçu un message de la municipalité de Chertsey. Le département Communications et service citoyens me demandait l’autorisation d’utiliser des illustrations de mon site pour souligner le 170e anniversaire de Chertsey.

Comme vous le savez peut-être, la Municipalité de Chertsey fête cette année son 170e anniversaire et nous planifions souligner cet anniversaire de façon toute simple (budget oblige) en arrimant à divers événements réguliers un volet historique qui saura intéresser les citoyens d’aujourd’hui aux origines et au développement de notre région…

J’aimerais pouvoir utiliser quelques-uns de ces documents au cours de l’année, pour illustrer les différentes publications prévues (Communicateur, infolettre, page Facebook, écran numérique, etc.). Nous donnez-vous la permission de le faire? Si ces documents vous appartiennent et que vous souhaitez que nous reconnaissions votre contribution de temps à autre, cela nous fera plaisir…

J’ai répondu que la plupart des droits de reproduction de ces illustrations ne m’appartenaient pas et que je voulais donc savoir exactement lesquelles seraient utilisées pour pouvoir dire à qui ils appartenaient. Puis le 2 février j’ai reçu ce message:

Comme le titre de ces photos ne me disait rien j’ai demandé plus de précisions pour savoir de quoi il s’agissait exactement. J’ai alors reçu en pièce jointe une prise d’écran de la première page du Communicateur de février-mars. Deux illustrations ont été copiées sur le site Chroniques anachroniques mais les légendes ont toutes les deux été modifiées et elles sont fausses. J’ai évidemment été très étonné du choix qui a été fait; parmi toutes les photographies anciennes de Chertsey qui illustrent mon site ce sont deux tableaux de Cornelius Krieghoff qui ont été sélectionnés. Ils n’ont aucune pertinence dans le cadre du 170ème anniversaire de la fondation de Chertsey.

Les droits de reproduction de ces tableaux ne m’appartiennent pas mais la légende du second m’implique directement dans son utilisation illégale: le crédit est attribué aux Chroniques anachroniques dont je suis responsable.

Le premier tableau ne représente pas du tout la drave sur la rivière Ouareau, il représente une cage de bois flottant sur une rivière indéterminée; C. Krieghoff l’a intitulé Log raft et c’est ce que j’ai écrit moi aussi. Le second tableau de C. Krieghoff devrait être intitulé The habitant farm ou La ferme en français et il vient du Musée des Beaux-Arts du Canada.

J’ai aussitôt répondu pour faire corriger ces légendes mais on m’a répondu que c’était impossible: Merci de vos précisions, malheureusement, le temps pressait et dans le brouhaha de la sortie, les infos n’ont pu être corrigées. Je m’assurerai de plus de précisions pour les prochaines publications.

Un peu plus tard dans la journée j’ai reçu le Communicateur qui a été publié le 2 février et expédié aux citoyens de Chertsey.

Droits de reproduction des illustrations

Les responsables de la municipalité de Chertsey semblent être totalement irresponsables, ils ne se préoccupent pas des droits de reproduction des illustrations qu’ils utilisent dans leur Communicateur.

La première illustration est dans le domaine public selon les informations du musée McCord Stewart: you can freely copy, modify and distribute the image even for commercial purposes. Ils ont donc le droit de la reproduire mais en donnant les références exactes, pas en prétendant qu’elle représente la drave sur la rivière Ouareau.

L’utilisation de la deuxième illustration est clairement illégale. Le Musée des Beaux-Arts du Canada a publié une page d’information sur les droits d’auteur. Si vous désirez reproduire une image d’une oeuvre conservée par le MBAC vous devez demander une autorisation au préalable.

Selon les informations que j’ai pu trouver pour m’assurer de ne pas enfreindre la loi dans les publications du site Chroniques anachroniques, un site de recherche historique faisant une utilisation équitable à des fins d’étude privée, de recherche, d’éducation a le droit de reproduire des illustrations et des photographies anciennes sans demander l’autorisation en donnant les références exactes. Mais pas une municipalité pour ses communications publiques.

L’histoire Facebook à Chertsey

Les illustrations de la 2ème page du Communicateur sont encore plus problématiques à mon avis. Elles démontrent à quel point l’entreprise commerciale Facebook a pris possession de la vie culturelle jusque dans les villages de colonisation. Dans son premier message la municipalité me demandait le droit de reproduire certaines illustrations que j’avais utilisées lors d’une exposition de photos anciennes à l’église de Chertsey en 2018, j’avais répondu:

Pour cette exposition j’avais sélectionné quelques photos anciennes sur le site internet BANQ des archives du Québec et la municipalité avait accordé un budget de $250 environ pour acheter à la BANQ les droits de ces photos et en imprimer des reproductions. Les droits doivent encore être valides.

Village de Chertsey, 4 – BANQ

Si je me souviens bien la première photographie de cette page illustrant le village au début des années 1900 en faisait partie. Mais pas les autres.

Nous amorçons ces célébrations en vous proposant une synthèse de l’ouvrage de Marcel Fournier, Histoire de Chertsey: des origines à l’an 2000

Le texte de l’historique fait un résumé pertinent du livre de Marcel Fournier. Il faudrait aussi lui rendre justice en lui attribuant ses crédits pour les illustrations de son livre. Cette illustration se trouve à la page 163 de son livre et la légende n’est pas la même que celle du Communicateur: Intérieur du magasin de Joseph Dupuis, dans les années 1950.

La légende de la photo dans le Communicateur est: Lanouette – magasin général, coin Principale et de l’Église, à Chertsey, ver 1950. Détruit par un incendie en 1975 Publié par Daniel Morin (Facebook – Mon village en photos).

Marcel Fournier a fait don de ses droits sur son livre à la municipalité de Chertsey; il a aussi donné un CD des photos de sa collection comprenant toutes les illustrations du livre. J’avais pu le consulter pour en faire des agrandissements présentés lors de l’exposition de photos anciennes que j’avais préparée en 2018. Ce CD comprend plus d’une centaine de photos anciennes. Cette photo du magasin Dupuis attribuée par la municipalité de Chertsey à Facebook – Mon village en photos a été copiée illégalement sur le site Chroniques anachroniques. En préparation de l’exposition de 2018 j’avais publié plusieurs photos du CD de Marcel Fournier que j’avais éditées pour les agrandir et en améliorer la netteté: Photos de la rue de l’Église. La photo que j’ai éditée est plus contrastée que la photo du livre et je suis certain que Mon village en photos l’a copiée sur mon site sans scrupule. Sur Facebook il n’y a pas de lois à respecter mais dans les publications d’une municipalité il y en a encore quelques unes.

Intérieur du magasin de Joseph Dupuis, dans les années 1950

Chapelle du lac Paré Elle a été érigée en 1948, en réponse à l’augmentation du nombre de villégiateurs autour du lac Paré : le contrat de construction en bois fut accordé le 22 juillet 1947, et l’édifice fut terminé l’année suivante, 1948, sur un terrain d’environ 300 × 300 pieds. Publié par Daniel Morin (Facebook – Mon village en photos)

Cette carte postale publiée sur le site de la BANQ a été coupée dans le bas pour le Communicateur. Même si elle a été publiée sur Facebook l’auteur de la photo est toujours le photographe Ludger Charpentier plutôt que Mon village en photos. Le site de la BANQ indique qu’elle est dans le domaine public et peut être copiée. Mais il ne faut pas la modifier et il faut en donner les références exactes dans une publication gouvernementale. Le Communicateur ce n’est pas Facebook; il est tenu de respecter les lois.

La carte postale intitulée Photo Hôtel du lac Paré (1969) – Publié par Robert Lacombe (Facebook) ne vient certainement pas de Facebook non plus, elle a un auteur qui devrait être mentionné. Sur le site Patrimoine-Laurentides où elle est reproduite le responsable a donné les références: Le lac Paré, vers 1950 (carte postale par Michel Photo).

Je ne vois pas du tout quelle est la pertinence de cette carte postale pour illustrer un article consacré au 170ème anniversaire de Chertsey. Parmi les centaines de photos anciennes de Chertsey disponibles dans les archives je n’aurais certainement pas choisi celle-ci ni la précédente. La personne qui a fait le choix ne connaît sans doute que Facebook comme source d’archives historiques. Elle ne sait pas qu’en cherchant un peu en dehors de Facebook on trouve des illustrations beaucoup plus intéressantes dans les archives nationales du Québec, à la société d’histoire de Joliette et ailleurs. Les familles de Chertsey possèdent aussi des photos anciennes dans leurs albums, les familles Miron et Rochon m’en avaient fourni plusieurs.

La municipalité de Chertsey avait aussi une petite collection de photos anciennes en 2018. En faisant appel à ses citoyens elle pourrait certainement l’enrichir pour pouvoir l’utiliser dans ses publications plutôt que d’utiliser des illustrations copiées illégalement sur Facebook.

Chertsey Le presbytère – Collection de la municipalité de Chertsey
Paysage de culture autour de la rivière Jean-Venne
Au coin des chemins Rochon et Michel 1942 (Photo: famille Rochon)
Gérard Miron
Gérard Miron (Photo: famille Miron)

Un lecteur de ce site m’avait écrit pour donner 3 livres sur l’histoire de Chertsey à la bibliothèque que j’avais été chercher à Laval. Pascal Crépeau avait participé à la rédaction du Répertoire des noms géographiques du Canton de Chertsey en 1973 et il en avait un exemplaire en très bon état. Il m’a aussi remis Saint-Théodore une époque, un village de Simon Riopel et Saint-Théodore de Chertey 1870-1970 de Gaston Perreault. J’avais remis ces 3 livres à la bibliothèque de Chertsey pour ses archives. Le livre de Simon Riopel est illustré de nombreuses photos et il signale qu’elles proviennent de la collection de Denis Provost qui comprendrait plus de 2000 photos anciennes de Chertsey et sa région. Je crois que cette photo de Chertsey en 1939 faisait partie d’un de ces livres mais je n’avais pas pris la référence exacte à l’époque, je regrette.

Chertsey à l'époque de l'agriculture

J’ai écrit à la mairesse de Chertsey madame Joly le 2 février pour lui signaler que je n’appréciais pas du tout que le nom de mon site Chronique anachroniques soit associé à une publication illégale donnant de fausses informations historiques. J’ai attendu sa réponse qui n’est pas venue, j’ai donc décidé de rédiger cette chronique.

Mon village en photos

Le groupe Facebook Mon village en photos a 3.600 amis. Bien sûr j’ai remarqué que ses membres se permettaient de copier des illustrations anciennes sur mon site sans jamais donner la référence. Je suis bien conscient qu’au far-west il n’y a plus de lois et qu’on peut y faire ce qu’on veut. Cette photo n’est pas un document d’archive, c’est une photo que j’ai pris moi-même avec mon appareil photo en 2018 pour illustrer un article sur une ancienne école de rang: L’ancienne école du village. Daniel Morin l’a copiée en 2023 et a fait le malin en demandant: Qui connaît l’histoire de ce bâtiment de Chertsey ? Il n’a pas dit qu’il l’avait copiée illégalement bien sûr.

52 J’aime, 71 commentaires, 9 partages, il a dû être fier de sa publication. J’ai regardé rapidement les commentaires et vu qu’une autre photo a été copiée par Julie Decelle dans mon article; c’est une photo que Gérard Miron m’avait autorisé à reproduire. Je n’ai pas lu tous les commentaires mais je ne crois pas que personne ait jamais mentionné l’article que j’avais publié en 2018.

Je pourrais donner plusieurs exemples du plagiat fait par ce groupe Facebook sans jamais donner crédit au vrai créateur du contenu. En 2018 j’avais eu l’autorisation de la SHJL, la société d’histoire de Joliette, de numériser une collection de photos de ses archives que j’avais publiées avec d’autres dans l’article: Portraits de chertsois et chertsoises.

Fabiola Rivest
Fabiola Rivest

Daniel Morin ne s’est pas gêné pour les copier sur mon site et en faire un montage. Il a quand même écrit en bas de son montage: Photo gracieuseté de M. De Guire (SHJ) et M. Gérard Miron. Il aurait pu ajouter numérisation par Guillaume Petit.

Plagier c’est voler

En 2019 j’avais déjà été obligé de me plaindre à la municipalité de Chersey qui avait copié des photos personnelles de mon site pour les utiliser dans la publicité de son plan directeur 2018-2020. La municipalité avait retiré le document de son site internet à la suite de ma plainte.

Plan directeur de Chertsey 2018-2020

Je n’ai conservé qu’une illustration réduite de ce document mais j’avais pu facilement démontrer que 2 des photos m’appartenaient et que personne ne m’avait demandé l’autorisation pour pouvoir les utiliser. Quand on prend une photo de l’église de Chertsey sous cet angle on photographie aussi les fils électriques; j’avais édité la photo pour les effacer.

Église de Chertsey
Photo éditée
Photo originale
Photo originale
150 ans de Saint-Théodore de Chertsey
Collage de photos d’archives sur une photo personnelle
Carte du Québec

4 réflexions au sujet de “Les 170 ans de Chertsey dans son Communicateur”

  1. Bonjour Guillaume,
    Je suis très contente d’avoir un nouvel article surtout au sujet de Chertsey. J’en ai parlé à des natifs de Chertsey qui ont été très choqués de voir autant d’inexactitude.
    Merci pour ton beau travail et j’espère que toi et ton conjoint se porte bien.

    Répondre
  2. Tu as bien raison, Guillaume, « Plagier, c’est voler » !
    Le petit Daniel Morin doit être très content de la publicité donnée à sa petite page FB.
    En fait, la Municipalité de Chertsey n’est qu’un petit village…

    Répondre
    • Bonjour monsieur « Guillaume »,
      Une voisine commune, Brigitte, m’a envoyé la page de votre blog concernant les erreurs flagrantes commises par le « comité culturel » de Chertsey dans son interprétation historique de ce village. Vous les avez relevées fort pertinemment. Honteux, effectivement, ce manque de respect envers la population et cette paresse intellectuelle absolument crasse !

      Parmi les emprunts illégaux ou injustifiés, travestis ou erronés, certains sont sûrement sujets à poursuites judiciaires (cf. Claude Robinson vas Firme Cinar). Peut-être serait-ce une bonne chose d’informer le MBAC du délit les concernant? … 

      Une amie historienne en a parlé à son mari, professeur d’Histoire du Canada retraité de l’Université de Montréal. Conseils d’historiens: Demander à la rédaction du Communicateur un droit de réplique de façon à pouvoir rétablir les faits historiques de façon rigoureuse… même si cela ne devait se faire qu’à l’édition du printemps. De plus, il serait judicieux de rapporter le cas à la Société d’Histoire de Joliette de Lanaudière. Idéalement, contacter monsieur Marcel Fournier lui-même. Il est probable qu’il siège sur le comité administratif de la SGCN (Société généalogique canadienne-française) (514) 527-1010. Voilà la personne susceptible de rétablir les faits correctement…. et qui aurait probablement le poids nécessaire pour mettre un peu de plomb dans l’aile « culturelle » de Chertsey. Il s’agirait d’une toute petite fessée pour une bien grave étourderie d’un niveau de scolarité primaire.

      Et le salaire moyen de cette équipe « comité culturel»? …

      Je verrais bien les fans d’Infoman (Radio-Canada) se régaler de bévues aussi grossières.

      Permettez-moi de vous assurer de mon admiration profonde pour la qualité rigoureuse de votre site. Il y transpire une grande intelligence et une recherche assez exceptionnelle du travail bien fait.

      Répondre
      • Je vous remercie pour votre message. Je suis retraité et publie ces chroniques comme occupation; je ne recherche pas la controverse mais la publication du Communicateur m’a beaucoup choqué d’autant plus que j’avais offert mon aide bénévole. On lit beaucoup d’âneries sur Facebook mais on s’attend à ce que des professionnels engagés par une municipalité (avec des salaires moyens de combien ? comme vous le dites si bien) aient un peu plus de jugement.
        Ceci dit je n’ai pas l’intention de prolonger la controverse, je n’habite plus Chertsey et c’est aux citoyens de la municipalité de réclamer une politique culturelle digne des taxes qu’ils paient. J’ai été surpris de constater que les erreurs historiques de la politique culturelle de 2015 que j’avais signalées quand j’habitais Chertsey n’ont toujours pas été corrigées en 2026. On dirait que ses responsables ont lu le livre de Marcel Fournier sur l’histoire de Chertsey sans rien comprendre à ce qu’ils lisaient; ils ne savent peut-être même pas lire.

Laisser un commentaire