Catégorie: Histoire de Lanaudière
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Les marchés de Joliette d’hier à aujourd’hui

Le marché du village était autrefois un lieu de commerce et de rencontre essentiel, les agriculteurs et les marchands y échangeaient leurs produits, les habitants de la campagne venaient s’y ravitailler et échanger les dernières nouvelles. Depuis 1837 les marchés du village d’Industrie puis de la ville de Joliette ont été au centre de la vie sociale de la région. Il y a encore un marché public à Joliette chaque samedi mais c’est un marché de produits de luxe pour des citadins, les temps changent.

Le Marché Joliette autrefois – BAnQ

Lors de la fondation de la Société Historique de Joliette en 1929 le journal L’Action Populaire lui a accordé un espace éditorial dans ses pages. Chaque semaine une chronique historique était publiée. Celle du 21 avril 1932 est la première d’une série signée par l’abbé Eugène Martin. Elle raconte l’histoire des Marchés du Village d’Industrie. L’Histoire est une science critique qui consiste à vérifier des informations et les corriger au besoin en citant ses sources.

Autrefois les cultivateurs venaient au village pour vendre les produits de leur ferme et acheter ce qu’ils ne pouvaient pas produire. Les travailleurs du village, artisans, bûcherons, journaliers et autres y achetaient ce dont ils avaient besoin. Il y avait quelques magasins mais le marché du village était un lieu d’échange indispensable à la vie en société.

Les quatre marchés et la querelle des marchés

Le premier marché du Village d’Industrie fut construit 14 ans après la fondation du village en 1837. C’était une bâtisse en épinette équarrie à la hâche de 50 pieds par 25 à un étage. Ce marché bâti par M. Charles Panneton et M. le Dr. Barbier fut le rendez-vous des commerçants pendant 14 ans jusqu’en 1851.

Sur ce détail d’un plan illustrant la donation d’une terre à la paroisse St-Charles-Borromée par Barthélémy Joliette et son épouse Charlotte de Lanaudière en 1850 on voit le premier marché situé à côté du moulin et de la rue du Canal sur la terre des seigneurs de Lavaltrie. C’est à peu près l’emplacement du musée de Joliette aujourd’hui. Ce site était souvent inondé au printemps et en 1851 le bâtiment était devenu trop petit.

Le marché bâti par les seigneurs de Lavaltrie a été fermé pour en construire un plus grand à un lieu plus approprié. Barthélémy Joliette était décédé en juin 1850.

Le 18 octobre 1851 la seigneuresse Marie Charlotte de Lanaudière veuve Joliette a donné une quittance à Théodore Pataille de 9 livres et 9 chelins perçus en sa qualité de clerc de l’ancien marché du village d’Industrie depuis le premier janvier 1850 jusqu’au 13 septembre 1851 pour le loyer du terrain. C’est sans doute la date où le marché a été fermé.

Dans un rapport d’expertise du 18 mai 1853 pour le partage des biens de la seigneurie on a une description du terrain de l’ancien marché évalué à 45 louis.

Le terrain avait été considérablement nivelé et exhaussé ayant été originairement un marais.

Le deuxième marché était situé sur la rue St-Antoine près de la rue Lajoie. le terrain comprenait l’espace entre les rues St-Antoine et de Lanaudière, on l’appelait Marché de la rue de Lanaudière. Il fut bâti en 1851 par un nommé Morin, c’était une construction à deux étages, le second étant réservé aux marchands de fruits et légumes. Il fut en opération une année seulement puis le second étage a été transformé en école. Il a été vendu à Pierre Imbleau fondeur et transporté 200 pieds plus loin.

Dans une chronique sur la construction du marché Bonsecours j’avais documenté une information plus compliquée. Ce marché n’a pas été bâti par un nommé Morin seulement mais par l’ensemble des commerçants du village qui avaient fondé une société à actions.

Le 21 mars 1851 un acte notarié a fondé la Société du Marché neuf de l’Industrie comportant 300 parts à 10 chelins chacune pour un capital de 150 livres. Les actions ont été prises par 47 habitants du village d’Industrie et 16 des alentours. Gaspard de Lanaudière, Joseph Burr Twiss, Alonzo French, François Papin, François Morin et François Bonin dit Dufresne ont été nommés directeurs. Le curé Manseau avait pris 2 parts du marché.

Le 24 mars les directeurs du marché ont reçu en don les portions de terrains nécessaires à sa construction de Joseph Pelletier maçon, Joseph B. Twiss commerçant, François Morin boucher, Médard Vézina cordonnier, Joseph Myé père menuisier et Alonzo French tanneur.

Le 29 avril le contrat de construction du marché a été crié sur le perron de l’église et le 5 mai il a été accordé à Médard Beaudouin père, menuisier. Tailler et lever ledit marché qui aura 80 pieds de long sur 20 de large de carré et sur la hauteur 30 pieds de couverture compris les épaulants(?) sur lequel marché il y aura une bâtisse de 48 pieds de long sur 30 de large laquelle bâtisse sera levée couverte en planches et en bardeaux…

Le contrat décrit précisément les bâtiments à construire et les matériaux à utiliser. Il ne mentionne pas qu’il y aurait eu un étage à la bâtisse pour les marchands de fruits et légumes.

Alors que ce marché était en construction un groupe mené par le curé Manseau a soudain décidé de construire un autre marché sur la terre qui avait été donnée à la paroisse par Barthélémy Joliette et son épouse Charlotte de Lanaudière en 1850. Pourtant le curé Antoine Manseau avait acheté 2 actions de la Société du Marché neuf de l’Industrie en acceptant ses conditions. Le curé avait changé d’avis.

Un troisième marché a donc été construit lui aussi en 1851 sur la terre de l’église alors nommée la prairie; il mesurait 100 pieds par 25. Il a été nommé Marché Bonsecours car il a été construit près de la rue Notre-Dame de Bonsecours. En 1874 il a été vendu à l’encan à Noël Rondeau pour $120 pour en reconstruire un plus grand au même emplacement.

Selon les lois en vigueur la gestion du marché public revenait aux autorités municipales. À cette époque le Village d’Industrie faisait partie de la municipalité de Berthier No 2 qui a dû régler la querelle entre les 2 groupes de promoteurs.

Le 28 août 1851 les syndics nommés pour la construction du 3ème marché, Léandre Fréchette, Charles Guilbault, Antoine-Toussaint Voyer, Casimir Guilbault et Bernard-Henri Leprohon, ont déposé une sommation avec des offres réelles au groupe dirigé par Gaspard de Lanaudière. Ils annonçaient qu’ils avaient déposé une requête le 11 mai au conseil de la municipalité de Berthier N°2 s’engageant de fournir et payer pour la construction d’un marché sur la terre de l’église. Ils proposaient de racheter les matériaux commandés pour l’autre marché estimés à 52 livres et 17 chelins.

Dans le paragraphe intitulé La querelle des Marchés Eugène Martin minimise la querelle qui aurait été réglée de bonne grâce. Pourtant la suite de ses chroniques vient contredire cette affirmation.

L’érection de cette nouvelle construction fut le sujet d’une opposition assez vive entre quelques citoyens du village, qui voulaient le marché sur le terrain occupé aujourd’hui par M. Clements. Le premier choix fut maintenu et les contestants durent céder. Disons qu’ils le firent d’assez bonne grâce, et que l’harmonie un instant troublée par ces quelques contestations, reprit heureusement son empire sur le village d’industrie.

Le premier choix des commerçants du village avait été de construire un marché sur la rue St-Antoine. C’est le curé Antoine Manseau qui a changé d’avis quelques jours plus tard et voulu le construire sur sa terre pour en retirer les bénéfices. Les catholiques ont été obligé d’obéir aux désirs de leur curé mais ils ne l’ont pas fait de bonne grâce, plusieurs sommations et protêts en font foi. Les protestants quant à eux n’ont pas voulu céder aux manigances du curé catholique.

Le 21 janvier 1852 une nouvelle sommation a été signifiée par les syndics du marché de l’église aux syndics du marché French pour que les arbitres se rencontrent. Le 23 janvier Charles Gougé a voulu aller rencontrer William Lord, ils avaient été nommés arbitres pour régler le litige. Mais Alonzo French n’a pas voulu ouvrir les portes du marché. Quand bien même le Conseil de la dite municipalité de Berthier numéro deux leur ordonnerait de le livrer ils ne consentiraient jamais à le donner…

En apprenant l’abandon du premier marché deux américains, dont M. French, construisirent un marché sur la rue St-Antoine, dans l’espérance de l’exploiter à leur profit. En même temps un groupe de citoyens bâtirent un autre marché, sur la Place Lavaltrie dans le but de vendre les terrains environnants à des prix assez élevés pour libérer les dettes attachées à la terre de l’église et assurer l’existence de la paroisse. La lutte s’engagea entre les partisans des deux marchés. Après une année, les opposants, durent abandonner le marché de la rue St-Antoine en faveur du Marché Bonsecours.

Eugène Martin qui était prêtre et un des fondateurs de la Société Historique de Joliette montre comment l’histoire peut être biaisée pour une bonne cause. Il laisse entendre que deux américains auraient voulu profiter de l’abandon du premier marché pour s’enrichir. Mais ce n’est pas vrai, le choix de l’emplacement du nouveau marché avait été fait par tous les commerçants du village, c’est le curé qui a voulu en profiter pour rentabiliser sa terre reçue en donation. En y construisant le marché il pouvait vendre les lots alentours qui n’étaient pas encore bâtis, ce qu’il a finalement réussi à faire.

Le quatrième marché de Joliette a été construit en 1874 pour remplacer le marché Bonsecours sur l’actuelle place Bourget. Il a été au centre de la vie commerciale de la ville pendant 90 ans et a été démoli en 1963.

Correspondance entre le curé Manseau et Mgr Bourget

Les terres que Barthélémy Joliette et Charlotte de Lanaudière avaient données à la Corporation Épiscopale et aux Clercs de Saint-Viateur se sont révélées être lourdement hypothéquées quand les comptes de la seigneurie ont été faits après le décès de Barthélémy Joliette en 1850. La suite des informations d’Eugène Martin provient de la correspondance échangée entre le curé Antoine Manseau et son évêque Ignace Bourget.

Les seigneurs de Lavaltrie voulaient reprendre le terrain du premier marché situé près du moulin. Ils cherchaient à monnayer ce qu’ils pouvaient pour rembourser les dettes, leurs créanciers menaçant de saisir les terres. Le curé Manseau avait participé à la fondation de la Société du Marché neuf de l’Industrie le 21 mars 1851 et pourtant il a commencé à manigancer avec son évêque dès le 3 avril pour construire le marché sur sa terre pour pouvoir payer les créanciers. On comprend bien les motivations du curé mais on ne peut s’empêcher de remarquer sa mauvaise foi.

Ignace Bourget – Je n’aurai aucune objection que vous cédiez sur la terre de l’Eglise un local de grandeur convenable pour le Marché que l’on se propose de construire sur la Rue Notre-Dame de Bonsecours quand vous vous serez assuré par des hommes de Loi que l’acte de Donation de ce terrain ne s’oppose pas à une pareille transaction… (8 avril 1851)

La donation de la terre avait été faite à la Corporation Épiscopale de Montréal pour le développement futur de la paroisse et une clause spécifiait que la terre ne pouvait pas être vendue. Il a d’abord fallu s’assurer que le curé avait le droit de construire le marché sur la terre et de lotir les terrains alentour puis régler les poursuites intentées contre la succession.

Le 24 octobre 1851 la dame veuve Joliette a donné son consentement à la cession des lots sur la terre de l’église. Le 27 novembre Antoine Toussaint Voyer curateur de la succession de Barthélémy Joliette a aussi donné son consentement au lotissement de la terre de l’église de 3 arpents et 8 perches de front par 25 arpents de profondeur.

Le 19 janvier 1852 madame Charlotte Tarrieu Taillant de Lanaudière veuve Joliette a constitué messieurs Moreau, Leblanc et Cassidy avocats ses procureurs pour régler une action en déclaration d’hypothèque de 580 livres intentée par Véronique Gordon, veuve de son frère Pierre-Paul, contre la Corporation Épiscopale de Montréal pour la donation qui lui avait été faite du terrain de l’église en 1850 par les époux Joliette.

Le réglement de la succession de Barthélémy Joliette a été très complexe, il avait contrôlé les affaires de la seigneurie de Lavaltrie sans que personne n’ose le critiquer. Après son décès les coseigneurs de Lavaltrie ont trouvé beaucoup de dettes à payer. Ils ont réglé leurs comptes et procédé au partage des biens de la seigneurie qui était encore en propriété indivise.

Lire: La succession de Barthélémy Joliette

En écrivant à son évêque le curé Manseau a souligné que l’autre marché était dirigé par deux américains lui faisant subtilement comprendre que c’étaient des protestants. Le seigneur Gaspard de Lanaudière se serait malencontreusement égaré dans leur parti.

Antoine Manseau – Il est un parti dans le village qui veut le Marché ailleurs, sur un terrain non central et trop petit. C’est une affaire d’intérêt conduite par deux américains. Ils avaient d’abord bon nombre de canadiens avec eux… M. de Lanaudière est avec eux et ne sait comment s’en tirer. Tous les autre seigneurs, M. Scallon et les principaux citoyens sont du meilleur parti par la raison que le local est préférable… (15 avril 1851)

La terre de l’église qui était encore une prairie était certainement préférable, un grand espace libre et la possibilité de construire des nouveaux bâtiments tout autour du marché. Le marché du curé a été construit pendant l’été et en octobre il était enthousiaste: Notre nouveau marché est fréquenté par un nombre tout à fait étonnant. Hier à 9h il y avait 334 voitures et plus tard il s’y trouvait au moins 400. M. Bercsy, maire de notre municipalité, est venu en faire la visite; ça me parait de bon augure.

Et puis en novembre il n’était plus aussi triomphant: Deschamps criait hier (7 nov.) sur le marché opposé que la terre de l’église allait être vendue et achetée par les créanciers et qu’on ne pouvait pas faire d’affaires avec nous. Le Conseil Municipal a renvoyé l’affaire du marché aux premiers jours de décembre. L’époque arrivée, que fera-t-il voyant que nous n’avons rien de certain ? Comment lui demander des règlements sur un terrain en litige ? Les gens de l’autre marché ne pourront-ils pas s’en prévaloir pour faire accepter le leur et nous mettre de côté ?

La suite de la correspondance montre que la querelle ne s’est pas réglée de bonne grâce. Des paroissiens du curé Manseau se sont adressés directement à Mgr. Bourget pour défendre leur projet contre celui du curé.

Antoine Manseau – Quant à mon arrangement avec les actionnaires du marché opposé, il n’en était plus question lorsque quelques uns d’entre eux se sont présentés devant Votre Grandeur. Ils avaient refusé tout espèce de conditions de notre part. (23 novembre 1851)

En janvier 1852 le curé a proposé de racheter le marché en opposition, il a demandé à l’évêque la permission d’utiliser les revenus du marché pour le faire. La terre de l’église avait été donnée à la Corporation Épiscopale de Montréal, elle lui appartenait. Le 25 janvier le curé écrivait à Mgr. Bourget pour se plaindre des agissements de la municipalité dirigée par William Berczy, un protestant.

Antoine Manseau – Mais l’assemblée municipale se montrant favorable aux opposants, il a bien fallu lui demander une autorisation qu’elle a entravée par des décrets défavorables. Deux fois elle a exigé que notre parti achetât l’autre marché, deux fois la vente a manqué par les intrigues de nos ennemis… Le maire est protestant, M. Berczy, et les chefs de l’autre entreprise sont protestants… Il y a beaucoup d’excitation dans le village. La plupart n’ont rien voulu donner au temps de la collecte faite pour achever de couvrir l’église. Ils ne veulent rien donner ni permettre qu’on assure des revenus à l’église. (25 janvier 1852)

Le vocabulaire du curé est significatif, il y avait un bon et un mauvais parti, des ennemis. La chicane n’était pas seulement entre les catholiques et les protestants, le curé en fait l’aveu: ses paroissiens ne voulaient plus donner aux collectes pour le bien de l’église. Il a dû les menacer de représailles pour qu’ils lui obéissent.

Antoine Manseau – Je leur ai même fait apercevoir quelque châtiment à l’avenir, quand ce ne serait que la vente des établissements et l’abandon de leur desserte, si par leur faute elle devenait comme impossible d’être continuée. Depuis on a reconnu que plusieurs avaient changé de sentiments, d’autres parfaitement ébranlés. Tout le mal est venu des protestants qui sont à leur tête sans eux tout se serait passé paisiblement. (30 janvier 1852)

Le lotissement de la terre de l’église avait débuté à la fin de l’année 1851. Le 27 décembre la première vente à charge de rente foncière par la Corporation Épiscopale Catholique Romaine de Montréal a été faite au sieur Isaï Ritchot cultivateur à L’Achigan paroisse de L’Assomption pour les lots No 6 et 7 sur la rue Notre-Dame bornés sur le côté par le terrain du marché. Le même jour François Vaggner a acheté l’emplacement No 9 borné en avant par le terrain du marché et la vente des lots autour du marché a ensuite continué. Le marchand Léandre Fréchette avait été nommé procureur de la Corporation Épiscopale.

Neuvaine et vente du marché à la municipalité

Antoine Manseau – Hier on a commencé une neuvaine à Notre-Dame de Bonsecours, laquelle sera terminée mardi d’une manière solennelle. Le but, de cette neuvaine, annoncée dimanche, est de demander le rétablissement de la paix de la manière qu’il plaira à la sagesse divine. Les partisans des deux marchés y prennent part. (3 février 1852)

Après avoit consulté des avocats le maire du conseil municipal, William Berczy, a fini par se rallier au parti majoritaire et légaliser le marché Bonsecours. La plupart des gens du parti French sont revenus à leur curé et ont loué des étaux sur son marché. L’autre marché est fermé irrévocablement.

Le 24 avril 1852 la municipalité de Berthier N°2 a commencé à louer les emplacements du marché Bonsecours en vertu du règlement adopté le 15 mars. Le premier bail a été conclu par Jean-Baptiste Desmarais clerc du marché à François George Waggner, cultivateur et commerçant du village, qui a loué deux étaux No 24 et 26 pour la somme de 1 livre 1 chelin et 6 deniers par année. 22 baux ont été signés jusqu’au 12 juin chez le notaire Magnan à des commerçants de la paroisse et des alentours, St-Jacques, St-Ambroise, St-Thomas, St-Paul, Ste-Elisabeth, Lavaltrie, L’Assomption.

Le 23 juillet 1852 la Corporation Épiscopale a signé un acte de donation à la municipalité de Berthier N°2 d’un terrain de un arpent de front sur 3 arpents de profondeurs situé sur la terre de l’église et sur lequel se trouvait construit le marché. Le même jour Antoine T. Voyer, Bernard Henry Leprohon et autres, syndics du marché Bonsecours, ont vendu la bâtisse à la municipalité de Berthier N°2 pour la somme de 171 livres et 14 chelins à condition qu’elle sera et demeurera toujours le seul marché public du village d’Industrie.

La publication suivante retranscrivait l’acte de vente qui avait été signé dans la demeure du maire William Berczy à Ste-Mélanie, l’actuel manoir Panet.

Ordonnance pour l’achat du Marché Bonsecours par la Municipalité

L’ordonnance du 15 mars 1852 pour l’achat du Marché Bonsecours par la Municipalité a aussi été retranscrite.

Ordonnance pour établir un Marché sur le terrain accordé par la Corporation Episcopale Catholique Romaine de Montréal, sur la terre de l’Eglise, de la paroisse St-Charles-Borromée au Village d’industrie, connu sous le nom de Marché Bonsecours et pour révoquer de certaines ordonnances y mentionnées. Attendu qu’il est expédient d’élablir un Marché sur le dit terrain et de révoquer toutes ordonnances ou règlements passés précédemment au sujet d’aucun Marché dans le dit Village d’industrie à ces causes qu’il soit ordonné, en vertu des Statuts établissant des Municipalités dans le Bas-Canada et il est par le présent acte ordonné…

Les règlements du marché Bonsecours

Les règlements du marché sont ensuite édictés. Un clerc devait être appointé par la municipalité, il n’avait pas le droit de commercer. Le marché était ouvert le mardi et le samedi de 6h du matin à 4h de l’après-midi. Le clerc du marché devait s’assurer de la bonne marche du marché en y étant constamment présent. Il devait veiller à ce que les voitures soient bien rangées le long des trottoirs pour ne pas nuire au commerce.

Sect. 6 – Toute personne qui apportera des effets, provisions ou denrées, pour les vendre sur le dit Marché, soit sur les Bancs couverts ou en dehors de ces Bancs se placera suivant les directions du dit Clerc, et, en cas de contestation concernant la préférence ou le choix des places sur les dits Bancs couverts ou ailleurs en aucune partie du dit Marché, le Clerc est par le présent autorisé à en décider et toute personne qui ne se soumettra pas à sa décision ou qui refusera de déplacer ses coffres, boîtes ou Bancs, sur lesquels les effets ou denrées seront exposés en vente, ou de se placer dans la ligne ou dans le rang que le dit clerc indiquera, encourra une amende qui n’excédera pas quinze chelins courant.

Le clerc devait s’efforcer d’installer les vendeurs selon leur type de commerce, les marchandises devaient être placées sur des Etaux ou des Bancs ou contenus dans des Charrettes ou autres voitures, dans des boites, quarts, sacs ou paniers, et ne seront point exposés ou placés sur la terre ou sur le pavé du dit Marché à l’exception des articles de Manufacture, de pailles ou d’ouvrages en bois et (en hiver) des cochons, moutons entiers, boeufs par quartier…

La liste des réglements continue sur deux autres pages. Les animaux vendus devaient avoir été tués et plumés avant d’être amenés au marché, ils ne devaient pas avoir été malades, les veaux et les agneaux devaient avoir au moins 3 semaines…

Le marché était équipé d’une pesée pour mesurer les produits en vrac. Le clerc du marché devait la vérifier au moins une fois par mois ainsi que les poids, mesures et balances des commerçants. Jean-Baptiste Desmarais fils a été nommé clerc du marché avec un salaire de 7 livres et 10 chelins par année. Dans le dernier document on trouve des lettres désordonnées du curé Manseau datées de 1843 à 1859 où il explique à son évêque les difficultés de ses paroissiens, la pauvreté de leurs terres, leur misère quand les chantiers de bois étaient fermés.

Le marché Bonsecours reconstruit en 1855

La première publication faisait un résumé de l’histoire des 4 marchés du Village d’Industrie. Mais l’abbé Martin a oublié une étape dans son histoire des marchés du Village d’Industrie. Le marché Bonsecours avait été construit à la hâte en 1851 et dès 1855 il a fallu le remplacer par une nouvelle bâtisse.

Le régime seigneurial a été aboli en 1854 et l’Acte des municipalités et des chemins a été adopté en 1854. En 1855 le Village d’Industrie est devenu la municipalité de la paroisse St-Charles-Borromée et la nouvelle municipalité a dû racheter le marché.

Le 31 août 1855 la Municipalité de Berthier N°2 représentée par son maire William Berczy a cédé au conseil municipal de la paroisse St-Charles-Borromée le marché Bonsecours avec son terrain et tout ce qu’il contient et sert à son usage tels que étaux, balances, poids et mesures pour la somme de 175 livres dûes aux syndics qui l’avaient construits en 1851, moins 22 livres et 10 chelins déjà payées grâce aux profits du marché.

Le 19 décembre 1855 Louis Laurier et Médard Desmarais conseillers de la Municipalité de la Paroisse St-Charles-Borromée ont conclu un marché avec Antoine Lacombe père pour la construction d’un nouveau marché à deux étages de 80 pieds de long par 20 de large et 16 pieds de poteau, tel que décrit dans le plan mis devant le conseil de la municipalité. Le devis des travaux montre bien qu’il s’agissait d’une nouvelle construction, pas de réparations au bâtiment existant.

L’entrepreneur, Antoine Lacombe père, devait fournir les matériaux, le contrat était conclu pour 262 livres. C’était le quatrième marché du village d’Industrie, celui qui a été construit en 1874 a été le cinquième.

Le marché French & Morin

Le 2ème marché construit sur la rue St-Antoine aurait été fermé au bout d’un an selon l’historique de l’abbé Martin. Pourtant dans des actes notariés de 1859 il est nommé marché French & Morin et semble être encore utilisé même si ce n’était plus le marché public du village. Dans l’Histoire de St-Charles-Borromée on lit que les réunions du conseil municipal se sont tenues au marché French de 1855 à 1857 puis au marché Bonsecours à partir de 1857.

Le 19 septembre 1856 Alonzo French et son épouse Syble Jackson ont vendu à Peter Ralston tanneur de Berthier un emplacement au coin des rues St-Pierre et St-Antoine bâti de maison et 2 boutiques et un autre emplacement contigu de un demi arpent par un arpent tenant à François Morin et Jean-Baptiste Poitras avec la bâtisse d’un marché. L’acquéreur devra souffrir le droit qu’a la société dans le marché construit sur le terrain, il prendra possession des parts du vendeur dans le marché. Le 13 août 1858 Peter Ralston a revendu ces propriétés à Sewell Clements mécanicien de St-Charles-Borromée avec les mêmes conditions concernant le marché.

Le 10 octobre 1859 François Morin boucher et Alexis Desmarais fils menuisier ayant reçu une procuration pour vendre la bâtisse du marché nommé French & Morin l’ont fait crier au marché Bonsecours et à la porte de l’église. La vente à l’encan a eu lieu sur la place du marché French & Morin. François Morin dernier enchérisseur l’a acheté pour 36 livres, à l’exception de 20 pieds réservés au profit du tanneur Sewell Clements. 6 livres devaient être payées à Jean-Baptiste Poitras et le reste être partagé entre les sociétaires qui avaient conservé leurs parts dans la bâtisse au prorata. Ont signé Alexis Desmarais fils, François Morin (une croix), Jean-Baptiste Poitras, Sewell Clements, Joachim Deguire dit Flamand avec le notaire J.O. Leblanc.

Une semaine plus tard, le 17 octobre, François Morin a revendu au fondeur Pierre Hambleau (Imbleau) la partie du marché French & Morin qu’il venait d’acheter avec l’obligation de l’enlever dans le plus court délai, pour 36 livres.

Le marché Bonsecours et le marché à foin

La Municipalité de la Paroisse Saint-Charles-Borromée est devenue la Corporation de la ville de Joliette en 1864. On remarque l’importance du marché pour la ville en constatant que le 3ème règlement adopté a été celui concernant les marchés, avant le règlement concernant les chemins.

Le marché Bonsecours était ouvert les samedi du lever jusqu’au coucher du soleil et les mercredi lorsqu’il y aura des vendeurs ou des acheteurs qui s’y placeront.

Marché à foin – Toute la partie de la place de marché qui se trouve au Nord-Ouest de la bâtisse ou halle de marché construite entre les rues Manseau et St-Viateur, jusqu’à la rue St-Viateur, sera à l’avenir le marché à foin. Le marché à foin servait à vendre le foin, la paille, le charbon, le bois de chauffage, la chaux, etc. Les animaux ou bestiaux vivants étaient vendus et exposés sur ce marché.

La halle du marché à foin avait été construite entre les rues Manseau et St-Viateur mais aucune documentation ne précise quand.

Le 30 juillet 1862 un marché a été conclu par Louis-Antoine Derome inspecteur municipal avec Alexis Rivet forgeron du village d’Industrie pour la construction d’un logement pour une pompe et ses accessoires, celui d’un gardien de la dite pompe et d’un bureau pour le clerc du marché le tout dans la Halle du marché à foin du dit village d’Industrie. Le plan et le devis des travaux sont annexés au contrat.

Le journal La Gazette de Joliette qui a commencé à paraître en 1866 permet de documenter l’histoire du marché, chaque semaine les prix du Marché de Joliette y étaient annoncés. En 1866 Jean-Baptiste Desmarais était toujours le clerc du marché Bonsecours.

La Gazette de Joliette, 23 juillet 1866

L’histoire des hôtels de Joliette montre que le marché leur amenait une clientèle importante. Ils étaient tous situés près du marché, la plupart sur la rue Notre-Dame comme l’Hôtel du Canada situé en face du Marché.

La Gazette de Joliette, 1866

L’Hôtel du Peuple et l’Hôtel Richelieu annonçaient aux gens de la campagne qu’ils trouveraient des écuries et remises convenables pour leurs chevaux et voitures. En 1882 l’Hôtel Joliette avait fait construire une écurie pouvant contenir 100 chevaux.

La Gazette de Joliette, 1867
La Gazette de Joliette, 1869

La construction du 5ème marché

L’écho du Canada, 20 décembre 1873 – Le conseil de ville de Joliette a décidé, jeudi soir, de contruire un marché. Le Rév. M. Michaud doit être requis de faire un plan et un devis de la nouvelle bâtisse et des soumissions vont être demandées d’ici au 7 de janvier prochain pour la construction. En janvier 1874 des soumissions ont été remises au conseil de ville dont 3 pour la construction entière du marché. C’est la plus haute qui a été retenue.

La Gazette de Joliette, 8 janvier 1874

Le 21 janvier 1874 Jean-Jacques Provost marchand et Pierre Edouard McConville arpenteur de Joliette ont conclu un marché avec Adolphe Fontaine conseiller et promaire de la Ville de Joliette et Barthélémy Vézina secrétaire-trésorier pour la construction d’un marché en brique: maçonnerie, charpenterie, couverture, menuiserie, serrurerie, vitrerie, creusage des caves et glacières, briqueterie, plâtrage et autres. Les entrepreneurs seront tenus de se soumettre aux avis et aux ordres qu’il plaira au révérend Messire Michaud de leur donner… Tous les ouvrages mentionnés dans ce devis renvoient au plan fait sur une échelle de six pieds au pouce et accompagné de détails en grandeur naturelle… À livrer le 1er janvier 1875 selon le devis de 13 pages annexé.

Le marché qui sera partie en pierre et partie en brique aura 170 pieds de longueur, 80 pieds pour le corps principal et 45 pour chaque aile…

Marché Public, Joliette (192?) – BAnQ

Le 27 janvier 1874 A. Fontaine et B. Vézina ont reconnu au nom de la Corporation de la Ville de Joliette une dette de 16.000 piastres au taux de 6% d’intérêt au marchand Eusèbe Asselin servant à financer les dépenses pour la construction du marché et autres dettes flottantes.

Selon l’historique de l’abbé E. Martin l’ancien marché aurait été vendu à l’encan le 6 mai et démoli en 3 heures, il mesurait environ 100 pieds par 25. Il donne comme référence la Gazette de Joliette mai 1874. J’ai eu beau chercher je n’ai pas retrouvé sa référence.

Le règlement No 52 a remplacé la section 6 du règlement No 3, le marché Bonsecours devait être ouvert les mardi et vendredi depuis le lever du soleil jusqu’au coucher du soleil. Ce règlement voulait éviter les abus du marché du samedi qui empêchaient les paroissiens d’assister à la messe le dimanche matin.

La Gazette de Joliette, 1 mai 1874

La Gazette de Joliette, 14 mai 1875 – Les entrepreneurs du marché neuf ont averti le Conseil de Ville, qu’ils désiraient ses membres, hier à une heure pm pour leur faire examiner et accepter les travaux qui sont maintenant terminés.

Cette vue de Joliette dessinée en 1881 montre l’aspect du marché Bonsecours (4) et de la halle du marché à foin servant de station des pompes (3).

Joliette à vol d’oiseau en 1881 (détail) – Archives du Canada

Cette année là un grand incendie avait failli atteindre les marchés, de nombreux magasins de la place Bourget avaient été détruits.

Courrier du Canada, 12 juillet 1881

Le 17 mars 1883 la Corporation de la Ville de Joliette représentée par son secrétaire-trésorier B. Vézina a fait enregistrer selon la loi du cadastre par le régistrateur du comté la vente du marché Bonsecours par la Municipalité No 2 de Berthier au conseil municipal de St-Charles-Borromée le 31 août 1855: le terrain N°298 sur la place Bourget entre les rues St-Viateur et Manseau avec une bâtisse à 2 étages servant de station des pompes, une autre bâtisse pour la pesée du beurre et une autre bâtisse pour la pesée du foin et le terrain N°299 sur la place Lavaltrie entre les rues Manseau et Notre-Dame bâti d’un marché à 2 étages en briques et couvert de ferblanc servant aussi comme hôtel de ville.

En 1887 la halle du marché à foin où logeait le clerc du marché a été reconstruite pour servir de station des pompes, d’hôtel de ville et de poste de police.

Le 10 août 1887 Alphonse Durand architecte et entrepreneur de bâtiments a conclu un marché avec la Corporation de la Ville de Joliette pour faire tous les ouvrages de creusage, maçonnerie, pierre de taille, brique, charpente, menuiserie, peinture, ferrure, vitrage, enduits pour la construction d’une station de pompe à l’emplacement de l’ancienne conformément aux plans et devis dressés par Alphonse Durand.

La place du Marché – Ville de Joliette
Place du Marché, Joliette – BAnQ

La salle du marché

La salle du marché a servi aux assemblées publiques jusqu’à la démolition du bâtiment en 1963. Elle avait été aménagée à l’étage pour servir de salle de spectacles et de conférences. Déjà en 1868 la salle de l’ancien marché servait de salle d’exercice à la compagnie de miliciens volontaires de Joliette.

La Gazette de Joliette, 21 décembre 1868

Il y avait aussi des salles aménagées à l’étage dans la Halle du Marché à foin.

La Gazette de Joliette, 31 mars 1876

La Gazette de Joliette, 4 juillet 1882 – Le Bazar en faveur de la reconstruction de la chapelle de Bonsecours, à lieu aujourd’hui et demain dans la salle du marché.

En 1885 la manufacture de papier de John Crilly employant plus d’une centaine de travailleurs avait été détruite par la débâcle du printemps et en juillet une assemblée des contribuables de Joliette a été convoquée à la salle du marché pour savoir si la ville devait offrir une aide pour la reconstruire avec des fonds publics.

La Gazette de Joliette, 10 janvier 1889 – Mardi soir le 8 du courant, en assemblée publique tenue dans la salle du Marché, les conseillers de la Ville de Joliette, afin de mettre les contribuables en demeure de juger du résultat de leur administration pendant l’année 1888, ont fait un exposé détaillé en conséquence.

L’Étoile du Nord, 15 juin 1893 – Les libéraux des différentes paroisses du comté de Joliette se sont réunis samedi, le 10 juin courant au nombre d’environ 500 en la salle du marché en la ville de Joliette dans le but de former une association libérale suivant le désir exprimé par l’Hon. W. Laurier…

La Gazette de Joliette, 2 août 1894 – Grand Concert dans la salle du marché, à Joliette, donnée par Mlle Célénie Marier soprano, mardi, le 14 août, sous le patronage de Madame la mairesse…

L’Historiographe Canadien a été le premier à présenter des vues animées commentées à Joliette.

L’Étoile du Nord, 24 janvier 1901

L’Étoile du Nord, 15 mai 1902 – Comme nous l’avons annoncé la semaine dernière l’Union Musicale de Joliette, association qui a remplacée l’Harmonie de Joliette, nous donnera une soirée musicale et dramatique, jeudi le 22 courant, à la salle du marché. Cette soirée est donnée au bénéfice de la fanfare et de l’orchestre de cette société.

L’Étoile du Nord, 1 octobre 1903

Les journaux rapportent de très nombreuses assemblées politiques, des spectacles, des ventes de charité, des expositions, etc. La salle du marché était à l »étage et un balcon permettait aux orateurs de s’adresser à la foule.

Marché public Joliette – BAnQ

L’Étoile du Nord, 13 juillet 1905 – Nos édiles sont à faire réparer notre salle de spectacle située au dessus du marché public. Le contrat pour la décoration est confié à M. Georges Desaulniers.

L’Étoile du Nord, 30 juillet 1908 – Jeudi prochain le 6 août la Cie du Laviolettoscope de Trois Rivières donnera une grande representation de vues animées et chansons illustrées dans la salle du marché, Joliette.

L’Étoile du Nord, 17 décembre 1908
L’action populaire, 6 octobre 1927

En 1948 la salle avait été fermée par la ville car elle avait été jugée dangereuse, il fallait y apporter quelques modifications pour assurer la sécurité du public.

L’action populaire, 19 février 1948

M. H. Savignac, au nom du Conseil Central, demande pour les ouvriers, que le Conseil ordonne des travaux pour rendre à la salle du marché sa popularité d’autrefois. L’on sait que pour certaines raisons dont l’absence d’escaliers ou d’échelles de sauvetage, l’inspecteur des édifices publics avait condamné notre salle… En conclusion, le Conseil s’informera auprès d’un architecte, pour savoir combien coûterait l’aménagement de la salle du marché.

En 1950 elle avait été réouverte mais il y avait alors plusieurs salles de spectacles plus modernes à Joliette. Elle servait principalement à la tenue d’assemblées politiques.

L’Étoile du Nord, 2 février 1950


Le bâtiment commençait quand même à se détériorer sérieusement. Pour l’élection municipale de 1955 le candidat Rosaire Roch avait inscrit à son programme: Construction d’un marché moderne et d’une salle publique – Cette entreprise comblera une lacune à Joliette et embellira le centre de la ville.

L’Étoile du Nord, 2 novembre 1960 – Il pleut dans ma chambre. Ce n’était certainement pas à la Salle du Marché de Joliette que Charles Trenet pensait lorsqu’il composa sa célèbre chanson. Il n’en reste pas moins que les membres du Conseil municipal ont entendu lundi soir les doléances de M. Rondeau, président de l’Association des Archers de Joliette. Cette société utilise pour son entrainement la Salle du Marché, mais malheureusement, des défectuosités dans la toiture laissent passer l’eau…

En 1961 les Marchands-Unis de Joliette ont présenté au Comité d’Urbanisme de la Cité de Joliette une requête signée par 93 commerçants sur 95 réclamant la démolition du marché et sa reconstruction moderne et hygiénique au même endroit, mais sous-terre.

L’Étoile du Nord, 29 novembre 1961

Dans L’Étoile du Nord du 31 janvier 1962 un bref historique du marché a été publié qui n’est pas très exact. La bâtisse du marché se détériorait de plus en plus et il fallait prendre la décision de la réparer ou la démolir. L’article donne une description du bâtiment en 1962.

Le sous-sol, le rez-de-chaussée et les promenades extérieures servent, selon les saisons, au commerce de la viande, des légumes et des produits de la ferme en général. Au premier étage, il y a une salle qui a connu ses années de splendeur… Cette salle sert maintenant aux pratiques de l’Union Musicale le lundi soir, et quelques sportifs y vont les autres soirs s’amuser à certains sports d’intérieur.

On lui doit la centralisation du commerce. Ceux qui l’ont érigé à cet endroit étaient de bons urbanistes. Après la démolition du marché le centre commercial de Joliette a été déménagé en périphérie ce qui a certainement nui à la prospérité des commerçants installés autour de la place Bourget et créé un vide pour les habitants du centre-ville.

La démolition du marché Bonsecours

En 1963 le conseil municipal n’avait pas encore pris de décision sur l’avenir du marché. Le Conseil a cependant avisé la Corporation du Comté de Joliette que la Cité n’a pas du tout l’intention d’empêcher les cultivateurs de vendre leurs produits sur la place du marché et ce, même advenant la démolition de l’édifice actuel.

L’action populaire, 9 janvier 1963

L’Étoile du Nord du 20 mars 1963 a commenté le plan de réaménagement de la Place du Marché proposé par le Conseil. Un îlot de 70 pieds par 320 surélevé de 1 pied devait être construit, laissant libre un espace de 45 pieds de chaque côté de cet îlot au trottoir. Une coupole de verre de 26 pieds de haut au centre devait servir à abriter les étals des cultivateurs les jours de marché, 40 tables entreposées au sous-sol étant hissées à l’aide d’un monte-charge. Mais le projet n’a pas été réalisé.

Le contrat de démolition du marché Bonsecours a été accordé le 17 avril à Joliette Construction Ltée au coût de $2,499. Au début du mois de mai les locataires du Marché commençaient à retirer leurs affaires, la démolition du bâtiment a eu lieu peu après.

L’Étoile du Nord, 1 mai 1963

Un an plus tard une photo montre la démolition du marché avec le commentaire: la vieille bâtisse a été jugée désuète, malpropre et indigne du centre de la ville… sur le site du Marché a été aménagée l’Esplanade du Vieux Marché, un jardin de béton qui fait l’orgueil des Joliettains. Le projet de coupole de verre et de tables hissées du sous-sol les jours de marché avait été oublié, le marché avait cessé ses activités.

L’action populaire, 30 décembre 1964

Le marché avait disparu le 15 mai. À l’arrière-plan on aperçoit l’édifice de l’Hôtel de Ville: aura-t-il le même sort que la bâtisse du Marché dans un avenir plus ou moins rapproché?

L’Étoile du Nord, 15 mai 1963
La presse, 16 janvier 1965

Le beau jardin de béton qui faisait l’orgueil des Joliettains a été inauguré le 14 août 1964 pendant les célébrations du centenaire de l’incorporation de la ville de Joliette.

L’Esplanade inaugurée le 14 août 1964 – Joliette 1864-1964
Place Bourget 1964 - SHJL
L’esplanade au centre de la ville de Joliette v. 1964 – SHJL

C’est le père Wilfrid Corbeil qui avait dessiné le projet d’aménagement de la place Bourget. La structure en béton sensée représenter un lys a vite été décrite comme un champignon géant, une protubérance moderniste laide et kitsch symbole de Joliette qui a été abondamment critiquée et moquée. Le champignon a disparu quand la place a été réaménagée.

Le petit Joliette illustré
Le Petit Joliette Illusré

Le lys en béton abritait l’accès à la salle des toilettes qui avait remplacée le marché sous-terrain dans le plan d’urbanisme. Les joliettains étaient fiers de leurs vespasiennes et publiaient les statistiques de leur fréquentation.

L’Étoile du Nord, 12 août 1964

L’Hôtel de Ville qui se trouvait sur l’autre partie de la place a été démoli en 1971: on a dû le sacrifier au concept de modernisation.

Le nouvelliste, 3 novembre 1971

Le nouvel Hôtel de Ville a été installé dans son édifice actuel, l’ancienne école Baby. Joliette était devenue une ville moderne, on voit ici le curé accompagné du maire et du secrétaire-trésorier qui avaient parcouru tous les bureaux du nouvel hôtel de ville pour les bénir.

Le nouvelliste, 23 novembre 1971

Au cours des années 2008 et 2009, la Ville de Joliette a procédé au remplacement des infrastructures souterraines et au réaménagement complet de la place Bourget, laquelle a été inaugurée le 8 août 2009.

La fresque du Marché (2014) – Sautozieux

Le marché public du centre-ville de Joliette

Aujourd’hui la ville de Joliette comme beaucoup d’autres villes et villages essaye de ressuciter le marché public au centre-ville sur la place Bourget mais les temps ont changé. Une fois que le patrimoine a été démoli c’est trop tard il a disparu pour toujours.

En 2016 une étude a été publiée par la direction de santé publique de Lanaudière en partenariat avec la Ville de Joliette et la Coopérative des producteurs du Marché public de Joliette. Le marché public du centre-ville de Joliette – Qui l’utilise, qui ne l’utilise pas et pourquoi.

Cette étude partait du constat qu’en 2006 la seule épicerie du centre-ville de Joliette avait fermé ses portes. Cette situation a conduit le Service de l’aménagement du territoire de la Ville de Joliette à se préoccuper de l’approvisionnement alimentaire des résidents du quartier. L’étude d’une centaine de pages est très sérieuse, elle documente les saines habitudes de vie, la sécurité et l’insécurité alimentaires, la consommation de fruits et légumes des milieux défavorisés… C’est un travail scientifique. Mais elle semble complètement déconnectée de la réalité.

Il suffit d’aller se promener au marché le samedi pour comprendre pourquoi il n’est pas plus achalandé: un vrai marché ça ne ressemble pas à ça. Je ne pense pas que les habitants du centre-ville de Joliette dont je fais partie pensent sérieusement pouvoir s’approvisionner à ce marché. C’est un marché où on peut acheter quelques produits de luxe, certainement pas un marché pouvant satisfaire l’approvisionnement en fruits et légumes des résidents défavorisés du centre-ville privés d’épicerie à proximité.

Le marché Jean Talon est un vrai marché qui permet aux résidents du centre-ville de Montréal de s’approvisionner en produits frais. Bien sûr Joliette n’est pas Montréal mais il y aurait un très gros effort à faire pour que le marché public de Joliette devienne un vrai marché comme autrefois.

Marché Jean Talon
Marché public de Joliette

Je crois que les anciens riraient bien fort si on leur expliquait que ces quelques kiosques sont un marché public.

Marché public de Joliette
Carte du Québec

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