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Le John Bull et son naufrage devant Lanoraie

Le bateau à vapeur John Bull lancé en 1831 était le plus grand du monde selon ses constructeurs, la famille Molson: un monument à la gloire du génie britannique. Luxueux il servait de résidence flottante aux gouverneurs, puissant il pouvait remorquer jusqu’à 6 navires remontant le Saint-Laurent. Il a transporté des immigrants arrivant d’Europe de Québec à Montréal, en 1837-1838 il a servi de transport de troupes pour réprimer les rébellions. Quand le John Bull a fait naufrage devant Lanoraie le 10 juin 1839 les journaux anglais ont accusé les canadiens français d’avoir pillé et brutalisé les rescapés car ils voulaient se venger de John Bull. Mais ce n’était pas vrai.

John Bull

En 1839 le John Bull, le plus gros bateau à vapeur du monde selon son propriétaire John Molson, a pris feu au large de Sorel et a fait naufrage devant Lanoraie. Depuis son lancement en 1831 les journaux avaient abondamment commenté ses exploits. Le John Bull dont le nom était le symbole de l’anglais entreprenant et têtu faisait la fierté de la bourgeoisie marchande anglaise de Montréal. Son naufrage ne pouvait s’expliquer que par un complot visant à atteindre ce symbole de la puissance britannique.

Le lendemain du naufrage le journal Montreal gazette a accusé les habitants de Lanoraie d’avoir pillé les naufragés plutôt que de les aider. Tous les journaux tories ont repris la nouvelle, il y aurait eu un complot fomenté pour détruire les bateaux à vapeur britanniques du St-Laurent. On était dans une période de crise grave après la répression des rébellions, les procès et les pendaisons des patriotes en cours. Mais ce n’était pas vrai, une enquête de police a bientôt démontré que les habitants de Lanoraie avaient agi en bons citoyens, faisant tout leur possible pour aider les rescapés. Ces calomnies sont pourtant encore présentées aujourd’hui comme des faits historiques dans certaines publications cherchant à dénigrer le peuple québécois, le journal Montreal gazette par exemple. C’est lui qui les avait inventées en 1839 et il persiste à les répéter en 2017.

Montreal gazette, 11 septembre 2017

Dans cet article on lit que les fermiers locaux lorsqu’ils ont sorti leurs canots, c’était évidemment plus dans le but de piller que dans le but de sauver des vies et des biens. Ils avaient même arraché ses boucles d’oreilles à mademoiselle Ross en train de se noyer. Ils voulaient se venger des exactions commises par l’armée lors de la répression de 1837-1838.

Le journaliste ajoute qu’il y avait eu 40 morts, le pire accident de bateau-vapeur au Canada, alors qu’il n’y en a eu que 14: fourty or fourteen ça se ressemble en anglais. Étant un fier canadien il affirme aussi que John Molson avait fait construire le premier bateau à vapeur en Amérique du Nord en 1809, ce qui est faux. Les fake news ne sont pas une invention de Donald Trump, elles sont aussi vieilles que le journalisme.

C’est une lecture, Molson et le Québec de Gilles Laporte, qui m’a incité à documenter cette histoire. John Molson fils aîné du fondateur avait été un des plus fervents marchands de Montréal opposés aux patriotes en 1837-1838 avec ses amis Peter McGill et George Moffat. Il dirigeait alors la compagnie de bateaux à vapeur fondée par son père. G. Laporte raconte que le John Bull était meublé et décoré avec tellement de luxe et équipé avec tant de raffinement que le gouverneur Lord Aylmer demandait à ce qu’on l’ancre devant le port lors de ses séjours à Montréal pour en faire sa résidence. C’est dire l’impression qu’un tel navire peut laisser aux habitants des deux rives, souvent pauvres et privés de tout, qui voient ce palace flottant relier deux villes anglaises au son de l’orchestre divertissant les passagers de la première classe.

Gilles Laporte rapporte ensuite les articles parus dans les journaux tories après son naufrage sans mentionner ceux qui ont ensuite révélé que ce n’était qu’un tissu de mensonges et de calomnies. Il semble intérioriser le fait que les habitants de Lanoraie aient agi en naufrageurs pour se venger de John Molson, ennemi juré des patriotes.

G. Laporte dans L’Actualité, 21 octobre 2009

Rappelons que durant l’année du naufrage du John Bull, 99 patriotes ont été condamnés à mort, que 12 ont déjà été pendus et que 384 hommes croupissent toujours en prison en attente d’être exilés en Australie ou de subir un procès qui ne viendra jamais. En 1839, le Québec est d’ailleurs toujours sous le coup de la loi martiale, l’habeas corpus est suspendu et les institutions démocratiques, abolies ; le Parlement ne siège plus. Le rapport Durham, publié en janvier, recommande l’assimilation des francophones.

La construction du John Bull en 1831

En 1839 dans une brochure intitulée Hochelaga depicta: the early history and present state of the city and island of Montreal on trouve un historique des chantiers navals de Montréal. Le premier bateau y avait été construit en 1806 par David Munn.

John Molson père et 2 associés avaient construit en 1809 le premier bateau à vapeur du St-Laurent (mais pas le premier en Amérique du Nord) nommé Accommodation dans le chantier naval situé à côté de la brasserie Molson au Pied du Courant Ste-Marie. En 1830 la compagnie John Molson & Co a fait construire le John Bull de 182 pieds de long, 32 de large, 12 de haut propulsé par 2 moteurs de 85 chevaux chacun.

Lire: Les bateaux à vapeur ou steam-boats du Saint-Laurent

Aspect d’un des premiers vapeurs du St-Laurent – The Molson family

Le John Bull a été lancé en avril 1831 à Montréal pour faire la navette Montréal – Québec.


The Quebec gazette, 25 avril 1831 – The great steamer John Bull wich we believe will equal in speed and beauty to any vessel of the kind ever built, is to be launched at Montreal to-morrow.

La Minerve, 28 avril 1831 – Hier après-midi l’élégant Steam-boat neuf John Bull a été lancé du chantier de M. Young. Il a fait une très belle plonge au milieu des acclamations d’un immense concours de spectateurs. Les musiciens du 66e régiment étaient à bord du British America dont les ponts étaient couverts de monde, surtout de dames. Le John Bull est maintenant dans le port.

The Quebec gazette, 5 mai 1831 – A splendid Steam Boat, the John Bull, which is to be employed between Montreal and this City, has lately been launched. She is 180 feet long, and of 260 horse power.

Description du John Bull

Le couronnement de la ligne de bateaux à vapeur Molson a été le grandiose John Bull lancé en septembre 1831. Sa carène était peinte de façon à représenter les sabords d’un bateau de 74 canons. John avait réussi à construire le plus grand bateau-vapeur du monde. Long de près de 200 pieds, il était si somptueusement meublé et finement équipé que quand le gouverneur général Lord Aylmer venait à Montréal avec son entourage il contactait Molson pour que le navire soit ancré dans le fleuve pour l’utiliser comme sa résidence flottante.

The Molsons: Their Lives and Times – Karen Molson

Un journaliste de la Québec gazette en a donné une longue description en anglais lors de son lancement; j’en ai fait une traduction approximative et résumée.

The Quebec gazette, 14 septembre 1831

La plupart de nos lecteurs ont sans doute entendu parler d’un grand bateau à vapeur qui a été en construction ici ces derniers temps et est maintenant terminé. Un navire d’aussi extraordinaires dimensions et pouvoir de propulsion justifie que nous lui accordions une partie de nos colonnes pour en donner une description précise. En arrivant au quai où il est à présent amarré, le spectateur est en présence d’un navire d’une longueur à peu près égale à un navire de soixante-quatorze canons… mais ici cesse la ressemblance car quand les yeux se tournent ailleurs, le pont supérieur, les roues à eau, les cheminées des chaudières, les appareils de cuisine, les cabines, etc… et quand nous prenons en considération les grands faisceaux des moteurs et leurs divers appendices qui s’élèvent partiellement au-dessus du pont, nous observons une scène qui, il y a un siècle, aurait été considérée comme l’œuvre d’un magicien, un chef d’oeuvre. L’article se poursuit avec une description émerveillée du pont, des luxueuses cabines, des salles-à-manger, de la salle des machines, etc.

The Quebec gazette, 14 septembre 1831

À l’exception d’un grand bateau bâti il y a 2 ans à Amsterdam nous croyons que le John Bull est le plus grand bateau à vapeur dans le monde, 189 pieds et 8 pouces de longueur, 70 pieds de largeur. Les 2 puissants moteurs avaient été construits à Montréal par Messieurs Ward. John Dod Ward et ses frères (Ward Bros.) ont joué un rôle fondamental dans l’histoire industrielle de Montréal avec la Fonderie Eagle installée sur les rues King et Queen près du port, construisant, entre autres, des machines pour les bateaux à vapeur du fleuve St-Laurent.

Malgré une recherche approfondie je n’ai trouvé aucune illustration du John Bull. Celle-ci venant des archives de la famille Molson représente probablement le Malsham construit en 1814; il était beaucoup plus petit mais il permet d’imaginer l’aspect du John Bull avec ses 74 sabords peints sur les flancs, ses roues à aubes, ses cheminées et le pont supérieur couvert pour abriter du soleil les passagers de 1ère classe.

Probablement le Malsham – The Molson family

Le John Bull mis en service

Les premières mentions des voyages du John Bull datent de septembre. Il mettait un peu plus de 12 heures pour descendre de Montréal à Québec et sans doute un peu plus pour remonter, surtout quand il remorquait d’autres navires, ce qui a été sa principale fonction.

La Minerve, 15 septembre 1831 – Le John Bull est descendu de Montréal à Québec en 12 heures et demie, savoir 3 et demie de Montréal à Sorel, 3 de Sorel aux Trois Rivières et 6 des Trois-Rivières à Québec. Lorsque le frottement se fera plus facilement, il pourra probablement descendre en moins de 12 heures.

Avec ses puissants moteurs le John Bull était principalement utilisé pour remorquer des barges et d’autres navires en remontant le courant de Québec à Montréal. Dès septembre son service a été interrompu par des pannes.

The vindicator, 20 septembre 1831 – The John Bull steamer, on her trip up with the Canadian and Superior in tow, was obliged to leave both vessels at Three Rivers, part of her machinery having given way. She was met by the British America some miles below Montreal, on Wednesday night.

Les archives de l’Université McGill ont mis en ligne le fonds St. Lawrence Steamboat Co. contenant des documents concernant le John Bull. On y retrouve des inventaires de meubles et ustensiles embarqués à bord. Celui-ci date de mai 1831.

Inventaire de 1831 – Page 1 de 5
Inventaire de 1831 – Page 4 de 5

En 1831 le navire n’était pas encore au point. Il n’a fait que peu de voyages l’été dernier vu que différentes parties du mécanisme ont été trouvées trop faibles pour soutenir la force des pompes à feu (chaudières), qui égale celle de 260 chevaux.

La Minerve, 29 mars 1832

J. D. Armstrong a été le premier capitaine du John Bull. Il venait d’une famille de marins de Berthier: en 1825 Jesse Dunn Armstrong capitaine au long court avait donné une procuration à son père Charles aussi capitaine au long cours pour vendre sa part d’une goëlette.

Le John Bull a repris son service en mai 1832, il pouvait remorquer jusqu’à 6 bateaux.

The Quebec gazette, 11 mai 1832 – The John Bull steamer proceeded to Montreal Wednesday night with the Canada, Cicely, Cherub and two schooners in tow.

La Minerve, 17 mai 1832 – Hier à la remorque du Steamboat John Bull, les navires Artemis, Superior, British Sovereign et sir John Beresford et les bricks (illisible) et Horatio.

Deux compagnies principales contrôlaient le commerce sur le fleuve. La St. Lawrence Steam Boat Company de J. Molson & Sons possédait les vapeurs John Molson, Chambly, St-Lawrence, John Bull et un en construction. La Steam Tow Boat Company de J. Torrance & Co possédait les vapeurs Hercules, British America, Richelieu, Voyageur, Edm. Henry et deux en construction.

Almanach de Québec 1832

En 1832 le choléra est arrivé avec les bateaux amenant les immigrants d’Europe à Québec. Les navires avaient des cabines de luxe pour les bourgeois mais ils transportaient aussi des foules d’immigrants pauvres parqués sur leur entrepont.

The Quebec gazette, 6 juin 1832 – The streets in the Lower-Town resemble a fair from the crowds of emigrants on them. The immense steamers John Bull and British America, and the Chambly sailed last night completely overloaded with emigrants, probably taking up about 2,500.

La Minerve, 11 juin 1832 – Le John Bull arrivé jeudi matin avait 1,150 passagers de l’avant et a remorqué depuis Québec le Lord Melville, de Portsmouth, avec 333 passagers et le Betsey de Leith, avec 42.

En juin 6 cas de choléra ont été signalés à bord du John Bull, 2 malades en sont morts.

The Quebec gazette, 18 juin 1832 – We understand there were six cases occurred on board the John Bull, between Three Rivers and Sorel, two of which proved fatal before her arrival at that place.

Une loi a été adoptée pour limiter le nombre des émigrés que chaque bateau à vapeur pouvait embarquer à Québec pour les amener à Montréal. La limite était de 300 passagers pour le John Bull, vaisseau de 1ère classe.

La Minerve, 28 juin 1832

Le capitaine et le pilote de la barque Fanny arrivée de Belfast avaient refusé l’ordre de retourner à la station de quarantaine de Grosse-île. Le John Bull a été appelé pour la remorquer mais son capitaine a encore refusé.

The Quebec gazette, 16 juillet 1832

La Minerve, 26 juillet 1832 – La nuit dernière le Steamboat La Dame du Lac s’est heurté, en descendant, contre le John Bull, vis-à-vis La Valtrie, et a reçu beaucoup de dommage… Ce vaisseau à été ramené à Montréal à la remorque du John Bull… Le John Bull n’a point souffert.

Les accidents de navigation et les pannes étaient fréquents lors du remorquage d’autres navires.

The Quebec gazette, 5 octobre 1832 – The John Bull steamer arrived Sunday at Montreal with the brigs Cherub and Cicely in tow. The John Bull has received some injury by the Cicely running across her bow, carrying away some portion of her forward railing.

La gazette de Québec, 25 octobre 1832 – Le steam-boat John Bull en montant samedi de Québec avec la Great Britain et les navires Margaret et Ottawa, a brisé ses mouvements près de St. Sulpice. Il a été obligé de continuer sa route seul, et il est au port en réparation. On croit qu’il ne pourra marcher avant la fin de la saison. Les trois vaisseaux qu’il rémorquait sont venus jusqu’au Pied du courant avec le vent, et le British America les a amenés aujourd’hui au port à la remorque.

L’ami du peuple, 8 mai 1833 – Le John Bull est arrivé ici le 6, ayant à bord le capitaine MacBean et le lieutenant Beauchamp avec 47 hommes de l’artillerie royale, pour remplacer la compagnie du capitaine Anderson, à l’Isle Ste. Hélène.

Le navire était aussi utilisé pour le transport des troupes. Un article de 1833 qui n’est peut-être pas totalement objectif affirmait que le John Bull qui avait côuté 22.000 livres à construire, beaucoup plus que tous les autres navires, n’en valait plus que 12.000 après 2 saisons de navigation, c’était une complete failure, un échec retentissant.

The vindicator and Canadian advertiser, 17 mai 1833

Il semble que le navire consommait trop de charbon pour être rentable. On disait qu’il rapportait plus d’argent en restant ancré devant Montréal où il avait servi de résidence officielle au gouverneur-général Lord Durham pendant l’été 1838.

Steam Navigation and its Relation to the Commerce – James Croil

Le John Bull avec son pouvoir de 260 chevaux était principalement utilisé pour le remorquage.

The Quebec gazette, 29 mai 1833

L’ami du peuple, 1er juin 1833 – Les Bricks Cherub et Favourite sont arrivé ici hier de Montréal remorqués par le John Bull, qui doit monter du la même manière l’Elizabeth et le Sion Hill.

En 1833 le moteur du John Bull a encore dû être réparé, le vapeur Canada le remplaçait pour son service de remorquage. On remarque que plusieurs capitaines de vapeurs faisaient partie de la famille Armstrong de Berthier: Charles, John et Jesse Dunn.

The Quebec gazette, 28 juin 1833

Le 7 juin le John Bull avait remorqué 6 bricks jusqu’au port de Montréal et il était attendu avec 4 autres. La remontée du St-Laurent à la voile était très difficile et pouvait être longue. Ces bateaux arrivés d’Angleterre ou Gibraltar à Québec étaient remorqués dans le fleuve jusqu’à Montréal où leur cargaison était transférée sur des bateaux plus petits si elle était destinée au Haut-Canada.

La Minerve, 10 juin 1833

Le John Bull avait échoué plusieurs vaisseaux en entrant dans le port de Montréal et un pilote semble rejeter la faute sur son capitaine.

La Minerve, 13 juin 1833

Le navire a encore dû suspendre son service pour réparations le 19 juin jusqu’à la fin septembre.

La Minerve, 19 septembre 1833 – Le John Bull qui était arrété au port depuis le 19 Juin, a enfin completé ses réparations et partira pour Québec samedi soir.

Lord Aylmer gouverneur-général de l’Amérique du nord appréciait le confort du John Bull pour ses voyages entre Québec, Sorel et Montréal. C’était à la fois un navire de luxe, un remorqueur et un transport pour les immigrants.

The Quebec gazette, 18 octobre 1833

En 1834 la limite du nombre d’émigrés que les navires pouvaient transporter avait été levée. Le John Bull en avait transporté 600 puis 700 en un seul voyage au lieu de la limite de 300. Il fallait les transporter le plus vite possible pour ne pas surpeupler la station de quarantaine et la basse ville de Québec.

L’ami du peuple, 24 mai 1834 – Depuis une semaine nos quais présentent une activité en grande partie due au débarquement et rembarquement des Émigrés qui poursuivent leur route vers le Haut-Canada. Le John Bull transorta à Montréal, à son dernier voyage, six cents émigrés; le Voyageur en transporta quatre cents et le Patriote deux cents. Le total arrivé jusqu’à hier l’après-midi s’élevait à 4,000, et l’on savait qu’il s’en trouvait plus de 1,000 à la Grosse Ile.

The Quebec gazette, 4 juillet 1834 – The steamer John Bull took up seven hundred streerage passengers last night. The fare was half a dollar.

La Minerve, 19 janvier 1835 – Le John Bull, qui a éte construit pour la compagnie du St. Laurent, et qui n’a pas coûté moins de 24.000 livres, quoiqu’il ait été presque laissé à l’ancre pendant plus de trois ans, ce qui donne à penser qu’ils n’en avaient pas besoin, et que leur motif était seulement d’éteindre l’opposition. Ce Steamboat est sans contredit le plus beau de l’Amérique du Nord.

L’ami du peuple, 1er juillet 1835 – Le John Bull est arrivé de Québec hier matin à 11 heures, avec 60 passagers de la chambre et 234 passagers d’entrepont. On a tout lieu de se féliciter de la santé des émigrés jusqu’à ce jour.

Le 10 juillet il transportait 700 émigrés et 70 passagers de chambre dont la majorité étaient des touristes américains. L’épidémie de choléra était oubliée.

L’ami du peuple, 11 juillet 1835

L’ami du peuple, 15 juillet 1835 – Le John Bull arrivé samedi matin, remorquant deux berges et un schooner, avait à bord 50 passagers de chambre et 320 d’entrepont. La santé des émigrés est toujours excellente.

Le gouverneur-général Lord Aylmer comme plus tard son successeur Lord Durham naviguait presque exclusivement sur le John Bull.

The Quebec gazette, 3 août 1835

L’ami du peuple – 1er août 1835: Le John Bull est arrivé à Montréal jeudi soir avec 214 passagers. Il remorquait le steamboat Le Voyageur. 8 août 1835: Le John Bull est arrivé de Québec, jeudi à trois heures, remorquant le Royal William, la barque Mary, et deux schooners.

L’Honorable John Molson père s’était retiré des affaires et habitait l’île Ste-Thérèse située en face de Varennes et Boucherville où il avait établi une ferme modèle. Il faisait encore partie du Conseil Législatif lors de son décès le 11 janvier 1836. Dans cet éloge funéraire sa brasserie est rapidement évoquée alors que son importance comme fondateur de la navigation à vapeur dans les provinces britanniques est mise de l’avant. Il avait fait construire au coût de 22.000 livres un des plus grands et splendides bateaux à vapeur dans le monde, le John Bull.

The Quebec gazette, 15 janvier 1836

La traversée du lac St-Pierre était difficile avant qu’un chenal soit dragué à partir de 1844. Il n’y avait qu’une dizaine de pieds de tirant d’eau au maximum et de nombreux bancs de sable à éviter.

L’ami du peuple, 22 octobre 1836 – Le John Bull est arrivé hier de Québec. Il avait amené l’Esther jusque dans le Lac, où elle s’est échouée. On ne pourra la dégager qu’en lui enlevant une partie de sa cargaison.

The Quebec gazette, 19 juillet 1837 – Wheatly, hence for Newcastle, returned to port yesterday in tow of the steamers British America and John Bull, both of them having run ashore on Red Island. Les 2 navires s’étaient échoués sur l’île Rouge en face de Tadoussac(?).

Le John Bull et les rébellions de 1837-1838

John Molson fils s’est fait remarquer dès le début de la rébellion en 1837. Le 17 novembre il avait été à St-Jean pour arrêter 2 chefs patriotes à la tête d’un groupe de volontaires de la Royal Montreal Cavalry. En revenant par Longueuil ils avaient été attaqués par un groupe de 200 patriotes qui avaient libéré les prisonniers. Une balle avait transpercé son chapeau.

John Molson le jeune – The Molson family

Les bateux-vapeurs de la compagnie Molson se sont mis au service de l’armée anglaise pour transporter des renforts et des armes aux points névralgiques.

Le Populaire, 20 octobre 1837 – La compagnie légère du 66ème régiment, sous le commandement du capitaine Crompton, devait partir jeudi soir pour Sorel, sur le bateau à vapeur John Bull.

The vindicator, 27 octobre 1837 – The light company of the 66th regiment, with Capt. Crompton and Lieut. Lord Cochrane, go up this evening to Sorel in the steamer John Bull. Two other companies of‘the 66th, and two of the 83rd, with some pieces of ordnance, will leave early in the beginning of next week for Carillon, on the Lake of the Two Mountains, Three Rivers, William Henry and Chambly. Twenty-four horses, for the use of the Artillery stationed at Montreal, went up on Monday evening last. The Company of the 66th embarked this afternoon at five o’clock, and were accompanied to the wharf by the Band of the Regiment. The steamer leaves at seven o’clock.

La gazette de Québec, 28 novembre 1837

Lors de la bataille de Saint-Denis le 23 novembre les munitions qui devaient être amenées à bord du Varennes ne sont pas arrivées et la troupe a dû retraiter face à un groupe de patriotes. Le Saint George fut immédiatement expédié de Sorel à Montréal, où il arriva vendredi soir avec le capitaine Markham, le député-shérif, le magistrat Leclerc, et MM. Molson et le docteur Johnson, de la cavalerie... Le Varennes est revenu à Sorel sans avoir pu débarquer les vivres et munitions dont il était chargé pour l’expédition du colonel Gore, il n’a été sauvé que par la présence d’esprit et la fermeté de M. le commissaire Leggatt, qui était à bord et qui empêcha le capitaine de l’échouer et livrer aux rebelles qui tiraient sur lui.

Les patriotes ont été vaincus à Saint-Charles le 25 novembre et la répression a commencé. Le John Bull amenait des armes et des munitions depuis Québec.

La gazette de Québec, 28 novembre 1837

L’ami du peuple, 29 novembre 1837 – Le British America a apporté dans cette ville, samedi soir, trois mille armements complets. On attend à tout heure le John Bull avec d’autres armes, des munitions, des canons et des troupes.

Le Populaire, 1er décembre 1837 – Trois compagnies du 32ème régiment, une du 83e, un détachement d’artillerie, et un détachement de cavalerie volontaire, sous le commandement de l’hon. colonel Gore, partirent hier dans les bateaux-à-vapeur Varennes et John Bull pour Sorel. Leurs ordres sont d’aller à St. Denis, pour s’assurer si tout est tranquille.

La gazette de Québec, 5 décembre 1837

Le John Bull et le Varennes avaient amené des renforts de troupe vers le Richelieu. Ces forces réunies marcheront, dit-on, sur St-Denis avec une artillerie formidable et parcourront probablement les six comtés pour y abattre entièrement la rébellion. Il est peu probable qu’elles trouvent de la résistance, la leçon de St-Charles a rendu les habitants sages.

La gazette de Québec, 9 décembre 1837

Le corps de troupes parti pour St-Hyacinthe… a été transporté en cette ville par le John Bull qui l’avait attendu à St-Ours.

Le canadien, 11 décembre 1837

Des prisonniers ont été ramenés par le John Bull de Sorel à la prison de Montréal: J. S. La Roque, Bonaventure Viger, J. B. Sénécal, J. Bte. Lafontaine, Louis Charbonneau, Joseph Landry dit Grandie, Julie Regnier, Michael Arguel et David Leaun. Le Varennes en a transporté d’autres…

Le Populaire, 11 décembre 1837

Le gouverneur-général Lord Durham a été nommé pour venir enquêter sur la situation au Bas-Canada après la rébellion de 1837; il est arrivé à Québec le 29 mai 1838. Comme son prédécesseur il voyageait à bord du John Bull pour ses voyages sur le fleuve entre Québec, Sorel et Montréal. Il préférait séjourner dans le confort du navire lors des escales.

L’ami du peuple, 4 juillet 1838 – Le comte et la comtesse de Durham et leur famille et suite doivent partir de Québec dans le John Bull aujourd’hui et seront probablement ici demain. Lord Durham passera dit-on trois ou quatre jours ici puis se rendra dans le Haut-Canada….

The Quebec gazette, 4 juillet 1838 – His Excellency the Governor General, the Countess of Durham and their suites, embarked this day at one o’clock, on board the John Bull steamer, which proceeded immediately for Montreal.On Monday the Brigantine Consolation, Allen of Halifax, came into collision with the steamer John Bull, and suffered some trifling damage.

L’ami du peuple, de l’ordre et des lois, 7 juillet 1838

Le fantasque, journal satyrique, se moquait du John Bull loué 100 louis par jour par le gouverneur pour ne rien faire alors que c’était le navire le plus puissant du St-Laurent.

Le fantasque, 11 août 1838

Dîner Vice-Royal – Lord Durham organisait des repas somptueux à bord du John Bull. À Montréal le bateau était stationné au milieu du fleuve vis à vis l’île Ste-Hélène.

Le Populaire, 22 août 1838

Le Comte de Durham, dont on espérait tant, a été pesé dans la balance et il s’en est trouvé beaucoup de moins qu’on ne s’y attendait. En fait rien n’a été fait par lui, si ce n’est de singer la splendeur vice-Royale et de prodiguer des milliers de louis par jours. Les dépenses occasionnées par son voyage vers le Haut-Canada ont été comptabilisées, la plus importante était pour les gages du John Bull, 1.780 livres. Les dépenses somptueuses des gouverneurs généraux étaient déjà critiquées par les journalistes!

Le Populaire, 27 août 1838

Que fait Lord Durham se demande-t-on à Québec, Montréal, dans toute la province et même aux États-Unis? Lord Durham faisait du tourisme à bord de son John Bull et ça coûtait cher aux contribuables.

L’ami du peuple, 29 août 1838

Lord Durham est reparti faire son rapport en Angleterre à la fin octobre et les troubles ont aussitôt recommencés.

L’ami du peuple, 3 novembre 1838 – Mouvements de troupes, le 93ème régiment écossais est arrivé en cette ville mercredi par le John Bull et reparti immediatement pour le Haut Canada.

Le canadien, 7 novembre 1838 – Voici les nouvelles qu’a apportées le John Bull arrivé la nuit dernière, et reparti ce matin avec deux compagnies de gardes. Les hussards avaient réussi a repousser les Insurgés jusqu’à St. Jean. Le 24ème Régiment avait délogé tous ceux qui étaient de l’autre côté. Les Volontaires gardaient la ville et tout y était tranquille.

Le John Bull a navigué jusqu’au mois de décembre pour transporter des troupes malgé la glace qui avait commencé à prendre. Le John Bull a fait honneur au nom qu’il porte.

The Quebec gazette, 26 novembre 1838

L’Honorable Mr. Molson propriétaire du bateau est monté à bord et par sa présence a encouragé les efforts et la confiance de chacun.

Le canadien, 26 novembre 1838 – Le John Bull arrivé ce matin de Montréal, d’ou il était parti Samedi soir, doit aller se mettre en hivernage au Beaume de M. Black, au Foulon. C’est avec beaucoup de peine qu’il a pu se frayer une route au milieu des glaces, dont il a rencontré une grande quantité, surtout au Saut de la Chaudière.

L’ami du peuple, 5 décembre 1838 – On pense que le John Bull va tenter le voyage de Québec ici, avec les 1ères compagnies du 65e. La glace qui embarrassait le fleuve à disparu depuis que le temps s’est adouci.

Joseph-Narcisse Cardinal et Joseph Duquet ont été exécutés le 21 décembre. Le 18 janvier Pierre-Théophile Decoigne, François-Xavier Hamelin, Joseph Robert et les frères Charles et Ambroise Sanguinet ont été conduits à l’échafaud à la prison du Pied du Courant qui se trouvait à côté de la brasserie Molson.

La gazette de Québec, 22 janvier 1839
Henri Julien – Archives du Canada

John‑George Lambton, baron Durham, a déposé son rapport au Parlement à Londres le 11 février 1839. Les Canadiens s’attendaient à le voir prendre leur défense et reconnaître la justesse de plusieurs de leurs revendications pour une meilleure administration mais son rapport attribuait les troubles à un conflit irréductible entre les nationalités française et anglaise. La seule solution était d’assimiler les Canadiens français afin de faire disparaître leur société caduque et stationnaire, ce peuple sans histoire et sans littérature et dénué de tout ce qui peut donner de la vigueur et de l’élévation à un peuple.

Lord Durham – Archives du Canada

Les rebelles avaient été réprimés et la vie a repris son cours. Au début de la saison de navigation de 1839 le John Bull a de nouveau été actif, remorquant de nombreux bateaux.

L’ami du peuple, 27 avril 1839 – Le John Bull, premier bateau à vapeur arrivé de Québec cette saison, est monté dans notre port mercredi soir.

The Quebec gazette, 10 juin 1839 – The John Bull came into port this afternoon about three o’clock with The Rainbow and Lord Althorp in tow, and immediately after returned to the foot of the Current for the Energy and the Eliza. I believe she towed them all from Quebec. The steamer John Bull, arrived on Saturday morning from Montreal, had in tow, ships Canada, and Douglas, and bark Arabian, also three barges deeply laden.

Les membres du Conseil Exécutif chargés de juger les prisonniers politiques à Montréal étaient retournés à Québec à son bord lors de son dernier voyage (?) avant son naufrage.

La gazette de Québec, 11 juin 1839 – Le conseil exécutif, convoqué par Son Excellence le gouverneur en chef pour examiner la manière de disposer des prisonniers politiques actuellement en prison, a terminé ses travaux et les membres résidents à Québec sont partis jeudi soir, par le John Bull. Le Courier annonce qu’on dit que la résolution a été prise de transporter à la Nouvelle Galles du Sud 70 à 80 de ces prisonniers; nous croyons que le nombre de ceux qui subiront cette peine est moindre et qu’il ne se montera que de 50 à 60.

Le naufrage du John Bull devant Lanoraie

Le John Bull a pris en feu et fait naufrage dans la nuit du 9 au 10 juin devant Lanoraie; il venait de Québec et avait fait escale à Sorel. C’est le journal Montreal gazette qui a le premier rapporté la nouvelle du naufrage dans son édition du 11 juin. Après avoir raconté les circonstances du naufrage le journal a accusé les riverains de Lanoraie d’avoir profité de la détresse des naufragés pour leur extorquer de l’argent, leur voler leurs biens et leurs bijoux. La numérisation du journal n’est pas bonne, l’article a été retranscrit et traduit par Gilles Laporte.

Montreal gazette, 11 juin 1839

C’est avec encore plus de tristesse que de colère que nous sommes obligés de signaler que la conduite des habitants canadiens envers les malheureux passagers du John Bull fut du genre à jeter le plus extrême discrédit sur leur ancienne réputation de mansuétude, de bienveillance et d’hospitalité. On ne put les convaincre d’apporter la moindre aide sans les avoir auparavant assurés du paiement d’une somme supérieure à toute compensation raisonnable; et quand ils mirent finalement leurs canots à l’eau, c’était de toute évidence bien plus pour se livrer au pillage que pour sauver des vies et des biens. Exemple de leur mauvaise conduite: à un gentleman qui s’accrochait à la poupe du John Bull et qui appelait les occupants d’un canot à son aide, ils refusèrent cruellement de le sauver à moins qu’il ne promette de leur donner dix dollars. Un autre passager qui demandait un verre d’eau se vit répondre méchamment qu’il y en avait plein le fleuve. Et, véritable scandale, on rapporte qu’ils étaient si assoiffés de pillage qu’ils arrachèrent les boucles d’oreilles de lady Ross. Une grande quantité de bagages et d’autres articles qui flottaient autour de l’épave furent plus tard retrouvés cachés.

Le 12 juin les journaux francophones ont commenté la nouvelle à leur tour. Le John Bull transportait 60 passagers d’entrepont et 12 passagers de cabine, il remorquait deux bâtiments, le Dryope et le Young Queen. Entre 3 et 4h du matin le feu aurait pris dans la chambre de l’ingénieur.

L’ami du peuple, 12 juin 1839

Le capitaine Vaughan avait eu la présence d’esprit de diriger le navire droit vers la rive en direction de Lanoraie. Dans la panique qui s’en était ensuivie, plusieurs passagers s’étaient jetés à l’eau alors que ceux qui étaient restés à bord avaient pu être secourus. Les 2 navires en remorque avaient aidé au sauvetage. Plusieurs cadavres avaient été retrouvés au bord du fleuve, le nombre de victimes a d’abord été estimé à 30 ou 40.

L’ami du peuple, 12 juin 1839

Faute de pouvoir les vérifier tous les journaux ont d’abord repris les informations publiées par la Montreal gazette qu’ils pensaient véridiques. Il nous reste un bien triste devoir à accomplir devant lequel cependant nous ne croyons pas devoir reculer parce qu’il est essentiel de flétrir l’égoisme et la démoralisation si rares chez nos canadiens mais qui paraissent avoir prévalus parmi les habitants de la côte pendant cette déplorable scène. Il paraît que beaucoup d’entre eux étaient dans des bateaux, et que loin de porter secours aux naufragés, comme l’humanité semblait devoir le leur commander, des sentiments bien condamnables les animèrent…

La Quebec gazette reproduisant un article du Montreal Courier du 11 juin a rapporté les circonstances du naufrage sans faire aucune mention d’exactions commises par les habitants de Lanoraie.

The Quebec gazette, 12 juin 1839

Dans le journal tory Quebec Mercury du 13 les accusations contre les habitants de Lanoraie ont été répétées en en rajoutant. Ils avaient agi avec une barbarie dont les sauvages eux-mêmes auraient eu honte. Il y aurait eu environ 8 ou 10 victimes, des émigrants naviguant sur le pont supérieur, le second ingénieur et une passagère de cabine, Miss Ross. Après que les passagers aient été débarqués les canadiens avaient refusé de fournir des cercueils pour les morts avant de savoir qui allait payer ou de ravitailler les rescapés.

The Quebec mercury, 13 juin 1839

Les journaux francophones ont d’abord cru que ces accusations étaient fondées et ils ont maladroitement essayé de les justifier en rappelant les actes barbares commis par l’armée britannique pour réprimer les rebelles en 1837 et 1838.

Le canadien, 14 juin 1839

Les journaux rapportent de nouveaux traits d’inhospitalité de la part des gens de l’endroit où le John Bull a fait naufrage… Les journaux Tory attibuent cela aux leçons démoralisantes qu’ils ont reçues depuis peu… Les Maîtres qui les ont perverti sont ceux qui dans le Nord du district de Montréal en 1837 et dans le Sud en 1838 ont renouvelé les scènes de dévastation, de cruauté et de pillage qui étaient inconnues à ce pays depuis qu’ont cessé les incursions des tribus sauvages ennemies… A-t-on seulement désavoué les actes de brigandage commis dans nos campagnes.

Mais de nouvelles informations arrivaient venant contredire les affirmations des journaux tories. Mlle Ross avait été rescapée et transportée dans une maison de Lanoraie où elle était décédée. Ses pendants d’oreilles ne lui avaient pas été arrachés alors qu’elle flottait dans le St-Laurent, Mme Lafontaine les lui avait otées après le constat de son décès et mises en sûreté pour être rendues à sa famille.

Le canadien, 14 juin 1839

Le journal tory Quebec mercury s’offusquait de ce que Le Canadien ait pu établir un parallèle entre les actes de brutalité et de pillage des canadiens de Lanoraie et l’incendie des maisons dans les cantons révoltés par les troupes l’année précedente. Les rebelles avaient mérité leur sort.

The Quebec mercury, 15 juin 1839

Hypocritement Le Canadien se réjouissait de la catastrophe qui avait détruit un bateau-vapeur britannique et du pillage qui avait suivi; il encourageait en plus ses lecteurs à recommencer si l’occasion se représentait.

The Quebec mercury, 15 juin 1839

Les journaux tories avaient même décrit une conspiration visant à incendier criminellement le John Bull pour détruire une propriété anglaise. Le deuxième ingénieur, le chauffeur et un matelot avaient disparu dans le naufrage, ils étaient sans doute morts. Ils auraient été arrêtés à Sorel ou à la frontière alors qu’ils s’enfuyaient après avoir réussi leur attentat.

L’ami du peuple, de l’ordre et des lois, 15 juin 1839

De l’ensemble de tous ces faits nous devons croire, et le public doit penser, qu’il a existé un désir bien condamnable de profiter d’une circonstance malheureuse pour calomnier horriblement une origine qui déplait tant à certaines personnes.

Peu à peu les témoignages et les enquêtes ont démontré que le pillage rapporté par les journaux tories était pure invention. Les habitants de Lanoraie réveillés en pleine nuit à 3 heures du matin avaient sorti leurs canots pour aider les rescapés et recueillir les blessés pour les soigner. Ils avaient repêché les bagages non pas pour les voler mais pour les rendre à leurs propriétaires.

Les actes de brutalité et de pillage, que l’on a reproché aux habitants de Lanoraie dans les environs du lieu du naufrage du John Bull, vont bientôt se réduire à rien.

Le canadien, 17 juin 1839

Décidément on ne veut rien voir de bon dans la conduite des Canadiens. On va jusqu’à interpréter d’une manière ingrate et méchante, les actes les plus louables et les plus généreux. Tout sied quand il s’agit de rendre odieux un peuple dont l’on a juré la perte.

Le canadien, 17 juin 1839

Cinq personnes ont osé se parjurer de la manière la plus infâme, pour donner des affidavits de faits qui n’ont jamais existé…

L’ami du peuple, 19 juin 1839

Après enquête la situation s’est inversée et ceux qui avaient fait de faux témoignages ont été poursuivis. Thomas Hall qui avait inventé l’histoire du second ingénieur qu’il aurait arrêté près de la frontière alors qu’il tentait de s’enfuir a été condamné à 15 jours de prison.

Le canadien, 19 juin 1839

Le capitaine Comeau de la police de Montréal a été chargé d’enquêter sur les circonstances du naufrage. Messieurs Cuthbert, Morrison et McBean magistrats de Berthier, Mr Ogden sheriff de Trois-Rivières avaient désavoué les accusations portées contre les habitants de Lanoraie.

The Quebec gazette, 19 juin 1839

Des bruits ayant circulé, à Montréal, sur des procédés inhumains et un pillage révoltant, qui auraient eu lieu, par les habitants des bords du fleuve, lors du malheureux événement de l’incendie du bateau à vapeur John Bull, je me rendis avec promptitude à Lanoraie, conformément à vos ordres du 10 courant, afin d’examiner personnellement les choses et de faire une scrupuleuse enquête sur les circonstances de cette affaire, de m’informer de la conduite des habitants avoisinant le lieu du naufrage, dans cette pénible circonstance, et de faire restituer les objets qui en auraient pu être soustraits, si tel avait été le cas… les habitants de cette partie du pays ne peuvent avoir donné plus d’assistance qu’ils ne l’ont fait réellement dans cette circonstance… Je ne pus découvrir que la moindre difficulté eût été éprouvée par aucun passager pour recouvrer ses effets; mais je suis convaincu, au contraire, que les habitants furent animés par les motifs les plus desintéressés, les plus honnêtes, les plus honorables, les plus humains. Dans toutes les instances, ils remirent non seulement ce qu’ils avaient sauvé du naufrage avec une fidélité srupuleuse, mais encore ils rendirent tous les services qui furent en leur pouvoir…

Alex. Comeau capitaine de police

The Quebec gazette, 21 juin 1839

James Cuthbert junior, fils de Ross seigneur de Lanoraie, avait donné 5 livres pour le secours des victimes et déclaré que la conduite des habitants avait été bonne et digne de louanges. Le Herald et la Montreal gazette continuaient malgré tout à affirmer que leurs accusations n’avaient pas été contredites. Et en 2017 la Montreal gazette n’avait toujours pas changé son discours et republiait la même histoire calomnieuse: John Bull est têtu!

L’ami du peuple, 22 juin 1839

C’est avec autant de chagrin que de surprise que nous voyons notre collègue (de la Montreal gazette) torturer ses facultés compréhensibles pour laisser encore poser sur les habitants de la côte quelques uns des soupçons que les fausses déclarations de quelques misérables étaient parvenues à répandre dans le public.

L’ami du peuple, 22 juin 1839

Deux semaines après le naufrage un journal du Haut-Canada, le Colonist, révélait un complot pour la destruction de tous les bateaux à vapeur du fleuve St-Laurent. Nous ne désespérons pas que le conte en question lorsqu’il sera rendu à la Nouvelle-Orléans ou à Londres ne se trouve être une parfaite St-Barthélémy de bateaux à vapeur.

Le canadien, 26 juin 1839

Les débris du John Bull ont été relevés et remorqués à Sorel, ses mouvements avaient été vendus à une maison de New-York. M. Molson a annoncé qu’il allait mettre en chantier un autre bâtiment à vapeur encore plus grand pour le remplacer.

Le canadien, 24 juillet 1839

Monsieur Thompson qui avait perdu 2.900 livres en billets de banque a pu les récupérer. Le Eagle avait remorqué la coque du John Bull à Sorel, la machinerie et les roues avaient été chargées sur 2 barges tirées par le Canada.

The Quebec gazette, 24 juillet 1839 – Letters were received this morning by the Charlevoix, that the trunk of Mr. Thompson, of the Neapean, in which were £2,900, has been found among the wreck of the John Bull, uninjured by fire. The notes although saturated with water retain their full value and will be exchanged by the Bank. The Eagle left this afternoon for the purpose of towing the hull of the John Bull to Sorel.The Canada went down to Sorel yesterday and returned this morning with two barges loaded with the cylinders and other parts of the machinery of the John Bull.

Carte du Québec

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