Catégorie: Histoire de Lanaudière
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Alphonse Durand excommunié en 1912

Alphonse Durand a été un des grands architectes de Joliette, membre influent de l’élite locale. Pourtant, selon le journaliste Marcel Ducharme, il aurait été excommunié par l’évêque de Joliette Mgr Archambault en 1912 car il était franc-maçon. Il y a de nombreuses plaques commémoratives devant des bâtiments de Joliette qui mentionnent son nom et racontent son histoire sans jamais rapporter cette excommunication, j’ai cherché à en savoir plus.

Alphonse Durand franc-maçon

C’est dans l’album souvenir des 30 ans du journal L’Action (novembre 2003) que j’ai trouvé cet article de Marcel Ducharme sur le grand architecte de Joliette Alphonse Durand:

Album souvenir des 30 ans du journal L'Action (novembre 2003)

Alphonse Durand l’architecte

Alphonse Durand est né à Joliette en 1858 dans une famille modeste. Ses parents ont acheté en 1867 une maison située au coin des rues St-Barthélémy et Notre-Dame. Son père était maçon et plasteur et il a construit plusieurs maisons de Joliette, le 28 mars 1868 pour Joseph Coutu sellier, par exemple.

Le 25 novembre 1869 Isidore Durand plâtrier de la ville de Joliette a acheté un emplacement de 60 pieds de front depuis la rue Notre-Dame tenant à la rue St-Barthélémy et à un emplacement qu’il possédait déjà. Il en a hérité par la suite et c’est sans doute Alphonse Durand qu’on voit avec Marie Schwerer et un autre couple sur le balcon de la maison voisine qu’il a achetée en 1890 et rénovée dans le style alsacien.

Coin Notre-Dame et St-Barthélémy
Coin Notre-Dame et St-Barthélémy (SHJL)

Alphonse a eu la chance d’étudier au collège des Clercs de St-Viateur de Joliette où il a rencontré le père Joseph Michaud, autre grand architecte de la ville. En 1884 il a d’abord travaillé avec son professeur pour diriger les travaux de l’École Industrielle

L'École Industrielle
Joliette Illustré 1893

Puis en 1887 A. Durand a obtenu le contrat de construction du bâtiment destiné à la station à pompes et à l’hôtel de ville de Joliette. Les plans du bâtiment montrent son talent d’architecte.

La station des pompes

Le 10 août 1887 Alphonse Durand architecte et entrepreneur de bâtiments a conclu un marché avec la Corporation de la Ville de Joliette pour faire tous les ouvrages de creusage, maçonnerie, pierre de taille, brique, charpente, menuiserie, peinture, ferrure, vitrage, enduits pour la construction d’une station de pompe sur la place Bourget à l’emplacement de l’ancienne conformément aux plans (8 pages) et devis (12 pages) annexés dressés par A. Durand pour 7.500 piastres.

Bruno Hébert dans un article intitulé Joliette et les beaux-arts a raconté brièvement son histoire. Vers 1891 jusqu’en 1901 il serait parti avec son épouse Marie Schwerer à l’aventure autour du monde.

Cette biographie semble très farfelue puisque A. Durand a commencé à construire des maisons de prestige à Joliette vers 1896 et qu’on trouve de nombreuses mentions de sa présence à Joliette et Montréal à cette époque dans les archives.

Lire: Alphonse Durand et Marie Schwerer artistes entrepreneurs

Le 13 février 1902 la Corporation Episcopale Catholique de Montréal a vendu à Marie Schwerer épouse séparée en biens de Alphonse Durand architecte et entrepreneur de Joliette qui l’autorise à l’effet des présentes les lots 265-1, 265-2, 265-3 et 265-4 sur la rue Notre-Dame au coin de Gaspard pour 27 piastres de rente foncière perpétuelle. Madame Schwerer s’engageait à construire une maison d’au moins 500 piastres d’ici un an sur le lot 265-1.

Deux maisons construites par le couple Schwerer-Durand existent encore sur ces lots, la résidence Schwerer-Durand au 780 rue Notre-Dame et la résidence Jean-Baptiste Fontaine au 792-794 rue Notre-Dame.

Résidence Schwerer-Durand

Alphonse Durand et son épouse Marie Schwerer ont d’abord été sculpteurs; ils ont travaillé ensemble au rétable de la chapelle du Sacré-Coeur du Séminaire de Joliette.

Alphonse Durand et Marie Schwerer vers 1900

Alphonse Durand a ensuite connu une brillante carrière en association avec sa femme Marie Schewer, sculptrice d’origine française. Ensemble ils ont fait les plans d’une vingtaine de maisons pour l’élite joliettaine naissante.

Quelques unes de ces maisons existent toujours et font partie du patrimoine de Joliette, lui donnant son cachet si particulier. La maison qu’ils se sont fait construire au coin des rues Notre-Dame et Gaspard est toujours bien entretenue:

Alphonse Durand a travaillé pour la bourgeoisie joliétaine mais aussi pour la ville de Joliette, l’évêché, les Clercs de St-Viateur, les gouvernements provincial et fédéral. Jusqu’en 1912 quand Mgr Archambault l’aurait excommunié comme franc-maçon.

Joseph-Alfred Archambault premier évêque de Joliette

Mgr Archambault
BANQ

Mgr Archambault premier évêque de Joliette était le fils du ministre de l’Agriculture et des Travaux publics Louis Archambault. Nommé évêque de Joliette en 1904, il partit en guerre en 1907 contre un médecin de St-Gabriel de Brandon, Albert Laurendeau. Celui-ci était un scientifique respecté qui cherchait à moderniser la société québécoise en séparant la science de la religion.

En mars 1907, il déclencha une très longue controverse en exposant de façon officieuse la doctrine évolutionniste moderne à ses collègues de la Société médicale du district de Joliette.

Un médecin et son évêque

Dans une encyclique de 1907 le pape Pie X avait déclaré que les théories scientifiques de l’évolution étaient fausses et contraires à l’orthodoxie, il fallait les bannir ainsi que toute idée de modernité. Mgr Archambault était un soldat obéissant et il a aussitôt pris les choses en main dans son diocèse.

Un franc-maçon excommunié en 1911

Courrier de St-Hyacinthe 29 avril 1911
Courrier de St-Hyacinthe 29 avril 1911

A. Laurendeau s’est rétracté et a écrit une lettre de soumission à son évêque que celui-ci s’est empressé de publier dans la presse locale. Il n’a pas été excommunié. Mgr Archambault est mort en 1913 et A. Laurendeau a pu continuer ses conférences sur la séparation nécessaire entre la science et la religion, tout en étant plus discret.

Mais il y a bien eu une excommunication à Joliette en 1911. Le nom du paroissien est resté anonyme mais j’imagine que tout le monde à Joliette devait savoir de qui il s’agissait.

J’ai eu beau chercher je n’ai pas trouvé trace de l’excommunication d’Alphonse Durand en 1912 dans les archives. Marcel Ducharme s’est peut-être trompé d’une année et le paroissien anonyme serait Alphonse Durand? C’est bien possible, sa carrière était assez florissante pour qu’il puisse se permettre d’être indépendant d’esprit en défiant les autorités religieuses.

L'Étoile du Nord 24 août 1916
L’Étoile du Nord 24 août 1916

En fait il a continué sa carrière. Dans L’Étoile du Nord du 24 août 1916 on apprend qu’il a reçu un contrat du gouvernement du Québec pour agrandir le palais de justice de Joliette. Il a aussi travaillé à celui de Trois-Rivières. Ce serait curieux qu’un excommunié notoire ait pu continuer à bénéficier de contrats des autorités publiques mais on ne sait jamais.

Alphonse Durand est décédé en 1937, un an après sa femme Marie Schewer. Les journaux ont publié des articles faisant son éloge, il n’y est pas fait mention d’une quelconque excommunication ni d’une mise à l’écart de la bonne société.

L’Étoile du Nord, 18 mars 1937

Marie Schwerer est décédée le 7 mars 1936 et Alphonse Durand le 10 mars 1937 à 78 ans. Ils s’étaient mariés le 6 novembre 1883 (pas en 1881). Alphonse Durand a demandé à être incinéré à son décès, c’est le seul fait qui pourrait laisser penser qu’il était franc-maçon. Mais en 1937 ce n’était plus une demande exceptionnelle même si elle était encore rare chez les catholiques.

Maison Roland Magnan
Panneau historique – Maison Roland Magnan

Il me semble que Joliette a connu une époque où elle était une ville plutôt libérale, où les arts et la philosophie étaient très vivants. Ce n’est qu’à partir de 1904 à son arrivée comme évêque que Mgr Archambault a resserré la vis et commencé la chasse aux francs-maçons et aux libres penseurs. Excommunier un paroissien ce n’était pas courant, c’est le dernier recours de l’évêque.

Alors que l’Institut de Montréal s’était attiré les foudres du clergé, celui de Joliette semble s’être fait avec l’aide et la participation tacite du clergé local. L’architecte du bâtiment était Joseph Michaud c.s.v. le professeur d’Alphonse Durand.

Les trésors des fabriques du diocèse de Joliette
Les trésors des fabriques du diocèse de Joliette – W. Corbeil

Lire: Monument historique à vendre, l’Institut de Joliette

Une belle maison sur le boulevard Manseau

Cette maison sur le boulevard Manseau au coin de la rue Ste-Angélique est parfaitement entretenue avec un beau grand jardin autour. C’est un exemple typique des réalisations du couple Schwerer-Durand.

Réalisation du couple Schewer-Durand
Réalisation du couple Schewer-Durand
Réalisation du couple Schewer-Durand
Réalisation du couple Schewer-Durand
Réalisation du couple Schewer-Durand
Réalisation du couple Schewer-Durand
Réalisation du couple Schewer-Durand
Résidence Vincent, Joliette
Résidence Vincent, Joliette (BANQ)

Lire: La résidence Schwerer-Durand

Carte du Québec

2 réflexions au sujet de “Alphonse Durand excommunié en 1912”

  1. Je doute que monsieur Durand soit né où est le dépanneur Karam.Sur l’ évaluation de la ville cette maison aurait été construite en1895.

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    • J’ai corrigé le texte en écrivant qu’il est né dans une maison située au coin des rues Notre-Dame et St-Barthélémy, là où se trouve le dépanneur Karam aujourd’hui. C’est vrai qu’il n’y a plus beaucoup de maison datant de 1858 à Joliette, je crois qu’il n’y a que l’Institut sur la rue Manseau et une vieille maison de la rue Lavaltrie. Merci d’avoir fait la remarque.

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