Catégorie: Histoire de Lanaudière
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La succession de Barthélémy Joliette

Barthélémy Joliette administrait la seigneurie de Lavaltrie à sa façon et en 1850 quand il est décédé sa succession a hérité d’une situation très complexe. Une partie des biens seigneuriaux était en propriété indivis et ils avaient servi de caution pour la construction du train. De son vivant personne n’osait l’affronter, sa veuve Charlotte Tarrieux Taillant DeLanaudière a dû rendre les comptes à sa place.

Barthélémy Joliette siégeait au Parlement et il serait tombé malade lors de l’incendie du Parlement à Montréal le 25 avril 1849. Se sentant proche de la fin B. Joliette a été avec son épouse Marie-Charlotte chez le notaire en février 1850 pour faire donation de l’église et du collège qui leur appartenaient personnellement à la Paroisse et aux Clercs de St-Viateur avec deux grandes terres à développer: Les donations des époux Joliette.

Barthélémy Joliette est décédé le 21 juin 1850.

La veuve Joliette (Musée d’Art de Joliette)

Protêt et sommation par Joseph Eno

Le 23 janvier 1851 le sieur Joseph Eno dit Deschamps, cultivateur de L’Industrie, a déposé un protêt et une sommation au nom de sa femme Véronique Gordon, épouse en première noce de Pierre-Paul Tarieu DeLanaudière et héritière d’une part de la seigneurie de Lavaltrie. Antoine Toussaint Voyer, époux d’Angélique Tarieu de Lanaudière, était le curateur de la succession et Barthélémy Joliette aurait encaissé des commissions auxquelles il n’avait pas droit.

Almésine DeLanaudière, fille de Pierre-Paul, étant décédée, ses biens étaient revenus à sa mère Véronique Gordon qui voulait examiner les livres de comptes. B. Joliette aurait fait payer la cloche de l’église du village à sa fille mineure sans demander la permission.

Sommation et réquisition par Edouard Scallon

Le 16 janvier 1852 Edouard Scallon agissant comme représentant de la veuve de Barthélémy Joliette a déposé une sommation à Peter-Charles Loedel, co-seigneur de Lavaltrie, pour qu’il lui remette tous les livres, papiers terriers, titres, actes, pièces et documents concernant l’administration de la seigneurie de Lavaltrie.

Sommation et notification par A. T. Voyer

Le 18 juin 1852 Antoine T. Voyer a répliqué par une sommation et notification à Edouard Scallon. Son épouse Angélique de Lanaudière était propriétaire de 1/6 indivis dans le grand moulin à scie en pierre du village d’Industrie et de 1/3 dans le moulin neuf à scie bâti sur la rive est de la rivière L’Assomption. La succession de B. Joliette dont il était le curateur était propriétaire pour 1/3 indivis du grand moulin à scie en pierre. A. T. Voyer demandait que les administrateurs des moulins à scie Edouard Scallon et Bernard-Henri Leprohon rendent des comptes toutes les semaines.

Les différentes productions des moulins à scie sont décrites pour pouvoir réclamer la commission. Il y a aussi une réclamation pour des dommages au barrage ou boom et Philemon Dugas propriétaire de moulin à Rawdon a été choisi comme expert arbitre pour une évaluation.

Compromis entre les seigneurs de Lavaltrie

Le 30 août 1852 les seigneurs de Lavaltrie ont signé un compromis pour régler la succession et faire cesser l’indivis d’une partie des biens seigneuriaux. Ils ont choisi comme arbitres George Weekes notaire de Montréal et William Berczy écuyer de la paroisse de Ste-Mélanie. Les quatre parts de la seigneurie appartenaient à Dame Charlotte Tarrieux Taillant DeLanaudière veuve de B. Joliette, Antoinette DeLanaudière épouse de Peter-Charles Loedel, Charles Barthélémy Gaspard DeLanaudière et Marie-Angélique DeLanaudière épouse d’Antoine Toussaint Voyer.

Les seigneurs ont signé, Charlotte Tarrieux Taillant DeLanaudière avait la main paralysée et a signé d’une croix.

Le 15 septembre 1852 les seigneurs sont retournés chez le notaire pour modifier ce compromis et choisir comme seul arbitre et aimable compositeur Denis Emery Papineau notaire de Montréal: nouveau compromis entre les seigneurs de Lavaltrie.

Sommation et réquisition par A. T. Voyer à la veuve Joliette

Le 8 novembre 1852 une sommation et réquisition a de nouveau été signifiée à la veuve de B. Joliette par A. T. Voyer, curateur de la succession. On y apprend que le 11 octobre la dame veuve Joliette a été condamnée en Cour Supérieure à rendre et livrer au dit demandeur:

  • un petit livret contenant les comptes privés de Mr. Joliette avec la compagnie du chemin à lisses de Lanoraye à L’Industrie et celles des autres propriétaires de la seigneurie de Lavaltrie
  • et à quelques autres actionnaires un grand livre contenant les affaires de la société qui a existé entre le dit feu Barthélémy Joliette, Peter-Charles Loedel médecin et Edouard Scallon marchand…
  • et tous autres papiers, livres de comptes, reçus et autres documents qu’elle aurait en sa possession…

À quoi la dite dame Joliette a répondu qu’elle ne peut se désaisir des livres ayant reçu une opposition lui ordonnant de ne point livrer les livres.

Marché de bois entre les seigneurs et Ryan Brothers

Charles-Barthélémy-Gaspard Tarieu de Lanaudière, de l'album de la famille Taché-Cimon
G. DeLanaudière (MNBAQ)

Pendant ce temps les moulins à scie de L’Industrie devaient continuer à fonctionner. Le 23 décembre Gaspard DeLanaudière, la veuve Joliette et B. H. Leprohon ont résilié un marché avec Ryan Brothers pour des madriers de pin à livrer au port de Québec; ce contrat avait été conclu le 19 janvier 1852. Ils avaient donné leurs propriétés en garantie pour que la compagnie leur avance l’argent pour la coupe du bois, ils n’étaient donc pas riches. Le même jour, 23 décembre, la veuve Joliette a remis une quittance à Edouard Scallon pour une somme de 259 livres représentant sa part des profits du commerce du bois.

Prolongations du mandat de D. E. Papineau

Le 14 janvier 1853 le mandat de Denis Emery Papineau comme arbitre a été prolongé de 2 mois; le 12 mars une nouvelle prolongation de 2 mois a été convenue; le 12 mai autre prolongation d’un mois. Chaque fois le notaire devait aller porter une notification aux 4 seigneurs.

Rapport de Charles Gougé et Alexis Desmarais estimateurs

Le 18 mai Charles Gougé maître scieur et Alexis Desmarais père menuisier et charpentier du village d’Industrie avaient été désignés par Denis Emery Papineau pour expertiser et évaluer les propriétés en litige et ils ont remis leur rapport. La première est celle du Dr. Ant. T. Voyer située à côté du grand moulin à farine et de l’ancien marché. Sur ce terrain se trouvait une maison en bois lambrissée et peinturée à un étage construite en 1823 ou 1824 où habitait le couple Voyer.

Le terrain était évalué 21 louis, la maison à 75, le hangard à 12 et 10 chelins, l’écurie à 3, la clôture à 2, l’élévation du terrain au moyen de croûtes et terre à 25, une laiterie à 1 et 10 chelins et les différentes améliorations apportées par A. T. Voyer à 60 pour un total de 200 louis.

Le clos à bois servant au moulin à scie avait lui aussi été exhaussé par des terres et des bois pour remplir les marais qui s’y trouvaient. Il était estimé à 67 louis et 10 chelins.

Le terrain de l’ancien marché situé dans le même secteur était vacant, il valait 45 louis. Sur le plan de la donation de 1850 l’ancien marché est dessiné juste à côté du Grand Moulin.

Il y avait encore un jardin et un terrain vacant près du moulin à avoine. La rue du Pont du Chemin de fer et le moulin à avoine bordaient le terrain vacant.

Le dessin de Joliette vu à vol d’oiseau en 1881 montre ces terrains quelques années plus tard.

Joliette 1881, détail (BANQ)

Ces terrains seigneuriaux étaient situés entre le Grand Moulin à farine, le moulin à avoine, le manoir de B. Joliette et le Collège. C’est l’emplacement du musée de Joliette aujourd’hui. Le pont-couvert a été construit en 1871, le premier pont du chemin de fer était dans le prolongement de la rue de la naudière.

Acte de société Scallon, Leprohon et DeLanaudière

Le 15 juillet 1853 Edouard Scallon, Bernard Henri Leprohon, Gaspard DeLanaudière et la veuve Joliette ont formé une société sous le nom de Scallon, Leprohon & DeLanaudière pour faire commerce de bois. La société était divisée en 4 parts égales. E. Scallon devait diriger les affaires, B. H. Leprohon ne payait pas de commission mais il était tenu de donner tout son temps aux affaires de la société, la veuve Joliette et G. DeLanaudière fournissaient leurs moulins.

Le 13 octobre 1853 Edouard Scallon et Bernard Henri Leprohon ont conclu un marché avec Pierre Hétu cultivateur à Ste-Mélanie pour la fourniture de 2.000 billots de pin à prendre au chantier à Prudhomme pour approvisionner les moulins à scie de L’Industrie. Le 24 janvier 1854 Gaspard DeLanaudière, la veuve joliette et Bernard-Henri Leprohon ont conclu un nouveau marché de bois à livrer à Québec à Ryan Brothers.

Accord et convention entre G. DeLanaudière et A. T. Voyer

Le 21 février 1854 Gaspard DeLanaudière et Antoine Toussaint Voyer ont conclu un accord et convention pour partager un terrain et créer un passage mitoyen entre leurs propriétés puisqu’ils étaient voisins. La chicane entre les héritiers de la succession de Barthélémy Joliette avait été réglée. Ce contrat précise que l’acte de compromis réglant le partage des propriétés entre les seigneurs de Lavaltrie a été signé chez le notaire Denis Emery Papineau le 15 juin 1853 mais le document n’est pas accessible en ligne.

Contrat de mariage entre D. E. Papineau et Charlotte Gordon

Denis Emery Papineau a rencontré Charlotte Gordon de la famille Loedel au village d’Industrie en faisant cet arbitrage comme amiable compositeur, semble-t-il. Leur contrat de mariage a été signé chez le notaire du village le 16 mai 1854. Louis Antoine Dessaulles, maire de St-Hyacinthe et seigneur de la seigneurie de Dessaulles, son cousin, et Casimir Papineau, notaire à Montréal, son frère s’étaient déplacés; les cousins Loedel de L’Industrie étaient aussi présents.

Procès-verbal de la succession Antoine T. Voyer

Antoine T. Voyer est décédé et en mars 1855 l’inventaire des meubles du couple a été fait pour être vendus à l’encan. Le contrat notarié fait 59 pages, tous leurs biens sont d’abord décrits en détail puis la liste est reprise avec le prix obtenu à l’encan et le nom de l’acheteur. Il y a eu plusieurs encans et un autre contrat du mois de juillet fait l’inventaire des biens vendus en donnant beaucoup de détails, le contrat fait 120 pages. Voici une petite partie de la bibliothèque de A. T. Voyer:

Le plus intéressant est la description des moulins de L’Industrie et de Lavaltrie: le moulin à scie de Peltier était estimé à 500 louis, le Grand Moulin à farine et à scie à 1.000, le moulin à l’avoine à 375. Le moulin de Louis situé le plus en aval était estimé à 1.250 louis, plus que le Grand Moulin, ce qui est étonnant.

Le moulin de Louis était le nouveau moulin à farine construit en aval des autres moulins où se trouve actuellement le 2ème barrage sur la rivière L’Assomption. En 1852 des industriels américains, Horatio Admiral Nelson, Isaac Butters et Ira(?) Allen Paddock, avaient construit une manufacture de seaux à côté de ce moulin et de la fonderie Imbleau, dans le contat notarié conclu avec les seigneurs de Lavaltrie on trouve ce plan:

Sur le dessin de Joliette en 1881 de la BANQ la fonderie est en bas à gauche (16) et le moulin à farine à côté.

Joliette 1881

Renonciation des seigneurs de Lavaltrie en faveur les uns des autres

Le 18 juin 1855 les seigneurs de Lavaltrie ont modifié le compromis établi par D. E. Papineau en annulant une des clauses de garantie hypothécaire. Le texte de la convention qui avait été convenue est en partie repris. La part de la propriété de Gaspard DeLanaudière était estimée à 4.500 louis, celle de Mme Loedel à 3.500, celle de Madame veuve Joliette à 3.500 et celle de Mme Voyer à 1.800 louis.

Accord et convention entre Charlotte et Gaspard DeLanaudière

Le 6 décembre 1855 Charlotte DeLanaudière et son neveu Gaspard sont retournés chez le notaire pour redéfinir la ligne de séparation de leurs fiefs respectifs, le fief Joliette et le fief Tarrieu sur le ruisseau St-Pierre. Le plan annexé montre la curieuse division des terres.

Arrangement entre Peter-Charles Loedel et Charlotte DeLanaudière

Le 11 avril 1858 P.-C. Loedel a conclu un arrangement avec la veuve de Barthélémy Joliette pour clarifier leur situation légale et mettre fin aux litiges éventuels.

Marché entre Angélique DeLanaudière et Flavien Lavallée

Le 18 juillet 1860 Angélique DeLanaudière qui était devenue propriétaire du moulin seigneurial de Lavaltrie à la suite du partage de l’indivis des biens seigneuriaux a conclu un marché avec Flavien Lavallée pour réparer le moulin à farine. Le devis des travaux a été annexé au contrat que le moulin fonctionnait avec des turbines à hélices.

Description du fief Taillant

Le 25 septembre 1860 dans un autre contrat où Marie-Angélique DeLanaudière a mis le fief Taillant en garantie hypothécaire on trouve une description précise du fief.

Description du fief Tarrieu

Le 29 novembre 1861 Gaspard DeLanaudière a vendu à Edouard Scallon l’indemnité pour lods et ventes qu’il devait recevoir pour l’abolition du régime seigneurial pour le fief Tarrieu et la première partie du village d’Industrie qu’il avait reçus lors du partage de la seigneurie. La Commission chargée d’établir les indemnités avait évalué qu’il avait droit à $15.928.67 soit $955.72 par an en intérêt à 6%. Le fief Tarrieu et la première partie du village d’Industrie sont précisément décrits dans le contrat. E. Scallon a payé la somme de $11.946.51 qui doit servir à rembourser les dettes de G. DeLanaudière:

  • $4.215 à la compagnie de prêt The Trust Loan company
  • $4.423 à Louis Archambault notaire de L’Assomption
  • $1.082 aux héritiers de Amable Archambault marchand de L’Assomption
  • $1.320 à Louis Pierre Hubert Turgeon écuyer seigneur de L’Industrie
  • $523 aux héritiers de Joseph E. Faribault notaire à L’Assomption

Description du fief Joliette

Le 4 décembre Charlotte DeLanaudière veuve de Barthélémy Joliette a aussi vendu à Edouard Scallon les droits sur son indemnité. Le fief Joliette est aussi décrit. Le montant de la vente est 5.074 piastres pour rembourser:

  • 1.017 piastres à Charles Héliodore Panneton de L’Industrie
  • 776 piastres à Aimé Massue de Varennes
  • 236 pistres à la succession de Joseph Edouard Faribault
  • 4.430 piastres à la Trust & Loan company of Upper Canada

Le total des dettes dépassait le crédit de 1.092 piastres, somme que la veuve Joliette devait rembourser moitié dans 1 an et moitié dans 2 ans, la garantie hypothécaire était une terre à Lavaltrie. Elle a signé le même jour une obligation à Edouard Scallon pour mieux garantir le prêt de 1.092 piiatres en hypothéquant:

  • le fief Joliette
  • la seconde partie du village d’Industrie
  • un moulin à avoine au village d’Industrie
  • la moitié d’un moulin à scie situé à côté du moulin à farine de M. DeLanaudière
  • un terrain (N°625 et 626 du terrier) où se trouve un pouvoir d’eau appartenant à M. DeLanaudière
  • une petite île située vis à vis ce terrain
  • une autre île dans le même lieu
  • un moulin à carde et à fouler dans le village
  • un lopin de terre sur la rive gauche
  • le terrain du manoir seigneurial avec les bâtisses
  • un terrain dans le village (N°108).

Le 9 et le 10 décembre suivant G. Delanaudière a réglé ses comptes mais il a dû encore emprunter à E. Scallon pour le faire. Il a reçu sa quittance de Louis Pierre Turgeon, le 10 il a contacté une nouvelle obligation de E. Scallon pour $1.696 au taux de 12% par année en mettant un terrain bâti d’une maison de pierre à Lavaltrie en garantie, il a reçu une quittance de Scallon le même jour pour une somme de $1.629, une autre pour 250 louis, une autre pour 631 dollars, il lui a transporté une somme de 41 livres que les Commissaires de l’Acte Seigneurial devaient lui payer et il a reçu sa quittance de dame Aurélie Faribault.

Le 12 décembre Edouard Scallon a remis 2 significations au bureau des Commissaires pour réclamer la propriété des lods et ventes appartenant à Gaspard DeLanaudière et à la veuve de Barthélémy Joliette. Le 21 janvier 1863 Angélique DeLanaudière et son époux Zail Chaput ont eux aussi cédé leurs droits sur les lods et ventes pour le fief Taillant à William Macdonald de Montréal.

Pour plus d’informations sur l’abolition du régime seigneurial:

Les derniers seigneurs de Joliette

Carte du Québec

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