Catégorie: Histoire de Lanaudière
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Les Indiens Wolastoqiyik de Rawdon et Chertsey

En 1840 un groupe d’Indiens a déposé une première pétition pour obtenir du gouvernement des terres dans les Townships de Rawdon et Chertsey. La liste de ces Indiens et leurs pétitions ont été conservées aux Archives du Canada. C’était un groupe de Wolastoqiyik de la rivière St-Jean au Nouveau-Brunswick qui s’était d’abord installés à St-Joseph de Maskinongé vers 1820. Ils sont mieux connus au Québec sous le nom de Malécites ou Etchemins.

Marcel Fournier dans son histoire de Chertsey a écrit que le lac Michel et la Chute-à-Michel sur la rivière Jean-Venne auraient été nommés par l’arpenteur Francis P. Quinn en 1849:

Situé sur les lots 15, 16 et 17 des 5e et 6e rangs, il (le lac Michel) est nommé par Quinn le 12 novembre 1849 en souvenir d’un Algonquien du nom de Michel Rock, qui vivait sur les bords de ce lac vers 1840. Le 24 avril 1855, Michel et Georges Rock obtiennent des billets de location pour les lots 13 et 14 du 6e rang.

Histoire de Chertsey

En fait James, Michael et George Rourke ont acquis les lots 12, 13 et 14 du 6ème rang de Chertsey selon le plan d’arpentage et les recensements. Il s’agit d’une famille de Rawdon qui n’était pas d’origine amérindienne. L’explication de M. Fournier n’est donc pas exacte.

Une autre explication plus vraisemblable serait que le nom vient de Michel Nicolas qui a été recensé avec sa femme Marie Nicolas en 1861 comme indien sur le lot 19 du 5ème rang. Ce lot se trouve un peu plus bas sur la rivière dans le premier centre villageois de Chertsey nommé village Lafontaine, en face de l’église, entre les terres de Cyrille Morin et Magloire Granger.

Michel et Marie Nicolas avaient déjà été recensés à Rawdon en 1851 et le recenseur avait précisé qu’ils étaient nés à St-Johns, Nouveau-Brunswick, ce qui paraissait très étonnant. Une nouvelle lecture, Autochtones de l’est du Québec (Éditions GID – 2023) de Serge Goudreau, m’a permis de trouver des informations sur leur histoire.

Les Wolastoqiyik ou Malécites de la rivière Saint-Jean

Les Malécites se dénomment «Wulust’Agooga’Wiks», ce qui, dans cette langue de la famille algonquienne, signifie «le peuple de la belle rivière», soit la rivière Saint-Jean. Ils utilisaient également le terme skicinuwok qui dériverait d’une racine signifiant «à la surface (de la terre)». Samuel de Champlain et les premiers missionnaires nommaient Etchemins les habitants des rivières Saint-Jean et Sainte-Croix. Le terme «malécite», apparu en 1650, est d’origine micmaque et signifie «qui parlent mal, avec mollesse». C’est de cette façon que les Micmacs ­désignaient leurs voisins de la rivière Saint-Jean.

Emmanuel Michaux

Dans son livre Serge Goudreau a documenté l’histoire de 2 bandes de Malécites de la rivière St-Jean qui ont décidé d’immigrer au Bas-Canada au début du 19ème siècle. La première s’est installée temporairement à St-Jean-Port-Joli et la seconde à St-Joseph-de-Maskinongé vers 1820.

Joseph-Marie avait été désigné par leur curé, Louis Marcoux, pour aller collecter les présents du gouvernement au nom du groupe de 56 malécites installés à Maskinongé. Chaque année il se rendait à Montréal recevoir ces cadeaux destinés à aider le groupe à survivre. En 1823 Joseph-Marie représentait 78 individus. Le registre de la paroisse Saint-Joseph de Maskinongé a été numérisé par la BANQ et on retrouve facilement leurs traces. La famille Launière y était déjà arrivée en janvier 1821:

Les registres d’état civil de la paroisse de Maskinongé permettent de constater que cette bande malécite serait demeurée dans cette paroisse entre 1821 et 1827. Quelques patronymes autochtones paraissent dans les registres de Maskinongé, les Bernard, les Denis, les Launière, les Pisanne, les Quatrepattes et les Trenteans.

S. Goudreau

En faisant une recherche rapide j’ai trouvé plusieurs actes de baptêmes, mariages et décès.

En 1827 on ne trouve plus de mention de familles autochtones dans le registre de la paroisse. Ces familles étaient très mobiles, par la rivière Maskinongé elles pouvaient monter chasser vers le lac Maskinongé et le haut de St-Gabriel de Brandon. Ou remonter les autres rivières vers le nord mais le territoire était peuplé par d’autres peuples amérindiens, algonquins et atikamekw.

La tentative d’installation dans le township de Rawdon

Ce groupe malécite ne s’installe pas définitivement dans la paroisse de Maskinongé. Plusieurs familles de ce groupe cherchent plutôt à s’établir dans le township de Rawdon dans la région de Lanaudière. En février 1842, les Indiens du township de Rawdon déposent une requête afin d’y obtenir 1.600 acres de terres. L’interprète du groupe est un Indien du nom d’Ignace Picard, qui intervient pour 15 pétitionnaires… Plusieurs Malécites figurent sur cette pétition, des Denis, des Joseph, des Laporte, des Launière (3), des Neptune et des Nicolas.

S. Goudreau

Serge Goudreau donne les références de ces informations aux Archives du Canada, j’ai été les lire.

Pétition de Michael et John Nicholas, indiens malécites – 23 mars 1840

Michael et John Nicholas, indiens malécites, affirment qu’ils sont arrivés à Rawdon il y a 19 ans, donc en 1821, et qu’ils ont été successivement chassés des cabanes qu’ils avaient construites au bord de la rivière Ouareau. Ils se sont ensuite installés sur 2 lots qui semblent être les 5 et 6 du 11 ème rang du township de Rawdon il y a 6 ans et depuis 4 ans ils ont construit une maison et ont commencé à défricher et faire des cultures. En fait ce sont les lots 6 et 7 qu’ils occupaient. M. Napier secrétaire des Affaires Indiennes aurait déposé une pétition en leur nom à lord Gosford en 1836 pour régulariser les titres de propriété de ces lots.

Michael Nicholas a su signer la pétition de son nom mais pas John:

List of Indians in the Township of Rawdon

Peu avant qu’une autre pétition soit déposée en février 1842 une liste des Indiens de Rawdon occupant des lots de terre a été établie, elle comprenait 48 personnes. Michel Nicolas (1 homme 2 femmes), Pierre Nicolas (1 homme, 1 femme, 3 enfants), Joachim Denis (2 hommes, 2 femmes, 1 enfant),Jacques Launière (3 hommes, 4 femmes, 3 enfants), Thomas La Porte (1 homme, 1 femme, 2 enfants),Jacques Pisanne (1 homme, 1 enfant), Pierre Joseph (2 hommes, 1 femme, 3 enfants), Paul Joseph (2 hommes, 1 femme) et Jean Baptiste (1 homme, 1 femme, 1 enfant) étaient amalécites. Ignace Picard (1 homme, 1 femme, 3 enfants) était huron et Louis Dauphiné (1 homme, 1 femme) était abénaquois(?).

Petition of certain Indians of the Townships of Rawdon and Chertsey – 3 février 1842

En 1842 le canton de Chertsey n’était pas encore ouvert. Les 2 lots occupés dans le canton de Rawdon faisaient 400 acres, les autres 1.200 acres réclamés se trouvaient donc dans le canton de Chertsey situé au nord du 11ème rang de Rawdon. Michel Nicolas a encore signé le premier, d’une marque cette fois.

La pétition a été endossée par les curés Paré (St-Jacques) et Vallé (Rawdon), Amable Archambault, Joseph Dufresne. Magloire Granger, Zacharie Cloutier et Modeste Poisson, soit plusieurs membres de la Société des Défricheurs de St-Jacques.

Un autre document daté du 30 avril 1842 à Rawdon donne les noms de Ignace Picard, Paul Joseph, Joseph Nicola et Jean Baptiste. James McEvoy, Magloire et Marc Granger, Ovide et Jean-Baptiste Leblanc, Jean-Louis et Cyrille Archambault, A. Dugas et Jos. Vallé curés et Bélonie Fortin ont témoigné que c’étaient d’honnêtes gens et qu’ils les connaissaient depuis 2 ans.

Enquête sur les indiens de Rawdon

Un rapport du secrétariat des Affaires Indiennes du 22 mars 1842 montre qu’il y a eu une enquête et que les indiens réclamaient les lots 5, 6 et 7 du 11ème rang de Rawdon et les lots 6 et 7 des 3 premiers rangs de Chertsey.

Le rapport mentionne aussi que 2 indiens et leurs familles sèment la discorde dans le groupe et qu’il faudrait les expulser.

Autres documents

En cherchant dans les archives des Affaires Indiennes du Canada j’ai trouvé d’autres documents, un dossier contenant plusieurs pétitions jusqu’en 1845. Il commence à la page 492 et se termine à la page 541.

En 1845 Michel Nicolas a présenté une nouvelle pétition pour obtenir les titres de propriété des lots qu’il avait défrichés. Les autres membres du groupe de malécites semblent avoir quitté, ils ne sont plus mentionnés dans les pétitions.

Dans un contrat notarié le 6 septembre 1856 Michel Nicolas, guerrier malécite, et sa femme Mary ont fait donation à Magloire Granger de leurs droits sur le lot qu’ils occupaient à Rawdon où ils avaient construit une maison, une grange et autres bâtiments avec des terres défichées. L’acte de donation a été rédigé en anglais, pourtant le notaire et Magloire Granger étaient francophones ce qui laisse supposer que les Nicolas étaient anglophones. Ils auraient obtenu la possession légale de ce lot le 18 février 1846.

Dans les registres de Rawdon et St-Jacques

Dans son livre S. Goudreau a documenté quelques individus. Nicolas Joseph se serait marié sous le nom de Pierre Nicolas, le 15 octobre 1837 il aurait baptisé un enfant à Rawdon, il fait partie des pétitionnaires de 1842 et en 1846 il habitait sur la Côte Nord. Paul Joseph en fait aussi partie, en 1844 il était à La Malbaie. Joseph Nicolas aurait baptisé un enfant à Rawdon en 1842. Jacques Launière était établi à Rawdon en 1842.

La Société de Généalogie de Lanaudière a publié des répertoires des registres d’état civil des paroisses de Lanaudière. Le registre de Rawdon commence en 1837.

  • Michel Nicolas Sauvage baptisé le 29 février 1836 à St-Jacques, fils de Jacques Michel et Magdeleine Pierre Michel, témoins Louis Leblanc et Louise Dugas
  • Peter Nicholas baptisé le 15 octobre 1837 à Rawdon, fils de Peter St-Nicholas et Geneviève Lanier, témoins Michael St-Nicholas et Sarah Mullin; décédé le 3 avril 1838
  • François Sovage baptisé le 19 novembre 1839 à St-Jacques, fils de Pierre Joseph et Louise Guilmet de Rawdon, témoins Joseph Mercier et Ursule Gagnon
  • Jean-Baptiste Nicolas baptisé baptisé le 1er mars 1840 à St-Jacques, fils Joseph Nicolas et Thérèse Pierre Joseph de Rawdon, témoins Pierre Joseph et Geneviève Jacques, oncle et tante
  • M. Louise Joseph baptisée le 20 mai 1841 à St-Jacques, fille de Nicolas sauvage et Geneviève Lornière (de Rawdon), témoins Magloire Granger et Dina Marion
  • Le 18 janvier 1842 mariage à St-Jacques entre Louis Dauphiné de Rawdon, fils de Médard SFrs- Que et Agnès Convaque de Rawdon, et Scholastique Picard, fille de Pierre Picard et Hélène Jucharie-Thomas de Rawdon (la transription semble approximative)
  • Marie Scholastique Nicolas: Aujourd’hui le dix huit Janvier mille huit cent quarante deux nous pretre sousigné avons baptisé Marie Scholastique née le douze Decembre dernier du légitime mariage de Joseph Nicolas sauvage et de Therese Salicorne de cette mission de Rawdon le parrain a été Jerome Picard et la marraine Ursule Gagnon qui aussi que le pere non signer. Jos. Vallée.
  • Michel Thomas Laporte baptisé le 23 octobre 1842 à Rawdon, fils de Thomas-Joseph Laporte et Magdeleine Pierre, sauvages, témoins Jean-Louis Archambault et Marie Nicolas
  • Louis Denis baptisé le 23 janvier 1843 à Rawdon, fils de Jacques Denis et Catherine Dauphiné, témoins Thomas Kinshella et Marie Locas

D’autres familles venues de Bécancour

En 2014 Maxime Gohier avait publié une thèse intitulée La pratique pétitionnaire des amérindiens de la vallée du Saint-Laurent sous le régime britanique: pouvoir, représentation et légitimité (1760-1860), j’y ai trouvé ces autres informations à propos des indiens de Rawdon:

À Bécancour aussi, un mouvement d ‘immigration entraîne le départ de quelques-unes des rares familles du village pour la région de Rawdon, au nord de Montréal. Ceux-ci se joignent à quelques Malécites de même qu’à au moins une famille huronne (pour un total d’environ 50 individus) et tâchent d’obtenir, après une vingtaine d’années de «squat», un titre pour une terre qu’ils ont mise en valeur.

M. Gohier

Présence amérindienne à St-Jacques

Les historiens de Saint-Jacques de L’Achigan ont fait de brèves mentions de la présence amérindienne sur le territoire avant l’arrivée des colons acadiens.

On sait que les Indiens ou Amérindiens fréquentaient notre région, autrefois. Certains noms de rivières et de ruisseaux attestent encore leur présence. Dans le premier quart du XIXème siècle, il y en a d’établis à demeure, comme par exemple Pierre Tapetsache, sauvage algonquin dont l’épouse s’appelle simplement Marie-Joseph, son nom de famille n’est pas connu et ils se disent de cette paroisse depuis plusieurs années. Au baptême de leur fille Marie en 1814 Joseph Préjean et Félicité Dupuy sont parrain et marraine. En 1824 Marie-Suzanne Nanteskau, sauvagesse naturelle de cette paroisse épouse J.-Ls dont la mère est une sauvagesse de Terrebonne.

Une Nouvelle-Acadie – François Lanoue

Le ruisseau Vacher dévalant les contre-forts des Laurentides, desinait mille et un méandres au gré et caprice de la force du courant. Il fournissait une précieuse réserve d’eau potable, de même que ses confluents: le ruisseau du Nord, le ruisseau Noir et le Minongon dont l’identité rappelle une présence indienne, précédant celle des Acadiens.

Ces indiens-Iroquets, de la tribu des Têtes-de-Boule s’acclimatèrent assez bien de la présence des Acadiens. Pendant un demi-siècle, ils cohabitèrent sur le même territoire: les Acadiens s’installant sur les deux rives du ruisseau Vacher, tandis que les indiens avaient déjà leurs campements au ruisseau du Nord ou près du Minongon. Cependant vers 1824, la dernière famille indienne quitta les parages pour rejoindre d’autres nomades campés à Rawdon. Ces derniers s’enfoncèrent de plus en plus dans les réserves forestières du nord, alors que la civilisation les y contraignait.

Le bas du ruisseau Vacher – Thérèse Melançon-Mireault

Quand ces premiers habitants disparurent-ils complètement de notre région ? – D’après le magistrat L.-U. Fontaine, une famille indienne hivernait à Sainte-Marie vers 1850, exactement à l’endroit où s’élève l’église. À la même date, « Michel le sauvage » et « Nica, la sauvagesse » (comme on les surnommait à l’époque) venaient à l’école de Saint-Jacques.

La nouvelle Acadie : Les débuts

Dans «Une nouvelle Acadie, Saint-Jacques de l’Achigan» Guy Courteau a écrit que le curé Paré de St-Jacques avait 2 protégés amérindiens habitant les profondeurs de Rawdon, Michel le sauvage et Nica la sauvagesse.

Dans le journal Montreal weekly witness du 7 janvier 1891 Nelly Burns de Rawdon raconte des souvenirs de ses grands-parents arrivés avant 1827 à Rawdon. Arrivés en automne à pieds depuis Montréal ils avaient trouvé une ferme sur le 3ème rang entre les rivières Rouge et Blanche. Deux bandes d’indiens semblant ne pas s’accorder avaient établi leurs campements près de chez eux et les contacts avec eux étaient fréquents. Un automne alors que les parents avaient dû s’absenter le plus jeune des 3 enfants âgé de 2 ans avait disparu. Avec l’aide d’une squaw la mère avait fini par retrouver son bébé dans un des wigwams. Ces souvenirs viennent certainement d’une histoire vraie mais ils ont dû être romancés à force d’être racontés à la veillée.

Dans les journaux de l’Assemblée du Bas-Canada on trouve le rapport d’un voyage d’exploration des Laurentides organisé entre Grenville sur l’Outaouais et Trois-Rivières en 1830. Les 25 et 26 octobre le parti a traversé le canton de Rawdon à la hauteur des rangs 7 et 8 (un peu en amont du vilage actuel de Rawdon). Ils ont vu quelques maisons et rencontré des habitants. En traversant la rivière Lac-Ouerreau des indiens qui campaient là leur ont expliqué que la rivière tenait son nom d’un grand lac situé à une demie journée de canotage qui était la source de la rivière du Nord (!) permettant de communiquer avec les rivières Matawa et Vermillon.

Michel le prince indien et sa squaw

En documentant l’histoire de Rawdon j’avais trouvé cet article du journal Vindicator racontant l’inauguration de l’église catholique de Rawdon en 1834. Il se termine par un hommage à Michel the Indian Prince and his wife. Le journaliste précise qu’il a été informé que Michel était un grand chasseur, que lui et sa femme Nicu étaient de bonnes personnes sobres, les seuls indiens habitant le secteur.

Vindicator 3 octobre 1834
Vindicator 3 octobre 1834

Dans la liste des concessions des lots du township de Rawdon on lit que Michel Nicolas (Indian) occupait le lot 7 du 11ème rang au nord du township à la limite de Chertsey sur la rivière Ouareau grâce à une autorisation du gouvernement (O. C. 2388). En accentuant les contrastes on lit à la ligne au-dessus Indians pour le lot 6 avec la date juillet 43.

Dans son carnet d’arpentage du canton de Rawdon rédigé en 1844 James Dingman écrit qu’au 7ème lot il a traversé la rivière Lac Ouareau sur une île pour arriver à: the clearance of an Indian on the 11th range…Au bout du lot 6 il a écrit: end of Indians clearance.

J’ai trouvé dans les Archives du Canada le plan d’arpentage des 2 lots occupés par Mitchal au bord de la rivière Ouareau:

Bien sûr si ils étaient une cinquantaine ils n’ont pas pu tous habiter ces 2 lots, on peut supposer qu’ils habitaient aussi la forêt plus au nord le long de la rivière Ouareau avant que les premiers colons s’y installent. Sur une carte actuelle ce secteur est situé près de la rivière Ouareau en amont du Parc des Cascades derrière le Casse-Croute 125 entre Rawdon et Chertsey.

James Dingman a dessiné un plan des rangs qu’il a arpentés en 1844; sur les lots 6 et 7 du 11ème rang un chemin montait vers Chertsey et Wexford (Entrelacs aujourd’hui), Squatters Road to Wexford.

Le greffe de l’Arpenteur Général a noté que les indiens occupaient 400 acres dans les lots 6 et 7 du 11ème rang en 1845.

Le 3 juin 1847 les nouveaux clercs (de Saint-Viateur) sont témoins d’une cérémonie inédite pour eux. Un groupe de sauvages campent dans un petit bois, en face de l’église: les sauvages écrit un corresþondant du père Querbes, sont presque tous catholiques mais peu civilisés, ils ne veulent d’autre habit pour se couvrir qu’une couverture bleue, ou de toute autre couleur. Le jeudi, jour de la Fête Dieu, une petite troupe est venue camper à L’Industrie dans un petit bois en face de l’église afin d’entendre la messe… Les trois viateurs causent en français avec le chef indien et distribuent des médailles et des chapelets aux membres de la troupe.

Biographie de Louis Querbes par Léo Bonneville

Dans le recensement de Rawdon en 1851 on trouve les noms de Michel et Marie Nicolas natifs de St-Johns N.-B., catholiques, âgés de 61 et 65 ans; la page suivante indique que ce sont des indiens, les seuls recensés à Rawdon. Il semble que tous les autres indiens avaient déménagé ailleurs sauf eux. Ou alors ils ne se sont pas présentés au recensement, ce qui est possible.

En 1853 lors de la construction du chemin du gouvernement entre Rawdon et Chertsey vers le canton de Wexford un guide indien nommé Michel Nicholas avait été engagé par l’agent des terres de la Couronne Alexander Daly pour le guider dans une exploration vers le lac Ouareau.

Dans la liste de paye remise au gouvernement on voit que le guide Michel Nicholas était payé 5 shillings par jour alors que les bûcherons en gagnaient un peu moins de 2.

Michel Nicolas et la Chute-à-Michel de Chertsey

En 1861 Michel et Marie Nicolas ont été recensés à Chertsey comme indiens sur le lot 19 du rang 5. Ils habitaient à côté de chez Magloire Granger qui a fondé le village de Chertsey avec le curé Paré et la Société des Défricheurs de St-Jacques. C’est à Magloire Granger que Michel et Mary Nicolas avaient fait donation de leur lot de Rawdon devant le notaire en 1856. Le lot 19 se trouvait dans le village Lafontaine situé sur la rivière Jean-Venne, en aval de la Chute-à-Michel qui doit son nom à un amérindien selon la tradition.

J’ai trouvé dans le registre des sépultures de Chertsey le nom de Marie Nicolas décédée le 24 mars 1864 à 88 ans; les témoins étaient Denis Granger et François Mercier meunier qui habitaient dans le même secteur sur la rivière Jean-Venne. Je n’ai pas trouvé celui de Michel Nicolas.

J’ai habité à l’emplacement où ont été construits les moulins à farine et à scie de François Mercier sur le lot 19 du rang 5 et j’ai fouillé leurs vestiges. Je crois avoir trouvé des signes de la présence de ces amérindiens, je pense même qu’ils avaient choisi un site déjà fréquenté depuis des centaines d’années.

Trouvé dans la rivière Jean-Venne
Morceau de la meule du moulin ou outil amérindien?
Des éclats de ce minéral partout sur le site et entre les fissures du rocher de la chute
Dépôt d’ocre rouge au bord de la rivière Jean-Venne sur le lot 19/5

La légende amérindienne de la Chute-à-Michel

Dans son histoire de Chertsey Marcel Fournier rapporte une légende amérindienne:

Il y a de cela bien des lunes, longtemps avant que l’homme blanc ne vienne s’établir dans cette région, une famille de la petite nation des Algonquiens vivait sur les bords d’un lac que l’on appelle aujourd’hui le lac Michel. Tout près de leur campement et à quelques lieues de leur hutte coulait une petite rivière à travers les montagnes.

Un jour le plus jeune des frères de la famille Michel s’aventurait en canot sur la petite rivière pour y pêcher des truites. Sans prendre garde aux conseils de ses frères aînés, il descendit seul la rivière avec sa frêle embarcation faite d’écorce. Puis tout à coup, le courant de la rivière se fit plus tumultueux, mais pour le jeune Indien il était trop tard. Quelques instants après, son canot s’engageait sur les abords de la chute qui faisait rugir ses flots blancs. Le jeune Indien fut englouti dans ce gouffre et on le retrouva sans vie près de son canot déchiré par les roches de la chute. Depuis cet accident qui fut fatal pour le plus jeune des frères de cette famille, cet endroit fut surnommé par les anciens la Chute à Michel.

La Chute-à-Michel se trouve à côté du lac Chantelle qui s’appelait autrefois le lac Michel. Le chemin Michel de Chertsey passe par le lot 19 du rang 5 où habitait Michel Nicolas en 1861. Son nom a été conservé dans la toponymie de Chertsey. Mais Marcel Fournier a écrit que le nom viendrait de Michael Rock; c’est un historien expérimenté et il ne peut pas avoir écrit ça sans raison.

Il y a un autre lac Michel sur le lot 22 du 11ème rang de Rawdon à la limite de Chertsey; dans son étude des toponymes de Chertsey, M. Fournier avait noté: En souvenir d’un indien du nom de Michel. Juste à côté dans le lot 21 il y a le lac Rock. Est-ce qu’il y aurait aussi eu une famille d’algonquiens nommée Rock dans le même secteur à la même époque, c’est bien possible.

Ma voisine à Chertsey m’avait raconté que vers les années 1940 il y avait encore une vieille indienne qui vivait dans une cabane. La côte menant à son terrain était nommée côte à Margaret et voici ce que M. Fournier a écrit dans un guide toponymique de Chertsey:

Côte à Margaret – Située sur le site de l’ancien village Lafontaine, lots 18 et 19 du 5e rang, elle est désignée ainsi, vers 1860, pour identifier une vieille Indienne qui vivait dans une hutte de l’ancien village.

Campements indiens sur la rivière Ouareau

La présence amérindienne dans la région de Lanaudière est peu documentée. Les arpenteurs ont parfois marqué leur présence sur les cartes qu’ils ont dessinées mais c’est rare. En 1865 l’arpenteur Francis P. Quinn de Rawdon a dessiné le plan du Township de Chilton au nord de Chertsey et il a marqué plusieurs campements indiens près du lac Leblanc sur le haut de la rivière Ouareau.

Au-dessus du confluent de la rivière Dufresne avec la rivière Ouareau on voit campement indien près du chantier de Parker. Sur le lac George il y avait 2 autres campements indiens près des chantiers de Dorwin et Parker. Ils semblaient coopérer avec les marchands de bois de Rawdon en habitant près de leurs chantiers. Le chemin de chantier continuait vers le nord.

Sur un autre plan de Francis P. Quinn daté du 15 janvier 1859 il avait dessiné un lac nommé Indian Lake sur les lots 20 et 21 du 8ème rang de Chilton situé au nord de la rivière Dufresne et au sud du lac Ouareau. Le lac s’appelle aujourd’hui Lac Sauvage. Dans son carnet d’arpentage le 29 octobre 1858 il avait noté: considerable chopping done on the banks by Indians.

Carte du Québec

3 réflexions au sujet de “Les Indiens Wolastoqiyik de Rawdon et Chertsey”

  1. je suis en mesure de vous fournir des informations complémentaires concernant la présence et l’identité des Wolastoqiyik que l’on retrouve à Maskinongé, puis à Rawdon. J’ai déjà publié «Les Gardiens des portages-Histoire des Malécites du Québec», paru chez GID, ainsi que différents autres documents concernant ce sujet. Sur le site WEB que je vous signale, allez dans la section Albums de familles, trouvez la Lignée JOSEPH/BRIÈRE, vous allez découvrier que ces gens ont tous des liens de parenté.

    Ghislain Michaud

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  2. Bonjour,
    Je tente de faire des recherche à savoir si Damasse Brissonh (21-09-1829 marié le 9 octobre 1849 à Sophie Daigle (9 decembre 1828 cultivateur de Townchip Chertsey étaient des autochtones. Je cherche la ligne autochtones

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    • Je ne peux pas répondre avec certitude à votre question mais ça me surprendrait beaucoup. Ces 2 familles sont présentes dans la région depuis les années 1820 au moins et semblent venir de familles de colons bien ordinaires. Selon le site Nos origines le père de Damase serait Charles Brisson né à St-Jacques en 1797 fils de Ambroise né à Montréal en 1760. La généalogie de Sophie Daigle est moins documentée, son père Jean-Pierre est né vers 1791 et sa mère Marguerite Houde vers 1791 aussi.

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