En 2019 la ministre de la Culture Nathalie Roy a empêché la démolition du monastère des Moniales de Berthierville, in extremis. Comme il s’agit d’un bâtiment important du patrimoine religieux du Québec la pression publique a forcé la décision de la ministre mais c’est une décision prise dans l’urgence, pas un plan de sauvegarde du patrimoine. En 2026 le bâtiment est toujours barricadé.
Berthierville a de la chance, la ville possède un patrimoine bâti intéressant sur la rue Frontenac qui longe le bord du fleuve St-Laurent. Dont le monastère des Moniales Dominicaines, un immense bâtiment abandonné depuis que les Moniales Dominicaines cloîtrées ont déménagé à Shawinigan en 2012.
La communauté des moniales dominicaines de Berthierville a été fondée en 1925 par un petit groupe de soeurs venues de France qui s’étaient installées dans une maison de Berthierville qui leur avait été donnée par une bienfaitrice.
En 1931 les Moniales ont acheté la terre de M. Odéric d’Aragon en vue de la construction d’un monastère. C’était une période de crise économique et les coûts de consruction étaient moindres.
La consruction du monastère
Le monastère a été construit en 1933; comme le terrain ne permettait pas de construire des fondations solides les ingénieurs ont eu recours à un procédé d’invention belge pour empêcher l’affaissement de la construction.
La légende de cette photo est: au bas une vue d’ensemble des travaux de fondations du Prieuré de Berthierville… à l’arrière-plan une section du Juvénat des Clercs de Saint-Viateur.
La bénédiction du nouveau bâtiment par Mgr. Papineau a été célébrée le 8 avril 1934.
Plusieurs agrandissements du bâtiment ont été entrepris par la suite. En 1949 pour l’agrandissement de leur monastère les moniales avaient fait appel à la générosité des fidèles. En donnant $200 on devenait commanditaire d’un rosaire de briques: messe, office canonial du jour et de la nuit, rosaire quotidien, nombreux suffrages pour les défunts…
Encore en 1962 la communauté des fidèles participait au financement de la nouvelle église conventuelle des Moniales Dominicaines de Berthierville pour $175.000.
Le patrimoine religieux a été financé par les fidèles qui croyaient que c’était pour l’éternité.
La portion principale du bâtiment de style néoroman d’esprit beaux-arts a été réalisée selon les plans et devis de Joseph-Albert LaRue, l’architecte officiel des Pères dominicains. Des agrandissements ont ensuite été réalisés en 1941, en 1950 et en 1960, dans le respect du style architectural original. (Le Devoir 3 juillet 2025)
L’ancien monastère des Moniales-Dominicaines-de-Berthierville est un ensemble conventuel de tradition catholique érigé à partir de 1933. L’ensemble comprend quatre ailes rectangulaires ceinturant un préau de forme carrée, ainsi qu’une chapelle de plan carré appuyée perpendiculairement à l’aile nord-est et encadrée de bas-côtés.
Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec
Ne pas céder à la pression médiatique
Il y a des gens qui travaillent au Ministère de la Culture à établir des plans de sauvegarde du patrimoine en fonction du budget alloué par l’état. On ne peut pas tout sauver, il faut choisir ce qui a un réel intérêt et y consacrer les fonds nécessaires. La ministre Roy a cédé à la pression médiatique mais le bâtiment n’est pas sauvé pour autant: en 2026, presque 7 ans après qu’elle ait fait arrêter la démolition rien n’a encore été fait et le bâtiment continue à se détériorer.
En avril 2019 la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal avait blâmé la municipalité de Berthierville qui avait donné le permis de démolition sans consulter ses citoyens.

À la suite des révélations médiatiques entourant ce dossier, le gouvernement du Québec a décidé de suspendre les procédures de démolition pour une durée de 30 jours. La SSJB et la SNQ saluent cette décision. Comme quoi les levées de boucliers qui se sont fait entendre depuis hier, portent déjà leurs fruits! Comme dit le proverbe, l’enfer est pavé de bonnes intentions.
Les soeurs moniales ont quitté le monastère en 2012 et ont essayé de le vendre. Après plusieurs années sans trouver d’acheteurs, elles ont approché M. St-Martin. On savait qu’il allait le démolir en tout ou en partie […] C’est sûr que ça nous faisait quelque chose, mais on était rendus là, explique Sœur Julie Lasnier au Journal (26 février 2026).
Entre 2012 et 2019 personne ne s’était préoccupé du monastère abandonné et puis soudain tout le monde a voulu le sauver quand c’était trop tard. Sans avoir de solution réaliste pour le sauver. La ministre aurait peut-être mieux fait de ne pas céder à la pression médiatique et de respecter le choix de la ville de Berthierville qui avait accordé un permis de démolition.
Un bâtiment patrimonial encombrant
Le bâtiment est énorme, il va certainement coûter très cher en rénovations puis en entretien. Est-ce que ça en vaut la peine?
La ville de Berthierville avait jugé que non puisqu’elle a accordé un permis de démolition a l’entrepreneur qui en a fait l’acquisition en 2019 après que le bâtiment ait été à l’abandon.
André St-Martin confirme qu’il s’est assuré que ni le terrain ni le monastère n’étaient protégés avant d’en faire l’acquisition. Il a fait ses démarches auprès de la municipalité de Berthierville et de la municipalité régionale de comté (MRC) D’Autray.
«Il n’y a jamais personne qui m’a dit qu’il y aurait une opposition, indique M. St-Martin. On m’a remis le permis le 1er avril et de là, tous les contrats ont été signés. On a coupé l’eau, on a enlevé l’électricité et le gaz. Il y avait de l’amiante dans cette bâtisse-là. Mais trois jours plus tard, un huissier vient me dire qu’il y a une ordonnance de la ministre et qu’on doit arrêter les travaux.»
Radio-Canada

En janvier 2020 la ministre a confirmé le classement du bâtiment qui arrivait un peu tard:
Jeudi, la ministre Roy rappelle que l’avis de classement oblige le propriétaire à lui demander l’autorisation avant d’effectuer certaines interventions sur les bâtiments et le terrain. Toutefois, le propriétaire bénéficie dorénavant d’un accompagnement du ministère et d’une aide financière pouvant atteindre 40 % du coût des travaux de restauration.
Le Devoir
Un entrepreneur qui veut faire du neuf en démolissant ce qui existe n’a pas la même philosophie qu’un amoureux du patrimoine. La situation ressemble à celle du centre commercial du Domaine de L’Estérel qui a été classé monument patrimonial juste après qu’un entrepreneur l’ait acheté pour le transformer. Les travaux ont été arrêtés et le bâtiment s’est détérioré puis a été démoli.
Le site patrimonial de l’Ancien Monastère des Moniales Dominicaines de Berthierville et le bâtiment lui-même, un ensemble conventuel de style néoroman d’esprit beaux-arts érigé en quatre phases, ont été classés à la suite de leur vente par les religieuses à un promoteur immobilier en vue de sa démolition. L’ancien monastère des Moniales Dominicaines de Berthierville est le premier établissement au Québec et au Canada de cette communauté religieuse féminine contemplative fondée par saint Dominique au XIIIème siècle en France. Elles s’installent à Berthierville en 1925 et résident dans ce monastère de 1934 à 2012. L’ensemble très bien conservé est l’ un des rares monastères subsistants de religieuses contemplatives érigés au XXème siècle hors des grands centres urbains.
Conseil du Patrimoine Culturel du Québec – Rapport 2019 2020 (page 15)
Quoi sauver?
Berthierville possède un riche patrimoine bâti qui pourrait être mieux mis en valeur. Si les fonds disponibles sont limités, il faut faire un choix, ce n’est pas facile: sauver le monastère des Moniales en y consacrant tout le budget disponible ou réparer les vieilles maisons et embellir la ville en suivant un plan?
En fait il n’y a pas que le bâtiment des Moniales qui est patrimonial. Quand on regarde le site sur une carte on voit un immense terrain boisé situé derrière le monastère qui a certainement un grand intérêt commercial (ou écologique ?).
Le monastère des Moniales de Berthierville est protégé par la loi, tranche la Cour d’appel – Devant la détérioration sévère qu’avait subie le site depuis son acquisition par une société privée, l’État avait réalisé lui-même des travaux de sauvegarde du lieu. En avril 2023, le promoteur s’était vu contraint devant les tribunaux de rembourser plus de 903.440 $, plus les intérêts. Il s’agissait de la somme déboursée pour sécuriser le bâtiment contre son gré. À cela s’ajoutaient des frais de chauffage et d’entretien, pour un total de 29.615 $. Devant la Cour d’appel, les propriétaires souhaitaient échapper à ce jugement.
Le Devoir du 28 novembre 2024
La Cour suprême du Canada a mis fin, jeudi, à la saga judiciaire générée par la décision de Québec de protéger l’ancien monastère des Moniales-Dominicaines-de-Berthierville. En refusant d’entendre l’appel du promoteur immobilier qui voulait démolir l’ensemble conventuel de tradition catholique, le plus haut tribunal du pays confirme que son classement par l’État comme bien patrimonial ne constitue pas une expropriation déguisée.
Le Devoir du 3 juillet 2025
La saga d’un cancer immobilier
Le 7 février 2026 les propriétaires du monastère l’ont mis en vente pour 1 dollar symbolique. Ils disent avoir reçu plusieurs demandes mais tous les intéressés ont laissé tomber après avoir examiné tous les éléments du dossier.
La ville (de Berthierville) trouve que la situation a viré au ridicule. Selon son évaluation, recycler l’ancien monastère serait une affaire de 100 millions de dollars.
Radio-Canada 20 avril 2026
Le 6 mai 2026 Radio-Canada a annoncé que les copropriétaires ont abandonné la partie:
Les copropriétaires du monastère des Moniales-Dominicaines-de-Berthierville ont décidé d’abandonner leur propriété. Une décision qui survient après sept années de combat contre le ministère de la Culture et des Communications, qui a décidé de classer le bâtiment et son terrain comme patrimonial. Au total, des frais d’environ 5 millions de dollars ont été encourus par les copropriétaires en frais d’avocats, de sécurisation du site et de rénovations.
À suivre …

















Désolant cette perte de patrimoine.
J’ai connu des Dominicaines, car je voulais en devenir une, mais le destin m’a amené ailleurs, avec un conjoint, on a partagé une belle vie pendant 60 ans, avec 3 enfants. J’aimerais revoir ses femmes merveilleuses, qui sont des Dominicaines ! Une grande perte pour moi, et d’autres aussi