Catégorie: Histoire de Lanaudière
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Le monastère de Berthierville en sursis

En 2019 la ministre de la Culture Nathalie Roy a empêché la démolition du monastère des Moniales de Berthierville, in extremis. Comme il s’agit d’un bâtiment important du patrimoine religieux du Québec la pression publique a forcé la décision de la ministre mais c’est une décision prise dans l’urgence, pas un plan de sauvegarde du patrimoine.

Berthierville a de la chance, elle possède un riche patrimoine bâti; dont le monastère des Moniales Dominicaines, un immense bâtiment abandonné depuis que les Moniales Dominicaines cloîtrées ont déménagé à Shawinigan en 2012. J’ai découvert ce bâtiment abandonné en visitant Berthierville cette semaine.

Photo: Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec

L’ancien monastère des Moniales-Dominicaines-de-Berthierville est un ensemble conventuel de tradition catholique érigé à partir de 1933. L’ensemble comprend quatre ailes rectangulaires ceinturant un préau de forme carrée, ainsi qu’une chapelle de plan carré appuyée perpendiculairement à l’aile nord-est et encadrée de bas-côtés. (Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec)

L'Action Populaire 21 avril 1949
L’Action Populaire 21 avril 1949

Pour l’agrandissement de leur monastère les moniales avaient fait appel à la générosité des fidèles. En donnant $200 on devenait commanditaire d’un rosaire de briques: messe, office canonial du jour et de la nuit, rosaire quotidien, nombreux suffrages pour les défunts…

Encore en 1962 la communauté des fidèles participait au financement de la nouvelle église conventuelle des Moniales Dominicaines de Berthierville pour $175.000.

Le patrimoine religieux a été financé par les fidèles qui croyaient que c’était pour l’éternité.

L’Action Populaire 3 octobre 1962

La portion principale du bâtiment de style néoroman d’esprit beaux-arts a été réalisée selon les plans et devis de Joseph-Albert LaRue, l’architecte officiel des Pères dominicains. Des agrandissements ont ensuite été réalisés en 1941, en 1950 et en 1960, dans le respect du style architectural original. (Le Devoir 3 juillet 2025)

Photo: Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec

Céder à la pression médiatique

Il y a des gens qui travaillent au Ministère de la Culture à établir des plans de sauvegarde du patrimoine en fonction du budget alloué par l’état. On ne peut pas tout sauver, il faut choisir ce qui a un réel intérêt et y consacrer les fonds nécessaires. La ministre Roy a cédé à la pression médiatique mais le bâtiment n’est pas sauvé pour autant: en 2026, presque 7 ans après qu’elle ait fait arrêter la démolition rien n’a encore été fait et le bâtiment continue à se détériorer.

En avril 2019 la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal avait blâmé la municipalité de Berthierville qui avait donné le permis de démolition sans consulter ses citoyens.

À la suite des révélations médiatiques entourant ce dossier, le gouvernement du Québec a décidé de suspendre les procédures de démolition pour une durée de 30 jours. La SSJB et la SNQ saluent cette décision. Comme quoi les levées de boucliers qui se sont fait entendre depuis hier, portent déjà leurs fruits! Comme dit le proverbe, l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Les soeurs moniales ont quitté le monastère en 2012 et ont essayé de le vendre. Après plusieurs années sans trouver d’acheteurs, elles ont approché M. St-Martin. On savait qu’il allait le démolir en tout ou en partie […] C’est sûr que ça nous faisait quelque chose, mais on était rendus là, explique Sœur Julie Lasnier au Journal (26 février 2026).

Entre 2012 et 2019 personne ne s’en est trop préoccupé et puis soudain tout le monde a voulu sauver le monastère; mais sans avoir de solution réaliste pour le sauver.

Un bâtiment patrimonial encombrant

Le bâtiment est énorme, il va certainement coûter très cher en rénovations puis en entretien. Est-ce que ça en vaut la peine?

La ville de Berthierville avait jugé que non puisqu’elle a accordé un permis de démolition a l’entrepreneur qui en a fait l’acquisition en 2019 après que le bâtiment ait été à l’abandon pendant quelques années.

Le monastère des Moniales Dominicaines de Berthierville
Le monastère des Moniales Dominicaines de Berthierville (BANQ)

André St-Martin confirme qu’il s’est assuré que ni le terrain ni le monastère n’étaient protégés avant d’en faire l’acquisition. Il a fait ses démarches auprès de la municipalité de Berthierville et de la municipalité régionale de comté (MRC) D’Autray.

«Il n’y a jamais personne qui m’a dit qu’il y aurait une opposition, indique M. St-Martin. On m’a remis le permis le 1er avril et de là, tous les contrats ont été signés. On a coupé l’eau, on a enlevé l’électricité et le gaz. Il y avait de l’amiante dans cette bâtisse-là. Mais trois jours plus tard, un huissier vient me dire qu’il y a une ordonnance de la ministre et qu’on doit arrêter les travaux.»

Radio-Canada

Un bâtiment classé, sans eau ni électricité

En janvier 2020 la ministre a confirmé le classement du bâtiment:

Jeudi, la ministre Roy rappelle que l’avis de classement oblige le propriétaire à lui demander l’autorisation avant d’effectuer certaines interventions sur les bâtiments et le terrain. Toutefois, le propriétaire bénéficie dorénavant d’un accompagnement du ministère et d’une aide financière pouvant atteindre 40 % du coût des travaux de restauration.

Le Devoir

Un entrepreneur qui veut faire du neuf en démolissant ce qui existe n’a pas la même philosophie qu’un amoureux du patrimoine. La situation ressemble à celle du centre commercial du Domaine de L’Estérel qui a été classé monument patrimonial juste après qu’un entrepreneur l’ait acheté pour le transformer. Les travaux ont été arrêtés et le bâtiment s’est détérioré puis a été démoli.

Le site patrimonial de l’Ancien Monastère des Moniales Dominicaines de Berthierville et le bâtiment lui-même, un ensemble conventuel de style néoroman d’esprit beaux-arts érigé en quatre phases, ont été classés à la suite de leur vente par les religieuses à un promoteur immobilier en vue de sa démolition. L’ancien monastère des Moniales Dominicaines de Berthierville est le premier établissement au Québec et au Canada de cette communauté religieuse féminine contemplative fondée par saint Dominique au XIII e siècle en France. Elles s’installent à Berthierville en 1925 et résident dans ce monastère de 1934 à 2012. L’ensemble très bien conservé est l’ un des rares monastères subsistants de religieuses contemplatives érigés au XXème siècle hors des grands centres urbains.

Conseil du Patrimoine Culturel du Québec – Rapport 2019 2020 (page 15)
Photo: Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec

Quoi sauver?

Berthierville possède un riche patrimoine bâti qui pourrait être mieux mis en valeur. Si les fonds disponibles sont limités, il faut faire un choix, ce n’est pas facile: sauver le monastère des Moniales en y consacrant tout le budget disponible ou réparer les vieilles maisons et embellir la ville en suivant un plan?

En fait il n’y a pas que le bâtiment des Moniales qui est patrimonial. Quand on regarde le site sur une carte on voit un immense terrain boisé derrière le monastère qui a certainement un grand intérêt.

Le monastère de Berthierville vue aérienne

Dans le Devoir du 28 novembre 2024: Le monastère des Moniales de Berthierville est protégé par la loi, tranche la Cour d’appel

Devant « la détérioration sévère » qu’avait subie le site depuis son acquisition par une société privée, l’État avait réalisé lui-même des travaux de sauvegarde du lieu. En avril 2023, le promoteur s’était vu contraint devant les tribunaux de rembourser plus de 903.440 $, plus les intérêts. Il s’agissait de la somme déboursée pour sécuriser le bâtiment contre son gré. À cela s’ajoutaient des frais de chauffage et d’entretien, pour un total de 29.615 $. Devant la Cour d’appel, les propriétaires souhaitaient échapper à ce jugement.

En 2026 le monastère est toujours clôturé sans que rien ne bouge. Le Devoir du 3 juillet 2025 rapporte: La Cour suprême du Canada a mis fin, jeudi, à la saga judiciaire générée par la décision de Québec de protéger l’ancien monastère des Moniales-Dominicaines-de-Berthierville. En refusant d’entendre l’appel du promoteur immobilier qui voulait démolir l’ensemble conventuel de tradition catholique, le plus haut tribunal du pays confirme que son classement par l’État comme bien patrimonial ne constitue pas une expropriation déguisée.

À vendre pour $1

Le 7 février 2026 les propriétaires du monastère l’ont mis en vente pour 1 dollar symbolique. Ils disent avoir reçu plusieurs demandes mais tous les intéressés ont laissé tomber après avoir examiné tous les éléments du dossier: la saga d’un cancer immobilier.

Journal de Montréal 26 février 2026

Le monastère de Nominingue

Le monastère de Nominingue est un site patrimonial hautement symbolique de la colonisation des Hautes-Laurentides; le curé Labelle avait lui-même choisi le site. Le monastère est à vendre pour près de 2 millions et je serais très surpris qu’il trouve preneur. Un édifice aussi important peut difficilement être rentabilisé par un entrepreneur commercial. On peut imaginer que dans quelques années le bâtiment commencera à tomber en ruines si il n’est plus habité. Un jour le service des incendies de Nominingue va estimer qu’il représente un danger et ordonner sa démolition mais alors les protecteurs du patrimoine vont soudain se réveiller et partir en campagne pour s’y opposer…

Propriété unique et exceptionnelle au Québec! Un ancien couvent chargé d’histoire sur un terrain de plus de 2 000 000 pi² en bordure d’un lac. Un lieu unique, empreint de paix et de beauté, où chaque espace respire le patrimoine.

Il y a déjà juste à côté l’ancien couvent des Soeurs de St-Croix qui est abandonné depuis le début des années 2000.

Carte du Québec

1 réflexion au sujet de “Le monastère de Berthierville en sursis”

  1. Désolant cette perte de patrimoine.
    J’ai connu des Dominicaines, car je voulais en devenir une, mais le destin m’a amené ailleurs, avec un conjoint, on a partagé une belle vie pendant 60 ans, avec 3 enfants. J’aimerais revoir ses femmes merveilleuses, qui sont des Dominicaines ! Une grande perte pour moi, et d’autres aussi

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