Le plan de 1846 du village de L’Assomption

Le village de L’Assomption a été fondé en 1717, c’était déjà un village ancien quand l’arpenteur Laurent Dorval en a dessiné le plan en 1846.

Sur ce plan du village de L’Assomption figurent la rivière L’Assomption, la division des lots, les rues, le marché, le cimetière, le collège, le couvent, l’église, les limites du village et le marché à bois.

Les cartes anciennes sont souvent très belles et elles permettent de documenter les archives manuscrites.

Voici le plan du village de L’Assomption dessiné par Laurent Dorval en 1846; le lien vers le site de la BANQ permet de voir le fichier en très grand format:

Plan du village de L'Assomption 1846
Plan du village de L’Assomption 23 février 1846 (BANQ)

Beaucoup des maisons de L’Assomption en 1846 n’existent plus et il n’y a pas de photographies de cette époque mais en recherchant dans les archives on peut trouver quelques informations et des illustrations.

Chapelle érigée en 1724 au village de L'Assomption

Il y a d’abord l’Histoire du Collège de l’Assomption qu’on peut lire sur le site de la BANQ et qui donne des détails sur la fondation de L’Assomption et son histoire. Cette illustration de la première chapelle de L’Assomption située au bord de la rivière entre les rues Ste-Anne et St-Joachin en est extraite.

Dans Vieux manoirs, vieilles maisons de Pierre-Georges Roy publié en 1928 on trouve quelques photos des maisons les plus anciennes de L’Assomption.

Maison Archmbault, L'Assomption
Vieux manoirs, vieilles maisons (BANQ)

Et puis il y a un très beau livre que j’ai trouvé à la bibliothèque de Joliette écrit par Aimée Faribault en 1932 intitulé Vieilles maisons, vieilles gens. C’est un livre de souvenirs et d’anecdotes racontant l’histoire de chaque maison du village jusqu’en 1932.

Aimée Faribault - Vieilles maisons vieilles gens
Le Messager juin 2020

La famille d’Aimée Faribault faisait partie des élites de L’Assomption. Barthélémy Joliette a commencé sa carrière en apprenant le notariat chez son oncle Faribault. Aimée Faribault aidée des souvenirs de son père Joseph-Édouard rapporte plusieurs détails intéressants qui permettent de commenter le plan.

À cette époque, Joliette n’existait pas et tout le commerce du nord se faisait à L’Assomption. C’est ce qui explique le bon nombre de riches marchands qui y résidaient.

Vieilles maisons, vieilles gens (page 23)
Marchands de L'Assomption
Histoire du Collège de l’Assomption

Les riches marchands de L’Assomption

La rue St-Étienne est la plus ancienne du village et on y retrouvait les maisons et les magasins de plusieurs marchands.

La maison familiale des Faribault se trouvait entre les rues St-Joachin et Ste-Anne mais elle a été construite en 1880. De l’autre côté de la rue l’ancien palais de justice de L’Assomption existe toujours, il a servi de décor pour le tournage de films d’époque. Cette maison a d’abord été celle d’un marchand, Moïse Raymond.

Le palais de justice de L'Assomption
Vieux manoirs, vieilles maisons

Ce Moïse Raymond faisait la traite avec les sauvages et on le disait très riche, de plus, il avait épousé l’unique fille de monsieur Laurent Leroux qui possédait une grande fortune.

Vieilles maisons, vieilles gens (page 23)

Au coin de la rue Notre-Dame il y avait la maison construite par Benjamin Beaupré, le grand-père du géant, et qui servit à Laurent Leroux de magasin. Leroux était un riche marchand qui a placé sa fortune en achetant des terres à L’Assomption. Sur le plan de 1846 on voit qu’il possède des terres aux 2 extrémités du village; à l’est il possède toute la boucle de la rivière qui n’est pas encore bâtie. Sa maison se trouvait sur la rue du Portage près de la rivière au nord.

La maison Beaupré à L'Assomption
Vieux manoirs, vieilles maisons

Riche marchand qui avait fait partie de la Compagnie du Nord-Ouest, il s’était marié là-bas avec une métisse de la tribu des Sauteux, qui mourut avant son retour dans la province de Québec. De ce mariage sont nées quatre filles naturelles que monsieur Leroux ramena avec lui et qui moururent toutes de la consomption après leur mariage.

Vieilles maisons, vieilles gens (page 80)
Le poste de la Compagnie de la Baie d'Hudson
Vieux manoirs, vieilles maisons

Aimée Faribault écrit que cette maison a été construite en 1812 par Joseph Sanche dont le père s’appelait Sancho. Elle ne parle pas du poste de la Baie d’Hudson qui me semble une information douteuse. Mais il y a peut-être déjà eu un poste à cet emplacement. Les riches marchands de L’Assomption étaient impliqués dans la traite des fourrures, on le voit bien.

Le dessinateur du plan, Laurent Dorval, habitait au 169 rue Notre-Dame au coin nord de la rue St-Jacques.

Plan de L'Assomption 1846 - Laurent Dorval

La navigation sur la rivière L’Assomption

La rue du Portage a été nommée ainsi parce que c’était à cet endroit que les sauvages transportaient leurs canots pour éviter de contourner la presqu’île.

Vieilles maisons, vieilles gens (page 78)

Sa situation sur la rivière L’Assomption a permis au village de servir de relais dans la navigation de la rivière. On remarque sur la carte qu’il n’y a pas encore de pont sur la rivière mais qu’il y a 3 traverses.

En 1833, dans son rapport sur le recensement du comté de Leinster de 1832, le docteur Jean-Baptiste MEILLEUR, arrivé à L’Assomption en 1827, réclame la mise en place de mesures qui devraient assurer le développement économique de la région. Parmi ces mesures, on trouve, entre autres, la facilité de communication avec le nord par l’entretien d’une bonne voie carrossable et avec Montréal par le creusage de la rivière L’Assomption. Il faudra attendre le début des années 1840 pour qu’un premier bateau à vapeur digne de ce nom remonte la rivière jusqu’à L’Assomption.

Des bateaux à vapeur remontent la rivière L’Assomption par René Didier
L'Assomption au temps jadis
Archives Lanaudière, Fonds Hervieux-St-Jean – Journal La Revue

La côte de l’Église

Le terrain avoisinant cette côte appartenait autrefois à la Société du Pont Roberval et servait d’entrée au pont qui existait à cet endroit et nommé pont Roberval. Après la disparition de ce pont emporté par les glaces, au pied de la côte conduisant de la rue à la rivière, il y avait un bac qui traversait d’une rive à l’autre… le bac fut transporté à la côte de la rue Notre-Dame.

Pendant plusieurs années Tancrède Archambault qui était propriétaire de la terre qui se trouve de l’autre côté de la rivière, vis-à-vis de l’église, construisit un pont volant à chevalets, afin de venir facilement au village. Ce pont était enlevé chaque automne… et il était à péage.

Immédiatement après le terrain dont la Société du Pont Roberval était propriétaire venait celui qui appartenait à la Compagnie du Richelieu. Il y avait là un quai où accostait le bateau de cette compagnie qui faisait le service régulier entre L’Assomption et Montréal.

Vieilles maisons, vieilles gens (page 21)
L'Assomption - Vue d'ensemble
L’Assomption – Vue d’ensemble (BANQ)
Histoire du Collège de l’Assomption
Histoire du Collège de l’Assomption

La taille du Terrebonne est impressionnante. On estime sa longueur à plus de 60 mètres et sa largeur maximale à environ 12 mètres. À l’arrivée au quai de L’Assomption, le capitaine devait le faire virer de bord. Cette manœuvre est périlleuse parce que la largeur de la rivière à cet endroit fait à peine 80 mètres.

Des bateaux à vapeur remontent la rivière L’Assomption
Le vapeur « Terrebonne », fleuve Saint-Laurent, QC, vers 1900
Le vapeur « Terrebonne », fleuve Saint-Laurent, QC, vers 1900 – Musée McCord

Les bateliers de la rivière L’Assomption

Histoire du Collège de l’Assomption
Histoire du Collège de l’Assomption

Sur la rivière L’Assomption, avant que le bois ne soit transformé à Joliette et transporté par train vers Lanoraie il devait descendre la rivière. Mais il ne s’arrêtait pas à L’Assomption, il allait jusqu’au St-Laurent. Quand même la ville de L’Assomption allait se fournir en bois de chauffage et de construction au marché à bois situé au bord de la rivière place St-Jean.

Le marché au bois
Le marché au bois

[Dans la deuxième maison au bout est de la rue St-Étienne] demeurait Jean-Marie Brouillet, le vieux batelier de l’Assomption, qui faisait le transport des marchandises par la rivière jusqu’au bout de l’île de Montréal, sur un bateau plat tiré du rivage par des chevaux.

Vieilles maisons, vieilles gens (page 23)

On pouvait encore aller jusqu’au fleuve en longeant la rivière. Si on regarde sur la carte d’aujourd’hui le chemin de hâlage passerait par des milliers de terrains privés.

Les institutions religieuses

Sur le plan de 1846 l’église et le collège sont dessinés. L’église a été construite en 1819-1820 mais elle a été agrandie en 1863. Cette photographie de G. Morisset donne l’information: Façade érigée en 1863 d’après les plans de Victor Bourgeau; abside par le même architecte en 1855.

L'église de L'Assomption
BANQ

Je n’ai pas trouvé d’illustration de cette époque du couvent situé à côté de l’église. Le collège érigé en 1832 avait été agrandi une première fois:

Presbytère de L'Assomption
Histoire du Collège de l’Assomption

Barthélémy Joliette à L’Assomption

Barthélémy Joliette a commencé sa carrière à L’Assomption où il a habité. A. Faribault écrit que la première maison où a vécu la famille Faribault rue St-Étienne a été achetée par B. Joliette en 1824. C’est sa veuve qui l’a vendue à la famille Faribault après sa mort en 1850. Dans une autre maison située à côté et disparue en 1858, habitait la mère de B. Joliette, Marie-Catherine Faribault, qui à la mort de son mari Antoine Joliette s’était remariée avec monsieur Pétrimoulx, frère de deux prêtres récollets. Médard Pétrimoulx était le curé de L’Assomption. Madame Correz, la soeur de B. Joliette habitait avec sa mère.

Résidence seigneuriale Faribault
Maison Faribault construite en 1880 – BANQ

B. Joliette possédait une autre maison au 331-353 rue Saint-Pierre au coin nord-ouest de la rue Notre-Dame.

Une autre famille bien connue à Joliette est celle du docteur Léon-Bernard Leprohon marié à Catherine-Louise Faribault. Son fils Henri devint shérif de Joliette et Jean-Antoine fut le fondateur de Sainte-Émélie-de-L’Énergie. Ils demeuraient dans la côte en face de l’église.

Plan de L'Assomption 1846

L’église, le couvent, le collège, le cimetière, le marché, toutes les rues de L’Assomption sont décrites maison par maison par Aimée Faribault. On découvre tous les métiers de cette époque, les originaux du village, les riches et les pauvres.

Le livre est un témoignage très intéressant et il faut noter qu’il a été édité par Réjean Olivier un éditeur privé passionné d’histoire de Lanaudière en 1992 et réédité en 2009.

Maison Archmbault, L'Assomption
Maison Archambault – Léonce Cuvelier vers 1943 (BANQ)
L'Assomption vers 1933
Histoire du Collège de l’Assomption – 1933

Dans le livre des manoirs on trouve encore une photo des ruines du manoir de la seigneuresse Viger à L’Assomption; Marie-Aurélie Faribault y avait habité. Mais il ne figure pas sur le plan.

Manoir de la seigneuresse Viger
Vieux manoirs, vieilles maisons

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