Pendant 85 ans des citoyens bénévoles ont formé des associations, participé à des assemblées, signé des pétitions, publié des études pour tenter de le préserver. Enfin en 2015 la ville de Mascouche a acquis le domaine et en septembre 2019 elle l’a fait citer comme site patrimonial. Mais en novembre 2020 le service de prévention des incendies a fait raser le manoir.
Le premier manoir a été construit vers 1700 par Jean-Baptiste Le Gardeur de Repentigny. Il a connu beaucoup de transformations par la suite: manoir Pangman, manoir Colville, école des frères de St-Gabriel, bureau régional de la Sûreté du Québec. Abandonné pendant quelques années il tombait en ruines quand la ville de Mascouche en est devenue propriétaire en 2015.

La Fondation du Domaine seigneurial de Mascouche
La ville de Mascouche a publié son plan en septembre 2020 pour le futur Parc Régional du domaine Seigneurial de Mascouche.
Ce site unique comprend encore aujourd’hui un manoir, un moulin et une maison de meunier. Un tel ensemble seigneurial se veut rare au Québec… Depuis 2015, la Ville de Mascouche est propriétaire de la partie du Domaine comprenant les bâtiments patrimoniaux et assure la gestion de la forêt suite à son acquisition par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) en 2019.
Ville de Mascouche
Sur une autre page du site de Mascouche on lit que le manoir a été cité comme site patrimonial en 2019 mais qu’il a été démoli en novembre 2020. C’est bien difficile à comprendre!
- 23 septembre 2019 – La Ville de Mascouche cite une partie du Domaine seigneurial comme site patrimonial: Manoir seigneurial, Moulin de Mascouche, Maison du meunier, Jardins de Colville et sa piscine.
- 16 novembre 2020 – Démolition du Manoir seigneurial suite au dépôt d’un rapport du Service de prévention des incendies daté du 12 novembre 2020 et faisant état d’enjeux de sécurité importants et sans équivoque.
Cette page du site de la ville de Mascouche a été suprimée et celle-ci l’a remplacée:
En 2017 la ville a donc dépensé 3,7 M$ pour démolir le juvénat et le gymnase afin de revaloriser le manoir. Mais en 2020 le manoir a été démoli vu son état et les enjeux de sécurité qu’il représentait.
En 2025 le site annonce: Suivant les refus répétés aux demandes de subventions pour un projet, autant public que privé, sur le Domaine seigneurial, la Ville de Mascouche réactualisera ses études sur l’état des bâtiments et réévaluera d’autres options, toujours dans l’objectif de valoriser ce site unique. Mais il n’y a plus de bâtiments à valoriser si je comprends bien. D’ailleurs un communiqué de presse du 28 janvier 2025 annonce l’abandon du projet récréo-touristique.
Le site Urbex Playground qui publie de belles photos de sites abandonnés a publié un article sur le domaine de Mascouche en 2013 qui permet de se rendre compte de l’état des lieux à cette époque. La première photo vient du journal L’action Populaire du 23 décembre 1970.


Histoire du manoir seigneurial
On trouve beaucoup d’informations sur le manoir sur internet (Société d’Histoire de Mascouche) mais elles ignorent souvent le commencement de l’histoire. Dans le fonds Morrisset de la BANQ on trouve des informations complémentaires.
Le manoir Le Gardeur de Repentigny


Le premier manoir seigneurial a été construit vers 1700 par Jean-Baptiste Le Gardeur de Repentigny: 30 pieds carrés c’était un tout petit manoir construit avec des arbres entiers.
Vers 1760 une seconde demeure de cinquante pieds sur trente-cinq de profondeur avait été érigée constituant un édifice d’un peu plus de cent pieds de longueur sur trente pieds de profondeur au sud et trente-cinq au nord.
Le moulin date d’avant 1765 puisqu’il est mentionné dans une publicité de la gazette de Québec pour la vente de la seigneurie.
Les seigneurs anglais
De 1766 à 1785 le manoir appartient au Colonel Gabriel Christie puis à Jacob Jordan jusqu’en 1793 puis à Peter Pangman en 1795.
La famille Pangman vécut ici jusqu’en 1881, au temps où le dernier seigneur, Henry Pangman, fut tué à Saint-Lin dans un accident de chemin de fer. Son testament léguait à l’évêque de Joliette tous ses droits seigneuriaux.


Un acte notarié datant du 4 octobre 1825 mentionne Grace Pangman veuve de Peter Pangman, tutrice de John et Eleanor Pangman ses enfants mineurs et George Henry Monk veuf de Jane Pangman. G. H. Monk est désigné comme le curateur de la succession qui a emprunté une somme de 100 livres à Roderick MacKenzie en donnant en garantie la seigneurie de la Chenaie: de la contenance de 140 arpents de front sur six lieues de profondeur, tenant par devant à la rivière Jesus et des Outaouas, par derrière aux terres de la Couronne…
La vente du domaine en 1881
La vente du domaine par la succession Pangman a été faite à Joliette par le shérif B.H. Leprohon. Il y avait plusieurs lots de terre dans la paroisse de Saint-Henri de Mascouche à vendre; au point 12 ce sont tous les droits sur la seigneurie de Lachenaie rapportant un revenu annuel de $4.362 payable par les censitaires de la dite seigneurie (Mme Colville parlait de droits seigneuriaux lègués à l’évêque de Joliette, ce sont peut-être ceux de la seigneurie de Lanoraie?).
Ce sont les frères Calixte et Uldéric Corbeil qui ont racheté le domaine pour son moulin toujours en activité puis ils ont vendu à Mme Hazel Colville qui a restauré le domaine pendant 30 ans tout en tentant d’en conserver le cachet.

La débâcle de 1885
Le site internet Histoire d’un vieux manoir à Mascouche raconte qu’au printemps 1885 la débâcle de la rivière avait soudain inondé la maison du meunier où vivait une famille nombreuse; un enfant avait été noyé et un autre miraculeusement sauvé. Le niveau de l’eau était monté jusqu’à la hauteur des pieds de la statue de la Sainte-Vierge qui a été installée en 1957 sur la maison du meunier.

Ce site internet présente des photos du manoir au temps des propriétaires Colville qu’on ne trouve pas ailleurs.
Le manoir Colville
Mme Colville avait de gros moyens. Elle a acheté le manoir en 1930 et c’est elle qui l’a aménagé tel qu’il nous est parvenu. On en trouve de belles photos d’Edgar Gariépy dans les archives:
Dans le fonds Morisset de la BANQ on trouve la reproduction d’un article paru dans L’Estudiant de Joliette en 1941 intitulé le manoir Repentigny à Mascouche. Mme Colville avait fait visiter son manoir et le journaliste en fait une description assez complète avec des photos (qui sont malheureusement très sombres pour la plupart). Voici quelques extraits de l’article:

40 millions pour un pastiche de manoir seigneurial
C’est le titre d’un article du Devoir du 28 octobre 2020; la ville de Mascouche explique pourquoi il faut démolir le manoir.
La Ville de Mascouche entend réaliser, à partir d’un domaine seigneurial du XVIIe siècle, un vaste ensemble récréotouristique moderne axé sur le loisir et le spectacle. En son centre trônera un pastiche de la demeure des anciens seigneurs de l’endroit, un bâtiment de pierres de 1795 avec ses lucarnes. Bien que l’original existe toujours, la Ville entend le démolir.
« Mais il va être reconstruit », s’empresse d’affirmer la porte-parole de la Ville de Mascouche. La Ville précise néanmoins que ce ne sera « pas nécessairement une copie conforme ».
Sauvegarde du patrimoine: 85 ans c’est un peu long!
Il aura fallu 85 ans de mobilisation citoyenne pour que la ville de Mascouche s’occupe de son patrimoine historique. Les citoyens s’étaient mobilisés pour sauvegarder un bâtiment patrimonial, ils ont réussi: il a été cité au patrimoine du Québec. Pour être rasé quelques mois plus tard. Et maintenant ils vont devoir payer 40 millions pour un parc avec un pastiche de manoir. Au moins ça va être moderne et fonctionnel!
La suite
Je suis retourné voir ce qui se passait en septembre 2021 et il ne se passait absolument rien. Le site était barricadé et ressemblait à un site industriel abandonné.
Le 23 février 2022 la Société d’histoire de Mascouche a lancé un nouveau cri d’alarme pour sauver le moulin et la maison du meunier qui sont toujours debout mais vont tomber en ruines:

En 2021 l’association des Amis et Propriétaires de Maisons Anciennes a publié un article pour la sauvegarde du moulin et de la maison du meunier de François Tétreault
Les moulins du domaine seigneurial de Mascouche
Dans une étude historique sur le moulin à farine et la maison du meunier du domaine seigneurial de Mascouche publiée par Lise St-Georges en 1990 on trouve un historique complet.
En 1770, le seigneur de Lachenaie, Gabriel Christie, loue son fief à un négociant de Mascouche, Ambroise Magnan, avec « moulin à eau à farine, moulin à scie dépendant de la dite seigneurie, manoir seigneurial, grange, étable et autres bâtiments, terre défrichée à Mascouche, meubles effets et ustensiles du dit manoir, desquels sera fait un inventaire ». Cette description des bâtiments suggère que l’on fait référence au moulin à eau construit par Christie en 1766-1767 et au moulin à scie des LeGardeur. Le manoir seigneurial pourrait être la maison de pierre décrite dans l’annonce de la Gazette de Québec en 1765… Le mauvais état du moulin à farine après seulement huit ans d’utilisation, soit entre 1766 et 1774, laisse présumer qu’il est construit en bois et qu’il peut difficilement correspondre au moulin subsistant présentement au Domaine de Mascouche.
Le maître mécanicien et meunier David Cleveland s’est occupé du moulin de Mascouche entre 1809 et 1819. C’était un spécialiste de la construction de moulins, il a construit les mécanismes du grand moulin de Joliette (village d’Industrie) en 1823 et plusieurs autres.


Un nouveau moulin en pierre aurait été construit entre 1861 et 1871.
En 1871, John Henry Pangman possède, sur le Domaine du Rapide, un moulin à carder la laine dont la production est évaluée annuellement à $1,200.00. Le moulin à scie ne semble pas avoir subi de grandes rénovations puisque le capital fixe demeure le même qu’en 1861, soit $1400.00. Par contre, le rendement a augmenté puisqu’il occupe 30 hommes au lieu de six, et produit une valeur de $21,000.00 en madriers, planches et bardeaux. En 1874, lors de la location du moulin à scie à Mélaine Delfausse, maître de poste, il est précisé que le moulin à scie abrite « sous
le même toit un moulin à fouler, un moulin à tourner le bois »
En 1883, le moulin à scie et les barrages sont démolis par les glaces. C’est probablement à
cette époque que Uldaric et Calixte Corbeil qui ont acquis le domaine en 1881 aménagent le moulin à farine pour y insérer le moulin à scie. Un boiler a ensuite été ajouté pour augmenter la puissance de la machinerie.
Les meuniers abandonnent l’usage de la vapeur en 1909. Le moulin à farine possède, lors de la fermeture en 1930, quatre paires de moulanges. Présentement, nous ne retrouvons dans le sous-sol du moulin que trois arbres de meules et leurs pignons.


























Très intéressantes vos chroniques, je vous invite à consulter mes livrets d’histoire du Québec, vous pouvez les télécharger gratuitement
Je suis désolé mais je n’ai pas de compte Facebook je ne peux donc pas lire vos articles.
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René St-Germain
Nous avons, moi et ma famille, demeurés (1964 à 1967)dans une vieille maison à comble français , qui était directement en face du juvénat, mon père l’avait loué à la communauté des frères de st-Gabriel qui en était propriétaire , il y avait à l’arrière de cette maison une ancienne étable , en bon état , qui était remplie de vieux pupitre et autres meubles d’école et d’une écurie encore occupée par quelques chevaux que les frères (Frère Deshaies et frère Lapointe) venaient nourrir tout en faisant une petite halte à notre maison , venant nous voir (nous étions une famille de onze enfants) , ma mère se faisant un plaisir de leur offrir une pâtisserie. Nous avions développé une bonne amitié avec la communauté.
Est il possible d’entrer en contact avec vous ? Ma famille y a habité après vous et jusqu’en 1989.