Catégorie: Histoire de Lanaudière
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Le village Vessot et ses industries

Samuel Vessot a fabriqué à 17 ans un semoir et herse combinés en 1869. Il a fait breveter son invention et a fondé un centre industriel au village Vessot au sud de Joliette. Fils d’un colporteur de bibles protestant installé au village de L’Industrie vers 1842 il a fondé une des principales industries de Joliette, une entreprise familiale qui a duré de 1869 à 1973.

Le village Vessot en 1909

La Société d’Histoire du Protestantisme Franco-Québécois a publié une biographie de Samuel Vessot (1852-1933) par Jean-Louis Lalonde qui résume son histoire; j’en ai extrait quelques passages et j’ai cherché des documents d’archives pour la compléter.

Joseph Vessot le père de Samuel

Né en France en 1810, Joseph Vessot s’est converti au protestantisme et est devenu missionnaire et colporteur de bibles en 1838. Il s’est installé à Joliette vers 1842.

Montreal Weekly Witness 21 juillet 1871
Montreal Witness

La Société missionnaire franco-canadienne cherche des ouvriers pour le Canada, il tente l’aventure et arrive à Montréal en 1840… Il s’établira peu après sur une ferme à Saint-Charles-Borromée au sud du village de L’Industrie (qui s’appellera plus tard Joliette). Il est agriculteur et élève des moutons pour gagner sa vie, les émoluments touchés de la Société pour ses activités de colportage étant insuffisants pour faire vivre sa famille.

Une famille protestante pauvre à Joliette à cette époque, ça ne devait pas être facile. En 1871 le père Chiniquy, le célèbre prédicateur de la tempérance devenu protestant, était venu prêcher à Joliette. Ça a dégénéré en émeute anti-protestante selon le pasteur de Joliette. Bien sûr le Montreal Witness (21 juillet 1871) était un journal protestant mais on peut imaginer que l’Église Catholique avait du mal à tolérer la dissidence. Il y avait malgré tout une communauté protestante à Joliette, les Vessot et Rondeau étaient même francophones. Et puis Peter Charles Lœdel beau-frère de B. joliette et seigneur était protestant, il fallait bien le tolérer.

La maison de Joseph Vessot
La maison de Joseph Vessot

Le 11 octobre 1842 Joseph Edouard Blainville a vendu à Joseph Vessot évangéliste une terre de 2 arpents sur 15 bornée par devant au chemin du Roy, par derrière à la grande ligne seigneurialle, tenant d’un côté au domaine, d’autre côté à Jean Baptiste Chébroux dit Latendresse, bâtie de deux maisons & une grange. Le 5 février 1848 Joseph Vessot, évangéliste, a acheté un autre terrain bâti de maison et étable situé à côté du premier à Etienne Partenais. Ces 2 terrains formaient le lot No 16 de la paroisse St-Charles-Borromée.

Le premier brevet de Samuel Vessot

Né en 1852 à L’Industrie (Joliette) Samuel Vessot avait 17 ans quand il a déposé son premier brevet d’invention pour le semoir et herse combinés à Ottawa en 1869 puis à Washington en 1870. Le brevet canadien N°129 pour le semoir et herse combinés a été déposé le 14 septembre 1869 à Joliette par Joseph et Samuel Vessot.

Les brevets de Samuel Vessot 18 octobre 2021 1869 – Sowing and harrowing machine
Sowing and harrowing machine

L’invention est décrite dans un document de 7 pages. Les témoins Noël Rondeau, Marc Ami et Sewell Clements, protestants de Joliette, ont signé le 6 octobre 1869.

Gazette de Joliette 24 janvier 1870
Gazette de Joliette 24 janvier 1870

Sur sa ferme au bord de la rivière L’Assomption la famille Vessot a commencé à fabriquer ces semoirs à petite échelle; le succès a suivi.

Gazette des Campagnes 26 janvier 1871
Gazette des Campagnes 26 janvier 1871
Gazette de Joliette 8 mai 1873
Gazette de Joliette 8 mai 1873

En 1874 Samuel endossé par son père Joseph Vessot a enregistré son deuxième brevet d’invention N°4224 pour une herse et rouleau combinés. Il en a enregistré plusieurs autres par la suite.

Le recensement canadien de Joliette en 1871 fait état dans les établissements industriels d’une manufacture de herses et semoirs combinés employant un homme qui y a travaillé quatre mois dans l’année pour gagner 64$ en utilisant du bois et du fer pour une production d’une valeur de 150$; il a fabriqué cinq semoirs pour un chiffrre d’affaires de 500$.

Les débuts des industries Vessot

Le 12 avril 1872 vente par Peter-Charles Lœdel à Joseph Vessot évangéliste et Samuel Vessot fabricant de semoir tout le terrain qu’il y a à prendre du chemin de la Reine à gagner la rivière de l’Assomption tenant d’un côté au Domaine appartenant à Marie Antoinette de Lanaudière et de l’autre à Damase Ethier sans bâtisse. Il leur était interdit de construire aucun moulin mais pouvaient y établir une fabrique de semoirs; vendu pour 200 piastres. Le 19 avril Peter Charles Lœdel et son épouse Marie Antoinette de Lanaudière leur ont vendu un lopin de terre adjacent pour 40 piastres. Ils ont reçu la quittance générale et finale de leur achat le 31 juillet 1874. Ces terrains formaient le lot No 539 de Joliette.

Le 14 juin 1872 Peter-Charles Loedel a encore fait une déclaration notariée en faveur de Joseph et Samuel Vessot pour spécifier que selon les actes de ventes il les autorisait à fabriquer toutes espèces d’outils d’agriculture, ainsi que de coton ou de laine, établir une fonderie en cas de besoin, se servir d’une machine pour planer le bois de sciage, embouffeter les madriers, manufacturer des portes, châssis et jalousies, des roues et toutes espèces de voitures d’été et d’hiver, des meubles, construire les bâtisses nécessaires à l’exception de moulins à farine, à avoine ou à scie.

Le 8 juillet 1872 Joseph et Samuel Vessot cultivateurs et fabricants de semoirs et herses de St-Charles-Borromée ont loué à titre de bail à loyer pour 10 ans à Pierre Edouard McConville arpenteur juré de la ville de Joliette un lopin de terre situé au sud-ouest du chemin public de la Baze de Roc selon le plan annexé au contrat. Le terrain doit servir à y manufacturer de la brique, le preneur aura le droit d’y ériger des bâtisses et de prendre la glaise et le sable nécessaires dans le penchant de la côte, etc. Le bail est fait pour le prix de 30 piastres pour les 5 premières années puis 35 piastres plus 2.000 briques à la demande.

Le 16 avril 1872 P.E. McConville avait engagé Charles Partenais de St-Alphonse pour fabriquer 400.000 briques.

Son père, Joseph Vessot, réussit à obtenir le 11 août 1873 un prêt de cinq cents dollars à 8% d’intérêts du pasteur anglican Edouard Roy, de Saint-Thomas-de-Pierreville, comté de Saint-Hyacinthe, déposant en garantie sa terre et les lots.

Jean-Louis Lalonde

Le 11 octobre 1875 les Associés de rouleaux, semoirs et herses combinés J. & S. Vessot ont signé une convention pour prolonger leur association. Charles Leblanc, Jean-Jacques Provost, Sewell Clements, Charles Guilbault, Elie Terriau, L. Hubert Turgeon, François Foucher, Seraphin Boulet, Théodore Rivard, Marie Lafleur, Mésac Gravelle, Joseph Vessot et Samuel Vessot, Charles Tanner de Pointe-aux-Trembles, Georges Baby s’étaient associés en commandite le 6 septembre 1873 pour manufacturer et vendre des semoirs et herses combinés. La société a été renouvelée le 10 octobre 1874 et à l’expiration de leur association le 5 septembre il restait 40 semoirs, rouleaux et herses combinés invendus et qu’il conviendrait donc de continuer la société pour 5 ans aux conditions suivantes: Joseph et Samuel Vessot recevront 80 piastres pour chaque semoir plus 10% du profit de la vente la 1ère année, 15% la seconde et 20% pour la présente année et les 4 suivantes. La société avait l’exclusivité de la vente des semoirs dont le nom était Compagnie manufacturière de semoirs, rouleaux et herses combinés de J. et S. Vessot et Cie. J. et S. Vessot ont donné des garanties financières, pris une assurance et déposé le brevet du semoir au nom de la société. Le 16 octobre Edouard Migué et Elie Côté ont ratifié la convention comme associés.

Le 10 août 1876 Joseph Vessot a reconnu par une obligation devoir la somme de 500 piastres à Edouard Roy ministre de l’église épiscopale d’Angleterre de St-Thomas de Pierreville comté de Yamaska; il a donné en garantie le terrain N°539 sur la rivière de l’Assomption tenant à la propriété des Loedel, un autre terrain voisin sur le chemin de la Reine, une terre de St-Charles-Borromée de 2 arpents sur 15 sur le chemin de la Reine tenant au Domaine seigneurial et un lopin attenant. Le 17 août 1877 une nouvelle obligation de 125 piastres incluant l’intérêt de la précédente a été conclue avec les mêmes garanties.

La terre de St-Charles-Borromée possédée par Joseph Vessot était la No 16 de la concession Base de Roc de 3 arpents sur 16. Sur le Plan officiel de la paroisse de Saint-Charles-Borromée en 1929 la terre No 16 (196) se trouvait au sud de la limite de la ville de Joliette où les terres faisaient partie du Domaine Seigneurial, des 2 côtés du chemin Base de Roc. L’ancienne ligne de train allant vers Rawdon était encore dessinée. La terre No 539 de Joliette se trouvait au nord de celle-ci dans le domaine seigneurial.

Manufacture de J. & S. Vessot – Cette manufacture est située à une dizaine d’arpents de la ville de Joliette et ses machineries fonctionnent à la vapeur, sa spécialité est de construire des semoirs, connus sous le nom de « Semoir, Herse et Rouleaux Combinés de J. et S. Vessot patenté ».

En 1877 Samuel Vessot a présenté à Joliette sa nouvelle invention le bouleverseur tiré par 2 chevaux et monté sur des roues. Le 17 avril 1877, La Gazette de Joliette a rapporté une démonstration de ce nouvel instrument, sorte de charrue articulée qu’on peut élever ou abaisser aux moyens de chaînes.

La Gazette de Sorel 24 avril 1877
La Gazette de Sorel 24 avril 1877

Sa compagnie continue de se développer et compte une petite dizaine d’employés en comprenant le propriétaire et son épouse, Almira-Suzanne Choinière. Celle-ci était née à Sabrevois (Montérégie) le 30 avril 1856 et était parente de l’Edouard Roy signalé plus haut. Elle était arrivée à Joliette en 1875 comme institutrice, avait épousé Samuel le 12 novembre 1878, était devenue particulièrement active dans la compagnie; en fait, c’était le bras droit de son mari.
Le couple aura sept enfants, naissant à quelques années les uns des autres sur une période de dix-huit ans, Laura Almira (18.7.1879), Alice Evelyn (17.5.1883), Ernest (6.6.1887), Corinne-Georgina (29.3.1891), Nelida-Lucile (12.9.1892), Arthur-William Reginald (25.4.1895) et finalement Claire-Héloïse (20.2.1897). La croissance de sa famille va de pair avec les progrès de la compagnie!

Jean-Louis Lalonde

Samuel Vessot a très vite compris l’importance de la publicité pour faire connaître ses nouvelles inventions.

Le 13 novembre 1877 François Beaudouin chaufournier de Joliette a donné une quittance à Joseph Vessot pour la somme de 500 piastres dûe pour l’achat le 26 février 1864 d’un emplacement dans la ville au coin des rues St-Antoine et St-Barthélémy, là où a été construit la chapelle protestante de Joliette.

Le 21 janvier 1878 Samuel Vessot a déposé une procuration du révérend Joseph Vessot demeurant à Bayfields en Ontario l’autorisant à disposer des terres suivantes: la terre N°16 de 3 arpents sur 16 sur la rivière de l’Assomption à la limite entre Joliette et la paroisse St-Charles-Borromée; le lot N°539 de Joliette; le lot N°444 au coin des rues St-Antoine et S-Barthélémy avec 2 maisons et autres bâtisses. Le 18 février Samuel Vessot représentant Joseph Vessot ministre évangéliste absent a vendu à Élie Terriau ferblantier de Joliette 3 actions de la Compagnie du Chemin à Rails du St-Laurent et du village d’Industrie pour 180 piastres. Le 23 janvier Joseph et Samuel Vessot ont reconnu par une obligation devoir 500 piastres à Charles Leblanc marchand de Joliette, somme garantie par la propriété située au coin des rues St-Antoine et St-Barthélémy.

Le 25 février Samuel Vessot a constitué Antoine Morissette agent d’assurance de St-Albans Vermont son procureur pour vendre les droits de son brevet d’invention aux États-Unis. Le 5 mars il a donné une autre procuration à Antoine Morissette pour réclamer son dû à Dave(?) Bickford de New-York avec qui il avait conclu un accord. Le même jour Samuel Vessot a acheté par l’intermédiaire de A. Morissette les droits sur l’amélioration sur les séchoirs Clothes Dyers appelés N.P. Dion Clothes Dyers pour le Canada.

Le 28 mars la Banque d’Hochelaga a déposé un protêt pour un billet promissoire de $70 fait par Samuel Vessot et endossé par Joseph Vessot et Élie Côté du 25 février payable 1 mois plus tard sans fonds.

Le 30 août 1878 Samuel Vessot a vendu avec faculté de réméré (droit de rachat) le mécanisme et machineries de sa manufacture à la Fonderie de Joliette et à Elie Seylaz missionnaire protestant de St-Henri de Mascouche: un engin, chaudière, tuyau et arbre, un planeur, une scie à ruban, un planeur à (???), un banc de scie…

Etant attendu que le vendeur a un besoin urgent de la balance du dit prix de vente pour payer ses créanciers… Les débuts des industries Vessot n’ont pas été faciles.

Le lendemain 31 août il a conclu une convention avec Elie Seylaz pour la formation d’une société pour exploiter la manufacture d’instruments agricoles que le dit Samuel Vessot exploite actuellement en la paroisse St-Charles-Borromée sous le nom de Vessot & Seylaz pour 5 ans; M. Seylaz payera 300 piastres pour la moitié du mécanisme et de l’outillage.

Le 26 septembre Samuel et Joseph Vessot ont vendu le terrain au coin des rues St-Antoine et St-Barthélémy à Charles Leblanc avec faculté de réméré pendant 10 mois pour la somme de 500 piastres.

Le décès de Léocadie Filiatrault et sa succession

Le 13 août 1879 le révérend Joseph Vessot ministre de l’Évangile de St-Charles-Borromée a publié un avis du décès de son fils Joseph Vessot ingénieur et voyageur aux États-Unis le 17 juillet 1869; il a été inhumé dans le cimetière protestant de Ramsay. Il n’a laissé aucun immeuble et ses héritiers étaient ses parents (moitié) et ses frères et soeurs (1/16 chaque): Pémina, Léa, Samuel, Louisa, Emma, Abel, Lucile Anna, Charles Henri. Le 14 août Joseph Vessot père tuteur des biens de feue Léocadie Filiatrault son épouse a reconnu devoir à ses enfants la somme de $1.100 dont $800 provenant de la succession de leur frère retenue par leur père sans autorisation; il a hypothéqué le lot 16 de St-Charles-Borromée avec maison, grange et dépendances et le lot 539 de Joliette en garantie.

Le même jour l’inventaire des biens de la communauté ayant existé entre Léocadie Filiatrault décédée et Joseph Vessot a été notarié. Tous les biens leur appartenant ont été évalués; ils devaient $500 à Charles Leblanc marchand, $697 à Édouard Roy ministre de l’Évangile de St-Thomas de Pierreville, $800 à leurs enfants, $8 à la la municipalité dissidente de Joliette, $250 à Pémina Vessot épouse de Mésac Gravel, $150 à Léa Vessot épouse de Henri Tanner, $100 à Louisa Vessot. Ils s’étaient mariés le 16 janvier 1843. Joseph Vessot avait acheté de François Beaudoin un emplacement au coin des rues St-Antoine et St-Barthélémy à Joliette avec 2 maisons, étable, écurie, etc. (en 1864 selon la quittance); en 1842 une terre de St-Paul tenant à Jean-Baptiste Chébroux dit Latendresse avec 2 maisons et une grange; en 1848 une terre de St-Charles-Borromée sur la rivière l’Assomption avec une maison et une étable; de P.-C. Loedel une terre partie dans St-Charles-Borromée et partie dans Joliette sans bâtisse.

Le 11 septembre 1879 Joseph Vessot et Louis Fruitier tuteurs de la succession ont vendu à l’encan un emplacement de Joliette, lot 444, construit de 3 maisons et autres dépendances acheté par Charles Leblanc; il s’agit de l’emplacement actuel de la chapelle et de l’école protestantes.

Le 10 décembre 1880 Samuel Vessot a racheté son matériel à la Fonderie de Joliette selon son droit de réméré. On ne sait pas ce qui est advenu de son association avec Elie Seylaz. Le 11 décembre Samuel Vessot a fait un emprunt à François Rondeau; il avait plusieurs demandes pour des machines (semoirs) mais il ne pouvait pas les fabriquer faute de moyens. François Rondeau connaissant l’habileté de son ami était prêt à lui avancer jusqu’à 700 piastres à 8% d’intérêt pour acheter les matériaux pour faire une douzaine de semoirs. Samuel Vessot a engagé en garantie la moitié de ses outils, l’autre moitié étant déjà engagé à un nommé Céla (Élie Seylaz).

Samuel Vessot à Québec

La fabrication d’instruments aratoires avait donc commencé à Joliette et Samuel s’est associé avec Charles T. Coté marchand de Québec pour écouler la marchandise. Il semble qu’il ait déménagé à Québec pendant quelques années. En 1881 la Gazette des Campagnes présentait le semoir Vessot: Nous avons eu l’avantage d’apprécier cet instrument, en vente chez MM. Cha. T. Côté et Cie de Québec, qui les vendent et s’en servent sur leur ferme à la Canardière.

Gazette des Campagnes 6 avril 1882
Gazette des Campagnes 6 avril 1882

Le journal d’agriculture illustré de mars 1882 a présenté des gravures des machines agricoles fabriquées et vendues par MM. Coté & Vessot.

S. Vessot et compagnie

En 1885 Samuel Vessot a déposé le brevet N°21208 pour la machine à moudre les grains et la Compagnie S. Vessot a été fondée la même année. La nouvelle invention de Samuel était une moulange, la machine à moudre Champion appelée «Champion Feed Mill». Les plans détaillés de son invention, 4 pages, sont annexés au brevet.

1885 – Machine à moudre les grains
1885 – Machine à moudre les grains

Finie la farine rude et grise! Finie la corvée d’aller faire moudre son blé! Cette nouveauté connut un tel succès qu’elle relégua dans l’ombre la fabrication des semoirs et des instruments aratoires des débuts et sa manufacture, après quelque temps, laissa une autre compagnie régionale s’en charger. La firme de Vessot aura l’électricité un an avant le village de Joliette qui ne l’installera qu’en 1888.

Jean-Louis Lalonde

L’Étoile du Nord, 27 mars 1886

Les publicités décrivent la nouvelle invention: Ce moulin consiste en une combinaison de meules à concasser et à moudre le grain avec appareil à aplatir l’avoine. Le moulin Vessot fait de la mouture pour les bestiaux, et il peut moudre très fin. C’est sans contredit ce qu il y a de plus parfait dans l’ espèce. Un moteur (horse power) de deux chevaux, permet de moudre de 8 à 12 minots à l’heure et d’aplatir de 12 à 10 minots dans le même espace de temps. A l’aide de la vapeur, d ’une force hydraulique ou du vent ou d’une force équivalent à celle de quatre ou six chevaux on peut moudre de 15 à 25 minots à l’heure.

Le 10 août 1887 le révérend Joseph Vessot ministre du St-Évangile présentement résidant à St-Valérien de Milton dans le comté de Shefford, Louisa Vessot épouse de Alonzo King demeurant à Stanstead, mesdemoiselles Emma et Lucile Anna Vessot domiciliées à Joliette, toutes 3 héritières de Léocadie Filiatrault ont vendu pour 1.725 piastres à S. Vessot & Cie tous les droits et prétentions leur appartenant sur le lot N°16 de St-Charles-Borromée de 60 arpents de superficie bâti de maison, grange et autres dépendances et le lot N°539 de la ville de Joliette de ½ arpent. Joseph Vessot se réservait le droit d’usage et d’habitation dans la maison, l’acquéreur s’obligeant à lui fournir une chambre chauffée avec accès aux autres appartements. L’acquéreur s’engageait à payer une somme de 625 piastres à Élie Seylaz pour le rembourser d’une obligation.

Le 17 mars 1888 Joseph Vessot ministre de l’Évangile demeurant à Joliette a fait son testament léguant ses biens à dame Elmire Suzanne Choinière épouse de Samuel Vessot et la nommant exécuteur testamentaire. Le 7 juin 1888 Joseph Vessot a fait un nouveau testament léguant ses biens à son fils Abel Vessot et le nommant son exécuteur testamentaire. Ces 2 testaments successifs sont difficiles à comprendre.

Le 22 mars 1888 Sara Eliza Anderson veuve de George Gilmour a vendu à Joseph Vessot résidant à St-Valérien de Milton le terrain N°17 de St-Charles-Borromée voisin du N°16 au bord de la rivière de l’Assomption.

Le 14 mars 1889 Sarah Eliza Anderson a donné à l’Église protestante évangélique de Joliette représentée par William Copping, Sewell Clements et Samuel Vessot commerçants de Joliette une partie du terrain N°531 de Joliette situé de l’autre côté de la rivière à la limite de St-Charles-Borromée pour établir un cimetière avec un chemin pour communiquer avec la rue des Carrières ou chemin du Vieux Moulin. Les corps inhumés dans le vieux cimetière situé ailleurs sur le lot N°531 devaient y être transportés. Ce cimetière protestant existe encore, il a été transformé en cimetière écologique.

En 1890 Samuel Vessot a fait construire une fonderie à côté de sa manufacture d’instruments aratoires pour pouvoir fondre lui-même les pièces nécessaires à son industrie. La fonderie a commencé ses opérations en août 1890. Samuel Vessot avait acheté les mécanismes de la fonderie de Pierre Laforest (P. Laforais & Cie) pour en construire une nouvelle près de ses usines.

La Gazette de Joliette, 7 août 1890

Le 3 juillet 1891 Suzanne Elmire Choinière épouse de Samuel Vessot a vendu avec une procuration de la compagnie S. Vessot & Cie à M. S. Boulet médecin de Joliette 38 petits moulins à moudre le grain à 30 piastres chaque, 12 gros moulins à 38 piastres et 500 paires de meules à 1 piastre.

Le 5 août Samuel Vessot a reconnu devoir $508.62 à François Rondeau missionnaire protestant à Ottawa; son père Joseph a approuvé qu’il donne en garantie le lot N°539 de Joliette et le lot N°16 de St-Charles-Borromée. Le 15 juin 1892 Charles-Henri Vessot pasteur à Montréal a reconnu devoir $200.00 à Joseph Gariépy de Joliette; son père Joseph l’a endossé en donnant en garantie le lot N°17 de St-Charles-Borromée.

La machine à moudre de Vessot a été très populaire, elle a gagné de nombreux prix dans les expositions. Régulièrement améliorée, elle sera la principale production de la compagnie jusqu’en 1973.

L’Étoile du Nord, 17 juin 1892

Georges E. Choinière agent de la maison S. Vessot & Cie est parti à l’exposition colombienne de Chicago de 1893 pour présenter les inventions de Samuel Vessot.

L’Étoile du Nord, 29 juin 1893
L’usine Vessot vers 1893 – SHJL

La moulange Champion a obtenu la médaille d’or à l’exposition universelle de Chicago en 1893 et une médaille d’argent à celle de Paris en 1900. Le Champion oat crusher permettait de préparer l’avoine pour les animaux de la ferme.

Le 15 mai 1893 Abel Vessot cultivateur a acheté à Onésime Asselin le terrain N°18 de St-Charles-Borromée sur la rivière de l’Assomption avec une grange pour 450 piastres; Joseph Vessot ministre résidant à St-Charles-Borromée a cautionné son fils en donnant en garantie le terrain N°17 bâti de maison, grange et autres dépendances. La famille Vessot possédait alors 3 lots contigus sur le chemin Base de Roc au sud de Joliette.

Le Prix courant, 15 mars 1895

L 20 novembre 1896 Mésac Gravel et son épouse Peninna Vessot installés en Louisiane ont donné leur procuration a Léa Vessot veuve de Henry Tanner pour transporter à Almira Choinière épouse séparée en biens de Samuel Vessot tous les droits, parts et prétentions indivis provenant de Léocadie Filiatrault épouse de Joseph Vessot décédée: les lots No 16 de St-Charles-Borromée et 539 de Joliette pour la somme de 500 piastres selon une promesse de vente notariée le 10 août 1887. Andrew Galley et Lucille Anna Vessot du Manitoba et Charles Henry Vessot du Massachusetts, ont déposé une procuration semblable. Le 21 novembre Léa Vessot en leur nom ainsi que Louisa Vessot et Emma Vessot de Montréal et Abel Vessot de St-Charles-Borromée ont vendu leurs droits à la succession de leur mère à Almira Choinière.

L’agrandissement de l’usine va de pair avec le progrès de l’entreprise. En 1897, on construit un atelier d’usinage plus vaste pour abriter de nouvelles machineries, lequel sera agrandi à 145 pieds [44 mètres] en 1911. Ce bâtiment élargi ou transformé existe toujours. En 1900, on construit une fonderie plus spacieuse remplaçant les maisons de bois et on ajoute des annexes au fil des besoins.

Jean-Louis Lalonde

Le 9 avril 1898 M. Joseph Vessot, évêque de l’église évangélique canadienne française est décédé à l’âge de 88 ans (L’Étoile du Nord). Le 25 avril Elmire Chouinière, Laura Vessot, Alice Vessot, Jules, Henry et Hubert Fresque ont fondé The Joliette Shoe Co pour faire le commerce de peaux, tanner et manufacturer toutes sortes de chaussures et autres objets en cuir et vendre des chaussures.

Gazette officielle du Québec, 30 avril 1898
Le Prix courant, 20 janvier 1899

La compagnie S. Vessot s’est alors diversifiée en vendant de l’épicerie, des marchandises sèches, des hardes faites, de la ferronnerie, des chaussures, de l’engrais chimique, du plâtre, etc. Elle offrait d’acheter les produits des agriculteurs au plus haut prix du marché.

L’Étoile du Nord, 12 mai 1899

Le 20 mai 1899 Almira Choinière épouse séparée de biens par contrat de Samuel Vessot a acheté une partie du lot No 11 de St-Charles-Borromée de 3 arpents sur 16 avec une sucrerie.

Le Prix courant, 10 novembre 1899

The Joliette Shoe Co. n’a pas dû être rentable; en 1899 elle était dans la publicité de la compagnie S. Vessot mais plus en 1903.

Le Prix courant 26 juin 1903
Le Prix courant 26 juin 1903
Le Prix courant 26 juin 1903

En agrandissant l’image on voit plus précisément les usines en 1903 dont la fonderie à droite.

M. Samuel Vessot voulait faire circuler un tramway électrique à travers la ville et de St-Paul passant par St-Thomas à Joliette; et aussi une ligne entre la ville et son joli bois de pique-nique. Il ne semble pas que ce projet se soit réalisé.

L’Étoile du Nord, 24 septembre 1903

M. François Blouin tanneur de Québec avait loué la tannerie de MM. S. Vessot & Cie en 1903; peut-être la manufacture de la Joliette Shoe Co.

L’Étoile du Nord, 19 novembre 1903

Le village Vessot du chemin L’Assomption

On trouve à la BANQ quelques photos anciennes du village Vessot situé sur le boulevard Base de Roc, autrefois chemin L’Assomption.

La fonderie et l’atelier d’usinage en 1893 – L’Étoile du Nord, 15 novembre 1945
Résidence de S. Vessot en 1913

La publicité montrant les usines S. Vessot & Cie en 1903 était toujours utilisée en 1913.

S. Vessot & Cie
S. Vessot & Cie publicité de 1913
Résidence Vessot
Résidence Vessot
Le village Vessot boulevard Base de Roc

On note donc la longue construction des ateliers (machine shop) où se trouvent les bureaux, et juste en face un immeuble consacré à la conception et aux plans nécessaires à la fabrication des appareils, la fonderie tout à côté de l’atelier, le moulin à scie et le moulin à farine (provender mill) le long de la rivière qui profite d’une chute d’eau suffisante pour fournir l’électricité au complexe, d’où les fils électriques. Plus loin, un atelier pour travailler le bois (wood shop), un four (kiln) et le long du chemin, le magasin qui permet de présenter les différents appareils de la maison. De l’autre côté de la route, la maison imposante du propriétaire rattachée à angle droit à l’ancienne maison de Joseph. Le potager de grandes dimensions indique qu’on profite aussi de cette culture. D’autres bâtiments complètent cet ensemble.

Jean-Louis Lalonde

Fonderie Nouvelle – On nous apprend que M. S. Vessot a l’intention d’établir une Fonderie, au printemps, sur sa proprieté qui avoisine notre ville (La Gazette de Joliette, 5 janvier 1888). La fonderie a commencé ses opérations en août 1890. Samuel Vessot a acheté les mécanismes de la fonderie de Pierre Laforest pour en construire une nouvelle près de ses usines.

La Gazette de Joliette, 7 août 1890
La patrie, 14 juin 1902

Le 29 juillet 1902 Almira Suzanne Choinière épouse séparée en biens de Samuel Vessot et Hipolyte Martel ont conclu une convention à propos d’une partie du lot 2 de St-Charles-Borromée que madame Vessot avait vendu à Georges Charbonneau.

En 1902 The Shawinigan Water & Power Company a construit une ligne pour acheminer son électricité à Montréal. Le 30 octobre Abel Vessot lui a cédé un droit de passage sur les lots 17 et 18 de St-Charles-Borromée pour 46 piastres et Suzanne Choinière épouse séparée en biens de Samuel Vessot avec son autorisation sur le lot 16 pour 28 piastres et sur le lot 11 pour 12 piastres. Le 24 décembre la compagnie a conclu un accord avec Abel Vessot et la corporation de la Ville de Joliette car sa ligne croisait celle de la Joliette Electric Power et qu’il fallait changer quelques poteaux.

Le 19 novembre 1906 François Sicard a vendu à Marie Suzanne Almira Choinière épouse séparée en biens de Samuel Vessot présent et autorisant son épouse un lopin de terre faisant partie du lot 12 de St-Charles-Borromée de 4 arpents et demi sur environ 13 sans bâtisse.

Les plans de Joliette dessinés par la compagnie Goad montrent les plans détaillés des installations de la compagnie vers 1912. Il y avait plusieurs ateliers et des moulins entre le chemin Base de Roc et la rivière de l’Assomption nommés Brass & Iron Works S. Vessot. De l’autre côté du chemin on voit la maison de Samuel Vessot et celles de quelques uns de ses ouvriers. Il y avait aussi la fonderie un peu plus loin construite en 1890 représentée dans l’encadré en haut à gauche.

Plan Goad 1908 - Collection SHJL
Plan Goad de Joliette – Collection SHJL

Sur la rivière un premier bâtiment (en bleu) est décrit comme Elec. Power Pump House, il
s’agit donc du système de production d’électricité. Ensuite une digue (dam) envoyait le
courant de l’eau vers la roue du moulin (wheel house) située au-dessus du canal (head
race – tail race
). La roue faisait fonctionner le moulin à scie et à farine (saw and grist
mill
). Une ligne de transmission (power ropes) amenait le pouvoir au moulin à laine
de Geo. E. Delisle Ltd (woollen mill). À côté de ce moulin il y a d’autres bâtiments qui
sont reliés par une passerelle; on remarque la dye house et la oil house entre autres.

Une passerelle de bois double permettait de traverser la rivière L’Assomption. La Gazette de Joliette du 23 octobre 1890 annonçait: MM. O. Asselin, S. Vessot, E. Dupuis et A. Vessot, ont fait construire à leurs frais, ces jours derniers, un pont dans le rang de la Bâse de Roch, paroisse de St-Charles Borromée et d’une grande utilité pour tous ceux qui demeurent dans les environs.

Rue de la Carrière Joliette
Plan de Joliette (détail) – Archives de Montréal

La fonderie construite en 1890 a été détruite par un incendie en 1900. Samedi dernier vers 1 heure AM le feu s’est déclaré à la fonderie de M. Samuel Vessot. Aussitôt l’alarme a été donnée à la brigade de la ville et quelques instants après, nos braves étaient rendus sur le théâtre de l’incendie. Malgré un travail ardent de part et d’autre il a été impossible de contrôler le feu et toute la bâtisse a été réduite en cendres. Les dommages sont d’environ de $1500 à $2000 dont une partie est couverte par les assurances (L’Étoile du Nord, 29 novembre 1900).

Le 22 mars 1906 un nouvel incendie a détruit une partie des usines Vessot et la manufacture de laine de M. Poitras.

La presse, 23 mars 1906

Samuel Vessot avait des capitaux à investir; en 1906 il a fait une curieuse transaction. Le 19 septembre William Copping, Azarie Boucher et Samuel Vessot commerçants de Joliette ont acheté à réméré (droit de rachat) à Joseph Edmond Thibodeau représentant de la compagnie Shawinigan Lake’s Power and Electric Company qui construisait un aqueduc et développait des lignes électriques à et autour de Shawinigan des propriétés; aussi une usine hydroélectrique et une partie du lit de la rivière St-Maurice au rapide des Hêtres pour 14.396 piastres. J.E. Thibodeau et la compagnie ont racheté le réméré en 1907.

Dans Le soleil du 7 septembre 1907 on lit encore que la Compagnie canadienne de Distillerie de gin Hollandais de Joliette avec un capital de $190.000 a été fondée par Stanislas Prosper Champoux, L P. Deslongchamp, Samuel Vessot, Camille Barrette, Alphonse Durand, Gaspard Champoux, Frs O. Dugas, J. M. Tellier, Sinai Savoie, J. U. Chaput, Wilbrod Marion, Alfred Majeau et Jos. Jacques, tous de Joliette.

Le domaine agricole de Samuel Vessot

En plus de ses usines Samuel Vessot avait développé un grand domaine agricole sur les bords de la rivière L’Assomption. La Pépinière du Nord établie sur les fermes de S. Vessot & Cie vendait des pommiers. Il avait aussi inventé un système de ventilation bon marché pour les étables et les granges qui est décrit dans les revues spécialisées d’agriculture.

L’Étoile du Nord, 7 mai 1908

Le journal d’agriculture et d’horticulture du jeudi 15 juillet 1909 a publié un reportage illustré décrivant son domaine agricole.

Le Canada du 29 juillet 1909 a aussi publié un long article en donnant une description complète.

Le Canada 29 juillet 1909
Le Canada 29 juillet 1909

Ses propriétés sur le bord de l’Assomption sont décrites en détail. Il possédait 500 arpents dont la moitié était en culture. En plus de la terre paternelle il avait acheté une terre de 8 arpents sur 20 ou 30 de l’autre côté de la rivière avec une bonne maison et des bâtiments avec des érables, des arbres fruitiers et une pépinière de 9 arpents. Une autre terre quelques arpents plus bas de 3 arpents par 15 plus une pointe de 8 arpents dite terre de la sucrerie. Enfin un grand lopin de bonne terre d’aluvion comprenant 2 îles.

Deux îles boisées et pittoresques… sur la plus petite desquelles s’élève un chalet de pêche. Ces 2 îles sont reliées entre elles par une passerelle également pittoresque suspendue par des câbles en fil d’acier. Ce sont les îles Vessot aujourd’hui. Cette terre était pourvue de bonnes bâtisses, d’un joli petit cottage de ferme et d’un jardin. Les journaux rapportaient régulièrement que des réunions y avaient lieu: Les membres du Barreau du district de Joliette ont eu leur pique-nique annuel aux Iles Vessot, lundi dernler (L’Étoile du Nord, 13 juillet 1911).

Ces éloges ont été reçus en juillet 1909 alors que Samuel Vessot et Elmira Choinière enterraient leur fils aîné Ernest né en 1887, étudiant à McGill promis à un brillant avenir.

The daily witness, 12 juillet 1909

Dans le recensement de 1911 Samuel Vessot est enregistré comme cultivateur. Il vivait avec son épouse Suzanne A. Choinière, ses enfants Alice, Corrine, Nelida, Arthur et Claire, tous presbytériens, parlant français et anglais. Laura Arbour catholique domestique et Jane Cyr Choinière baptiste sa belle-mère vivaient avec eux.

Vessotville ou le village Vessot

Le 7 février 1908 S. Vessot & Cie avait acheté des droits de coupe et s’était engagé à livrer 200 cordes de bois à Joseph Crépeau et J. Victor Proteau de Joliette dans leur enclos. Le 13 juillet Philomène Sicard veuve Larochelle a vendu à Almira Suzanne Choinière une partie du lot 12 de St-Charles-Borromée dont elle possédait déjà une partie avec une réserve pour les poteaux de la Shawinigan Water & Power Company qui y étaient plantés.

Le 13 novembre 1908 Joseph Crépeau a vendu à Samuel Vessot industriel une partie du lot 290 de St-Paul de 2 arpents sur 4 en bois debout avec un droit de passage pour aller du chemin public à la terre. Samuel Vessot a revendu ce terrain à Oscar Perreault en 1916.

Le 7 décembre 1910 Charles-Auguste Goulet a vendu à Almira Susan Choinière épouse séparée en biens de S. Vessot une terre de la concession du Vieux Moulin numéro 5 du cadastre de St-Charles-Borromée de 2 arpents par 23 avec une maison, grange et autres bâtisses pour 1.800 piastres.

Le 12 décembre 1910 Charles-François Lacroix et Joseph Alphonse Généreux ont vendu à Almira Susan Choinière le lot 473 du cadastre de St-Paul de 7 arpents avec une maison, grange et autres bâtisses.

Le 7 juillet 1911 Almira Suzanne Choinière a vendu à Gaspard Froment les terrains 543-45 et 543-44 de Joliette sans bâtisse, situés vers la limite entre la ville de joliette et le village Vessot.

La patrie, 29 juillet 1911

En 1911 Nelson H. Poitras faisait commerce de la laine à la Manufacture Poitras Woolen Mills Ltd de chez M. Vessot. Les vestiges de la manufacture sur le bord de la rivière L’Assomption sont toujours là.

Vestiges du moulin à laine
L'Étoile du Nord 28 septembre 1911
L’Étoile du Nord 28 septembre 1911

Dans le Bulletin sur la culture de tabac dans la province de Québec (1914) on trouve une autre invention de Samuel Vessot, un modèle de séchoir à tabac.

Le livre Joliette en 1913 fait la description des industries de la ville. S. Vessot & Cie employait 110 personnes auxquelles on paye en salaire de $900 à $1,000 par semaine; le chiffre d’affaires annuel était de $150.000.

L’Aciérie de Joliette Limitée que S. Vessot a fondée à côté de son usine en septembre 1910 employait 120 hommes. Cette industrie déjà si florissante compte sous peu, grâce à de nouvelles souscriptions, tripler son capital et agrandir considérablement ses usines… L’une des plus importantes industries de Joliette est la Georges-I Delisle Ltée. Les officiers de la compagnie sont MM. S. Vessot président, Geo-I Delisle vice-président et Geo-A. Delisle gérant… Elle employe 35 ouvriers… Le village Vessot se bâtissait, c’était un centre industriel.

L'Étoile du Nord 31 mai 1906
L’Étoile du Nord 31 mai 1906

Pont suspendu — Il nous a été donné d’aller visiter le joli pont que M. Vessot a fait construire ce printemps sur la rivière l’Assomption en aval de la digue qui sert de force motrice à son important établissement. Ce coquet petit pont relie le terrain où se trouvent construites l’usine et la résidence de M Vessot à un charmant bosquet situé sur l’autre rive où M. Vessot possède une ferme et une sucrerie.

L'Étoile du Nord 16 août 1906
L’Étoile du Nord 16 août 1906
L'Action Populaire 25 septembre 1919
L’Action Populaire 25 septembre 1919
Samuel Vessot
Samuel Vessot devant son moulin avec ses ouvriers (SHJL)

En 1912 Samuel Vessot a comparu devant la commission du Régime des Eaux Courantes de Québec pour proposer un plan d’aménagement de la rivière L’Assomption. Il possédait un pouvoir d’eau au village Vessot servant à scier du bois, moudre le grain, produire de l’électricité pour ses manufactures, fonderie, beurrerie, machine-shop; la fonderie et aciérie de Joliette au centre de la ville (près de l’arena actuel) prenait aussi son pouvoir dans la rivière; il était aussi propriétaire du pouvoir d’eau du Vieux Moulin qui n’était pas exploité.

Les propriétés de Samuel Vessot

Le 6 juillet 1915 Almira Suzanne Choinière a vendu à Joseph Parent fils le lot 5 de la concession du Vieux Moulin et une partie des lots 3 et 4 faisant chacun 2 arpents sur 23.

Le secteur des usines de la compagnie Vessot a été nommé village Vessot par les habitants de Joliette. Dans les journaux je n’ai trouvé qu’une seule mention de Vessotville. La nouvelle aciérie de Joliette, érigée près de Vessotville, est en pleine opération, depuis quelque temps, et ceux qui ont mis la main à cette grande entreprise, sont satisfaits des résultats déjà obtenus (L’Étoile du Nord, 13 avril 1911).

Village d’Industrie 1823-2023 – Ville de Joliette

Le nom du village Vessot a persisté pendant des années après l’annexion du secteur à la ville de Joliette en 1913. En 1964 on trouve encore des annonces dans les journaux le mentionnant. Cet article amusant décrit des pentes de ski à Joliette au pont des Dalles, au village Vessot et sur les pentes douces de la rivière l’Assomption.

L’action populaire, 7 mars 1929
Moulins Vessot, rivière L'Assomption
Vestiges des moulins Vessot

En 1915 la compagnie Acme Glove Works de Montréal a loué le moulin de l’ancienne manufacture de laine Vessot pour filer la laine en attendant de construire son usine à Joliette. Dans L’Étoile du Nord du 23 septembre 1915: M. Henri Poitras, gérant de la manufacture de laine de la Cie Acme Glove Works Ltd, située au village Vessot, Joliette, informe les cultivateurs qu’il achètera toutes sortes de laines, qu’il paiera le plus haut prix du marché.

L’Étoile du Nord, 7 octobre 1915

L’Aciérie et Fonderie de Joliette – Joliette Steel and Iron Ltd

Dans sa biographie de Samuel Vessot, Jean-Louis Lalonde a publié le plan cadastral localisant les aciéries Joliette Steel Co. en 1917. Les lots 539 de Joliette et 16 de St-Charles-Borromée sont aussi délimités.

Plan Goad de Joliette en 1925 – SHJL

Vis à vis de la rue Laval le plan Goad de 1925 montre le bâtiment de la Joliette Steel Co desservi par un embranchement du train.

En décembre 1907 la compagnie Vessot était devenue le président et principal actionnaire de la Fonderie de Joliette. Ensuit dans une série de transactions il a fusionné l’ancienne fonderie et celle qu’il avait bâtie à côté de son usine. J’ai documenté cette série complexe de transactions dans la chronique Métallurgie – Les fonderies et les aciéries de Joliette.

Le 29 juillet 1911 le journal La Patrie présentait Samuel Vessot président de la Joliette Steel & Iron Foundry, président de la Poitras Woollen Mills et propriétaire de la moulange Vessot.

L’Aciérie de Joliette Limitée avait été photographiée dans le journal La Patrie en 1911; la photo parue dans le livre de la chambre de commerce Joliette 1913 avec la ligne de chemin de fer passant devant est de meilleure qualité.

En 1913 Samuel Vessot a voulu investir massivement dans l’aciérie pour l’agrandir. L’Étoile du Nord a annoncé en première page le 9 janvier 1913 un investissement de 2 millions de dollars qui devait faire doubler la valeur de la propriété foncière dans la ville de Joliette.

L’Étoile du Nord, 9 janvier 1913

En 1914 l’aciérie bâtie par Samuel Vessot en 1911 a été détruite par un incendie.

La patrie, 2 février 1914

Samuel Vessot a dû être dévasté par ce coup du sort car dans une annonce qui a été publiée à partir du 12 février il avait mis en vente tous les terrains appartenant à M. S. Vessot & Cie.

L’Étoile du Nord, 14 mai 1914

Peu avant la Première Guerre, l’aventure de la Compagnie des aciers de Joliette et la destruction par le feu des nouvelles installations à peine mises sur pied contribuèrent à plonger Samuel dans une dépression personnelle dont il se remit difficilement. À la suite de quoi, en 1913(?), son épouse prit courageusement la relève tout en rappelant à elle pour la seconder son sixième fils, Arthur W. Réginald, qui étudiait alors au Bugbe Business College. Il sera pour 60 ans le véritable directeur de la compagnie familiale. À la retraite de Samuel en 1915, c’est son épouse qui devint la présidente de la compagnie jusqu’à sa mort en 1954 alors qu’elle avait 97 ans passés. Une autre de ses filles, Alice-Evelyn (2e enfant de la famille de Samuel), demeurée célibataire, fut secrétaire de direction de la compagnie pendant plus de 35 ans.

Jean-Louis Lalonde

En août 1914 les biens mobiliers et immobiliers de L’Aciérie de Joliette Limitée ont été vendus par le liquidateur à Abraham Klein manufacturier de Montréal plus haut enchérisseur pour $1.000 pour une partie du lot 16 de St-Charles-Borromée avec les bâtisses et les machines, les lots 541-251, 541-252 et 541-253 de Joliette, etc.

En janvier 1916 la ville de Joliette a adopté le règlement No 264 pour accorder sous conditions un bonus de $15.000 et une exemption de taxes de 10 ans à la compagnie Joliette Steel Company Limited pour l’aider à rebâtir l’usine.

L’Étoile du Nord, 20 janvier 1916

The Joliette Steel Ltd a commencé à déblayer le terrain de l’ancienne aciérie en vue de la construction de ses usines. La bâtisse principale de cette nouvelle industrie aura une longueur parait-il d’au delà de 200 pieds (L’action populaire, 10 février 1916). On a terminé l’agrandissement aux usines de The Joliette Steel Co., mais on croit que à cause des commandes qui continuent à se faire nombreuses on sera contraint d’agrandir de nouveau au printemps (L’action populaire, 11 janvier 1917). L’usine de la Joliette Steel Co. a été rapidement reconstruite mais elle n’appartenait plus à la famille Vessot.

La compagnie Vessot dirigée par Almira Choinière

À la suite de la dépression de Samuel Vessot et de sa retraite prématurée son épouse Almira Choinière a pris en charge la direction des affaires. Leur seul fils vivant, Arthur William né en 1905, n’avait alors que 20 ans et il a abandonné ses études pour aider sa mère.

Vers 1916 S. Vessot & Cie s’est associé avec la compagnie International Harvester pour distribuer sa production partout en Amérique. La compagnie Vessot a fait un usage intensif de la publicité dès sa fondation et les annonces étaient toujours renouvelées pour présenter de nouveaux produits.

La patrie, 13 janvier 1916
La patrie, 23 novembre 1916

Pendant la guerre l’approvisionnement en matériaux devait être plus difficile. En 1917 un avis a été publié dans les journaux de Joliette: Messieurs S. Vessot & Cle. Jollette. Qué., annoncent au public qu’ils achètent de la fonte de vieux poêles au prix de 50 à 60 cts le cent livres selon la qualité, et autre vieille fonte de machineries, etc., au prix de 60 à 75 cts le cent livres. Les incendies étaient fréquents et en 1918 un incendie a détruit des bâtiments de la ferme.

L’Étoile du Nord, 6 juin 1918
L’Étoile du Nord, 23 octobre 1919

En 1920 la compagnie réparait et affilait les tondeuses à gazon; elle était aussi agent de la scie portative à gazoline de Wade.

L’action populaire, 11 mars 1920

La ligne de chemin de fer a été prolongée en 1920 jusque de l’autre côté de la rue L’Assomption (Base de Roc) devant les ateliers de la compagnie Vessot.

L’action populaire, 6 mai 1920

Dans le journal La Patrie du 28 août 1920 on lit que la maison S. Vessot & Cie comprenait une usine mécanique, un atelier de modèles et de peinture, une fonderie, un moulin à scie et à moudre le grain, etc. Dans L’Étoile du Nord du 22 décembre 1921: Aux usines S. Vessot & Cie on trouve des machines à moudre et écraser le grain, de la machinerie de confiseur, de la fonderie de fonte, cuivre et aluminium; on peut y faire des réparations en tous genres et du soudage au gaz. Il y a encore des moulins à scie et à farine. Selon le plan Goad de Joliette en 1925 la ligne de train avait été prolongée jusqu’aux ateliers Brass & Iron works S. Vessot.

Les usines Vessot
Plan Goad de 1925 – SHJL
L'Étoile du Nord 14 juillet 1921
L’Étoile du Nord 14 juillet 1921

Cette publicité des moulanges Vessot a été produite en français et en anglais pour les journaux d’agriculture. Jusqu’en 1973 les machineries de meunerie ont été la spécialité de la compagnie.

The Journal of agriculture and horticulture, novembre 1922

Le 14 mai 1923 Arthur Vessot gérant de la manufacture S. Vessot & Cie qui dirigeait l’entreprise avec sa mère Suzanne Choinière a épousé Marie-Cécile Pontbriand de Montréal. Le contrat de mariage ne fait pas mention de la religion des époux, Arthur Vessot était protestant. Le 1er septembre 1916 sa soeur Corine Georgina avait épousé Joseph Upton Fletcher agent d’assurance de Montréal.

Le 21 juin 1924 Arthur Laporte électricien de Joliette a conclu un accord avec Samuel Eli Copping, Charles Thornton et Abel Vessot trustees de l’église presbytérienne de Joliette à propos de la délimitation du terrain du cimetière protestant situé sur le lot No 1 de St-Charles-Borromée.

Bulletin des agriculteurs 10 novembre 1927
Bulletin des Agriculteurs 10 novembre 1927

En 1930 S. Vessot & Cie Ltée s’annonçait comme fonderie, manufacturiers de moulanges, réparations de tous genres.

Le boulevard Base de roc s’appelait alors rue L’Assomption; en 1931 il a pris le nom de boulevard Querbes lors de la construction du scolasticat des clercs de St-Viateur près du pont des Dalles.

CHEMIN ET PONT VESSOT – A la dernière séance, dit l’échevin DeLisle, l’ingénieur de la Cité nous a conseillé de fermer le chemin qui conduit au pont Vessot, parce que le pont est dangereux (L’Étoile du Nord, 10 décembre 1931). Il y avait alors une maison d’été à louer sur l’île Vessot.

L’Étoile du Nord, 26 mai 1932

Samuel Vessot retraité depuis 1915 est décédé en 1933 à l’âge de 80 ans et 11 mois. Son père était bien français mais sa mère Léocadie Filiatrault était québécoise; Samuel était né à Joliette (L’Industrie) en 1852. Ces informations inexactes ont été recopiées par les autres journaux.

L’Étoile du Nord, 15 juin 1933

Le moulin à farine de la compagnie était toujours utilisé et un avis a été publié pour annoncer sa mise en opération le 2 novembre.

L’Étoile du Nord, 26 octobre 1933

En 1933 la Fonderie de Joliette, la Joliette Steel Ltd et S. Vessot & Cie ont envoyé des soumissions pour la fabrication de moules pour tuyaux en ciment pour la construction du grand canal d’égoût. La Fonderie de Joliette était donc toujours en opération.

L’Étoile du Nord, 14 décembre 1933

En 1935 des rentes étaient encore dûes par les censitaires depuis l’abolition du régime seigneurial en 1854. Dans l’état des biens fonciers affectés à des rentes constituées en faveur de dame Alice De Lanaudière Neilson, dame Abel Vessot propriétaire des terres 17 et 18 du cadastre devait payer une rente annuelle de $2.76 pour un capital de $46.00. Vessot & Cie occupait les terres 16, 11, 12 et 34.

La patrie, 5 septembre 1936
L’action populaire, 31 décembre 1936
La terre de chez nous, 27 octobre 1937
L’Étoile du Nord, 8 septembre 1938
Le bulletin des agriculteurs, octobre 1939

Le 11 avril 1940 les employés de la compagnie S. Vessot se sont mis en grève sous la gouverne du Syndicat Catholique et National des Ouvriers en Métallurgie. Ils sont retournés au travail le 25 avril.

L’action populaire, 26 décembre 1940
Le Colon, 13 mars 1941
L’Étoile du Nord, 18 juin 1942

En 1945 le journal de Joliette L’Étoile du Nord a consacré 8 pages à un historique de la compagnie Vessot à l’occasion de son 60ème anniversaire. L’autre journal de Joliette L’Action Populaire a aussi célébré l’anniversaire de la compagnie.

L’action populaire, 15 novembre 1945
Le samedi, 5 janvier 1946
Le samedi, 5 janvier 1946
Archives de la Société d'Histoire de Joliette de Lanaudière
Les usines Vessot en 1945 – SHJL

À l’occasion de son anniversaire la compagnie a publié un feuillet publicitaire illustré d’une vue idéalisée de son centre industriel et de photos de ses installations.

Les usines Vessot en 1945 – SHJL
Les usines Vessot en 1945 – SHJL

On fournit aussi des pièces de fonte pour des fabricants québécois de batteuses, on manufacture des malaxeurs à grain, des moulanges à marteaux et des herses. Cette nouvelle orientation amène la fonderie à doubler sa surface en 1937 au cœur de la crise économique. En 1939, on avait imaginé chez Vessot un tour rectificateur à double face pour ajuster l’acier au manganèse des broyeurs de minerai employés dans les mines d’or, de cuivre et d’autres métaux. On en fabriquera plusieurs durant la Deuxième Guerre mondiale les exportant jusqu’au Chili. Comme on dispose de la machinerie nécessaire, on fabrique aussi des soupapes d’échappement pour les cargos de la Marine canadienne et diverses autres pièces pour les navires.

Jean-Louis Lalonde

Le monde ouvrier, 13 novembre 1948

La fin des industries Vessot

En 1953 S. Vessot & Cie avait une centaine d’employés et la Joliette Steel 250.

Mme Samuel Vessot, née Elmira Choinière, a célébré récemment son 97e anniversaire de naissance au milieu de sa famille. Les employés de la compagnie dont la vénérable nonagénalre est présidente, ont également tenu à lui offrir des voeux… Elle espère atteindre cent ans et conserver jusque là la présidence de la Compagnie Vessot (L’Action catholique, 12 mai 1953). Mais les journaux ont annoncé son décès le 31 janvier 1954.

La gazette Valleyfield-Beauharnois, 13 mai 1954
Le nouvelliste, 8 septembre 1954
L’action populaire, 3 février 1955
L’Étoile du Nord, 9 mai 1956

Au lendemain de la guerre, la production change radicalement. La compagnie fabrique de l’équipement et de la machinerie pour produits en béton et en fait elle-même, elle offre à sa clientèle différents articles pour meunerie, des moules, des convoyeurs pour élévateurs à grain, le tout complété par un service technique qui voit à la réparation des machines ou à leur amélioration. Dans les années 1960, elle emploie quelque 75 diplômés d’école technique. Par la suite, elle se spécialise davantage dans les produits de béton, puis elle est achetée par la multinationale américaine McCarcken Concrete Pipe en 1973 qui en fait une filiale. Une conjoncture difficile dans le domaine conduira à la fermeture de l’usine en 1980 après plus de cent ans d’activité.

Jean-Louis Lalonde

L’île connue sous le nom de Ile Vessot, bâtie de 3 beaux et grands camps a été mise en vente.

L’action populaire, 3 juillet 1957

En 1958 la compagnie Vessot a préparé les plans de reconstruction de la meunerie de La Baie-du-Febvre comprenant une douzaine de silos, un entrepôt et des bureaux (Le nicolétain, 17 janvier 1958). Elle a participé à la construction de plusieurs autres grandes meuneries, à St-Félix-de-Valois et ailleurs.

En 1959 et 1960 elle s’annonçait encore comme une fonderie spécialiste en machineries pour les meuneries. En 1962 elle n’annonçait plus que manufacturier de machineries.

L’action populaire, 16 décembre 1959

En 1961 le secrétaire-trésorier de la compagnie Vessot, représentant les syndics de l’école protestante de Joliette sur la rue St-Antoine, a mis l’immeuble en vente.

La presse, 8 février 1961

L’administration de la meunerie Danville a choisi sa machinerie « VESSOT » à cause de sa qualité reconnue, de son rendement supérieur et de son personnel technique dont la renommée est bien établie (La tribune, 22 novembre 1963).

L’action populaire, 15 avril 1964

En 1964 un long article illustré a raconté l’histoire de l’aciérie Joliette Steel fondée par Samuel Vessot. Cet article et plusieurs autres parlent d’un associé belge dont les les journalistes de 1913 n’ont pas parlé. Ces historiques ne sont pas toujours exacts.

La revue de l’enseignement spécialisé de la province de Québec, décembre 1964

C’est vers 1910 que fut établie l’Aciérie de Joliette. M. Samuel Vessot, déjà fondeur et mouleur de fonte, aidé d’un industriel belge arrivé récemment au Canada, fut le promoteur de cette nouvelle entreprise joliettaine pour la production de l’acier.

Dans L’action populaire du 3 février 1965 un journaliste faisant l’historique de l’aciérie présentait Samuel Vessot comme un industriel français: Il y a un peu plus de 50 ans, un industriel français établi depuis peu au Canada, M. Samuel Vessot, de concert avec d’autres hommes d’affaires européens, établissait la Fonderie de Joliette sur le site actuel de l’Aciérie Joliette Steel.

À partir de 1964 la compagnie s’annonçait comme manufacturier de machinerie pour béton.

L’action populaire, 16 décembre 1964
La presse, 10 février 1966
L’action populaire, 15 février 1967

Selon L’Action Populaire l’usine hydro-électrique des usines Vessot aurait été construite en 1909 et abandonnée en 1951. Pourtant sur le plan Goad de 1912 on voit l’usine électrique en amont du barrage et sur l’illustration publicitaire de 1903 on voit des fils électriques. J.-L. Lalonde dans son historique a écrit que Samuel Vessot l’avait construit en 1887 avant celle de la ville de Joliette construite en 1888; l’historique publié par la ville de Joliette pour son bicentenaire donne la même information mais on ne trouve nulle part la source de cette information.

Les relations entre la direction et le syndicat étaient devenues difficiles et la compagnie a fermé ses portes le 28 février 1967. La Presse du 3 mai a annoncé la réouverture: Apparemment, jusqu’à présent une vingtaine d’employés seulement ont repris leurs postes. La trentaine d’autres se seraient trouvé un autre emploi. La fermeture durait depuis le vingt-huit février. Les journaux de Joliette ne semblent pas avoir rapporté ce conflit de travail.

La presse, 7 mars 1967

En 1973 la compagnie Vessot a été vendue à la Concrete Pipe Machinery qui proposait de la développer de 54 employés à 150. La compagnie était alors spécialisée dans la fabrication de moules de fer pour tuyaux de béton. Selon l’article la compagnie aurait été fondée par Arthur Vessot en 1885 et le dirigeant actuel serait Samuel Vessot; le journaliste a inversé les noms. Il écrit aussi que la famille Vessot aurait vendu la Joliette Steel à des intérêts étrangers en 1910 ce qui est faux.

Le nouvelliste, 13 avril 1973
Le courrier de Berthier, 18 avril 1973

En janvier 1982 les biens des Produits Manufactures McCracken Inc. anciennement S. Vessot Co. Ltée ont été mis en vente à l’encan par ordre d’une banque à charte.

La presse, 23 janvier 1982
Ville de Joliette, circuit patrimonial
Ville de Joliette, circuit patrimonial

La ville de Joliette a posé un panneau patrimonial au 638 boulevard Base de Roc à l’emplacement du village Vessot. La date de la fondation de la compagnie indiquée est 1886 pourtant les informations que j’ai recueillies indiquent plutôt 1885, le 60ème anniversaire a été célébré en 1945 pas 1946. En réalité la première industrie à cet emplacement date de 1873, les Associés de rouleaux, semoirs et herses combinés J. & S. Vessot. Dans le directoire de Joliette en 1877 un paragraphe entier est consacré à la manufacture de J. & S. Vessot.

De l’autre côté de la rivière L’Assomption il y a aujourd’hui le chemin Vessot et l’ancien cimetière protestant de Joliette; le pont privé permettait autrefois de traverser la rivière. L’ancienne résidence de Samuel Vessot existe toujours, elle abrite l’auberge du coeur Roland-Gauvreau pour les jeunes en difficulté.

Vestiges des industries Vessot

L’ancienne bâtisse des usines Vessot existe encore, elle abrite les bureaux de l’entreprise Nordikeau et ses garages.

On peut observer les vestiges des moulins et de l’usine électrique du village Vessot en longeant le bord de la rivière L’Assomption. Le site est très fréquenté et il est vandalisé ce qui est dommage car il y a encore de belles fondations de bâtiments en pierre.

L'usine électrique du village Vessot
Emplacement des moulins à farine et à scie avec le barrage
Moulins Vessot, rivière L'Assomption
Vestiges du bâtiment du moulin
Moulins Vessot, rivière L'Assomption
La manufacture de laine en aval
Moulins Vessot, rivière L'Assomption
Bâtiment de l’usine hydro-électrique

Lire: Les moulins des usines Vessot.

Sur cette photo ancienne on peut voir les moulins sur la rivière l’Assomption ainsi que la passerelle en bois. Les piles en béton soutenant la passerelle sont encore intactes.

Usines Vessot, Joliette
Usines Vessot, Joliette (BANQ)

L’emplacement de l’aciérie est un immense terrain vague pas encore construit; il n’est pas clôturé et on peut s’y promener librement.

Décombres de l’aciérie en 2025

Dans l’historique du bicentenaire publié par la ville de Joliette en 2023 il y a une photo aérienne de l’aciérie en 1960. L’entreprise de la rue Laval ferme définitivement ses portes en 1994. L’ensemble des bâtiments sont démolis. Le site autrefois occupé par l’entreprise est décontaminé et des immeubles résidentiels y sont construits depuis le début des années 2000. Je crois plutôt que le site n’a pas été bâti car les terrains devraient être décontaminés et que ça ne serait pas rentable; tous les alentours ont été construits.

Les industries Abex en 1960 – SHJL

Autres documents

Photo de la famille Vessot sur le panneau patrimonial de la Mitaine, l’ancienne église protestante, provenant de la collection de la Société d’Histoire de Joliette – de Lanaudière. Joseph le patriarche est au centre avec son collier de barbe et Samuel derrière lui.

La famille Vessot

J’ai aussi trouvé ce beau portrait de Joseph Vessot; et une confirmation que la présence d’une communauté protestante devait déranger.

Joseph Vessot

Toutefois, cette présence protestante, au cœur du village, «était loin de plaire à tout le monde», reconnaît le biographe de Joseph Vessot. «En 1867, des enfants et des collégiens, encouragés par certains religieux catholiques, éventrèrent son échoppe, saccagèrent son stand et dispersèrent sur des centaines de mètres les pages de ses livres et brochures.»

The Montreal Witness 30 octobre 1867
The Montreal Witness 30 octobre 1867
École et église anglaise, Joliette (BANQ)

Lire: Les brevets Vessot 1869-1919

Dans le cimetière protestant de Joliette

Les îles Vessot 1980 – 2025

En 2025 le nom Vessot est encore présent aux îles Vessot situées en aval de l’ancien village Vessot.

Les îles Vessot – Jean-Marie Cossette 1980

En 1980 Jean-Marie Cossette a pris une série de photos aériennes de la rivière l’Assomption entre Joliette et Saint-Paul. Sur 2 d’entre elles on voit la petite passerelle menant à la grande île Vessot avant que ce secteur ne soit urbanisé. Heureusement la ville de Joliette a pu protéger les îles Vessot et y aménager un beau parc avec une piste cyclable car la pression spéculative des promoteurs immobiliers est forte au bord de la rivière de l’Assomption.

La petite passerelle de l’île Vessot – 2025
Carte du Québec

5 réflexions au sujet de “Le village Vessot et ses industries”

  1. Autant d’histoires merveilleuses et instructives sur la famille Vessot.
    Mon père était Joseph Eugène Vessot, et je suis Claire. J’ai les portraits de famille et je suis prête à les donner. Joseph Vessot et son épouse Léocadie.
    J’aimerais en savoir plus. Merci!

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  2. La Société d’histoire du protestantisme franco-québecois a publié une biographie de Joseph Vessot. Elle serait certainement intéressée à avoir vos photos tout comme la Société d’Histoire de Joliette qui a un fonds consacré à la compagnie Vessot.
    Joseph Vessot , colporteur de bibles et pasteur presbytérien au Québec 1810-1898 : biographie, journaux missionnaires et généalogie / Jean-Louis Lalonde, Pierre Grosjean

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