Marcel Grégoire coureur des bois à Nominingue

Marcel Grégoire est né en 1927 et a passé sa vie dans le bois. Son père était gérant du Club de chasse et pêche Columbus situé sur le chemin Chapleau entre Nominingue et Kiamika. Ses mémoires, « Je ne suis pas sorti du bois« , rappellent une époque pas très lointaine où il y avait encore des coureurs des bois.

Grandir dans le bois

Marcel Grégoire a 2 ans quand son père devient gérant du Club Columbus. Il apprend très jeune à survivre seul dans la nature sauvage en s’initiant à la chasse et à la pêche.

La crise de 1929

On est en pleine crise économique et il faut se débrouiller sans se plaindre. La famille Grégoire habite une ancienne auberge qui servait de relais sur le chemin de Mont-Laurier située au bord du lac Pie-IX. Avec 13 enfants dont 11 ont survécu il faut d’abord se nourrir. Ils défrichent 100 arpents (40 ha) pour les cultures et élèvent des vaches, des cochons et surtout des chevaux. Pendant l’été ils accueillent des touristes.

Le village le plus proche, Nominingue, est à 17 km.

Le club Columbus aujourd'hui
Le club Columbus aujourd’hui

M. Grégoire raconte que dès l’âge de 12 ans il guidait des touristes dans le bois et partait chasser seul pendant plusieurs jours avec son canot. D’abord payé au pourboire, il gagne ensuite $1 par jour, puis $2. Il apprend à connaître son territoire. Il apprend surtout à se débrouiller avec presque rien, ce qu’on trouve dans la nature en s’y adaptant.

Des aventures fabuleuses

En lisant ses aventures on se demande si il n’exagère pas un peu tellement elles sont extraordinaires: « les sceptiques seront confondus! »

Perdus en forêt

Ça commence quand à l’âge de 14 ans il emmène son petit frère de 5 ans un beau matin d’été capturer un « oiseau bleu ». Ils se perdent et ne seront retrouvés que 5 jours plus tard. Dès la première nuit les loups rôdent. Partis sans rien, à peine habillés, ils doivent manger des cuisses de ouaouarons et de la perdrix crues avec du trèfle et du thé des bois. La deuxième nuit ce sont les ours, puis les loups reviennent. 200 volontaires de Nominingue et La Minerve étaient partis à leur recherche et ils finissent par les retrouver.

Le goût du risque

Réserve Papineau-Labelle
Réserve Papineau-Labelle (SEPAQ)

La leçon est apprise mais il avoue que le goût du risque le possède: il s’amuse à se perdre en poursuivant les chevreuils pieds-nus pour apprendre à mieux se retrouver.

À 19 ans il manque se noyer en essayant de chevaucher un gros buck orignal qui nageait sur un lac. À 21 ans, seul, il cale dans un lac par -35° à 10 km de son refuge: il revient sans ses raquettes, enfonçant dans la neige jusqu’à la taille et les vêtements raides comme de la tôle. Le lendemain il retourne récupérer ses raquettes dans le lac!

Entrer dans la tanière de l’ourse

Dans la tanière de l'ours
Dans la tanière de l’ours

Un jour il repère une ourse avec 2 oursons et décide d’essayer de capturer les oursons pour amuser les touristes du Club. Il attend donc qu’ils soient dans leur tanière, bloque l’issue de secours et entre. Il veut expulser la mère en empêchant les petits de sortir. Son plan finit par fonctionner et il essaye de capturer les oursons qui se mettent à crier. Alors la mère revient et c’est lui qui s’enfuit en laissant tout son matériel, amoché mais heureux d’être encore vivant.

Dormir dans une cabane de castor

Une autre fois mal pris en forêt il doit trouver un abri par une nuit glaciale. Il trouve une grosse cabane de castor, fait un trou au sommet pour pouvoir y entrer et y dispose quelques branchages. Il est dans le noir mais sent qu’il est juste au-dessus du niveau de l’eau et qu’il y a de la vie dans la cabane. Pendant la nuit les loutres attaquent les castors; il doit dormir face contre terre car ça grouille par dessus lui. Tout se calme soudain et en craquant une allumette il trouve des entrailles de castor à côté de lui. Une nuit mouvementée mais il aura survécu!

Le Club Columbus Nominingue

La chasse aux loups

Loups à Rivière Rouge
Loups à Rivière Rouge

Le loup est l’ennemi du chasseur et du trappeur, M. Grégoire les admire mais ne les aime pas. Ses aventures avec eux sont nombreuses, je ne peux pas tout raconter. Ce qui est amusant c’est qu’elles se passent dans des lieux que j’ai beaucoup fréquentés quand j’habitais Nominingue, les lacs Pie IX, Montjoie, 7 Frères, la rivière Ernest… C’est la Réserve Faunique Papineau-Labelle aujourd’hui et il y a encore des loups puisqu’il y a encore des chevreuils et des orignaux.

Toujours trappeur en 1990

Quand son livre paraît en 1990 Marcel Grégoire est toujours actif sans la région de Saint-Michel-des-Saints et de Manouane. Il gère une pourvoierie, trappe et fait le commerce des fourrures. Je ne sais pas si il est encore vivant, c’est possible avec une santé comme la sienne. C’est un personnage typique des Hautes-Laurentides.

Séraphin et les « Belles Histoires des pays d’en haut »

En 1949 le Club Colombus a servi de décor naturel pour le tournage du film « Un homme et son péché » adapté du roman de Claude-Henri Grignon qui connaissait bien Nominingue et ses clubs de chasse et pêche.

Référence: Marcel Grégoire « Je ne suis pas sorti du bois » – Éditions Stanké 1990

Une lectrice de Nominingue (merci Céline) me signale que Marcel Grégoire est décédé en 1995 et qu’il est enterré près de ses parents, Adélard et Irène, dans le cimetière de Nominingue. Elle me dit aussi que le livre est disponible à la bibliothèque de Nominingue et qu’elle a eu autant de plaisir que moi à le lire. J’ai oublié de signaler que le livre est très bien écrit, ce qui n’est pas courrant dans ce genre de publication.

2 commentaires sur “Marcel Grégoire coureur des bois à Nominingue”

  1. J’ai passé les étés de mon enfance au lac des Grandes-baies. On s’y rendait en auto jusqu’au lac (par la montée Vachet) et on devait prendre la chaloupe à moteur ou le bateau pour se rendre au chalet. Aucune route ne s’y rendait. La terre était juxtaposé au parc Papineau-Labelle, à la hauteur du lac des 7 Frères. Entendre les loups était courant.

    • Il y a un lac Monet dans le secteur, un rapport?
      M. Grégoire raconte que pour ravitailler les refuges il partait de Nominingue en tracteur (13km) par la Montée Vachet jusqu’au lac Fabre puis il portageait en canot de lac en lac dans tout le territoire.

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