Crise politique à Rawdon (suite)

Je profite de cette dernière chronique de l’année pour souhaiter une bonne et heureuse année 2020 à mes lecteurs. Et je rends hommage à François Mercier futur propriétaire des moulins qui se trouvent chez moi qui a signé la pétition en faveur d’Alexander Daly en y mettant sa marque.

Cet article est en 2 parties: lire la 1ère partie

Alexander Daly envoie sa défense le 29 novembre 1854 à son supérieur l’inspecteur des agences T. Boutillier. Il l’appuie de très nombreux témoignages et pièces justificatives. Il obtient surtout un soutien unanime du clergé catholique de la région.

Daly doit se défendre de deux accusations: son travail comme responsable de la construction du chemin de Chertsey et son travail comme agent des terres de la couronne. Voici sa défense détaillée aux 2 accusations:

La construction du chemin de Chertsey

Pour appuyer sa défense il produit de très nombreux témoignages. Il prouve qu’il a demandé à son supérieur la permission d’organiser le ravitaillement du chantier; c’est contraire aux politiques officielles mais en pays de colonisation il n’y avait pas d’autre choix. Le prix et la qualité du ravitaillement vendu aux travailleurs est attesté par Michel Perreault marchand de Rawdon et John Rogan marchand de Montréal.

Témoignage de Thomas Daley

Une vingtaine d’hommes de Chertsey et Rawdon qui ont travaillé au chemin témoignent que le ravitaillement était excellent et bon marché, certains auraient même aimé en acheter pour leur famille mais Daly a refusé. Le chemin est très bien construit et le tracé par le sud du lac Daly est le meilleur. Plusieurs racontent que Daly n’est pas responsable de l’incident avec J.-B. Leblanc qui avait dû faire demi-tour sans pouvoir inspecter le chemin. Il n’a pas fait de menaces contre ceux qui avaient voté contre lui aux élections non plus.

Cyrille Morin, juge de paix à St-Jacques, approuve les travaux faits pour le chemin; il a acheté des lots pour sa famille dans ce secteur et est satisfait. Il deviendra le premier maire de Chertsey en 1856 après avoir construit un moulin à scie sur la rivière Jean-Venne.

Le tracé du chemin par le sud du lac Daly en passant par les lots de la famille Daly était litigieux et les témoins insistent sur la ligne plus directe. Ce tracé a pourtant vite été abandonné et le chemin passe par le nord du lac aujourd’hui.

L’agent des terres de la couronne

Ce dossier est beaucoup plus complexe, certaines affaires remontant aux années 1830. L’agent des terres de la couronne a beaucoup de pouvoir dans un pays de colonisation. Il doit souvent arbitrer des litiges entre colons et est toujours soupçonné de favoriser ses intérêts et ses amis.

Le lot de Pierre Giguère

Par exemple le lot 12 du 3ème rang de Chertsey contesté par Henry Belan. Pierre Giguère a fait application sur ce lot auprès de Daly le 28 mars 1849; mais il ne savait pas signer et Daly a inscrit Gegere près de sa croix; le lot a ensuite été enregistré au bureau du gouvernement au nom de Pierre Girard. Il s’agit bien de Pierre Giguère puisqu’on sait que sa maison abritera une école de rang en 1859.

Un témoignage de James Daly junior à la défense d’Alexander Daly déposé devant Hugh Daly, juge de paix.

Chaque cas est particulier. Il y a les erreurs d’écriture, de traduction; les premiers lots ont été attribués alors que leurs limites étaient mal définies, des militaires retraités ont vu leurs lots squattés ou bûchés par d’autres. Les sources d’erreurs et de contestation sont multiples. L’agent des Terres connaît les meilleurs lots avant tout le monde, il a beaucoup de pouvoir et il vaut mieux être de ses amis. Le notaire de Rawdon a critiqué son travail dans les accusations.

Daly a soigneusement conservé tous ses documents légaux et il se justifie pour chacune des accusations avec des témoignages et des pièces justificatives. Ce serait trop compliqué à détailler mais c’est sûrement intéressant pour l’histoire de Rawdon.

La pétition en appui à Daly

Le 20 janvier 1855 une pétition est déposée auprès de P.J.O. Chauveau par les habitants des cantons de Rawdon, Kilkenny, Chertsey et Wexford:

Plusieurs viennent témoigner qu’ils n’avaient pas signé la première pétition contre Daly, on a signé à leur place, ou qu’ils n’avaient pas bien compris de quoi il s’agissait et ils se rétractent.

Le soutien du clergé

Société des Défricheurs

A. Daly ne devait pas être un ange, il a pourtant reçu un soutien unanime du clergé catholique ce qui montre bien que la crise était aussi religieuse. Il était membre de la Société des Défricheurs de St-Jacques avec le curé Paré et les familles de Magloire Granger, de Cyrille Morin et autres fondateurs du Village Lafontaine à Chertsey.

Le curé Pominville et son prédecesseur T. Quinn de la paroisse de Rawdon ainsi que Charles Rollit le pasteur de la paroisse anglicane Christ Church de Rawdon le soutiennent également.

Conclusion

La vie en terre de colonisation ne peut s’organiser sans le soutien des élites religieuses et civiles qui encadrent le mouvement vers le nord. Il faut ouvrir des chemins et il y a de la spéculation. Encore vers 1870 le curé Coutu agira comme un seigneur-entrepreneur pour ouvrir Saint-Donat à la colonisation. Il y a une grande part d’arbitraire dans le rôle des agents comme A. Daly et A.-H. Coutu. Il semble que Daly faisait malgré tout correctement son travail même si il en faisait un peu profiter sa famille.

Les pétitions très nombreuses à cette époque aident à comprendre l’organisation de la société, les tensions sociales, les conflits ethniques et religieux. Rawdon connaissait un important changement démographique à cette époque et la crise était inévitable.

Crise politique la suite
Témoignage d’Alexander Barber

La prochaine crise sera celle du déménagement du Village Lafontaine, le premier centre de Chertsey dans les années 1860. Les membres de la Société des Défricheurs qui s’y étaient installés, voyant leur pouvoir contesté par le reste des habitants du village, quitteront Chertsey pour la plupart.

Laisser un commentaire