Catégorie: Histoire de Lanaudière
Site indépendant sans témoin espion

Les églises et les écoles protestantes de Berthier

En 1765 James Cuthbert a acheté la seigneurie de Berthier. C’était un officier écossais de l’armée de Wolfe et il était protestant évidemment. Il a favorisé l’immigration de ses compatriotes écossais pour développer sa seigneurie, une importante communauté anglophone et protestante a habité à Berthier jusqu’à la fin du XIXe siècle, bâtissant des églises et des écoles: la chapelle St-Andrew, l’église St-James, la Grammar School, l’école St-Alban et l’école française protestante Amaron-Clements.

La chapelle St-Andrew ou des Cuthbert, site historique

Catharine Cairns épouse du seigneur de Berthier James Cuthbert est décédée le 7 mars 1785. James Cuthbert a alors fait construire une chapelle sur son domaine seigneurial de Berthier pour l’y enterrer, la chapelle St-Andrew. Ce serait le premier lieu de culte protestant à avoir été construit au Québec après la Conquête.

L’écho de Louiseville/Berthier, 23 juin 1982

Le second seigneur de Berthier James Cuthbert fils s’était converti au catholicisme après ses études dans un collège en France au grand désespoir de son père. Mais il était anglophone, membre du Conseil Législatif de la Province; il ne pouvait pas négliger les intérêts de ses compatriotes.

À la mort de son père, en 1798, James Cuthbert, fils, ayant hérité de la seigneurie de Berthier, étant de foi catholique, fit placer une croix sur celle-ci. De plus, il devait intercéder auprès de Mgr Bourget, évêque de Montréal, pour que la permission lui fut donnée de laisser cette même chapelle à la disposition des protestants de Berthier… Plusieurs pasteurs y officièrent: J. Doty (1799), J.-C. Driscoll (1830), Amos Ansley (1833) et Narcisse Guerout (1849)Le courrier de Berthier, 30 mars 1967.

La chapelle St-Andrew a donc été le lieu de culte des protestants de la seigneurie de Berthier et ses environs jusque vers 1850 quand une église plus grande a été construite dans le village. Elle a ensuite été abandonnée et s’est détériorée. Le gouvernement du Québec a acquis le bâtiment en 1927 et sa restauration a été entreprise en 1928; il était temps avant qu’elle ne tombe en ruines.

North view before repair, Cuthbert Chapel, 1928 (Musée McCord-Stewart)
West view after repairs, Cuthbert Chapel, 1928 (Musée McCord-Stewart)

La Chapelle des Cuthbert a de nouveau été restaurée en 1977 et est aujourd’hui un musée: grâce aux travaux de restauration entrepris en 1977, la chapelle des Cuthbert a retrouvé son aspect d’origine, avec son toit de bardeaux et son vieux clocher.

La chapelle St-Andrew, Berthier
La chapelle St-Andrew

L’église anglicane St-James de Berthier

Entre 1850 et 1856 une nouvelle église anglicane a été construite dans le village de Berthier, l’église Saint-James. En 1866 un cimétière a été amménagé à côté de la nouvelle église où les restes du seigneur James Cuthbert et de sa famille ont été transférés. La communauté protestante de Berthier était alors suffisament nombreuse pour financer la construction d’une église plus spacieuse pour la pratique du culte.

First English Protestant Church, Berthier-en-Haut, Que. – BANQ
L’église anglicane St-James à Berthier – BANQ

L’église anglicane St-James a été vendue et démolie vers 1954. Le cimétière anglican St-James existe toujours près de son emplacement derrière l’Hôtel de Ville de Berthier. En 1954 la communauté protestante de Berthierville ne comprenait plus que 5 fidèles participant au culte. Le contrat de vente exigeait que l’église soit démolie par respect pour un lieu sacré, une curieuse exigence de cette époque.

Arthur Kittson a publié un historique et une description de l’église anglicane de Berthierville en 1954 lors de sa démolition. Vers le milieu du siècle dernier, on comptait un nombre assez considérable de familles de langue anglaise résidant à Berthier-en-Haut. Les membres de la religion anglicane étaient obligés de se rendre à Sorel le dimanche pour s’acquitter de leurs devoirs religieux.

Le courrier de Berthier, 9 septembre 1954

Berthier centre villageois des protestants de Lanaudière

Pendant tout le XIXe siècle la communauté protestante de Berthier a été prospère et plusieurs maisons d’enseignement prestigieuses ont été fondées par ses membres. En 1815 l’arpenteur du gouvernement Joseph Bouchette a parcouru les terres colonisées pour publier la Description topographique de la province du Bas Canada. Il y avait alors 4 écoles dans la seigneurie de Berthier dont 2 soutenues par le clergé Catholique Romain; 2 autres étaient donc protestantes ou laïques.

Beaucoup d’anglophones s’étaient installés au nord des seigneuries de Lanaudière à partir de 1800. Les premiers habitants de D’Aillebout et Ramsay étaient en majorité anglophones, dans les cantons de Brandon, Kildare, Rawdon, Kilkenny ils étaient très nombreux. Il y avait aussi d’importantes communautés protestantes dans les villages de Terrebonne, L’Assomption, Louiseville. Sorel, alors appelé William-Henry, abritait une garnison de militaires qui entretenaient d’étroites relations avec l’élite de Berthier. Le village de Berthier était le principal lieu de rassemblement des protestants de Lanaudière, un centre où ils se réunissaient pour le culte et où ils envoyaient leurs enfants s’instruire à l’école anglaise.

Olivier Maurault prêtre et historien sulpicien a publié en 1938 un historique de l’école française protestante de Berthier où il évoque la communauté protestante de Berthier au XIXe siècle:

… toute une série de familles parlant l’anglais, — et aussi le français, — alliées entre elles ou avec des familles canadiennes-françaises: les Antrobus, Anglais, alliés aux Cuthbert et aux Forneret; les Hanson, Ecossais, alliés aux Cuthbert; les Clements, Anglais, alliés aux Hénault, et les Kittson, Anglais, alliés aux Lavallée; les Ralston, Ecossais, alliés aux Philips et aux Cléments; les Forneret, Suisses, alliés aux Antrobus et aux Hénault; les Bostwick, Hollandais; les McBean, Ecossais, alliés aux Boucher; les Dickson et les Coyle, Irlandais; ainsi que le pasteur, le révérend M. Merrick, de Trinity College, Dublin.

De nombreuses résidences de prestige avaient été construites par ces notables:

… en allant vers Montréal, Nor’ West Hall, résidence des McBean; puis à l’autre extrémité, sur la rivière Bayonne, le vieux Manoir, abandonné mais servant de magasin et d’arsenal à un régiment qui campait annuellement dans la Commune; et puis Pine-Villa des Forneret, Elm Cottage des Cuthbert, The Lindens des Hanson, Brookside Lodge des Clements.

La communauté protestante est diversifiée contrairement à la catholique. Il est intéressant de constater qu’à Rawdon, nouveau village de colonisation, des communautés anglicane, presbytérienne et méthodiste se sont développées. À Berthier où les protestants étaient minoritaires en territoire catholique ils se sont regroupés au sein de l’église anglicane.

L’académie de Berthier en 1851

L’imposition de taxes scolaires pour financer les écoles a mené à la guerre des éteignoirs en 1846. Le Parlement du Canada-Uni a voté en août 1851 la Loi des inspecteurs d’écoles pour superviser la qualité de l’enseignement.

Le système scolaire était encore très rudimentaire en 1851 et les citoyens de Berthier s’en plaignaient. À une assemblée publique le constat a été fait de la mauvaise administration de l’Académie de Berthier sous le contrôle de la corporation des écoles communes de cette paroisse de Berthier, dont l’éducation de ses membres est, en général, très bornée, dont plusieurs savent à peine lire et écrire, et dont un ne le sait pas du tout... Que ceux des membres de l’ordre des clercs de St.-Viateur qui ont eu la régie de cette académie, depuis trois ans, n’ont pas su la maintenir sur un pied convenable…

L’avenir, 15 août 1851

Que les personnes instruites de ce village, sont lasses de s’en laisser imposer par la masse ignorante et crédule, que la récitation de fables et de drames, dans un examen public, engoue(?) au point de lui faire méconnaître les besoins intellectuels de ses enfants, et doivent s’entendre immédiatement, pour mettre fin à un système aussi pernicieux pour les vrais intérêts de la jeunesse.

Il y avait eu des écoles élémentaires à Berthier depuis longtemps mais le système scolaire était encore déficient. L’Académie de Berthier a aussitôt réagi puisque le 2 septembre plusieurs annonces ont été publiées dans le journal La Minerve. Les nouveaux directeurs de l’Académie avaient embauché des professeurs de première classe et l’étude de la langue anglaise y était enseigné avec le plus grand soin; il ne sera pas permis aux élèves de parler autrement qu’en anglais même en récréation. La classe dirigeante du village était formée d’une élite française et anglaise étroitement apparentée qui favorisait l’éducation en anglais pour l’obtention de postes de prestige.

La Minerve, 2 septembre 1851
La Minerve, 2 septembre 1851

Le journal a aussi annoncé la fondation d’une École de Médecine de Berthier; les professeurs étaient les médecins L.H. Ferland, L.H. Turcotte, J.G. Bethune ey L.J. Moll.

La Minerve, 2 septembre 1851

L’Académie de Berthier semble avoir été une école non confessionnelle dispensant un enseignement bilingue; le plan d’études ne mentionne aucun cours d’éducation religieuse.

La Minerve, 3 septembre 1857
La Minerve, 8 septembre 1857

En 1856 le rapport du surintendant à l’éducation du Bas-Canada mentionnait que sur 33 élèves fréquentant l’école protestante de Berthier, 21 étaient des catholiques dont les parents voulaient qu’ils apprenent l’anglais: The protestant dissentient school is in good order, out of 33 of the scholars attending it, 21 are catholics, whose parents wish that they should be well taught the English language. En 1860 l’académie des garçons du village de Berthier était fréquentée par 30 élèves; il y avait aussi une académie de filles, 2 écoles élémentaires et une école dissidente.

Journal de l’instruction publique, février 1860

L’école protestante du révérend Guérout

En 1846 Ross Cuthbert seigneur de Dautray et Lanoraie a fait construire un nouveau manoir seigneurial dans le Domaine seigneurial de Dautray. Il a alors donné ou vendu son ancien manoir situé près du moulin banal au pasteur Narcisse Guérout de l’église anglicane qui y a ouvert une école et installé une chapelle. Sur le plan de la seigneurie en 1857 Messire N Guérout était propriétaire du lot 11 moins l’emplacement du moulin banal. Le nouveau manoir du seigneur était sur le lot 8.

Album souvenir de Lanoraie en 1967

En 1877 The Star annonçait la Bellevue Hall School pour les jeunes filles et les enfants du reverend Narcisse Guerout

The Star, 31 août 1877

Sur cette photo datée de 1950 on voit que l’ancien manoir semble abandonné. Il a été démoli par la suite mais on ignore quand.

Berthier-en-Haut – Manoir d’Autray, vue extérieure vers 1950 – BANQ

The Berthier Grammar School

Un historique daté de 1890 raconte que le souvenir de la Grammar School, la première école anglaise à avoir existé à Berthier, datait de 1851. Elle se trouvait dans un petit bâtiment en bois. C’est aussi en 1851 que l’Académie de Berthier a été réformée, il s’agit peut-être du même établissement. On se souvenait du révérend John Rollit professeur en 1864, le révérend E. McManus y avait enseigné en 1865. Il s’agissait bien alors d’une école protestante.

Un bâtiment plus convenable pour la Grammar School avait été construit en 1867 grâce aux dons de la famille Cuthbert, Mrs. Clark, Miss Cuthbert, Mr. C.A. Forneret, puis d’autres paroissiens et amis. Les professeurs avaient été Mr. Houghton puis Mr. Fowler, le Rev. De Gruchy, le Rev. Henry Kittson, le Rev. E. McManus. En 1880 une nouvelle aile avait été ajoutée à l’école et en 1887 un gymnase.

The educational record of the province of Quebec, mars 1890

En 1954 Arthur Kittson a publié un résumé de l’histoire de la Grammar School de Berthier qui diffère un peu du précédent. Il y a environ cent ans, le Révérend Joseph Merrick, frère du recteur de l’église anglicane Saint-James le Révérend W.A. Merrick, fonda une école mixte pour les enfants des familles anglaises de Berthier.

Le courrier de Berthier, 25 novembre 1954

Arthur Kittson mentionne l’école de Madame Clements pour les jeunes filles fondée un peu plus tard. La Grammar School aurait alors organisé son enseignement exclusivement pour les garçons, pensionnat et externat alors que les filles devaient fréquenter l’école Clements. La Grammar School aurait fermé ses portes en 1897.

Dans un autre article A. Kittson mentionne que la Grammar School est devenue plus tard l’école St-Alban qui a ensuite été transférée à Brockville en Ontario. La cloche suspendue dans le beffroi de l’école venait de la chapelle St-Andrew (?) et avait été donnée à l’école qui l’a ensuite donnée au musée McCord de l’Université McGill.

Le courrier de Berthier, 20 mai 1954

L’école française protestante de Berthier

En 1857 un couple de protestants francophones installés à Berthier a ouvert une pension pour les jeunes filles anglaises pour leur enseigner le français. À partir de 1840 des missionnaires francophones, nommés indifféremment Suisses, ont parcouru la campagne pour tenter de convertir les catholiques québécois au protestantisme. Joseph Vessot, français, et Daniel Amaron, suisse, prêchaient sur le marché du village de l’Industrie (Joliette) et y vendaient des Bibles en français à leur étal. En 1849 un journal raconte que la foule en furie les avait un jour pourchassés et que c’est le seigneur du lieu qui les avait sauvés en ouvrant le portail de son manoir. C’était une vocation dangereuse dans un territoire exclusivement catholique.

The Montreal witness, 1 janvier 1849

Olivier Maurault dans son historique de l’école française de Berthier fondée par ces missionnaires suisses raconte:

En 1840, Jules-Etienne-Daniel Amaron et sa femme, née Anne Cruchet, passent au Canada. Ils y venaient, appelés par M. Court qui représentait l’église presbytérienne Erskine. M. Amaron s’établit d’abord comme pasteur-laïque à la Belle-Rivière, comté des Deux-Montagnes… Bientôt après, on trouve la famille à Ramsay, à quelque vingt milles en arrière de Berthier.

Daniel Amaron avait été nommé pasteur de la communauté protestante de Ramsay regroupant des anglophones et quelques francophones convertis comme la famille Rondeau de Ste-Elisabeth.

Lire: Les missionnaires protestants francophones de Lanaudière

Vers 1858, un jeune homme, manufacturier à Berthier, dont les parents venaient des Etats-Unis, courtisa Perside, l’aînée de la famille. John Clements obtint bientôt sa main en 1859. Il avait quarante-deux ans, elle en avait seize.

John Clements était le fils de Timothy qui était cultivateur à Ramsay, entre St-Félix-de-Valois et St-Jean-de-Matha aujourd’hui. En 1815 Isaac Clements cultivateur et Dorothy McHonye de Ramsay ont cédé à leur fils Thimothy 2 terres dans Ramsay; beaucoup des premiers colons de Ramsay étaient des loyalistes attirés là par le seigneur Pierre-Louis Panet.

M. Amaron avait quitté Ramsay pour Berthier, en 1858, et s’était installé dans une maison qui porta le nom de Brookside Lodge, à côté d’un petit étang, près de l’église anglicane… Berthier, depuis la cession du pays à l’Angleterre, avait toujours compté quelques familles anglaises, et donc une grammar school. Mais au temps dont nous parlons, cette école était mixte. Et l’on n’avait pas alors, sur la coéducation, les mêmes idées qu’aujourd’hui. L’évêque anglican de Montréal (Bishop Oxenden) désirant mettre fin à cette situation, pria la famille Amaron d’ouvrir une école pour les jeunes filles. C’était en 1875.

Depuis trois ou quatre ans, la famille habitait, rue du Bord de l’Eau (maintenant rue Frontenac), une vaste maison de brique, à deux étages avec mansarde, naguère construite par des Loyalistes venus de Belleville, et achetée de M. Noiseux. Il y avait de la place pour
loger quelques pensionnaires. Surtout, il y avait Mme Clements et Mlle Louisa Amaron, toutes prêtes à prendre la direction de l’école. Mme Clements fut nommée directrice par l’évêque, et Mlle Amaron, assistante.

Le courrier de Berthier, 1 novembre 1951

Arthur Kittson a aussi publié un historique de l’école de Madame Clements pour jeunes filles en 1954. Il raconte la même histoire: la famille Amaron s’était installée à Berthier en 1858 dans une maisonnette appelée Brook Side; Madame Amaron était professeur de français auprès des jeunes filles des familles anglaises de Berthier. L’évêque angligan Oxenden leur avait ensuite conseillé d’ouvrir une école pour jeunes filles. La famille avait déménagé dans une maison beaucoup plus vaste sur la rue de Devant (Front), la rue Frontenac aujourd’hui. En 1875 une pension de jeunes fille ouvrit sous la direction de Madame Clements leur fille aînée assistée de sa soeur Louisa.

Le courrier de Berthier, 18 novembre 1954

Madame Clements mourrut en 1921, mais le cours continua sous la direction de Mlle Amaron assistée de Mlles Eugénie et Antoinette Clements et de son neveu M. Ben Clements.

Les écoles protestantes de Berthier dans la presse

La publicité pour les écoles n’était pas encore une pratique courrante. Elles accueillaient les enfants du village et ne cherchaient pas à faire venir des élèves de l’extérieur. L’école Amaron, elle, a tout de suite cherché à recruter ses élèves en utilisant la publicité. Les premières publicités pour l’école française de Monsieur et Madame Amaron ont été publiées en 1857 dans un journal anglais. Elles annonçaient une maison de pension pour jeunes filles tenue par une famille parlant exclusivement en français.

The Montreal witness, 31 octobre 1857

La publicité de 1860 était plus détaillée. Mons. & Mad. Amaron de Suisse assistés de leurs filles continuent de recevoir des pensionnaires, quelques jeunes filles désireuses d’apprendre le français. Ils ont pris une maison confortable dans le village de Berthier facilement accessible en vapeur. Le français sera enseigné grammaticalement et est la seule langue parlée dans la famille.

The Montreal witness, 28 avril 1860

Il y avait alors à Berthier une école modèle et deux écoles élémentaires avec 60 à 70 élèves chacune. Des efforts sérieux avaient été faits depuis 1851: les commissaires et les contribuables de cette petite municipalité n’épargnent rien pour l’instruction de leurs enfants.

Journal de l’instruction publique, août 1860

En 1861 le tarif de la pension Amaron avait augmenté de 13 à 15$ par mois et il fallait payer 1$ de plus pour utiliser le piano. Les jeunes garçons de 10 à 16 ans étaient reçus aux mêmes conditions dans la famille de Madame Clement soeur de Madame Amaron.

The Montreal witness, 16 novembre 1861

La question du financement des écoles confessionnelles était source de tensions. Un gentilhomme écrivait qu’à Berthier il y avait une école anglaise mais des membres de sa congrégation résidant dans la paroisse française voisine étaient obligés par la loi de payer leurs taxes scolaires pour financer des écoles catholiques; les protestants n’y étaient pas assez nombreux pour financer une école.

Montreal herald, 29 septembre 1864

En 1866 il y avait 6 écoles et 1 institut dans le village de Berthier. Une académie de 52 garçons, celle des Dames de la Congrégation de 132 filles, l’école indépendante de Mme Amaron, 2 écoles élémentaires sous le contrôle des commissaires, une école dissidente de 32 élèves. L’institut comptait 32 membres actifs, 4.000 volumes et 32 journaux.

Journal de l’instruction publique, mai 1866

En 1868 une publicité du Rev. W.C. Merrick de Berthier annonce l’ouverture d’une pension pouvant accueillir 10 élèves de la Grammar School. L’enseignement du français était dirigée par Madame Clement membre de la famille Amaron. La pension logée dans la nouvelle école était située en retrait du village avec un grand terrain de jeu. L’école anglaise cherchait alors à recruter des élèves de l’extérieur pour pouvoir s’agrandir et faire venir de meilleurs professeurs.

Morning chronicle, 24 juillet 1868

La Grammar School dirigée par H.B. Houghton faisait la publicité de son enseignement du français.

The daily witness, 29 août 1868

En 1871 Madame Amaron a annoncé avoir déménagé son établissement dans une maison de la rue Front dans la ville de Berthier. Madame Amaron respectfully announces that she has removed her establishment to a new and commodious house, pleasantly situated on Front street in the Town of Berthier, where she will be prepared to receive a larger number of boardersThe daily witness, 21 avril 1871.

The daily witness, 20 janvier 1873

Le Journal of education publiait régulièrement les résultats des examens. En 1875 le révérend W.C. Merrick était examinateur et secrétaire des commissaires; étaient présents le Rev. G. Forneret, le Lt. Colonel Hanson, H.W. Coyle, etc. Les élèves avaient été interrogés par le Rev. Merrick, le Rev. principal McManus, Mr. Kneeland et Miss Amaron professeur de fançais.

Journal of education, juillet 1875

Rev. E. McManus was ordained Deacon 1872, by Bishop Oxenden, and appointed assistant of St. James Church, Berthier, and Principal of the Berthier Grammar School. He was advanced to the Priesthood in 1876. On the death of the Rector, the late Rev. W. C. Merrick, he was elected to succeed him in 1881History of the diocese of Montreal.

À la rentrée scolaire de 1875 une annonce pour un Young ladies english and french seminary for the higher branches of education, Berthier (en haut) a été publiée au nom de Madame Clements ou Miss L.E. Clegg associées principales et du Rev. E. McManus secrétaire. L’enseignement était donné en français seulement.

Morning chronicle, 6 novembre 1875

En 1877 trois annonces séparées ont été publiées pour la rentrée des classes: la Berthier Grammar School du rev. E.M. McManus; la Bellevue Hall School pour les jeunes filles et les enfants du reverend Narcisse Guerout; The french and english Seminary pour les jeunes filles de Madame Amaron ou du rev. E. McManus.

The Star, 31 août 1877
The Star, 31 août 1877

Pour l’examen de 1878 un long compte-rendu du Journal of education souligne la haute qualité de l’enseignement donné et les excellents résultats des élèves de la Grammar School.

Journal of education, juin 1878
Journal of education, juin 1878

Le français y était enseigné en théorie et il pouvait être pratiqué dans le patois rustique des habitants ou dans le plus gracieux français parisien ou genevois au séminaire des dames Amaron.

Grammar School, Berthier-en-Haut – BANQ

En 1880 un visiteur de la Grammar School mentionne aussi les leçons de français et les arrangements pris avec la famille Amaron pour l’exercice de la conversation.

The daily witness, 31 août 1880

Un autre chroniqueur raconte Berthier et ses plaisirs d’été pendant la relâche scolaire, les promenades en chaloupe sur le fleuve et la Petite Rivière, la visite du vieux manoir Cuthbert… Le Rev. E. McManus était venu rendre visite à sa soeur Celia veuve de George Dorwin de Rawdon. Le Rev. J.F. Sweeney de Toronto était l’hôte de Mr. John Bostwick du manoir Dautraie. Mr. Howard Principal de la Grammar School devait quitter son poste et être remplacé par le beau-frère de Mr. Liebick, le Rev. C.J. Boulden. Le Rev. Mr. Lockart était en charge de l’église jusqu’à l’arrivée du recteur le Rev. J. Carmichael… De nombreux révérends fréquentaient alors Berthier-en-Haut.

The Montreal daily star, 19 juin 1886

Mardi dernier eut lieu l’entrée des élèves de Madame Amaron et de Madame Clemens qui tiennent depuis plusieurs années à Berthier une école en renom pour les jeunes filles, qui viennent de toutes les parties du Canada et des Etats-Unis y puiser leur instruction. Comme la plupart de ces jeunes demoiselles sont anglaises elles viennent ici en grand nombre pour apprendre le francais, et certes, elles ne peuvent choisir une meilleure maison, car madame Amaron, madame Clemens et les demoiselles Amaron peuvent être classées parmi les professeurs français. Nous sommes heureux de voir que cette maison tenue sur un si bon ton, semble étre fréquentée cette année encore par un grand nombre d’élèves qui sont autant d’ornements dans le cercle déjà si restreint du beau sexe de BerthierLa Gazette de Berthier, 21 septembre 1888.

En 1892 Max Liebich était le principal de la Grammar School de Berthier-en-Haut, un pensionnat avec tout le confort d’un foyer. Préparation à la vie commerciale ou aux universités. Conversation en français, shorthand(?), dactylographie, entraînement militaire par le Lt.-Col. Hanson; références par les principaux marchands, professionnels, et agents d’assurance à Montréal.

The Montreal daily star, 30 juin 1892
La Gazette de Berthier, 26 août 1892

Madame Clements a fait subir cette année, de grandes réparations à sa maison et sera en état de pouvoir prendre plus d’élèves que les années dernières La Gazette de Berthier, 8 septembre 1893

En 1896 la Grammar School a changé de nom et est devenue la St-Alban’s School dirigée par le Rev. C.J. Boulden. Un pamphlet a été publié en 1897 pour en faire la publicité. Le pensionnat avait été reconstruit et modernisé en 1896 avec l’ajout de salles-de-bains à chaque étage.

The school buildings are at a safe distance from the river, and have been constructed so as to receive a large amount of air and of sunshine. The school room and dining hall are particularly bright, airy and commodious. The majority of the bedrooms contain two or three beds each ; there is one large dormitory, lofty and well ventilated; and there are also separate bedrooms, for which an extra charge is made…

The greatest attention is given to the satisfactory working of all plumbing and sanitary matters. The entire system has been reconstructed since 1896, and has been laid down under the personal superintendence of the headmaster. Each floor has its bath-room with hot and cold water and complete sanitary arrangements…

Boys are prepared for matriculation at McGill and other Universities, for the Diocesan College in Montreal, for the entrance examinations at the Law and Medical Schools, the Royal Military College; also for the ‘Public Schools’ and Universities of England.

Les garçons étaient préparés pour entrer à l’université McGill et autres universités, pour le collège diocésain de Montréal, pour les écoles de droit et de médecine ou pour le collège militaire de Kingston; et même pour poursuivre leurs études en Angleterre.

The Montreal daily star, 31 mai 1897

L’ancienne école consistait en une construction de brique, d’une autre en bois ainsi que d’un couloir qui reliait les deux et était utilisé comme gymnase. Le tout fut rénové et modernisé. Le nom de l’école fut changé en celui de Saint-Alban – Arthur Kittson.

Le courrier de Berthier, 2 décembre 1954

L’école St-Alban a ouvert à Berthier en 1896 et a déménagé à Brockville en Ontario au sud d’Ottawa en 1901. En 1900 la population anglaise de Berthier allait toujours en diminuant. Le terrain et les édifices qui étaient la propriété de l’église St-James furent vendus. La maison de bois fut transportée plus près des voies du chemin de fer, telle qu’elle est située aujourd’hui (1954). Et l’ancien édifice de brique, lequel avait un certain temps été occupé par l’école de Madame Lord, fut détruit par un incendie. Le terrain est actuellement la propriété des Clercs de St-Viateur. Et c’est ainsi que, à la place de la vieille école anglaise, s’élève de nos jours le magnifique édifice de l’École Saint François d’Assise.

The daily witness, 19 août 1898

Le séminaire d’été pour les jeunes fille de Madame P. Amaron Clements a continué son enseignement tout comme l’école française et anglaise pour les filles de Mme Clements et Mlle Amaron.

The daily witness, 25 août 1899

Daniel Amaron est décédé en 1904 à Berthier; son épouse était décédée en 1890 et leur fille avait pris la direction de l’école.

En 1907 il y avait encore une Grammar School à Berthier-en-Haut malgré le déménagement à Brockville de l’école Saint-Alban. Selon la publicité elle avait été fondée en 1867 et était dirigée par le Rev. W. R. Hibbard. Elle préparait pour l’entrée dans les universités, R.M.C., Kingston (école militaire), et pour les affaires. Des soins particuliers étaient donnés aux enfants délicats et attardés. Les bâtiments de l’école avaient été rénovés.

The Quebec chronicle, 2 septembre 1907
The daily witness, 15 septembre 1908

En 1910 la Grammar School était une petite école résidentielle avec de petites classes offrant une instruction individuelle; le Rev. Cecil A. Heaven en était le directeur.

The daily witness, 12 août 1910

En 1912 elle s’annonçait comme Home School pour les enfants de gentilhommes, Église d’Angleterre. La conversation en français était toujours mise en avant.

The Standard., 31 août 1912

En septembre 1912 l’école pour les filles de la famille Amaron-Clements a fermé ses portes après 37 ans de service. Les activités devaient continuer lors de sessions d’été seulement pour les professeurs, les étudiant au collège et tous ceux désireux de suivre des cours spéciaux en français et musique jusque vers 1926.

The daily witness, 6 septembre 1912

En 1938 O. Maurault écrivait que le Château de Liberté était toujours debout et qu’en été Louisa Amaron, Eugénie Clements et Ben Clements venaient y séjourner.

Il ajoute: L’oeuvre de l’Ecole de Berthier n’était pas inconnue en France. On le vit bien, en 1890, lorsque le comte de Paris vint au Canada. Accompagné du duc d’Orléans et du baron d’Haussonville, il tint à rendre visite à la famille Amaron. Celle-ci, fort sensible à cet honneur, ne borna cependant pas son affection aux descendants des rois de France, elle aima aussi la France républicaine. Au cours de la Grande Guerre, en 1917, l’Ecole de Berthier organisa une fête au bénéfice des soldats français. Les recettes en furent versées au comte de Bertier, maire de Coeuvres, dans l’Aisne, qui remercia avec effusion des bienfaiteurs, venus d’une lointaine ville portant son nom. La France officielle sut reconnaître le mérite de l’oeuvre, poursuivie pendant si longtemps, par l’Ecole de Berthier. Le 30 novembre 1929, elle décorait Mlle Louisa Amaron de la rosette d’Officier d’Académie, «pour services rendus à l’expansion intellectuelle française».

Mardi après-midi, à St. James Church, avaient lieu les funérailles de Louisa Amaron, décédée à l’Hospice à l’âge de 94 ansLe courrier de Berthierville, 9 octobre 1942.

En 1947 le principal Errol C. Amaron du collège de Stanstead a procédé à la remise des prix aux élèves; une ancienne élève de l’école Amaron avait créé un fonds spécial à cette occasion. The Amaron Fund, created through Miss Mc-Lennan’s gift, is in recognition of the outstanding, devoted and far-reaching services which the members of that family have made for over a century in promoting the appreciation of French literature and culture through their educational activities in the Province of Quebec... Among those who are honored and remembered through this fund are Mme Daniel Amaron, Mme John Clements, Mlle Louisa Amaron, Mlles Eugenie and Annette Clements, Benjamin Clements, the Rev. Dr. Calvin E. Amaron, A. Campbell Amaron and Rev. Errol C. AmaronSherbrooke daily record, 10 juin 1947.

Les propriétés de Daniel Amaron et Anne Cruchet décédés ont été vendus par le shérif de Joliette en 1944: le terrain 121 avec une maison et autres constructions, le 120 sans bâtisse et le 314 dans la Commune de Berthier sans bâtisse.

L’action populaire, 10 août 1944

La vieille résidence des Amaron-Clements est sous la hache des démolisseursLe courrier de Berthierville, 13 octobre 1944.

La démolition de l’église St-James et son cimetière

L’église anglicane de Berthier a été vendue en 1954; elle était encore en service pendant l’été mais il n’y avait plus que 5 membres assidus au service. Les nouveaux propriétaires devront démolir complètement cette église et n’auront pas le droit de s’en servir dans son état actuel par respect pour le saint lieu.

Le courrier de Berthier, 9 septembre 1954
La vieille église protestante Berthierville – J.W.Michaud 1954

Le cimetière anglican St-James existe toujours, il a été restauré à partir de 1983:

L’écho de Louiseville/Berthier, 2 novembre 1983

…rue de Montcalm, mais à l’arrière de l’hôtel de ville, se retrouve le petit cimetière protestant de Berthier. Le premier monument à gauche est celui de Ross Cuthbert, seigneur de Lanoraie. Son épouse, décédée en 1850, était la fille du docteur Benjamin Rush, de Philadelphie, l’un des signataires de la déclaration de l’indépendance des États-Unis! L’écho, 26 mars 1986.

L’écho, 26 mars 1986

Plusieurs membres des familles Amaron-Clements de l’Eglise évangélique, à qui l’évêque anglican Oxenden confia l’éducation des jeunes anglaises de Berthier et qui, durant l’éte, enseignèrent la langue française aux nombreux anglophones venus de tous les coins du l’Amérique du Nord se retrouvent aussi dans le cimetière.

Quelques archives historiques sur les écoles de Berthier

Le curé Pouget de Berthier s’est disputé avec beaucoup de ses paroissiens et en particulier avec James Cuthbert seigneur. En 1792 une fameuse chicane publique a eu lieu avec Louis Labadie, un instituteur qu’il avait engagé pour enseigner à l’école primaire de Berthier.

En 1789, Labadie rencontra le curé de Berthier-en-Haut (Berthierville), Jean-Baptiste-Noël Pouget, qui lui offrit de prendre en charge une école primaire dans sa paroisse, et il accepta. Il fit la classe dans un bâtiment appartenant à la fabrique tout en prenant chambre et pension chez un paroissien… En janvier 1792, Labadie offrit d’enseigner gratuitement aux enfants pauvres de la paroisse. Cette pratique paraît avoir déplu aux marguilliers et au curé. En mai, celui-ci expulsa le maître du bâtiment qui servait d’école et qui appartenait à la fabrique. Sans tarder, Labadie intenta une poursuite contre Pouget devant la Cour des plaids communs à Montréal.

La gazette de Québec, 22 mars 1792

L’affaire a fait sensation, on était en pleine euphorie révolutionnaire, avant la réaction qui allait suivre l’éxécution de Louis XVI, la Terreur et la guerre entre la France et la Grande-Bretagne.

D’une part, 32 signataires décernèrent au maître disgracié un certificat de bonne conduite, tandis qu’au début du mois d’août la Gazette de Québec reproduisait la réplique d’une cinquantaine de paroissiens favorables au curé, marguilliers en tête. On y déplorait l’indépendance de Labadie vis-à-vis du curé, attitude qui pouvait facilement passer pour irréligieuse et scandaleuse dans le contexte de l’époque. Labadie, de son côté, reçut l’appui d’éminentes personnalités anglo-protestantes… Épaulé par Hugh Finlay, qui paya le loyer d’une nouvelle école, Labadie reprit l’enseignement à Berthier-en-Haut. En juin, il annonçait dans la presse qu’il enseignait à 26 écoliers, dont 5 recevaient l’enseignement gratuit.

La gazette de Québec, 25 juin 1792

3 septembre 1810 – Vente par John Grant marchand de Yamachiche au public de la paroisse de Berthier représenté par ses commissaires James Cuthbert, Louis Olivier, Pierre Martin dit Pellant capitaine de milice nommés par le Gouverneur d’un emplacement sur la rue William pour une maison d’école joignant la place du marché sur la rue Clara pour 30 livres.

24 juillet 1811 – Augustus Wolff maître d’école à Berthier.

18 janvier 1822 – Antoine Lacoursière maître d’école à Berthier.

25 juin 1830 – Marché entre Jean-Baptiste Brissette et les syndics pour la construction d’une maison d’école à Berthier sur un emplacement au nord-est de la rivière Bayonne.

29 janvier 1831 – Marché entre Léon Olivier charpentier de Berthier et les syndics de l’école élémentaire de Berthier pour la construction d’une maison d’école sur l’emplacement de la grande Côte.

9 juillet 1832 – Acte de dépôt d’une assemblée pour une école N°1 dans la paroisse Ste-Geneviève de Berthier; le 10 juillet pour l’école N°4. Le 22 septembre 1832 Charles Coutu a été engagé comme maître d’école par les syndics de l’école N°4 de Berthier.

Mr. Paul Mouls était instituteur chez l’Honorable James Cuthbert qui lui a donné un certificat élogieux.

L’ami du peuple, de l’ordre et des lois, 26 septembre 1832

6 mai 1833 – Acte d’assemblée d’école élémentaire pour l’arrondissement N°3 de Berthier.

8 septembre 1838 – Protêt par William Morrison, Louis Généreux, David M. Armstrong syndics pour l’Académie de Berthier contre Louis Marie Raphael Barbier médecin de Berthier qui depuis 1827 était président et trésorier de l’institution, percevant l’argent du gouvernement et des parents d’élèves et détenant les titres du terrain où l’école a été construite, pour qu’il rende des comptes.

L’aurore des Canadas, 15 juillet 1845

Sur ce plan du village de Berthier en 1852 la légende dit que le parallélogramme a, b, D, E, endigue le terrain de l’académie.

Dans le cadastre déposé par E.O. Cuthbert à l’abolition du régime seigneurial on voit que John Clements avait des terrains sur la rue Edouard (244), sur la rue St-Henri (325 et 326), sur la rue St-Paul (363), sur la rue William (381); il y avait même une rue Clements à Berthier. Il n’y a pas de terrain au nom de Daniel Amaron dans le village. Le terrain de l’église anglicane (327) était sur la rue St-Henri Nord-Est.

Carte du Québec

Commentez cet article