Catégorie: Histoire
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Les frères Del Vecchio, immigrants italiens à Montréal

La plupart des immigrants italiens en Amérique étaient des paysans pauvres ayant fui la misère dans leur pays à partir des années 1900 mais il y avait déjà une communauté italienne au Québec. Les frères Delvecchio sont arrivés à Montréal vers 1788 dans une troupe de saltimbanques et ils sont devenus de riches aubergistes. Ils ont fait construire des bâtiments dans le Vieux-Montréal aujourd’hui inscrits au patrimoine culturel du Québec. Tommaso a créé le premier musée du Canada. De nombreux descendants Delvechio habitent encore au Québec.

Les immigrants italiens du XVIIIe siècle

Les trois frères Tommaso, Pietro et Francesco Del Vecchio sont arrivés au Québec vers 1788 avec la famille Donegani; ils étaient tous des immigrants venus du nord de l’Italie, du village de Moltrasio près du lac de Côme en Lombardie. Le livre Gli italiani in Canada qui raconte l’histoire des premières familles italiennes ayant immigré au Canada leur a consacré un chapitre.

Les italiens au Canada – William Vangelistes

Ils se sont très vite intégrés à des familles québécoises puisque Tommaso a épousé Thérèse Chevalier en 1797 et Pietro a épousé Marie-Louis Beaudry vers 1804; Francesco est mort célibataire à Montréal en 1810. Pietro et Tommasso ont eu de nombreux enfants baptisés à Pointe-aux-Trembles et Notre-Dame de Montréal.

Di Tommaso Del Vecchio e Thérèse Chevalier: Caterina, nata nel febbraio 1798 e morta il 23 maggio 1799; Giuseppe-Tommaso, nato il 24 gennaio 1799 e morto il di 8 giugno 1799; Maria-Caterina, nata il 20 agosto 1800; Pietro, nato il 4 giugno 1802; Guglielmo-Tommaso, nato il 10 dicembre 1803; Maria-Cristina, nata il 7 marzo 1800; Maria-Emilia, nata il 23 marzo 1807; Maria-Giulia, nata il 3 luglio 1808; Francesco-Tommaso, nato il 13 settembre 1809; Maria-Giovanna, nata il 23 gennaio 1811 ; Maria-Sofia, nata il 25 febbraio 1812; Maria-Ester, nata il 14 novembre 1817 e morta il 17 settembre 1826.

Di Pietro Del Vecchio si hanno: Maria-Caterina, nata il 5 aprile 1805; Tommaso-Maurizio, nato il 5 settembre 1808 e morto il 17 dello stesso mese; Giovanni-Battista, nato a Montreal il 20 agosto 1811; Giovanni-Luigi, nato il 19 dicembre 1812 e morto il 20 maggio 1813; Maria-Luisa, nata il 7 settembre 1814 e morta il 3 settembre 1815; Francesco-Isidoro, nato il 20 novembre 1815 e morto il 6 maggio 1810; Edoardo, nato il 6 ottobre 1817.

Guy Berthiaume dans Histoires d’immigration au Québec raconte que les premières familles italiennes, Donegani, Del Vecchio, Rusconi et Bruchèsi, sont arrivées à Montréal à la fin du XVIIIe siècle et qu’elles se sont rapidement assimilées à la population québécoise.

Il y avait 131 individus nés en Italie en 1881 à Montréal, 1.398 en 1901 et 7.013 en 1911.

La compagnie Donegani & Delvecchio

La revue de la Société d’histoire du théâtre du Québec raconte les circonstances de la venue de la famille Delvecchio au Québec avec la troupe de Jean Donegani. Connus comme compagnie d’acrobates, de danseurs de cordes et de bouffons ils auraient donnés leurs premiers spectacles à Montréal en avril 1788 puis à Philadelphie et New-York en 1790 et encore à Montréal en 1791.

Cette troupe d’acrobates se produisait dans les hôtels et les tavernes. Le premier cirque sous chapiteau à se produire au Québec aurait été celui de John Ricketts en 1797.

Les Donegani en vinrent à posséder un hôtel-relais à Pointe-aux-Trembles… et deux à Montréal, le plus connu étant « À l’Enseigne des Trois-Rois », du côté est du Vieux-Marché (Place Royale). Ils s’y produisirent en spectacle durant plusieurs années.

L’annuaire théâtral – Printemps 2004

À la mort de Jean Donegani, en 1799, c’est Thomas Delvecchio qui prit en charge l’Auberge des Trois Rois et y installa en 1824 un Museo Italiano, le premier musée du pays, avec une salle d’optique et des spectacles d’automates. En 1833, donc quelques années après la mort de Delvecchio survenue en mai 1826, Christine Delvecchio et son mari, Pierre Lestilles Leblanc, déplacèrent leur musée de l’Auberge des Trois Rois à la maison Delvecchio, place du Nouveau-Marché [Jacques-Cartier].

Dans un autre article de L’annuaire théâtral datant de 1993 on lit:

Au début, Delvecchio & Donegani annoncèrent des spectacles d’adresse technique (comme le soufflage du verre) à l’Hôtel de la veuve Malo, à l’angle nord-ouest des rues Notre-Dame et
Saint-Pierre, quelques pas à l’est de l’auberge d’Allen. Donegani allait par la suite posséder un hôtel à Pointe-aux-Trembles et deux à Montréal, le plus connu étant «À l’Enseigne des Trois Rois», du côté est du Vieux-Marché [Place-Royale].

L’article de 2004 localise l’auberge des Trois Rois sur la place Jacques Cartier mais elle se trouvait bien sur la place du Vieux Marché, aujourd’hui place Royale. Une annonce publiée en 1792 dans la Gazette de Québec pour un spectacle donné dans la taverne de Franks à Québec donne une description de leur spectacle:

La Compagnie de M. Del Vechio exécutera ce soir pour la dernière fois dans cette ville une variété de tours de souplesse et d’activité les plus curieux. Le jeune Hercule exhibera un grand nombre de nouveaux tours de chute et d’attitudes sur la corde lâche, etc. Un nombre de chiens exercés feront tout ce qui leur sera commandé par la parole seulement et feront une diversité d’exercices expliqués plus au long dans les affiches.

Gazette de Québec, 25 octobre 1792

Le spectacle était donné par la compagnie de M. Del Vechio, le nom Donegani n’est pas mentionné. L’historique de L’Annuaire Théâtral n’est donc pas tout à fait exact.

L’auberge et les maisons de Thomas Del Vecchio

Bulletin des recherches historiques, juin 1930

On trouve plusieurs versions de l’histoire de la famille Delvecchio dans les archives qui se contredisent parfois. Le dictionnaire biographique du Canada dans son article consacré à Thomas Delvecchio ne mentionne pas comment ni à quelle date il a acquis l’auberge des Trois-Rois. Elle aurait été fondée par Giovanni Donegani qui aurait possédé jusqu’à 6 auberges selon certaines sources.

Les frères Delvecchio se distinguent tout particulièrement comme aubergistes et taverniers. On ignore la date et les circonstances de leur arrivée au Canada mais, le 23 janvier 1797, au moment du mariage de Thomas à Lavaltrie, au Bas-Canada, avec Thérèse Chevalier, âgée de 15 ans, fille de l’aubergiste Michel Chevalier et de Marguerite Brault, il se déclare âgé de 38 ans, aubergiste et résident de Pointe-aux-Trembles (Montréal). Sans doute peu après son mariage, Delvecchio vient s’établir à Montréal. En 1799, son premier enfant est baptisé dans la paroisse Notre-Dame de Montréal.

En 1812, Delvecchio tient auberge sur la place du Vieux-Marché, devenue depuis la place Royale. Cet établissement, appelé l’auberge des Trois-Rois à cause d’une grande horloge placée sur la façade où l’on voit trois automates frapper les heures, est un des plus fréquentés de la ville.

Thomas Delvecchio

Léon Trépanier o.b.e. écrivait que Thomas Delvecchio avait loué le café Sullivan en 1797 puis qu’il avait acheté l’auberge du 4 place du Vieux Marché en 1819.

La patrie, 3 octobre 1954

Une autre version dit qu’en 1805, Thomas Delvechio aurait acquis pour 40.000 livres un terrain et une maison en pierre de deux étages au 4 place du Marché, où il aurait ouvert une auberge; c’était un très gros montant d’argent. Il était certainement un commerçant prospère. En 1818 il annonçait une maison à louer sur la rue Notre-Dame à Montréal et on trouve la mention de plusieurs baux de location dans le greffe du notaire Nicolas-Benjamin Doucet entre 1822 et 1826 date de son décès.

Le spectateur canadien, 24 octobre 1818

La place du Vieux Marché se trouvait à l’emplacement de la Place Royale actuelle, rue St-Paul. Les montréalais utilisaient depuis longtemps cet emplacement pour échanger avec les marchands et les Amérindiens, c’était le coeur de la vie commerçante de la ville. Les principales auberges et les maisons de commerce s’étaient établies autour et des halles en bois y avaient été construites. Son auberge s’appelait À l’Enseigne des Trois Rois car il avait fait contruire une horloge avec 3 automates qui attirait la curiosité. Ce bâtiment n’existe plus aujourd’hui, il a été détruit dans un incendie général du quartier en 1852.

Bulletin des recherches historiques, juin 1924

Dans une niche, pratiquée dans la mansarde de l’auberge, il y avait une grande horloge. Trois statues en fer, représentant des rois du moyen âge, se tenaient sur le cadran et frappaient les heures sur des timbres fixés au-dessus de leurs têtes. …cette maison a été fondée dans l’autre siècle par un Italien nommé Delvecchio qui a fait une petite fortune. L’auberge des Trois-Rois était fort achalandée parce qu’elle était située en face du marché.

En 1822 l’aubergiste Thomas Delvecchio a acheté une autre maison construite en 1804 sur la place Jacques Cartier nommée aujourd’hui la maison Vandelac, sur le côté Est de la place.

Maison Vandelac

… la maison est saisie par le shérif et vendue à l’aubergiste Thomas Del Vecchio en 1822. Ce dernier ajouterait un étage à l’immeuble vers 1825, soit avant son décès survenu en 1826; il ajoute probablement aussi un parement sur la façade en moellons, fait de minces plaques de pierre et de crépi. Ses héritiers, y compris un marchand de la place, Ferdinand Perrin, époux d’une des filles Del Vecchio, possèdent la maison jusqu’en 1912. Au cours de cette période, le bâtiment conserve sa vocation d’auberge. Il est connu sous diverses appellations avant d’acquérir vers 1885, et pour une vingtaine d’années, le nom d’Hôtel Chambly.

Maison Vandelac

Dans une poursuite de 1835 on lit que Thomas Delvecchio avait 4 filles: Catherine avait épousé Paul Kauntz aubergiste et confiseur, Marie-Christine Pierre Cajetan aubergiste, Emilie Ferdinand Perrin marchand et Sophie était célibataire.

Gazette de Québec, 23 juillet 1835

En 1837 l’avocat Louis Hypolite Lafontaine a publié un avis au nom des héritiers de Thomas pour la vente d’un emplacement avec une maison et une voûte sur la place du Vieux Marché.

La Minerve, 27 avril 1837

En 1852 l’auberge Delvecchio du Vieux Marché existait toujours, elle appartenait à G. Leblanc; c’est en 1852 qu’elle a été détruite par un incendie.

Morning chronicle, 8 juin 1852

Dans l’historique de l’auberge Pierre Delvecchio sur la place Jacques Cartier on lit: Entre 1854 et 1876, l’épicier Germain Leblanc tient son magasin dans la partie gauche du bâtiment. Il aurait déménagé de la maison de Thomas à celle de Pierre!

L’auberge de Pierre Del Vecchio place Jacques Cartier

En 1819 Pierre Del Vecchio avait une auberge rue de la Fabrique et Thomas la sienne sur la place du Vieux Marché. La rue de la Fabrique faisait partie de la place Jacques Cartier actuelle.

Annuaire de Montréal 1819

Pierre Del Vecchio a acheté un terrain sur la place du marché neuf, future place Jacque Cartier, en 1806 alors que les autorités municipales y installaient un nouveau marché, le vieux marché étant devenu trop petit. On aménaga alors, pour le marché, des bâtiments sur un terre-plein entre les rues Saint-Charles (1672) et de la Fabrique (1817), rues qui ne furent plus considérées comme des rues indépendantes, elles ont disparu de la toponymie (place Jacques Cartier).

Del Vecchio ne tarda pas à respecter la condition qu’on retrouvait dans le contrat de vente puisque le 2 septembre 1806, moins d’un mois après l’acquisition du terrain, Del Vecchio signait dans l’étude du notaire Jean G. Delisle les marchés de construction de la maison.

La maison qu’il a fait bâtir existe toujours sur la place Jacques Cartier au coin de la rue St-Paul. Classé monument historique le 1er mai 1967 cet ensemble a été restauré par la société CIL (Canadian Industries Limited), qui souhaitait souligner de cette façon le centenaire de la Confédération canadienne. Guy Pinard lui a consacré un long article dans La Presse du 16 juillet 1989 que j’ai numérisé à la fin de cette chronique.

Le spectateur canadien, 27 mars 1819

En février 1819 une vente de mobilier, de vin, liqueurs et épicerie a été tenue à sa maison du nouveau marché après le décès de Pierre Del Vecchio.

The Montreal herald, 27 février 1819

Après son décès un autre immigant italien célèbre, Francesco Rasco pâtissier et confiseur, a loué une partie de l’auberge puis il a déménagé et construit plus tard un grand hôtel sur la rue St-Paul qui existe toujours.

Le spectateur canadien, 3 janvier 1824

L’auberge de Pierre Del Vecchio sur la place Jacques Cartier est un site répertorié au patrimoine culturel du Québec.

Située à une intersection, la demeure possède deux façades sur rue. L’auberge Del Vecchio est contiguë à d’autres immeubles, dont l’entrepôt Pierre-Del Vecchio et la maison Perrine-Charles-Cherrier. Elle est située en bordure de la place Jacques-Cartier…

Pierre Delvecchio fils a administré la succession de son père décédé; il résidait au marché à Foin ou Vieux-Marché selon les annonces.

Le spectateur canadien, 29 juillet 1826
La Minerve, 30 avril 1829

En 1834 l’auberge de la place du Marché Neuf appartenait toujours aux héritiers Delvecchio.

La Minerve, 30 janvier 1834

En 1965, la Ville de Montréal exproprie l’immeuble mais elle n’en conserve la propriété qu’un an: la compagnie Canadian Industries Limited (CIL) en devient la propriétaire avec l’intention de le restaurer pour marquer le centenaire de la Confédération canadienne et d’y établir un musée pour sa propre collection d’armes anciennes… La nouvelle vocation muséale ne dure que six ans. En 1973, l’immeuble est vendu et son nouveau propriétaire y installe un restaurant qui s’y trouve toujours en 2015 (auberge Pierre Delvecchio).

Museo italiano e Gabinetto di Curiosità

Le déménagement du marché a certainement nui aux affaires de Thomas Del Vechio et son auberge de la place du Vieux Marché. En 1822 il a publié des annonces offrant d’acheter tous les articles curieux qui lui paraîtront dignes d’être placés dans sa rare collection pour le Museum qu’il projetait d’ouvrir dans son auberge.

La gazette canadienne, 18 décembre 1822

Si on cherche quand le premier musée a été ouvert au Canada l’Intelligence Artificielle répond: Le premier musée du Canada est un sujet de débat. Certains affirment qu’il s’agit du premier musée d’histoire naturelle fondé en 1824 à Québec par Pierre Chasseur, tandis que d’autres désignent le musée de Thomas Barnett fondé en 1831 à Niagara Falls. Le musée ouvert par Thomas Delvecchio n’est pas mentionné mais il a été ouvert le 16 février 1824: Museo Italiano e Gabinetto di Curiosità. Le nom italien faisait partie du spectacle avec sa touche exotique.

Le spectateur canadien, 7 février 1824

On ne trouvera rien dans les curiosités susdites qui soit le moins du monde contraire à la morale ou à la décence, de sorte que des religieux et des religieuses, excepté peut-être les récollets, pourraient assister à l’exhibition, aussi bien que les gens du monde. Les publicités ont ensuite donné une longue description des objets exposés.

Le spectateur canadien, 4 septembre 1824

Le plafond de la salle d’exposition était décoré d’une tapisserie montrant des insulaires des Iles Sandwich, de la Société, des Amis, etc. en costume exécutant des danses et des évolutions militaires. Le musée était partagé en 3 divisions comprenant des animaux et autres productions naturelles, des figures en cire et des ouvrages de l’art. Les instruments de musique étaient dans une chambre séparée.

Les animaux empaillés étaient particulièrement populaires, un ours blanc, un léopard, une panthère, un lionceau, un jeune tigre, etc. Il y avait encore un agneau à huit jambes, un jeune pourceau à deux têtes, une tête de bêlier à quatre cornes, etc. Parmi les figures en cire, les plus remarquables, selon nous, sont celles qui représentent une famille Péruvienne, et les Beautés de Philadelphie, de Boston et de Montréal.

La bibliothèque canadienne, juillet 1825

Une très bonne optique pourvue de très belles vues; (nous y avons vu la ville de Londres comme on voit celle de Montréal de dessus la Montagne qui l’avoisine); un grand concert mécanique d’automates et une maison d’industrie…

Thomas Delvecchio est décédé peu après, en 1826. Les objets de son Museum ont été vendus à l’encan en 1829.

La Minerve, 21 septembre 1829

Dans le Bulletin des recherches historiques de juin 1924 E.-Z. Massicotte écrit:

A son décès M. Delvecchio laissait des biens meubles nombreux… Par exemple: la collection d’oiseaux renfermait 53 espèces différentes une armidella, une autruche, deux yeux de baleine, douze cadres avec des figures, un piano-forte, etc. Le notaire estime que le Cadran qui est dans le vide-bouteille vaut 20 louis et l’enseigne du muséum, 20 chelins. Que devint ce cabinet sous la direction de Cajetan Leblanc? Nous ne le savons pas encore; mais nous imaginons qu’il dut être acquis par le propriétaire du Jardin Guilbault ou par la Société d’histoire naturelle. En tout cas, dans le musée de cette société, on trouve quelques pièces qui semblent être celles que décrivait le garde-notes, en 1827.

L’inventaire des biens de la communauté qui a existé entre feu Thomas Delvechio et Thérèse Chevalier a été établi par le notaire Nicolas-Benjamin Doucet le 7 février 1827 mais il n’a pas été numérisé par la BANQ.

L’annuaire théâtral de 1993 donne sa version de l’histoire de Thomas Delvecchio et de son musée qui n’est peut-être pas tout à fait exacte mais qui ajoute des détails:

Jean Donegani, décédé en mars 1799, avait désigné Thomas Delvecchio comme exécuteur testamentaire. Ce dernier possédait un immeuble à l’angle nord-ouest de la rue Saint-Paul et du Nouveau-Marché [Place Jacques-Cartier, où il se trouve encore] et un hôtel sur la rue Coloniale, face au Vieux-Marché, dos aux fortifications et voisin immédiat de la porte du Marché (lot 209). Jean possédait aussi une auberge rue Coloniale, face à la ruelle Chagouamigon et dos aux fortifications (lot 196), de même que l’auberge des Trois-Rois toute proche (lot 189). Deux ans avant sa mort survenue en mai 1826 Thomas installa aux Trois-Rois un Museo Italiano géré par sa fille Christine et son gendre Pierre Lestilles Leblanc (que des historiens confondent avec son père et son frère qui portent tous deux les prénom et nom de Cajetan Leblanc). Lors du décès de Thomas Delvecchio, un fils de Jean Donegani, Giuseppe, tenta de reprendre les Trois-Rois mais il en fut empêché par les trois fils de Thérèse et de Joseph (lui-même décédé en mars 1803). L’argument qui fit gagner les trois frères en Cour municipale en 1828, en Cour d’appel en 1832 et au Conseil privé en 1835 se fondait sur la nationalité canadienne qu’ils étaient seuls à pouvoir revendiquer. En 1833, après le jugement de la Cour d’appel, les Leblanc déplacèrent le musée vers l’établissement de la succession Delvecchio sur le Nouveau-Marché. Quant aux fils de Joseph, surtout John à qui on a dédié une rue de Pointe-Claire, ils se spécialisèrent dans l’immobilier. L’auberge des Trois-Rois fut détruite dans l’incendie général du 8 juin 1852.

Les descendants de Giovanni Donegani sont devenus de riches propriétaire; John avait même acheté la seigneurie d Foucault sur le lac Champlain vers 1829.

Les descendants des frères Delvecchio au Québec

Le canadien, 7 décembre 1831

Pietro-Tommaso fils de Tommaso est né en 1802. Essendosi unito in matrimonio con Elisabeth Olivier, figlia del giudice Olivier di Joliette, agli 11 aprile 1845. En 1845 il aurait épousé Elisabeth la fille du juge Olivier de Joliette. Selon l’annonce du mariage il s’agit plutôt de Maxime Olivier de Berthier et la date du mariage est le 23 novembre 1831; Elisabeth était la soeur du juge Olivier et pas sa fille. En 1848 la cigogne avait visité la famille apportant une petite fille, Rosa-Elisa: …la cicogna fece novamente visita in casa Del Vecchio, lasciandovi una bambina. Questa al battesimo ricevette il nome di Rosa-Elisa.

Rosita Del Vecchio, vers 1865
Le Canada artistique – mars 1890

La future diva fit son cours d’études au couvent du Sacré-Cœur, de Montréal, où elle fut la compagne et l’amie de cette autre artiste dont le Canada est si fier, Mme Albani. A vingt ans, elle épousa l’éminent virtuose Fr. Jehin-Prume, natif de Spa, en Belgique... Elle chanta en Belgique, en France et en Italie, toujours avec le plus grand succès. A Nice surtout, elle fut tout un hiver la favorite du public. Gounod, qui habitait cette ville à la même époque, l’avait en particulière estime, et aimait à lui faire chanter ses romances.

En 1880, Mme Prume eut non moins de succès dans le drame historique Papineau, de Fréchette, ainsi que dans l’Exilé, du même auteur. Le rôle de Rose Laurier, qu’elle créa dans cette occasion, lui valut une véritable ovation... l’une des plus brillantes étoiles et certes la plus aimée de notre horizon artistique. Jamais femme, au Canada, n’eut de pareilles obsèques. Les poètes pleurèrent sur sa tombe, et la romance Laissez-moi dormir, que Fréchette composa sur les dernières paroles de celle qui avait été son amie de cœur, est particulièrement touchante.

P. A. Del Vecchio & Cie étaient importateurs de vins, cognacs, genièvre, champagnes, liqueurs, etc. au 38 Petite rue St-Jacques. P. A. devait être Pierre-Auguste, le fils de Pierre-Thomas et le frère de Rosita.

La Minerve, 28 décembre 1867

Les frères Delvecchio ont eu beaucoup de descendants au Québec dont de nombreux médecins. Comme ils étaient devenus riches, le réglement de leurs successions a donné lieu à des poursuites judiciaires.

Gazette officielle du Québec, 20 décembre 1913

le dit lot étant connu dans tous les cas sous le No 69, aux plan et livre de renvoi officiels du quartier ouest, de la cité de Montréal et avec une maison en pierre de taille et en brique, à trois étages, et deux allonges en brique et autres dépendances dessus érigées; les numéros civiques des bâtisses situées sur le dit lot étant les numéros 527, 529, 531 et 533, de la rue Saint Paul, en la cité de Montréal. Ces adresses correspondent aujourd’hui au coin des rues St-Paul et McGill mais le système de numérotation a peut-être changé depuis 1913.

La loi 60 Victoria chapitre 97 avait été adoptée pour régler la succession de Pierre-Thomas, Pietro Tommaso Delvecchio.

Gazette officielle du Québec, 15 décembre 1917

Le 16 novembre 1925 est mort à Montréal M. Pierre-Auguste DelVecchio, âgé de 80 ans… M. Pierre-Auguste DelVerchio qui avait célébré ses 80 ans était le fils de Pierre-Thomas DelVecchio. qui durant sa vie fut un des riches citoyens de Montréal, fut organisateur du “Montreal Board of Trade” et avait épousé Elisabeth Olivier, fille de Louis Olivier de Berthier, qui fut député de ce comté de 1792 à 1796 et 1810 à 1814 et dont le frère était l’hon. juge Olivier, de Joliette… Il épousa Mlle Célanire Haineault. fille de François-Antoine-Norbert Haineault seigneur de Dusablé et de l’Ile-du-Pas… Il était le frère de la grande artiste canadienne Rosita DelVecchio, épouse de M. Jehin de Prume. Il fut un des organisateurs des représentations de “Jeanne-d’Arc” qui marque une époque au point de départ de l’art dramatique à Montréal, il organisa aussi de nombreuses tournées pour Jehin de Prume et Calixa Lavallée. L’écho de Saint-Justin, janvier 1926

L’écrivain Louis Dantin, de son vrai nom Eugène Seers, était le petit-fils de Marie-Émilie Delvecchio, fille de Tommaso. Son frère Léonidas Delvecchio Seers est mort noyé à l’âge de 19 ans.

Les chroniques patrimoniales de Guy Pinard

La presse, 16 juillet 1989

Francesco Rasco a loué une partie de l’auberge Delvecchio en 1816. Il a ensuite été propriétaire d’un hôtel très célèbre sur la rue St-Paul. Il venait de la même région que les Delvecchio et les Donegani.

Natif de Como dans le nord de l’Italie, Rasco arriva à Montréal au début du XIXe siècle et se joignit à un groupe restreint de familles italiennes, dont les Del Vecchio, les Donegani et les Bonacinas. À partir de 1816, il occupa la partie sud de la maison de son compatriote Pierre Del Vecchio, située à l’angle de la rue Saint-Paul et de la place du Marché neuf (place Jacques-Cartier), et y établit sa confiserie et pâtisserie. À la suite du décès de Del Vecchio en 1819, Rasco loua toute la maison jusqu’à son départ au Masonic Hall Hotel en 1825.

Francesco Rasco

Entre 1834 et 1836 F. Rasco a fait construire un grand hôtel sur la rue St-Paul en face du marché Bonsecours qui est aussi classé au patrimoine culturel du Québec.

La presse, 4 octobre 1987

En 1822 Tommaso Delvecchio a acheté une grande maison de pierre sur la place Jacques Cartier.

La presse, 24 mars 1991

Cette maison a appartenu aux héritiers Delvecchio jusqu’en 1888. Elle a alors été vendue à la demande de Henriette Héloïse Perrin épouse de Louis Alexandre Seers qui l’a acquise pour 10.550$. Elle est restée dans la famille Seers jusqu’en 1912.

Carte du Québec

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