Colonisation, agriculture et forêt

À partir de 1830 le mouvement de colonisation vers le nord à partir des anciennes seigneuries a largement dépendu de l’exploitation forestière. Les colons pouvaient trouver un travail payé en argent pendant l’hiver et assurer une survie précaire sur des terres pauvres à leur famille.

Le front de colonisation

Colons de Chertsey
Colons de Chertsey

Pour exploiter le bois des chemins étaient ouverts et les colons s’installaient. À partir de 1875 leurs conditions de vie très pénibles finirent par décourager les plus courageux et le mouvement s’arrêta. L’exploitation intensive du bois a commencé vers 1830 dans les premiers contreforts des Laurentides. Dans notre région le mouvement s’est fait à partir de Rawdon pour monter à Chertsey puis Saint-Donat.

Idéologie de la colonisation

Le curé Provost
Le curé Prévost

J’ai déjà décrit comment la colonisation du Bouclier Canadien a été idéologisée à partir des années 1850 par les élites politiques et religieuses pour empêcher l’immigration massive vers les États-Unis. En 1856 le Commissaire des Terres décrivait la vallée du Saint-Maurice comme parmi les meilleures terres du Bas-Canada et proposait d’ouvrir une route à partir de Shawinigan pour permettre la colonisation de la vallée de la Mattawin. Encore en 1890, Arthur Buies vantait la colonisation du Haut St-Maurice.

Concession des terres

À partir de 1852 le gouvernement ouvre des cantons à la colonisation dans des zones partagées avec les concessions forestières. Pour obtenir une terre le colon devait verser 1/5 de sa valeur comptant et le reste en 4 ans à 6% d’intérêt; la terre valait de 20 à 80 cents l’acre (1850-1917). Il avait 6 mois pour occuper la terre et devait cultiver 10% de la superficie après 4 ans.

Cadastre Chertsey 1860
Concessions à Chertsey

Il pouvait couper le bois pour son usage (chauffage, construction) mais pas le vendre.

Exploitants et colons

Le mode de concession des terres a occasionné une féroce compétition pour l’exploitation du bois qui a servi et desservi les colons. Les exploitants retardaient à tout prix la colonisation, de faux colons achetaient les terres autour de celles des gros exploitants pour profiter de leurs installations sur les rivières et les colons ne se gênaient pas pour couper ce qu’ils pouvaient illégalement. Après les coupes intensives des broussailles repoussaient rendant le défrichage beaucoup plus difficile pour les nouveaux venus.

Colons de Chertsey
Colons de Chertsey

Le colon profitait de l’activité dans la forêt pour trouver du travail occasionnel et vendre les produits de sa ferme. Mais le marché du bois était très irrégulier et il fallait s’adapter chaque année.

La sous-traitance

Colons de Chertsey
Colons de Chertsey

Les grands exploitants forestiers avaient recours à des sous-traitants pour des contrats d’environ 10.000 billots qui étaient fractionnés en plus petits lots par des intermédiaires jusqu’au bûcheron qui recevait les miettes. Ça permettait une grande souplesse de la main d’œuvre à moindre coût et d’exploiter des zones marginales moins rentables. Des équipes familiales ou locales de bûcherons se formaient spontanément pour fournir un lot de 500 ou 1.000 billes.

Les paysans bûcherons

Colons de Chertsey
Colons de Chertsey

À Chertsey et autour le front pionnier s’était avancé et il y avait de nombreuses fermes. Mais comme la terre n’était pas assez riche les paysans devaient passer l’hiver en forêt à bûcher. Ils n’avaient pas le temps de bien s’occuper de leurs fermes si bien que l’agriculture et l’élevage n’ont jamais pu se développer vraiment. Ils ont quand même survécu jusqu’aux années 1960 quand le travail de bûcheron s’est mécanisé pour devenir un travail à plein temps.

La plupart des fermes ont alors été abandonnées, certains ont trouvé de l’emploi en forêt, d’autres ont quitté.


Cet article fait suite à L’histoire de notre forêt et Le flottage du bois; il prend ses références à la même source, un livre qui permet de mieux comprendre la région que nous habitons.

Référence: « Forêt et société en Mauricie » René Hardy et Normand Séguin – Éditions Septentrion

Commentez cet article