Le flottage du bois

Le flottage du bois a permis d’exploiter les territoires inaccessibles par chemin mais il a nécessité beaucoup de travaux: la plupart des lacs et des rivières ont été aménagés pour le faciliter. Tous les ans à la mi-avril la drave commençait dans les Hautes-Laurentides.

L’aménagement des rivières

Pendant l’été, alors que les eaux étaient basses, les rivières et les lacs d’une concession forestière devaient être aménagés pour pouvoir sortir le bois au moindre coût. Les zones d’exploitation dépendaient du coût du transport du bois à destination et son transport avec des chevaux jusqu’à la rivière revenait cher. On pouvait bûcher jusqu’à quelques miles de la rivière dépendant du terrain.

La petite drave
La petite drave

Les travaux consistaient donc à préparer la descente des billots. Il fallait enlever les roches du lit des rivières en dynamitant les plus grosses et défricher les rives de tous les obstacles. Dans les méandres il fallait construire des jetées latérales pour diriger les billes ou rehausser le niveau de l’eau pour que les billes flottent. Certains lacs stratégiques étaient aussi rehaussés jusqu’à 10 pieds par des écluses pour augmenter le courant d’eau à la sortie.

La « petite » drave

Pendant l’hiver alors que la neige était dure le matériel des draveurs était monté au chantier et les provisions distribuées dans les caches tout le long du trajet.

Roulage des billes dans la rivière
Roulage des billes dans la rivière

Vers le 15 avril au dégel la « petite » drave commençait sur toutes les rivières aménagées. Les billes de bois avaient été empilées le long des rivières ou sur la glace des lacs pendant l’hiver, il fallait les rouler à l’eau. Ensuite commençait la descente: contrôler les écluses, vider les anses, surveiller les embâcles possibles aux points stratégiques. Dans les passages étroits 2 draveurs se faisaient face et dirigeaient les billes. En cas d’embâcle il fallait tout arrêter et trouver « la clef de la jam » pour la dégager en évitant d’utiliser la dynamite qui endommage les billots. Les draveurs descendaient tranquillement de lac en lac avec leur voyage de bois.

Le soir  les hommes campaient sous la tente, la nourriture consistant en lard, farine, haricots et pois préparés dans des chaudrons portatifs.

La « grande » drave

Une fois rendues sur une rivière plus importante les techniques de flottage des billes changeaient. Une première équipe descendait les rives de la rivière pour rouler les billes échouées, les « hurlots ».

La barge des draveurs
La barge des draveurs

Les autres descendent la rivière pour défaire les embâcles dans des barges très maniables pouvant pivoter sur place. Il y avait les rameurs, la vigie ou « tête de barge » et un capitaine ou « derrière de barge ». Quand ils ne pouvaient pas s’approcher ils couraient sur les billes flottantes avec leurs bottes cloutées.

Avec le temps les grandes rivières ont été aménagées pour faciliter l’exploitation: écluses, estacades, glissoires, triage des billes à l’arrivée. Mais la nature est capricieuse et l’efficacité du système dépend du « coup d’eau »printanier. En 1904 et 1905 entre ½ et 1 million de billes ne purent pas arriver à destination par manque d’eau sur le St-Maurice.

La drave se terminait vers la mi-juin sur les rivières comme la Ouareau. Sur le St-Maurice le nettoyage, le « sweep », se poursuivait tout l’automne.

Le flottage du bois franc

La forêt laurentienne a d’abord été exploitée pour le pin et la pruche mais vers la fin du XIXème siècle l’industrie de la pâte à papier a ouvert un nouveau marché pour tout le reste du bois, sapin, épinette et bois franc.

Embâcle dans une glissière
Embâcle dans une glissière

Mais comme le bois franc ne flotte pas il a fallu inventer des techniques pour le transporter (avant l’arrivée des camions).

  • Flottage à la « bunch »: 1 bille de bois franc est attachée entre 2 billes de bois mou.
  • Écorçage: les billes sont écorcées et séchées 1 an pour pouvoir flotter.
  • Chenillage: avec une tarière on creuse un grand trou à chaque bout qui est bouché pour créer 2 flotteurs.
  • Cirage: les extrémités des billes sont brûlées et goudronnées pour que l’eau ne les pénètre pas.

La technique n’était pas parfaite et beaucoup de « pitoune » coulait dans le fond des rivières, les obstruant.

Les radeaux

Sur les grosses rivières les billes étaient assemblées en radeaux que les draveurs dirigeaient. Pour passer les chutes et les rapides les radeaux étaient défaits et les billes passaient par des glissoires. Des estacades permettaient de retenir les billes pour les réassembler.

Embâcle dans une chute
Embâcle dans une chute

Cette technique n’était rentable que pour certaines sections des rivières et des aménagements progressifs ont été faits. Une première association d’entrepreneurs forestiers voyait le jour en 1882 pour rationnaliser les opérations. En 1917 le gouvernement fédéral a cédé toutes ses installations sur la rivière Saint-Maurice à la « St-Maurice River Boom and Driving Company ».

La « grande drave » sur le St-Maurice s’est terminée dans les années 1970.


Cet article fait suite à L’histoire de notre forêt et prend ses références à la même source, un livre qui permet de mieux comprendre la région que nous habitons. Lire la suite: Colonisation, agriculture et forêt.

Référence: « Forêt et société en Mauricie » René Hardy et Normand Séguin – Éditions Septentrion

Images: Base de données en histoire régionale de la Mauricie CIÉQ

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