Charles-François Lévesque a été un poète romantique typique de son époque. Son épouse adorée est morte 11 mois après son mariage en donnant naissance à leur fille. Il s’est alors réfugié à Sainte-Mélanie où vivait sa mère, seigneuresse d’une partie d’Ailleboust. Pour se consoler il a écrit des poèmes puis il se serait suicidé dans la forêt de Sainte-Mélanie en 1859.
Les frères patriotes, Charles et Guillaume Lévesque
Né en 1817 Charles Lévesque avait 20 ans en 1837 quand il a participé à la rébellion des patriotes et a dû s’exiler.
En 1837, bouillant libéral, Lévesque adhère à la philosophie nationaliste et prend même position publiquement en faveur des patriotes. Croyant sa sécurité menacée, il juge à propos de s’exiler temporairement aux États-Unis. L’année suivante, son frère Guillaume Lévesque, de deux ans son cadet, prend une part active au second soulèvement. Arrêté, celui-ci est condamné à mort.
Dictionnaire biographique
Guillaume Lévesque a participé à la seconde rébellion en 1838 et il a été condamné à mort. Il y a échappé de justesse et il a pu s’exiler en France grâce à l’influence d’une partie de la famille Panet demeurée loyaliste.
Charles-François Lévesque poète romantique
Charles-François est revenu d’exil en 1839, il a fait ses études de droit et a ouvert un cabinet d’avocat à Berthier. Il s’est marié en 1843.
Mais, onze mois après son mariage, son épouse meurt en donnant naissance à une fille, Marie-Jessie-Béatrice. Il est fortement ébranlé par cette perte. En un instant tout son univers s’écroule. Traumatisé, il subit un dérangement nerveux, voisin de la folie. Il se retire par la suite chez sa mère à Sainte-Mélanie.
Je n’ai trouvé qu’un portrait de Charles Lévesque dans les archives. Il semble encore jeune, dans la vingtaine ou même avant.
La revue de la Société d’Histoire de Joliette Le Messager a publié plusieurs articles détaillés sur l’histoire de la famille Lévesque. Marc-Antoine-Louis Lévesque avait épousé Charlotte-Mélanie Panet qui était seigneuresse d’une partie de la seigneurie D’Ailleboust. Charles et Guillaume étaient leur fils.
- Les chroniques d’Ailleboust par François Faribault
- La descendance de Pierre-Louis Panet, Seigneur d’Ailleboust et de Marie-Anne Cerré par Yves Blanc
- Il y a une deuxième chronique de F. Faribault sur son ancêtre Pierre-Thomas Lévesque, frère de Charles et Guillaume, mais elle n’est pas encore en ligne à la BANQ
Les poésies de Charles Lévesque
Charles Lévesque vivait au manoir de Ste-Mélanie et il a publié ses poèmes dans les journaux. La plupart ont été retrouvés et publiés mais pas tous. On trouve à la BANQ un recueil de ses poèmes qui a été édité en 2009. Voici le début d’un poème patriotique:
La feuille d’érable, fête nationale Couronnons-nous de fleurs Mettons le signe d’alliance Amis chantons en chœurs Des hymnes de réjouissance. Et ce jour est si beau. Regarde le soleil Il a bien plus d’éclat, je ne l’ai vu pareil; C’est crois-moi, citoyen, qu’il éclaire la fête Et réchauffe les cœurs Et revêt de splendeurs L’heure tant désirée, à laquelle on s’apprête. Couronnons-nous de fleurs Mettons la feuille chérie Amis chantons en chœurs Des hymnes à la Patrie.


Ses 4 poèmes consacrés aux patriotes font partie du recueil:
L’esclavage Ont-ils de la pitié, ces planteurs inhumains, Qui mettent l’esclavage en honneur mercenaire! Coupable ambition ! Les pauvres Africains! Peuple qu’on avilit, devenu tributaire. Ah ! le nègre gémit entre leurs dures mains! Au milieu de la paix, plus méchants qu’à la guerre, Ils spéculent sur lui par d’horribles moyens – Tuer sans faire mourir, un semblable, son frère! Et le monde le sait – il est indifférent Au sort de la victime, au mauvais traitement Que le malheureux noir, jour et nuit souffre, endure. L’Amérique est cruelle, au nom de liberté, Et son code un tyran qui la montre parjure – Dieu brisera les fers du captif irrité.
Charles-François Lévesque était le fils du seigneur et il ne devait pas travailler physiquement très fort. Ses poèmes sont malgré tout très moralisateurs, il dénonce les riches et les puissants en prêchant la beauté de l’humilité et de la religion.

Les poètes de Sainte-Mélanie
Ces poésies datent de 1845 à 1853 mais Charles Lévesque en a publié d’autres. En 1857 il a publié ce poème dans le journal La Minerve dédié au colonel William Berczy de la milice canadienne.
Le colonel Berczy était un pur loyaliste qui s’est battu contre les patriotes. C’était aussi le mari de la tante de Charles Lévesque, Louise-Amélie Panet qui vivait au manoir D’Ailleboust. Il semble que Charles Lévesque habitait une des propriétés appartenant à la famille Panet à Ste-Mélanie. Il faut croire que 20 ans après les événements de 1837 il fallait bien cohabiter et se supporter les uns les autres. Et puis sa tante était une artiste elle aussi, tout comme William Berczy, peintre; malgré les différences politiques ils partageaient la même culture.


Accident de chasse ou suicide
Le 10 novembre 1859 le journal La Minerve, comme tous les journaux, a annoncé la mort accidentelle de Charles Lévesque. Il s’était pris d’un goût tout nouveau pour la chasse dans les bois de Ste-Mélanie.

Un passant le trouva étendu au pied d’un arbre, une main ensanglantée et une blessure près de la tempe: son fusil était à côté de lui et déchargé.
En 1859 le suicide était un péché mortel qui empêchait d’aller au paradis. Charles-François était un homme pieux et il espérait retrouver son épouse adorée au paradis, c’est ce qu’il écrit dans ses poésies. Est-ce que c’était vraiment un accident de chasse? On ne saura jamais mais il faut bien dire que ça ressemble étrangement à un suicide même si le jury a conclu à un accident. Il a laissé sa fille Marie-Jessie-Béatrice, née vers 1844, qui était encore très jeune.
Le poète maudit de Sainte-Mélanie aurait damné son âme?
La maison de Charles Lévesque à Ste-Mélanie
Dans Le Messager François Faribault raconte qu’en plus du manoir la famille Panet possédait 2 propriétés à Sainte-Mélanie, une en face du manoir et l’autre dans la côte de l’église. Charles-François habitait sans doute une de ces maisons. Sa fille Jessie a habité la Terre de famille jusqu’à sa mort et sa mère habitait Mon repos.
La « Terre de famille » était une grande propriété située de l’autre côté du chemin du Roi, en face du manoir, et qui était ainsi nommée parce qu’elle n’entra dans aucune part lors du partage de la Seigneurie entre les enfants de Pierre-Louis Panet et que, restant dans l’indivis, elle appartenait à toute la famille. De fait, cette propriété ne fut vendue qu’après la mort de Jessie Lévesque, mon grand-père détenant, par héritage, toutes les autres parts de la succession de son grand-père Pierre-Louis Panet.
« Mon Repos » avait un grand intérêt pour nous car elle passait pour être une maison hantée. Ainsi, est-ce bien craintivement que nous approchions de ses ruines. Nos mères nous racontaient que, durant le nuit, on entendait toujours quelqu’un monter et descendre l’escalier et cela, presque toutes les nuits. Un soir qu’elles avaient couché à « Mon Repos », chez leur grand-mère (Charlotte Mélanie Panet – Lévesque) , elles furent réveillées par ce bruit insolite; tremblantes de peur, elles allaient crier lorsque la voix de leur père (Pierre Thomas Lévesque) leur dit « Ne craignez rien les enfants, je veille! »

La famille Lévesque
L’ancêtre de la famille Lévesque était d’origine huguenote, issu d’une famille de tisserands de Bolbec. François Lévêque, fils de François Lévêque et de Marie Pouchet naquit à Rouen le 29 juin 1732. Arrivé vers 1756 il fit à Québec un important commerce de céréales. Il se livra également à la traite des fourrures entre Makinac, Montréal et Québec. Dix années après son arrivée au Canada, il aurait eu sa propre flotte pour le transport de ses marchandises en Europe.
Quand le gouverneur James Murray a nommé les premiers juges de paix après la Conquête et le rétablissement de l’administration civile de la Province François Levesque et François Mounier, tous les 2 huguenots, ont été les seuls francophones a accepter de prêter le serment du test.
On lit plus loin: une tradition solide veut que, sous l’influence de son épouse, Lévesque se soit converti au catholicisme. Toutefois, son acte de sépulture figure dans les registres de l’église anglicane de Québec. Un historique anglais des marchands huguenots du Québec dit qu’il est arrivé avant la conquête en 1749 et qu’il a décidé de rester après.


Il est le père de Louis qui a choisi d’orthographier son nom Lévesque.
Par son mariage célébré à Montréal en 1814 à Mélanie Panet (1794-1872), fille du juge Pierre-Louis Panet et cohéritière du fief d Ailleboust, aujourd’hui paroisse de Sainte-Mélanie-de-Joliette, Louis Lévesque (1782-1833) fut le père de quatre fils, tous nés à Montréal :
Charles Lévesque(1817-1853), avocat en 1840, marié à Berthier en 1843 à Jessie Morrison (d. 1844), dont une fille unique, Jessie (1844-1906) mariée en 1865 à Alfred Dumont-Laviolette (d. 1903), de Saint-Jérôme de Terrebonne.
Guillaume Lévesque(1819-1854), avocat en 1838, combattant avec les Insurgés à Napierville en 1838; l’un des 98 condamnés à mort par la Cour martiale, puis grcié; attaché aux Affaires étrangères de France à Paris; réadmis au Barreau de Québec en 1844; traducteur et directeur de ce Service au Parlement du Canada en 1844 à sa mort.
Louis Lévesque(1822-1878), notaire (1842) à Sainte-Mélanie-de- Joliette; célibataire.
Pierre [Thomas] (1824-1906), né et décédé à Montréal, arpenteur, marié trois fois d’abord en 1850 à Fanny Cuthbert; remarié à l’Assomption en 1856 à Eveline Beaupré (1836-1876), fille unique de Benjamin Beaupré (1780-1842), ancien député (1816-1820) de l’Assomption (Leinster), et de sa deuxième femme, Charlotte Robillard (1808-1888); puis, à Montréal en 1789, avec Louise Panet (1830-1910), veuve d’Arthur Lamothe (1820-1864) avocat.
Bulletin des recherches historiques
La date de la mort de Charles-François est fausse, il y a peut-être d’autres erreurs dans ce document.







Quelques corrections:
1) Il est le père de Marc-Antoine Louis qui a choisi d’orthographier son nom Lévesque.
2) Charles Lévesque (1817-1853), avocat en 1840, marié à Berthier en 1843 à Jessie Morrison (1824-1844), dont une fille unique, Jessie (1844-1906) mariée en 1865 à Alfred Dumont-Laviolette (1841-1903), de Saint-Jérôme. dont elle a eu deux enfants morts en bas-âge.
3) Guillaume Lévesque (1819-1854), commis aux écritures au bureau du shérif de Montréal en 1837, commandant d’une unité de défense d’arrière-garde à Napierville en 1838, pendant que se déroulait la bataille d’Odelltown dernier sursaut de la Rébellion de 1837-1838; l’un des 98 condamnés à mort par la Cour martiale en 1838, puis gracié et exilé en France de 1839 à 1843; attaché aux Affaires étrangères de France à Paris; admis au Barreau de Québec en 1844; traducteur et directeur de ce Service au Parlement du Canada de1844 jus1qu’à sa mort en 1856. Guillaume n’a pas eu de descendance.
4) Louis Lévesque (1822-1878), notaire (1842) à Sainte-Mélanie d’Ailleboust dont il a aussi été le 3e maire; célibataire.
5) Pierre-Thomas (1824-1906), né et décédé à Montréal, arpenteur, marié trois fois d’abord en 1850 à Fanny Cuthbert (1819-1855); remarié à l’Assomption en 1856 à Avelina Beaupré (1839-1876), fille unique de Benjamin Beaupré (1780-1842), ancien député (1816-1820) de l’Assomption (Leinster) et de sa deuxième femme, Charlotte Robillard (1811-1888); puis, à Montréal en 1879, avec sa cousine germaine Marie-Louise Panet (1829-1912), veuve d’Arthur Lamothe (1820-1865) avocat, dont elle n’avait pas eu d’enfant, pas plus qu’elle n’en aura avec Pierre-Thomas.
Cette lignée nominale « Lévesque » s’est éteinte avec le décès de Pierre-Thomas en 1906.
Je dirais qu’il s’agit de précisions plutôt que de corrections. Rien de ce que j’avais recopié dans le bulletin des recherches historiques ne me semble faux, j’ai beau chercher.


Marc Antoine Louis Lévesque qui a épousé Mélanie Panet se faisait appeller Louis et parfois Marc Antoine Louis selon les documents mais il signait Louis:
le 14 janvier 1820 Thomas Hunter a rétrocédé à Marie Anne Cerré représentée par Louis Lévesque prothonotaire les lots N°12, 13 et 14 de la 5ème concession et 14 de la 4ème
Le 13 novembre 1824 elle a concédé à Marc Antoine Louis Lévesque prothonotaire pour la cour du banc du Roi de Montréal une terre de forme irrégulière de 106 arpents sur la rivière l’Assomption