Une rivière aménagée résiliente

Quand j’ai acheté mon terrain j’ai cru découvrir un coin de paradis au bord d’une rivière encore préservée de la civilisation. Le paradis est toujours là mais je sais maintenant que la rivière Jean-Venne a été aménagée à partir de 1850 dans mon secteur pour bâtir un complexe de moulins et permettre le flottage du bois, elle a été canalisée.

La petite drave

La petite drave
La petite drave (Photo CIEQ)

M. Gérard Miron m’a raconté avoir fait la petite drave pour le fun dans sa jeunesse sur la rivière Jean-Venne. À son époque les moulins de la rivière Jean-Venne ne fonctionnaient plus et les billots descendaient jusqu’à la Ouareau pour rejoindre la grande drave.

La rivière Jean-Venne a donc été aménagée sur tout son cours depuis Entrelacs pour faciliter le flottage du bois. Dans certains endroits, les passages marécageux par exemple, les roches étaient empilées sur les rives pour les surélever et créer un chenal; les obstacles naturels étaient éliminés si possible.

Aménagement de la rivière

Plan d'un moulin à farine
Plan d’un moulin à farine

C’est en étudiant la technologie des moulins de cette époque que je me suis rendu compte qu’un moulin n’était pas juste un bâtiment. Il faut judicieusement en choisir l’emplacement et sa construction nécessite un aménagement complexe de bassins et de canaux qui prend de l’espace. Il faut creuser des chenaux et construire des digues, des barrages… Il en reste des traces que j’apprends peu à peu à observer en regardant le paysage autrement.

Il y avait donc 3 moulins entre le pont Grégoire et le pont Rochon. Pour utiliser toute la force de la rivière des travaux très importants ont été faits afin de canaliser la rivière.

Le secteur des 2 premiers moulins

La chute modifiée
La chute modifiée

En descendant la rivière il y avait d’abord un barrage créant un grand bassin de retenue en amont du pont Grégoire; il permettait de contrôler le débit de la chute. La chute elle-même a été modifiée pour diviser le courant en 2, vers les moulins à droite ou vers l’aval à gauche: le rocher a été ouvert de chaque côté. Il y avait ensuite un système complexe de réservoirs et de chenaux pour alimenter les moulins. Il fallait que les billots puissent descendre librement la rivière tout en gérant ceux destinés aux moulins à scie. Tous les billots arrivaient au moment de la drave puis étaient sciés pendant l’été et l’automne; le moulin à farine fonctionnait à l’année. Il me reste beaucoup de recherches à faire pour comprendre le fonctionnement exact de ces moulins.

Le cours de la rivière modifié

Le site des 2 premiers moulins a été choisi car il était naturellement encaissé et pouvait être facilement aménagé. L’arpenteur Quinn en avait noté l’emplacement dès 1849. Après le 2ème moulin la rivière débordait naturellement vers la gauche et formait une vaste zone inondable jusqu’au pont Rochon qui est encore assez loin. Des digues ont donc été construites le long de la rive gauche pour contenir la rivière et l’empêcher de déborder. Il y a aussi plusieurs vestiges de barrages de différentes époques. Sur les rives le terrain a été aplani pour permettre la construction des bâtiments et les cultures. On était en pleine zone industrieuse et l’activité devait être très intense.

J’ai essayé de retrouver des photos pour illustrer mon propos mais maintenant que je sais mieux ce que je cherche j’en ajouterai d’autres au fur et à mesure de mes découvertes.

Le moulin à scie de Cyril Morin

Voici l’emplacement du moulin de Cyril Morin juste en amont du pont Rochon; le moulin était au fond du bassin. La rive du bassin a été surélevée sur la rive gauche pour contenir la rivière: avec la neige on voit bien que la ligne de niveau de la digue est horizontale et rectiligne. Il y avait un barrage et un grand bassin de retenue pour alimenter le moulin: le niveau de l’eau était beaucoup plus haut.

Juste après le moulin à scie de Cyril Morin il y avait encore un autre réservoir. Sur cette photo (floue mais précieuse) on peut constater qu’il y avait encore un barrage juste avant le pont Rochon il n’y a pas très longtemps.

Bassin en amont du pont Rochon
Bassin en amont du pont Rochon (Photo: famille Rochon)

Une zone industrielle résiliente

Les moulins ont été indispensables pour la fondation de Chertsey, le bois des maisons du secteur a été scié sur la rivière Jean-Venne. Puis avec la mécanisation ils sont devenus de moins en moins rentables jusqu’à être abandonnés vers 1930-1950.

Ce secteur industrieux est peu à peu retourné à la nature au point où les nouveaux riverains comme moi s’imaginent être en pleine forêt vierge moins de 100 ans plus tard.

La nature est résiliente.

La nature reprend sa place
La végétation reprend sa place

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