Autrefois chaque village de colonisation avait de nombreux moulins puisqu’il fallait moudre le grain pour nourrir la famille et les animaux et scier le bois pour construire les habitations localement. Pourtant on trouve peu de documentation sur la technologie des moulins ruraux du Québec sur internet ou à la bibliothèque. Voici quelques informations que j’ai pu trouver.
Les moulins au Québec
Pendant tout le temps des seigneuries le droit de construire des moulins était le privilège du seigneur et les censitaires devaient utiliser ses moulins en lui versant une quote-part en espèces. On trouve pas mal d’informations sur ces moulins et on peut en visiter plusieurs.
Après la conquête dans les nouveaux cantons ouverts à la colonisation il n’y avait plus de droit banal, tout le monde avait le droit de construire son moulin. Il y en avait des centaines dans les Laurentides.
À Chertsey vers 1860 il y avait un moulin à scie au lac Brûlé; sur la rivière Jean-Venne il y avait le moulin double à scie et à farine sur mon terrain, et le moulin à scie de Cyrille Morin; sur la rivière Burton il semble y en avoir eu un moulin à scie en amont du village puis un moulin double en face de la rue de l’Église. Sur cette photo on voit un moulin à scie et en arrière-plan un moulin à farine sur la rivière Burton à Chertsey vers 1900.
Lire: Historique des moulins de Chertsey
Les chemins étaient encore rudimentaires, le transport du bois et du grain était difficile et coûteux, il ne pouvait se faire que sur de courtes distances. Les moulins à eau étaient donc des petits commerces locaux essentiels à la communauté qui ont été abandonnés quand ils sont devenus inadaptés avec l’amélioration des chemins et des machines (comme les forges et beaucoup d’autres artisanats). Les moulins étaient des lieux de rencontre où il y avait beaucoup d’activité autrefois.
Technologie des moulins à eau
Pour exploiter le bois toutes les rivières ont été aménagées. Il a fallu couper des arbres, enlever des roches, construire des barrages pour faciliter la descente des billots au printemps; ceux-ci étaient accumulés sur les berges des rivières pendant l’hiver. Aux endroits stratégiques des digues étaient construites pour élever le niveau de l’eau dans les lacs. On moment de la drave les vannes étaient ouvertes créant un courant entraînant les billots et facilitant le flottage du bois. Il fallait aussi retenir les billots par des booms en amont des moulins en attendant de les traiter. Les moulins à farine et à scie construits sur les rivières devaient être aménagés pour laisser passer ces billots au printemps.
J’ai trouvé des explications précises sur la technologie utilisée pour la construction des petits moulins ruraux dans le livre « Dans le sillage du temps -EAU – Archéologie du Québec » de Daniel Laroche et Michel Plourde publié par le Musée Pointe-à-Callière et les Éditions de l’Homme. Je vais en citer de longs extraits.
Des digues et des barrages
Afin d’être en mesure de capter l’énergie hydraulique et d’en disposer à volonté, il faut d’abord maîtriser l’eau et la mettre en réserve dans des ouvrages de retenue, de contrôle et de dérivation: des digues et des chaussées ou barrages…
Tout au long du XIXème siècle de très nombreux barrages seront construits en combinant des caissons de bois à claire-voie remplis de pierres. L’étanchéité en est assurée grâce à la pose de palplanches jointées sur l’avant (amont) du barrage. Cette architecture sera souvent adoptée pour installer des moulins à farine et à scie sur de petits cour d’eau, ou encore pour des barrages temporaires destinés à faciliter la descente de la « pitoune » vers les lieux de sciage et de transbordement.
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Construction du moulin
En plus de profiter de l’énergie gratuite de l’eau, on utilise le bois, scié ou équarri selon l’usage qu’on en fait. Cette ressource locale également renouvelable permet de fabriquer les dalles, roues, godets, engrenages et, en partie, le bâtiment lui-même – même si, quelquefois, les murs sont élevés en pierre…
Très souvent, les sites des moulins disparus ne recèlent plus que de massives fondations. Parfois, quelques objets restent, alors qu’auparavant des meules, scies, cardes ou rouages encombraient l’espace.
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La roue
Le courant d’eau qui frappe les aubes et les augets placés sur le pourtour extérieur de la roue entraîne une rotation de celle-ci sur son axe central, l’arbre de la roue. Cette rotation engendre à son tour l’énergie nécessaire pour actionner divers mécanismes de production, tels que meule, scie, soufflet, marteau ou autre, grâce à des systèmes de cames, d’engrenages, de chaînes ou de poulies et courroies.
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Moulin rural
Pour les bâtiments modestes comme les moulins à farine ou à scie artisanaux, on installe habituellement une roue sur un petit cours d’eau où, généralement, la présence d’une chaussée – un barrage autrement dit – crée un réservoir en amont, le bief. Du bief, l’eau est acheminée vers la roue par un canal d’amenée, le coursier, puis évacuée par le canal de fuite.
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Cette photo représente les mêmes moulins que plus haut. On voit que le moulin à scie à l’avant-plan a été détruit par le courant de la rivière (débâcle) ou un incendie. Les moulins devaient souvent être reconstruits, le bois pourrissait, la glace les emportait ou leur propriétaire voulait les moderniser. La chaussée en amont du moulin était aussi souvent endommagée par la débâcle.
Fonctionnement d’un moulin
Le 12 mars 1816 un marché de construction d’un moulin à farine et d’un moulin à scie sur la rivière de l’Assomption a été conclu par John Baynton, charpentier de moulins. Un devis et un plan accompagnant l’acte illustrent les méthodes utilisées à cette époque (Notaire Nicolas-Benjamin Doucet).
Ledit John Baynton fournira tous les matériaux nécessaires et delivrera le tout complet et la clef a la main le moulins marcha sur un bon mouvement. Cependant pourra prendre sur les seigneuries de Ramezay et Dailleboust tous les bois et pierres dont il aura besoin: s’oblige ledit entrepreneur de placer les dits moulins au dessous de la dernier chute a l endroit le plus convenanble et avantageux pour le faire sur la riviere l Assomption qui passe dans les dites seigneuries.
Devis des ouvrages nécessaires pour faire une chaussée et batir deux moulins a l’eau dont un a farine l autre a scies garnis de leurs moulans, sie et travaillans proposés a madame Marie Anne Cerré veuve de feu l’Honorable Pierre Louis Panet batis sur la rivieres a l Assomption; seigneurie de Dailleboust et de Ramezay a la plus basse chute.
Premierement, faire une chaussée en aile qui se projettera trente pieds au moins dans la riviere d’une maniere convenable pour faire icelui un volume d’eau suffisant, dans une dalle pour faire marcher deux meules, faire de grains farine, faire marcher deux scies, et monter le bois de dans la riviere sur le traineau…Transcription Jules Guérard
Le moulin à scie se trouvait en amont, le bois était hissé sur une plateforme par le traîneau pour pouvoir être scié par les 2 scies situées l’une après l’autre; un pont permettait de monter les billots. L’eau de la force motrice passait ensuite sous le moulin à farine pour actionner les moulanges. Les charpentes dessinées à droite étaient situées au-dessus ou à côté. Je ne fais que des suppositions.
Les 2 contrats suivants donnent d’autres détails sur le fonctionnement d’un moulin à scie et les contraintes de son fonctionnement.
Le 20 octobre 1851 William Berczy seigneur de Daillebout a conclu un marché avec Antoine Désormeaux constructeur de moulins de St-Ambroise de Kildare pour faire une chaussée et finir un moulin à scie dont la charpente était déjà érigée à la décharge du lac Cloutier (Ste-Béatrix aujourd’hui): une chaussée de 12 pieds de haut au moins pour faire marcher le moulin avec une echappe ou slide pour décharger les eaux surabondantes et un empellement à la chaussée pour laisser passer l’eau dans le coffre du moulin… De faire un monte-billots et pont pour tirer les billots de l’étang dans le moulin… A. Désormeaux devait aller chercher à la forge les ferrements, manivelle, tourillons, frettes pour la roue à eau…
Le 16 février 1853 Edward Scallon le principal marchand de bois du village d’Industrie (Joliette) a loué le moulin à scie de la pointe Ennuyante sur la rivière de l’Assomption (Ste-Mélanie) situé à coté du moulin banal à farine.
…Le dit Wllliam Berczy, Ecuyer, pour lui même reconnaît par les présentes avoir baillé et loué au dit Edouard Scallon, Ecuyer, pour et durant le terme susmentionné d’une année tous les radeaux, chaînes et quais qu’il possède et qui sont placés et érigés sur et dans la rivière L’Assomption tant aux dits moulins qu’à la Pointe dite Ennuyante le tout pour la somme de 10 livres courant à la condition cependant que le dit Edouard Scallon fera scier la glace le printemps prochain autour des dits radeaux de la Pointe Ennuyante et à l’endroit où ils doivent être placés et cela à temps et de manière à faciliter la partance des glaces lors de leur débâcle et afin d’empêcher que les dites glaces puissent endommager les dits radeaux et quais – Qu’il fera étendre les dits radeaux prêts à recevoir les billots qu’il voudra y placer et qu’il les remettra à l’endroit où il les aura pris, à temps pour les mettre à l’abri pour l’hiver suivant, le tout à ses seuls frais et dépens.
Et aussi à la condition qu’il ne surcharge pas les dits radeaux de billots, n’y plaçant pas plus que le nombre de dix huit cents à deux mille billots de toise s’ils peuvent y contenir aux radeaux de la Pointe Ennuyante et pas plus de six cents billots au radeau dans l’étang du moulin sans causer de dommage, lesquels billots seront placés au fur et à mesure qu’ils arriveront par derrière le radeau de caissons afin de les mettre en sûreté et hors d’état de forcer les radeaux de bois écarris de la dite Pointe Ennuyante et si le cas arrivait il livrera un passage à tous bois qui pourraient descendre par la dite rivière L’Assomption appartenant à d’autres personnes qu’à lui-même, le tout sous la peine de payer les dommages qui pourraient résulter de n’avoir pas empli les conditions ci-dessus…
Mes deux moulins sur la rivière Jean-Venne
Ces informations confirment ce que j’ai découvert sur mon terrain de Chertsey au bord de la rivière Jean-Venne: des fondations en pierre, pas mal d’objets de métal rouillé, quelques restants de morceaux de bois pourri. Maintenant que je comprends la technologie utilisée je peux mieux imaginer la configuration du site.

Reste à comprendre comment les biefs, les chaussées et les roues se succédaient pour utiliser toute la force du courant. La rivière depuis la chute jusqu’après mon terrain était aménagée avec des canaux d’amenée et de fuite, certains taillés dans le roc. En observant les 2 rives ont voit jusqu’où le niveau d’eau montait dans les différents biefs, indiquant où se trouvaient les barrages qui ont été emportés par le courant. Il y en avait au moins 4 ou 5.
Il me semble que la chute elle-même a été aménagée pour séparer le courant en 2 directions. Sur la gauche un canal dont on voit encore beaucoup de roches dirigeait l’eau vers le premier moulin. La suite est plus compliquée à déchiffrer.
Quelques années avant que j’habite le site l’ancien propriétaire avait trouvé cette meule dans la rivière qu’il a transportée en Ontario.
En dégageant les vestiges des moulins j’avais encore trouvé ces fragments de meule rustique.


















Merci pour ce beau résumé des moulins dans la région C’est très intéressant de voir comment nos ancêtres se débrouillaient
Bonjour, j’ai moi aussi un moulin sur mon terrain. Je suis de Grenville au Québec.
Est-ce qu’on pourrait se parler par téléphone pour commencer?
514-912-3149