Technologies des moulins ruraux

Autrefois chaque village de colonisation avait de nombreux moulins puisqu’il fallait moudre le grain et couper le bois pour construire les habitations localement. Pourtant on trouve peu de documentation sur la technologie des moulins ruraux du Québec sur internet ou à la bibliothèque. Voici quelques informations que j’ai pu trouver.

Les moulins au Québec

Moulin des Jésuites à Québec
Moulin des Jésuites à Québec

Pendant tout le temps des seigneuries le droit de moulin était le monopole du seigneur et les censitaires devaient utiliser ses moulins en lui versant une part en espèces. On trouve pas mal d’informations sur ces moulins et on peut en visiter plusieurs. Après la conquête dans les nouveaux cantons ouverts à la colonisation il n’y avait plus de monopole et tout le monde pouvait construire son moulin. Il y en avait des centaines dans les Laurentides.

Moulin de la rivière Burton, Chertsey - BANQ
Moulin de la rivière Burton, Chertsey – BANQ

À Chertsey il y en avait 1 au lac Brûlé; sur la rivière Jean-Venne mes 3 moulins et celui de Cyrille Morin un peu plus bas; sur la rivière Burton il semble y en avoir eu 1 vers chez Patrick Morin puis un autre en face de la rue de l’Église.

Les chemins étaient très difficiles, le transport du bois et du grain compliqué. Il s’agissait donc de petits commerces locaux essentiels à la communauté qui ont été abandonnés quand ils sont devenus inadaptés avec l’amélioration des chemins et des machines (comme les forgerons et beaucoup d’autres artisans). Mais les moulins étaient des lieux de rencontre où il y avait beaucoup d’activité autrefois.

Technologie des moulins à eau

Pour exploiter le bois toutes les rivières ont été aménagées. Il a fallu enlever des roches pour faciliter la descente des billots au printemps; ceux-ci étaient accumulés sur les berges pendant l’hiver. Aux endroits stratégiques des digues étaient construites pour élever le niveau de l’eau et faciliter le flottage du bois. Il fallait aussi retenir les billots en amont des moulins en attendant de les traiter.

J’ai finalement trouvé des explications précises sur la technologie utilisée dans le livre « Dans le sillage du temps -EAU – Archéologie du Québec » publié par le Musée Pointe-à-Callière et les Éditions de l’Homme. Je vais en citer de longs extraits:

Des digues et des barrages

Afin d’être en mesure de capter l’énergie hydraulique et d’en disposer à volonté, il faut d’abord maîtriser l’eau et la mettre en réserve dans des ouvrages de retenue, de contrôle et de dérivation: des digues et des chaussées ou barrages…

Tout au long du XIXème siècle de très nombreux barrages seront construits en combinant des caissons de bois à claire-voie remplis de pierres. L’étanchéité en est assurée grâce à la pose de palplanches jointées sur l’avant (amont) du barrage. Cette architecture sera souvent adoptée pour installer des moulins à farine et à scie sur de petits cour d’eau, ou encore pour des barrages temporaires destinés à faciliter la descente de la « pitoune » vers les lieux de sciage et de transbordement.

p. 182

Technologie des moulins: digues et barrages
Vestiges de palplanches – Port-au-Saumon- Archéologie du Québec p. 182

Construction du moulin

En plus de profiter de l’énergie gratuite de l’eau, on utilise le bois, scié ou équarri selon l’usage qu’on en fait. Cette ressource locale également renouvelable permet de fabriquer les dalles, roues, godets, engrenages et , en partie, le bâtiment lui-même – même si, quelquefois, les murs sont élevés en pierre…

Très souvent, les sites des moulins disparus ne recèlent plus que de massives fondations. Parfois, quelques objets restent, alors qu’auparavant des meules, scies, cardes ou rouages encombraient l’espace.

p. 183 et 188

Plan d'un moulin à farine
Principe de fonctionnement d’un moulin à eau – Archéologie du Québec p. 184

La roue

Le courant d’eau qui frappe les aubes et les augets placés sur le pourtour extérieur de la roue entraîne une rotation de celle-ci sur son axe central, l’arbre de la roue. Cette rotation engendre à son tour l’énergie nécessaire pour actionner divers mécanismes de production, tels que meule, scie, soufflet, marteau ou autre, grâce à des systèmes de cames, d’engrenages, de chaînes ou de poulies et courroies.

p. 184

Moulin rural

Moulin de la rivière Burton – BANQ

Pour les bâtiments modestes comme les moulins à farine ou à scie artisanaux, on installe habituellement une roue sur un petit cours d’eau où, généralement, la présence d’une chaussée – un barrage autrement dit – crée un réservoir en amont, le bief. Du bief, l’eau est acheminée vers la roue par un canal d’amenée, le coursier, puis évacuée par le canal de fuite.

p. 184

Mes 3 moulins

Tout ça correspond exactement à ce que j’ai découvert sur mon terrain: des fondations en pierre, pas mal d’objets de métal rouillé, quelques restants de morceaux de bois pourri.

Maintenant que je comprends la technologie utilisée je peux mieux imaginer la configuration du site. Il y a d’abord eu 2 moulins (à farine et à scie) vers 1855, puis un 3ème à carder (recensement de 1871 marqué moulin à coudre).

Reste à comprendre comment les biefs, les chaussées et les roues se succédaient pour utiliser toute la force du courant. La rivière depuis la chute jusqu’après mon terrain était aménagée avec des canaux d’amenée et de fuite, certains taillés dans le roc. En observant les 2 rives ont voit jusqu’où le niveau d’eau montait dans les différents biefs, indiquant où se trouvaient les barrages qui ont été emportés par le courant. Il y en avait au moins 4 ou 5.

Bief de moulinIl me semble que la chute elle-même a été aménagée pour séparer le courant en 2 directions. Sur la gauche (photo) un canal dont on voit encore beaucoup de roches dirigeait l’eau dans un canal vers le premier moulin (à carder). La suite est plus compliquée à déchiffrer, je vais continuer à mettre à jour les articles dont je donne le lien plus bas au fur et à mesure de mes découvertes.


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