Nietzsche prophète du troisième millénaire

Dans la collection « Philosophie » des éditions Oxus Marc Halévy propose une réflexion très actuelle sur l’œuvre de Friedrich Nietzsche.


Mal comprise et récupérée par les idéologues de toutes tendances la philosophie de Nietzsche prophétise pourtant très bien les dérives de la modernité tout au long du XXème siècle et le cul-de-sac où nous nous retrouvons actuellement.

Dieu est mort

nietzscheEt c’est la religion qui l’a tué. Nietzsche est avant tout un philologue qui a longuement étudié la philosophie grecque. Il explique donc comment nous sommes passés d’une vision holistique du monde où la spiritualité imprégnait le monde dans son entièreté à une vision idéaliste où l’Homme devenait la raison de la création et devait donc dominer la Nature. Platon d’abord puis le christianisme ont théorisé cette vision idéalisée du monde où l’Homme était en-dehors ou au-dessus du reste de la Création. Dieu était mort remplacé par l’Humain. « Le grand Pan est mort » disaient les grecs.

Nietzsche constate qu’à son époque cette vision idéale qui avait permis à l’Humanité d’arriver à la Modernité s’est transformée en Humanisme (ou socialisme). Est-ce que les hommes sont vraiment tous égaux ? Évidement non, il y a des petits et des grands et on ne peut rien y changer à moins de couper les jambes (ou la tête) des plus grands. Est-ce que l’Homme est le centre et la seule raison de la Création ? En observant le cosmos on se rend bien compte que c’est totalement absurde.

Le surhumain

Nietzsche prédit toutes les dérives du XXème siècle (communisme, totalitarisme, démocratisme): en imaginant un homme ou une société idéale on ne peut qu’appauvrir la Vie pour que tout rentre dans le moule. Nous ne devons pas tendre vers l’Humain mais vers le Surhumain. Si l’homme descend du singe l’humain n’est qu’une étape, il doit vouloir continuer cette évolution et non pas se penser l’aboutissement de la perfection.

Maîtres et esclaves

Les nazis se sont régalés de ces notions qui sont très politiquement « incorrectes » à formuler. Pour Nietzsche tout humain a le choix d’être maître de son destin ou esclave de son hérédité et de son milieu. Il ne s’agit pas de pouvoir vis à vis des autres mais de soi-même. Peu importe d’où on vient l’important c’est la Vie et ce qu’on en fait. La grande majorité des humains ne fait que suivre et obéir, terrorisée à l’idée même de prendre son destin en main. Ils cherchent la protection, l’assurance, le confort pour finir par tourner le dos à la Vie en espérant un Paradis utopique.

Et c’est le grand problème de notre époque. À force de confort on devient mou, la facilité et le bas dénominateur commun nous font descendre peu à peu dans l’insignifiance, dans la société des loisirs et le consumérisme imbécile. Amoureux de la nature Nietzsche prédit que nous allons la détruire puisque nous voulons l’asservir et nous auto-détruire par le fait même.

En réalité les esclaves sont beaucoup plus nombreux et puissants que les maîtres.

La volonté de puissance

On a l’habitude d’opposer la vie à la mort. En réalité c’est la naissance qui est l’opposée de la mort, la vie est d’une autre essence. Marc Halévy, physicien du cosmos et de sa complexité nous l’explique. De ce qu’on sait de l’univers la principale constatation est qu’une Volonté de Puissance est à l’œuvre depuis l’origine qui s’organise et se complexifie. Des formes apparaissent par paliers successifs et donnent naissance à de nouvelles organisations plus complexes. On peut appeler cela Dieu mais ce serait alors le Dieu des païens et des amérindiens, la volonté de puissance du cosmos. Vivre c’est s’imprégner et participer de cette force qui habite tout. C’est ce que dit le Taoïsme, nul ne peut dominer le réel puisque nous sommes partie d’un Tout, la Voie juste est de s’harmoniser avec ce Tout.

Amor fati

Aimer son destin, c’est la consigne que Nietzsche nous donne: avoir confiance en soi, découvrir la vie dans la joie (Le Gai Savoir). Le destin n’est pas une fatalité qui nous accable, le destin c’est ce qui fait que je suis unique par mon hérédité et ma position sociale, par les aléas que je vais rencontrer et qui m’amèneront chaque fois à choisir ma voie. Je suis unique, c’est ma fierté et ma joie. C’est le contraire de la populace, de la mode, du conformisme. La vraie morale est ce qui participe à la Vie, elle doit donc être personnelle avant tout, il faut d’abord que je sois vivant pour pouvoir faire le Bien.

Il s’agit d’une vision aristocratique de la société mais la noblesse ne vient pas des acquis, elle se mérite et s’acquiert. Tout le monde a le choix d’être maître plutôt qu’esclave, il suffit de choisir la Vie.

Marc Halévy

Marc HalevyJe veux terminer cet article en rendant hommage à l’auteur Marc Halévy qui est un chercheur et un philosophe original et passionnant. Physicien de formation il a travaillé avec Ilya Prigogine (Nobel de chimie) sur l’auto-organisation des systèmes complexes et les structures dissipatives émergentes. À partir de ces recherches il a développé une théorie passionnante sur l’histoire du cosmos. Le chaos originel du Big Bang serait en train de s’auto-organiser produisant des formes de plus en plus complexes par paliers successifs (structures dissipatives). Le Temps ne fait pas que passer, il s’accumule, tout le passé de l’univers se retrouve dans un atome. L’Humain avec son cerveau si sophistiqué serait une étape de cette création en cours, on comprend son intérêt pour le Surhomme de Nietzsche.

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