Je me souviens (mais de quoi?)

Le COM de novembre de Chertsey commémore le 11 novembre, jour du Souvenir. Si le service de la Culture de Chertsey veut faire de l’Histoire il faudrait raconter tous les faits objectivement, pas juste recopier des publireportages canadiens. Se souvenir d’un conte de fée ce n’est pas très utile.

Sources

En lisant ce texte les jeunes vont s’imaginer qu’en 1914 la nation canadienne unie, anglais et français main dans la main, s’est levée héroïquement pour sauver la civilisation occidentale. C’est toute une distorsion de la réalité!

Crise de la conscription (1917)

Il suffit d’aller voir un peu sur Wikipedia, l’article Crise de la conscription (1917) par exemple, pour lire une toute autre histoire. En 1914 très peu de canadiens se sentaient concernés par cette guerre entre puissances européennes colonialistes; et les québécois encore moins que les autres.

En 1912 le règlement 17 adopté par la province de l’Ontario avait aboli les droits des francophones dans cette province; en 1914 la plupart des québécois n’avaient pas du tout l’intention d’aller à la guerre sous les ordres d’officiers anglais qui les méprisaient. Et ils l’ont fait savoir à leurs politiciens.

Manifestation anti-conscription
Manifestation anti-conscription au Carré Victoria, Montréal 24 mai 1917

Mais le Canada était encore une colonie anglaise; la métropole avait besoin de chair à canon, le Canada devait obéir et envoyer ses citoyens valides. Le premier ministre Borden avait juré qu’il n’aurait pas recours à la conscription mais il a dû obéir aux ordres de Londres; et tant pis pour les innocents qui avaient cru à ses promesses.

Chacun des députés francophones s’oppose à la conscription, et presque tous les députés anglophones la soutiennent. Les huit provinces anglophones appuient également la décision de Borden, tandis que la province du Québec, elle, y résiste.

L’encyclopédie canadienne (un site pourtant très « canadian »)

La Loi sur les Mesures de Guerre

La loi de la conscription a été adoptée malgré l’opposition du Québec, les québécois ne voulaient pas s’enrôler, il fallait les pourchasser. Les recruteurs ont commis de nombreux abus qui ont déclenché des émeutes contre les bureaux de recrutement à Québec dans la semaine de Pâques 1918.

La loi sur les mesures de guerre avait été votée en 1914 pour renforcer l’efficacité du gouvernement en temps de guerre. Il a su s’en servir. Pour mater ces émeutes il a fait appel à la loi d’exception et fait venir des renforts en train d’Ontario et Nova-Scotia, des soldats anglais fiables avec des mitrailleuses. Those damned french… L’officier a bien demandé aux émeutiers de se disperser mais ils ne comprenaient pas tous l’anglais: bilan 4 morts. L’enquête du coroner montra qu’il s’agissait de 4 passants tués par balle explosive. C’est aussi sur Wikipedia: Émeute de Québec 1918

Les 4 victimes de l'émeute
Les 4 victimes de l’émeute

La loi sur les mesures de guerre a été réutilisée en 1970 par le gouvernement canadien au Québec. Une loi d’exception c’est bien pratique pour museler la grogne.

Le Jour du Souvenir

Bien sûr il faut se souvenir de ceux qui sont morts pour défendre la liberté. Mais se souvenir d’une histoire qui ne donne qu’une version biaisée de la vérité c’est de la désinformation. L’Histoire est utile pour comprendre le passé et ne pas répéter toujours les mêmes erreurs.

L’Histoire biaisée est dangereuse, c’est de la propagande.

Le Jour du Souvenir

Les canadiens célèbrent le jour du Souvenir… C’est une occasion de se souvenir de tous ceux qui ont défendu la nation.

Le Canada est un pays compliqué: parfois il y a 1 nation, des fois il y en a 2, il y aussi les nations autochtones; on finit par se mêler un peu même dans la propagande.

Histoire et propagande

Le jour du Souvenir était tombé dans l’oubli. Heureusement en 1995 le gouvernement de Jean Chrétien a redonné de la visibilité aux grands symboles canadiens rassembleurs grâce à des programmes de commandites. Le 11 novembre est devenu un congé national pour les fonctionnaires fédéraux. Et depuis le gouvernement fédéral veille à ce que son message soit bien diffusé partout au pays pour l’éducation du peuple canadien.

Histoire et propagande

Laisser un commentaire