Le haut Saint-Laurent: noms de lieux

Le fleuve Saint-Laurent a été cartographié depuis sa découverte par les européens. En amont de Montréal le haut Saint-Laurent a été complètement transformé pour permettre la navigation et son parcours n’est presque plus reconnaissable quand on compare les cartes anciennes et actuelles.

Le Saint-Laurent pendant la Nouvelle-France

La carte la plus ancienne que j’ai trouvée sur le site BANQ a été dessinée par Jean Deshayes en 1706. Le fleuve Saint-Laurent y est représenté depuis le lac Ontario jusqu’à son embouchure.

Carte du St-Laurent - Jean Deshayes 1706
Carte du St-Laurent – Jean Deshayes 1706 (détail)

En agrandissant l’image on voit que les noms de lieux en aval de Montréal nous sont familiers même si leur orthographe a changée. Mais pas ceux en amont: île aux Citrons, île aux Chats, île aux Têtes, tous ces noms poétiques de rapides, de sauts, de pointes ont disparu et le fleuve lui-même n’est plus le même puisque son cours a été modifié pour construire la Voie Maritime du St-Laurent.

La description du territoire a été complétée pendant la Nouvelle-France par plusieurs cartographes militaires puisque c’était le chemin du lac Ontario. Pendant longtemps les européens avaient dû faire un grand détour par la rivière des Outaouais pour rejoindre les grands lacs puisque le haut Saint-Laurent était le territoire des iroquois, l’Iroquoisie.

C’est une expédition menée par Pierre-Esprit Radisson qui l’a remonté la première fois en 1657-1658 pendant une trêve. En 1673 le fort Frontenac a été construit à l’entrée du lac Ontario pour favoriser la traite des fourrures; Robert Cavelier de la Salle en a été le premier commandant.

Il fallait environ 5 jours de canot pour aller de Montréal au Fort Frontenac. Comme c’était le chemin obligé pour aller vers les grands lacs on trouve de très nombreuses descriptions du voyage dans les archives historiques. Ce n’était pas un chemin facile puisque le haut Saint-Laurent était une succession de rapides dangereux à naviguer.

Les noms de lieux changent parfois selon les cartes et les compte-rendus mais ce sont toujours des noms évocateurs et poétiques: le Galop, le Rapide Plat, le Long Saut, le Rapide de la Pointe Maligne…

Le gouverneur de la Nouvelle-France ne voulait pas que les habitants s’éparpillent sur le territoire, il leur avait interdit de s’établir en amont de Montréal. Il n’y avait donc pas de villages européens mais des villages indiens et des forts, le fort Frontenac à Cataracoui puis le Fort de la Présentation.

Upper Saint-Lawrence

La première carte anglaise que j’ai trouvée date de 1757, c’est une carte américaine (Bibliothèque du Congrès). Le cartographe a recopié les cartes précédentes en traduisant certains noms de lieux: Pt Maligne rifts, Island of Battoes, Island of Heads, Long Falls…

La description est intéressante. À partir de la Galette il y a des rapides jusqu’au lac St-François. Le premier village européen est aux Cèdres (church of Cedar Hills) et il faut passer par le Trou pour rejoindre le lac St-Louis.

An exact chart of the river St. Lawrence, from Port Frontenac to the island of Anticosti
An exact chart of the river St. Lawrence, from Fort Frontenac to the island of Anticosti 1757
The course of the River St. Laurence from Lake Ontario to Manicouagan Point
The course of the River St. Laurence from Lake Ontario to Manicouagan Point – 1817

À partir de la Conquête la situation va changer. La rivière des iroquois, le chemin qui marche, est devenue la voie de pénétration principale pour coloniser le centre du continent. C’est aussi un des chemins que suivront les envahisseurs américains en 1775-1776 puis en 1812 pour attaquer le Canada. Les loyalistes anglais qui ont fui la révolution américaine s’y sont installés et ont fondé des villes. C’est aussi devenu une partie de la frontière ente le Canada et les USA, une frontière qu’il fallait protéger.

The Province of Upper Canada 18??
The Province of Upper Canada 18??

En 1857 le guide de voyage Hunters décrit la navigation touristique sur le fleuve St-Laurent à partir des Chutes du Niagara jusqu’à Québec avec quelques gravures.

Les canaux et la voie maritime

Le projet de la voie maritime a été un chantier colossal qui a totalement modifié le cours du fleuve. Il s’est fait dans les années 1950 alors que l’écologie n’était pas encore une préoccupation. Ce serait très difficile d’autant saccager la nature aujourd’hui, je crois.

Les premiers travaux de canalisation datent de 1785 dans le secteur des Cèdres; les dimensions du canal pour les écluses étaient de 40 pieds par 6 par 2½. Les travaux en amont du lac St-François datent de 1848, les canaux et les écluses étaient régulièrement agrandis, améliorés et les lieux renommés: Cardinal, Iroquois, Rapide Plat, Farran Pt, Long Sault…

Le grand bouleversement aura lieu dans les années 1950. La construction de la voie maritime et de la centrale hydroélectrique de Moses-Saunders modifient le cours du fleuve en inondant de grandes parcelles de terres agricoles et des villages.

Dans l’article Un projet à nul autre pareil, l’histoire en images de la transformation du fleuve Saint-Laurent on trouve des images du fleuve avant et après les travaux. Nicole V. Campeau dans Pointe Maligne l’infiniment oubliée raconte le traumatisme des gens qui habitaient ces terres et les aimaient. C’est la lecture de ce livre qui m’a incité à en savoir plus.

Cornwall autrefois
Cornwall aujourd'hui

La Pointe Maligne ou maudie ou maudite selon les documents s’appelle aujourd’hui Cornwall, le mur de blé d’Inde. Les terres en amont ont été inondées et le lac Saint-François remonte jusqu’à Morrisburg. Le pont international de Cornwall enjambe l’Île aux Bateaux, Battoes Island, qui s’appelle aujourd’hui Cornwall Island ou Kawehnò:ke

Ce n’étaient pas des lieux ordinaires, c’était l’Iroquoisie et son chemin qui marche, un lieu unique sur notre planète. L’homme blanc a tout détruit, rien ne peut arrêter le progrès.


Références: les cartes anciennes viennent de Bibliothèque et Archives Nationales du Québec et de la Bibliothèque Nationale de France (projet Gallica).


1 réflexion au sujet de “Le haut Saint-Laurent: noms de lieux”

  1. Intéressant de savoir que des noms de lieues existe depuis au moins 1706 comme Verchères, Varennes (cap), Boucherville, Longueuil, l’ile Ste-Hélène et même Ville-Marie sur l’ile de Montréal, là où j’habite

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