Grand Débat à la française

Pour répondre à la révolte des gilets jaunes le gouvernement français a organisé une consultation publique sur internet. Ouverte le 15 janvier il y a déjà 250.000 contributions, 3 millions de textes et il reste jusqu’au 18 mars pour participer. L’Intelligence Artificielle permettra de les classer pour donner ses recommandations le 1er avril. La pêche au poisson d’avril se fait en ligne cette année!

Louis XVI

En 1789 le roi Louis XVI avait essayé de sauver la France de la faillite en convoquant les États-Généraux du royaume et en invitant les français à lui soumettre leurs doléances. Emmanuel Macron a repris cette idée en l’adaptant à la technologie du XXIème siècle, c’est une expérience originale qui n’a jamais été menée à une telle échelle. Espérons pour lui qu’il sera meilleur stratège que Louis XVI.

Le projet est expliqué sur le site granddebat.fr: tous les moyens sont mis en place pour que les français puissent s’exprimer et donner leur opinion sur les réformes à apporter pour redresser la France qui ne va pas bien.

Participer à la vie citoyenne

Internet promet depuis son début de permettre à chacun de s’exprimer et influencer les politiques; il y a déjà de nombreuses expériences de démocratie participative en ligne. Mais le principe même d’internet est d’être décentralisé et les initiatives sont d’abord locales. De petits groupes apprennent à participer à la vie politique de leur localité et s’organisent peu à peu pour influencer les politiques nationales et internationales.

Emmanuel Macron

La méthode employée par E. Macron semble totalement improvisée pour faire semblant d’écouter « le peuple ». Dans la tradition républicaine française centralisée, il impose un débat abstrait sur le « tout » qui ne peut mener nulle part. Si « le peuple » lui recommande de tout changer puisque tout va mal, qu’est-ce qu’il fera?

Analyser les recommandations

Dans un article du 21 février le journal Le Monde explique que déjà chercheurs et universitaires observent le « grand débat » et s’interrogent:

 Contributions au « grand débat » : comment analyser 68 millions de mots en deux semaines ?

Le grand débat national

L’institut de sondage OpinionWay devra analyser toutes les propositions et les classer pour faire des recommandations. Il utilisera un outil d’Intelligence Artificielle développé par la compagnie Qwam spécialiste de la sémantique. Le concurrent de Qwam affirme dans cet article que la méthode utilisée (dictionnaire de termes préétablis) ne permettra pas de repérer les idées vraiment originales. L’algorithme ne trouvera que ce qu’on l’a programmé à chercher.

Des garants surhumains

France; débat national

Tout va être transparent puisque 5 notables ont été nommés pour veiller au déroulement impartial du débat et faire des recommandations au gouvernement. Ces notables doivent être surhumains puisqu’ils devront garantir qu’ils ont bien compris comment fonctionnent l’Intelligence Artificielle et ses algorithmes et qu’ils ont entièrement confiance que les recommandations faites par la machine sont fidèles aux millions de documents dont ils auront eux-mêmes fait la synthèse en quelques jours.

De la démocratie en ligne

Le débat politique se transporte sur internet: « fake news », cyber-attaques, propagande, les moyens de nuire sont puissants. Mais internet peut aussi permettre une participation active des citoyens au niveau local, il y a de nombreux exemples partout dans le monde qui donnent des résultats concrets.

Blockchain

Le problème de la démocratie en ligne est que les gens n’ont plus confiance en la sécurité de leur internet: tout semble tellement facile à truquer. La solution pourrait venir du protocole de transmission de données « blockchain ». Il s’agit d’un protocole garantissant l’authenticité des transmissions, de plus en plus de métiers l’adoptent pour sa sécurité et les gouvernements vont suivre.

Mais on peut se poser d’autres questions sur la démocratie en ligne:

  • Si on suivait les recommandations de la majorité des citoyens et citoyennes pour sauver la France, est-ce que ce serait réellement mieux? La majorité va peut-être recommander de se fermer au reste du monde pour tenter de conserver égoïstement la richesse restante, chacun pour soi.
  • Dans ce genre de consultation les groupes d’intérêt bien organisés prennent beaucoup de place au détriment des simples individus: les extrêmes sont surreprésentées.
  • On peut faire dire ce qu’on veut à un algorithme, il suffit de l’orienter en le programmant. Les citoyens doivent avoir pleinement confiance en leurs institutions démocratiques, il faut donc adopter d’urgence des protocoles transparents car l’informatique est déjà partout dans nos institutions.

Les recommandations à venir

Ça va être intéressant de voir le résultat de cette consultation publique en ligne de tout un peuple. Au Québec on dit que ce genre de consultation finit « tabletté », ça va prendre toute une tablette virtuelle pour ranger ces millions de documents!

Ça risque surtout d’être très frustrant pour tous ceux qui auront sincèrement participé à l’exercice en imaginant être écoutés.

Rapport tabletté


1 commentaire sur “Grand Débat à la française”

  1. Merci pour cet article très intéressant. La plupart des gens font confiance aux processus dits «démocratiques», mais à un moment donné ils se rendent compte qu’ils se font charrier, d’où la révolte des gilets jaunes. Ils réalisent qu’ils vivent de plus en plus dans une démocratie «virtuelle». Une version « soft » de totalitarisme déguisée en démocratie…

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