Catégorie: Histoire de Lanaudière
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L’église et le village de Sainte-Béatrix

Le village de Sainte-Béatrix a été construit à l’emplacement d’un Domaine Seigneurial appartenant à Louise Amélie Panet et son mari William Berczy, seigneurs d’une partie de la Seigneurie de Daillebout. Ils avaient donné un terrain dans leur Domaine pour y ériger une église en 1856. L’église de Ste-Béatrix a été acquise par la municipalité en 2025 pour en faire un lieu de Culture mais les informations sur son histoire et son architecture sont difficiles à trouver.

En 1849 les seigneurs de D’Aillebout et Ramezay avaient procédé au partage de leurs propriétés héritées en indivision ce qui leur a permis de mieux les administrer. Dès 1851 Willam Berczy avait fait construire un moulin sur le Domaine qu’il avait réservé à l’emplacement du futur village de Ste-Béatrix; en 1857 une première chapelle y a été construite. Sur son site internet la municipalité de Sainte-Béatrix ne donne pas encore d’information sur l’histoire de l’église qu’elle a acquis en 2025 pour la transformer en espace culturel:

La Municipalité de Sainte-Béatrix a été formée à même un territoire détaché de la paroisse de Sainte-Mélanie, grâce à la donation d’une certaine étendue de terrain par Louise-Amélie Panet, épouse de William Berczy. La paroisse de Sainte-Béatrix a été érigée canoniquement le 7 novembre 1861, puis constituée civilement trois ans plus tard, soit le 11 mai 1864.

Sainte-Béatrix en 1842

Le premier plan détaillé du territoire de Ste-Béatrix dessiné en 1842 montre qu’il n’y avait encore eu aucune concession de terre faite au nord de la 9ème concession de la seigneurie de D’Aillebout. Sur la décharge du lac Cloutier l’arpenteur a marqué une chaussée de castors et dessiné un canot avec l’inscription Pêche du sauvage Shawagane; plus bas il y avait un rapide, une place de moulin, puis une chute et un pont. Si on compare avec une carte actuelle, le centre du village de Ste-Béatrix se trouverait près de ce pont.

Le territoire était inhabité et quand la seigneurie de D’Aillebout a été divisée entre les héritiers des premiers seigneurs, William Berczy et son épouse Louise Amélie Panet ont pu réserver un territoire vierge pour y établir leur Domaine Seigneurial.

Le partage de la seigneurie de D’Aillebout en 1849

En 1848 les fiefs et seigneuries de D’Aillebout et de Ramzay ont été mises en vente par les héritiers de Pierre-Louis Panet et Anne Marie Cerré: une propriété de valeur de 84.000 arpents. Les propriétaires étant sur le point de procéder à un partage territorial préféreraient vendre ces seigneuries en un bloc s’ils trouvaient un prix égal à leur valeur.

La Minerve, 16 novembre 1848

Mais les héritiers Panet n’ont pas trouvé d’acheteur et le 31 octobre 1849 ils ont procédé au partage des seigneuries pour sortir de l’indivision. Cinq parts à peu près égales ont été formées et tirées au sort dans un chapeau. Louise Amélie épouse de William Berczy a reçu une partie de la seigneurie de D’Aillebout et W. Berczy qui administrait les seigneuries avant le partage a établi un Domaine Seigneurial à la décharge du lac Cloutier dans la partie leur revenant.

Des plans ont été dessinés pour illustrer le partage des seigneuries en 5 parts. De gauche à droite, en bandes verticales, on voit la part de Charlotte Mélanie veuve Lévesque, celle de Louise Amélie Berczy, Pierre-Louis fils avait acheté la part de sa soeur Marie Anne et il avait deux parts au centre (il en avait cédé une partie au nord à sa fille Marie Louise Lamothe), Eugénie Abbott avait la dernière bande de terre. Sur le plan on voit les églises de Ste-Mélanie et St-Jean-de-Matha mais celle de Ste-Béatrix n’existait pas encore.

Lire: Le partage des seigneuries de D’Aillebout et Ramzay

Le Domaine Seigneurial Berczy

Les seigneurs concédaient des lots dans leurs seigneuries à des censitaires et ils se réservaient un domaine seigneurial où ils établissaient des moulins et un manoir seigneurial selon le droit féodal. Le régime seigneurial a été aboli en 1854 au Québec, Louise Amélie Panet et son époux William Berczy n’ont pas eu le temps de faire construire de moulin à farine ni de manoir sur le Domaine Seigneurial qu’ils avaient réservé, seulement un moulin à scie.

Le 4 juin 1850 William Berczy a concédé à sa belle-soeur Marie Anne Panet veuve de son cousin Pierre Horace Panet environ 1.000 arpents de terre dans sa part de la seigneurie de Daillebout: une terre à prendre à environ 68 arpents de la profondeur des terres de la côte Monte à Peine nord-ouest ou 9ème concession de la seigneurie de Daillebout de 33 arpents de largeur… bordée par la ligne nord-ouest du Domaine réservé par le dit sieur Berczy Cette grande concession de terre est illustrée par un plan en 2 parties annexé à l’acte.

Le Domaine Seigneurial se trouvait au nord de la 11ème concession de Daillebout sur la décharge du lac Cloutier dans la part de Daillebout appartenant à madame Berczy située entre celle appartenant à madame veuve Louis Lévesque et celle appartenant à monsieur Pierre-Louis Panet. La concession de 1.000 arpents faite à Marie Anne Panet se trouvait au nord du Domaine dans le territoire actuel de Ste-Béatrix, rang Ste-Cécile. Le 1er mars 1851 Marie anne Panet résidant à Ste-Mélanie a revendu la terre concédée à William Berczy et le 3 mars elle a épousé Maximilien Globensky de St-Eustache.

Le 20 octobre 1851 William Berczy seigneur de Daillebout a conclu un marché avec Antoine Désormeaux constructeur de moulins de St-Ambroise de Kildare pour faire une chaussée et finir un moulin à scie dont la charpente était déjà érigée à la décharge du lac Cloutier sur le domaine réservé par le dit William Berczy: une chaussée de 12 pieds de haut au moins pour faire marcher le moulin avec une echappe ou slide pou décharger les eaux surabondantes et un empellement à la chaussée pour laisser passer l’eau dans le coffre du moulin… pour pouvoir scier autant de bois que le moulin du sieur Bruguière érigé à la décharge du lac des Français qui est exploité par le dit entrepreneur. De faire un monte-billots et pont pour tirer les billots de l’étang dans le moulin… Tous les détails du fonctionnement d’un moulin à scie sont décrits dans ce marché. A. Désormeaux devait aller chercher à la forge les ferrements, manivelle, tourillons, frettes pour la roue à eau…

Sur un plan des Seigneuries d’Ailleboust et De Ramezay daté de 189? par la BANQ on voit le domaine seigneurial où l’église puis le village de Sainte-Béatrix ont été édifiés. La date n’est certainement pas exacte puisque en 189? l’église et le village de Ste-Béatrix avaient été construits alors que sur ce plan on ne voit qu’un site inhabité. Le Domaine réservé par les époux Berczy allait jusqu’à la rivière de l’Assomption, une partie en avait été concédée à Charles Lemire (A), au nord il était borné par le Coteau Amélie. La partie ouest entre le canton de Kildare et le Domaine, comprenant une partie du lac Cloutier, faisait partie de la part de la Seigneurie de Daillebout appartenant à Charlotte Mélanie Panet. La partie située sur la rive gauche de la rivière de l’Assomption appartenait à Pierre-Louis Panet fils.

En 1830 le gouvernement avait fait arpenter l’Augmentation du canton de Kildare dont une partie au nord-ouest du lac Cloutier avait été réservée pour le clergé protestant.

La donation du terrain de l’église

Louise Amélie Panet par W. Berczy père – Musée des Beaux-Arts du Canada

En 1856 William Berczy et Louise Amélie Panet ont fait donation à la Corporation Catholique Romaine Épiscopale de Montréal d’une partie de leur Domaine pour y bâtir une chapelle.

13 novembre 1856 – Acte de donation entre vifs par William Berczy écuyer et son épouse à la Corporation Catholique Romaine Épiscopale de Montréal

Furent présents William Berczy Écuyer et dame Louise Amélie Panet son épouse, Seigneurs de partie de la Seigneurie de Daillebout, résidant en la dite paroisse de Ste-Mélanie de Daillebout et la dite Dame Louise Amélie Panet de son dit sieur époux bien et duement autorisée à l’effet des présentes.

Lesquels considérant les grands avantages que les habitants résidant dans la profondeur de la dite seigneurie de Daillebout retireraient s’il y avait une chapelle d’érigée dans l’endroit central de leur demeure où l’on ferait le service divin et autres cérémonies religieuses comme et autant de fois que Monseigneur l’Évêque Catholique Romain de Montréal le jugerait requis et convenable, ont en conséquence pour faciliter les dits habitants, reconnu et confessé par les dites présentes, avoir fait donation entre vifs, pure, simple et irrévocable et en la meilleure forme que donation puisse se faire et valoir; et pour plus grande validité d’icelles ont promis et promettent solidairement l’un pour l’autre, un d’eux seul pour le tout sous les renonciations requises et de droit, de garantir de tous troubles et autres empêchements généralement quelconques, à sa Grandeur Monseigneur Ignace Bourget, Évêque Catholique Romain du diocèse de Montréal, représentant la Corporation Épiscopale Catholique Romaine de Montréal, autrement dit The Roman Catholic Episcopal Corporation of Montreal tel qu’incorporé par acte passé le 30 mai 1849 chapitre 136; Messire Louis Ignace Guyon, Archiprêtre et Curé de la paroisse de Ste-Elisabeth à ce présent et acceptant donataire pour la dite Corporation, à cet effet autorisé sous le seing privé de sa Grandeur le dit Évêque de Montréal par lettre datée à Montréal, le seizième jour du présent mois laquelle demeurera annexée à la minute des présentes pour y avoir recours au besoin;

à savoir, un terrain à prendre sur le Domaine des dits Sieur et Dame donateurs, de la contenance de deux arpents de large sur six arpents de front borné en arrière par la part de la susdite Seigneurie appartenant à Dame Charlotte Mélanie Panet veuve de feu Louis Lévêsque, Écuyer, en front au nord-est et au nord-ouest par le restant du dit Domaine, pourvu que sur le front le dit terrain ne dépasse pas le chemin actuellement en usage, et au sud-est par une propriété appartenant à Charles Lemire dit Marcelais…

Cette donation, cession, transport et délaissement est fait aux conditions suivantes, savoir:

1- Le terrain ci-dessus désigné est donné pourvu qu’il servira pour le site d’une chapelle ou d’une église, et dans le cas qu’il serait décidé de les déplacer pour bâtir ailleurs le terrain retournera aux dits Sieur et Dame donateurs, c’est à savoir Dame Louise Amélie Panet propriétaire de ce terrain et son époux William Berczy, écuyer, usufruitier d’icelui ou aux hoirs et ayant cause de la dite Dame donatrice. Et si par la suite des temps il arrivait par l’augmentation de la population qu’il serait devenu nécessaire et demandé par le public avec le concours de sa Grandeur l’Évêque d’alors de démembrer la présente paroisse de Ste-Mélanie de Daillebout pour en ériger une autre et pour bâtir une église plus convenable aux circonstances du temps et qu’il serait alors jugé à propos de changer le site où devra se bâtir la chapelle contemplée par le présent acte, les donateurs ci-dessus désignés en leurs qualités respectives, pour faciliter un tel arrangement réserveront pour l’espace et terme de vingt ans, un terrain de douze arpents en superficie sur le lot numéro sept de la côte Berczy dans leur dite Seigneurie…

2- Qu’il sera permis aux dits Sieur et Dame donateurs et aux dits høirs et ayant cause de la dite Dame Berczy, tant qu’il y aura une chapelle ou église sur le terrain ci-dessus donné ou sur celui qui le sera par la suite d’y avoir un banc double à être fait au frais des dits Sieur et Dame donateurs à l’endroit qu’ils choisiront dans la dite chapelle ou église.

3- Qu’il sera réservé une place, au choix des dits Sieur et Dame Berczy, et qui sera désignée dans le cimetière de la dite chapelle ou église pour l’enterrement des membres de leur famille, propriétaires actuels des seigneuries de Daillebout et de Ramezay. Mais comme Monseigneur l’Évêque n’y a point d’objection les dits donateurs désireraient que la dite chapelle soit sous le titulaire de Ste Béatrix.

4- Il est entendu que la chapelle sera commencée l’hiver prochain et terminée aussitôt que possible mais pas plus tard que le cours de dix-huit mois d’aujourd’hui…

Dans L’action populaire du 5 avril 1961 madame Désiré Marion du Comité de Publicité de Ste-Béatrix a publié un historique racontant la construction de la première chapelle de Ste-Béatrix.

A l’évêché de Montréal, M. Hypolyte Moreau, l’un des principaux collaborateurs de Mgr Bourget, prend connaissance de l’acte de donation de M. Berczy, et lui répond que Mgr Bourget refuse d’accepter le terrain en question parce que “certaines conditions ne sont pas acceptables”. Cependant, il espère que les donateurs comprendront les raisons de Mgr Bourget et qu’ils opéreront les changements nécessaires pour que Pacte soit accepté.

Le 6 décembre 1856, M. Berczy bien disposé bien que huguenot (Calviniste), fait ses excuses à Mgr Bourget, et se dit prêt à faire les changements désirés. II plaide la cause des colons qui veulent une chapelle. Il déclare que les colons ont eu connaissance du voyage du curé Guyon, et que depuis ils ont travaillé au défrichement du terrain de la future chapelle.

Mal commencée l’affaire a traîné jusqu’au printemps suivant, en dépit des impatiences du seigneur Berczy. Ainsi, le 19 mars 1857, M. Berczy écrit à l’évêché de Montréal. Il pose d’autres conditions et ajoute que la souscription en faveur de la chapelle a été un succès, et que les matériaux de construction sont déjà sur place. La lettre étant restée sans réponse, le 16 avril 1857, c ’est-à-dire un mois plus tard, M. Berczy adresse une autre lettre. Cette fois, la réponse ne se fit pas attendre. Quatre jours après sa réception, M. Moreau répond que Mgr Bourget accepte les conditions du seigneur et accorde la permission de construire la chapelle. Le nouvel acte de donation sera signé le 29 mai 1857.

A la bonne nouvelle, les colons applaudirent et se mirent à l’oeuvre avec empressement. ils attendaient depuis si longtemps! La chapelle devait avoir 40’ x 30’ avec rond-point de 9 pieds. On comptait 32 bancs en bas. Les bancs des marguilliers et du seigneur étaient fixés au longpan droit de la chapelle. On y avait aménage un petit logement pour le curé à l’étage supérieur en attendant la construction d’un presbytère.

William De Berczy, copie réalisée en 1876 musée McCord
William De Berczy – Musée McCord

Le 26 mai 1857 Louise Amélie Panet Berczy a fait notarier une procuration en faveur de son mari William Berczy pour lui donner pouvoir de faire acte de donation ou tous autres actes qui seront nécessaires pour donner à la Corporation Épiscopale Catholique Romaine de Montréal un terrain à prendre sur le Domaine seigneurial leur appartenant pour y construire une chapelle sous le titulaire de Sainte Béatrix. Les actes notariés par Denis-Emery Papineau n’ont pas été numérisés mais dans son greffe à la date du 29 mai 1857 le nouvel acte de donation a été inscrit.

Le site Patrimoine de Ste-Béatrix donne peu d’informations à propos de l’église de Ste-Béatrix mais on y trouve une galerie de photos commençant par celle-ci montrant la chapelle construite en 1857 avec des paroissiens posant fièrement devant.

Le 26 mai 1857 Norbert Ladouceur, Charles Lemire dit Marsolais, Godfroy Chaput et Jean-Baptiste Jolicoeur cultivateurs de Ste-Mélanie ont emprunté 51 livres au taux de 6% à William Berczy pour payer l’entrepreneur de la chapelle à être bâtie sur le terrain donné par le créancier et son épouse faisant partie de leur Domaine; ils ont donné leurs propriétés en garantie.

Le devis et le marché de construction de la chapelle de Ste-Béatrix ont été conclus le 30 mai 1857 par Louis Lévesque notaire public et l’un des syndics élus avec Joseph Fitzpatrick constructeur de moulins de Kildare. Le devis est détaillé sur plusieurs pages: 49 pieds de longueur inclus le rond-point, 30 pieds de large et 14 pieds de hauteur dans le quarré, bâti pièce sur pièce avec le bois équarri fourni par les syndics tous les autres matériaux devant être fournis par l’entrpreneur à l’exception des bardeaux… Le sanctuaire aura 15 pieds de profondeur dans lequel sera construit un autel simple de bois blanchi à la verloppe de la hauteur convenable pour le service de l’Église…

Un avenant ajouté à l’acte notarié le 14 novembre 1857 et signé par le notaire Louis Lévesque montre que la chapelle a été construite à la satisfaction des syndics selon le marché conclu. Le 14 juin 1859 Louis Lévesque et les syndics de la chapelle ont souscrit une obligation de 25 livres à 10% d’intérêt consentie par Pierre Lévesque arpenteur en engageant les revenus de la chapelle en garantie. Louis et Pierre Lévesque étaient les fils de la seigneuresse Charlotte Mélanie Panet veuve Lévesque.

Le 16 mai 1865 les syndics de la paroisse de Ste-Béatrix ont conclu un marché avec Prosper Champoux menuisier pour la construction d’un presbytère selon le devis annexé à l’acte notarié. Le 20 novembre 1865 le révérend messire Olympe Blanchard curé de Ste-Béatrix et François Beaupré marguillier en charge ont conclu un marché avec Joseph Fitzpatrick mécanicien et entrepreneur de bâtisses publiques pour d’autres travaux à l’église et à la sacristie de Ste-Béatrix selon le devis annexé.

Le 16 avril 1866 Charles Lemire dit Marsolais a vendu à la Fabrique de Ste-Béatrix représentée par son prêtre Messire Olympe Blanchard une partie du lot N°9 du Domaine appartenant à feue Louise Amélie Panet de 99 pieds par 315 bordé par le terrain de la Fabrique.

Pourquoi le nom de Sainte-Béatrix

Louise Amélie Panet et William Berczy avaient mis pour condition à leur donation que la titulaire de la chapelle devrait être Sainte-Béatrix. Leur demande était singulière et il est étonnant que Monseigneur Bourget l’ait acceptée. Mgr Bourget refuse d’accepter le terrain en question parce que “certaines conditions ne sont pas acceptables”. À mon avis il aurait préféré le nom Béatrice au nom Beatrix à consonnance anglophone et les donateurs ont dû insister.

Béatrice de Rome (ou Béatrix) ( ? – 304) est une sainte chrétienne couramment appelée en français sainte Béatrice (en latin : Sancta Beatrix). On trouve aussi la forme savante Béatrix, et la forme populaire Viatrix (voyageuse, du latin viator : voyageur, messager). Martyrisée sous l’empereur Dioclétien en 304 à Rome, elle est fêtée par l’Église catholique le 29 juillet.

Charles-François Lévesque fils aîné de Charlotte Mélanie Panet avait épousé Mary Jessy Morrison en 1843 et son épouse est décédée tragiquement peu après en donnant naissance à leur fille Marie Jessy Beatrix. Dépressif à la suite de ce deuil Charles-François s’est suicidé à Ste-Mélanie en 1859. Les époux Berczy n’avaient pas d’enfant et leur petite-nièce Beatrix devait leur être chère. Cette explication du nom choisi par les donateurs semble être la plus plausible.

Lire: Charles Lévesque, poète maudit de Sainte-Mélanie

Le poète Charles Lévesque de Ste-Mélanie de D’Aillebout avait fait publié en 1857 un poème en hommage à son oncle le colonel de la milice canadienne William Berczy.

La Minerve 23 mai 1857

Charlotte Mélanie Lévesque possédait les terres voisines du Domaine Berczy et elle a aussi fait donation de terrain pour la fondation de la paroisse de Ste-Béatrix. Le 14 janvier 1863 Charlotte Mélanie Panet veuve Lévesque a donné à la Corporation Catholique Romaine Episcopale de Montréal une terre de la concession Bois Lévesque de la paroisse Ste-Béatrix de 4 arpents sur 15 bordée par la propriété de demoiselle Marie Jessy Béatrix Lévesque sa petite-fille, par la 1ère concession Jolimont, par le lot 5 de la 2ème concession Balbec. Dans l’inventaire des biens de Charlotte Mélanie fait après son décès en 1872 on lit que pour honorer ses legs elle avait autorisé ses héritiers à vendre, entre autres, 300 arpents au nord de la rivière l’Assomption dans la paroisse Ste-Béatrix, un terrain de 130 arpents situé au sud de la rivière à Ste-Béatrix bordé par le lac Cloutier, un autre terrain de forme irrégulière au bord du lac Cloutier, un terrain de 70 arpents connu sous le nom de Bois-Lévesque.

Le 3 août 1850 le frère de Charles-François, l’arpenteur Pierre Lévesque, a épousé Cecilia Ann Francis Cuthbert fille de James Cuthbert second seigneur de Berthier. La mère du premier seigneur de Berthier s’appelait Beatrix Cuthbert et une de ses filles a aussi été prénommée Beatrix; elle était la tante de Cecilia.

La fondation du village de Sainte-Béatrix

Sur cette carte dessinée par l’arpenteur du gouvernement Joseph Bouchette fils en 1858 on voit les villages de Ste-Mélanie, de De Ramzay, un hameau nommé D’Aillebout, le premier emplacement du village de St-Alphonse, le village de Dixon’s Corner devenu Ste-Marcelline. Le Domaine sur la décharge du lac Cloutier est marqué sous le côteau Amélie mais il n’y avait pas encore de village à Ste-Béatrix. La bande de terre appartenant à Charlotte Mélanie Lévesque au nord de la Côte Monte à Peine n’avait pas encore été lotie.

La municipalité de Ste-Béatrix a été constituée civilement en 1864 et en 1868 le maire était J.D. Flamand. Dans cet avis il demandait des soumissions pour la construction d’un pont sur la rivière de l’Assomption, le pont des Dalles.

La Gazette de Joliette, 8 octobre 1868

La succession de Louise Amélie Panet Berczy

Louise Amélie Panet est décédée le 24 mars 1862 et le règlement de sa succession a été compliqué. Le 25 février 1863 William Berczy usufruitier de la succession de son épouse Louise Amélie a vendu à Joseph Desrosiers dit Lafrenière un lot de forme irrégulière N°9 de la Côte Berczy et un autre attenant dans la Côte Emmanuel. Ces lots se trouvaient au nord de la concession faite en 1850 à Marie Anne Panet dans la Côte Berczy.

Le 1er octobre 1863 Charlotte Mélanie veuve Lévesque a donné procuration à son frère Pierre Louis pour régler le partage de la succession de Louise Amélie avec William Berczy. Le partage a été fait le 16 octobre devant le notaire Denis-Emery Papineau. Il y a eu des contestations et le gouvernement a légiféré pour autoriser William Berczy à disposer des propriétés héritées de son épouse. Attendu qu’il existe des doutes au sujet du droit, par le dit William Berczy, ainsi que ses successeurs usufruitiers, de vendre certaines terres formant partie du ci-devant domaine de la seigneurie de Daillebout, appartenant à la dite feur Dame Louise Amélie Panet…

Le 11 novembre 1864 Charlotte Mélanie a donné une procuration à William Berczy pour pouvoir disposer des terres de la succession de Louise Amélie qui faisaient autrefois partie du Domaine de la Seigneurie de Daillebout. La procuration concerne plus particulièrement des terres de Sainte-Mélanie où se trouvait le manoir Panet mais un des points mentionne un lopin marqué B dans le cadastre de 45 à 50 arpents entre la décharge du lac Cloutier et la 2ème concession Jolimont.

William Berczy a ensuite vendu de nombreuses terres comme procureur de la succession de Louise Amélie son épouse. Les actes notariés disent qu’il agissait selon le testament olographe de Louise Amélie son épouse, avec une procuration de Pierre Louis Panet et de Charlotte Mélanie veuve Lévesque qui étaient aussi légataires de Thérèse Eugénie Panet (Abbott).

La vente du Domaine Seigneurial

Le 7 octobre 1871 William Berczy a vendu à Charles Arpin et Hormidas Piquette au nom de la succession de son épouse Louis Amélie une terre de 400 arpents avec un moulin à scie bornée au nord-ouest par le lot N°1 du Côteau Amélie, au sud par les 1ère et 2ème concessions Jolimont, les terres de l’église (de Ste-Béatrix) et la terre de Charles Lemire dit Marsolais, etc. avec réserve d’un emplacement appartenant à la municipalité scolaire de Ste-Béatrix. Une convention annexée à l’acte précise que Joseph Mireau fils était reconnu comme le fermier du Domaine de William Berczy.

Le même jour Charles Arpin et Hormidas Piquette ont revendu à Joseph Mireault fils une partie du Domaine de 50 arpents en superficie tenant à Joseph Mireault père, au sud-ouest à la décharge du lac Cloutier, au nord-est à la rivière de l’Assomption et des autres côtés aux vendeurs, sans bâtisse. La dite terre est maintenant tenue en franc aleu roturier.

Le 22 septembre 1873 Charles Arpin et Hormidas Piquette ont vendu à Joseph Peltier un terrain faisant partie du Domaine de Mr. Berczy à la décharge du lac Cloutier longeant le terrain de la Fabrique de Ste-Béatrix avec un moulin à scie et son pouvoir d’eau. Le 12 mars 1877 Joseph Peltier cultivateur de Ste-Béatrix a vendu à Charles et Sinai Peltier ses frères une terre de 64 arpents en superficie à la décharge du lac Cloutier tenant à Louis Lévesque bâtie d’un moulin à scie y compris le pouvoir d’eau faisant partie du terrain des nommés Arpin et Piquette.

William Berczy est décédé le 9 décembre 1873. Le 27 décembre 1875 à la requête de Marie-Louise Panet (Lamothe) et de Louis Lévesque l’inventaire des biens de la succession de feue Dame Louise Amélie Panet, épouse de feu William Berczy a été fait; il ne restait plus de terre dans le Domaine Seigneurial de Ste-Béatrix dans ses propriétés.

Immeubles – Terres non concédées de la côte Emmanuel 3.508 arpents – Lots dans la 6ème concession de Daillebout – Manoir, terres et dépendances de M. et Mme Berczy (manoir Panet) – Pouvoir d’eau sur les lots N°28 et 29 de la 1ère concession – Partie du moulin à farine et à scier sur la Pointe-Ennuyante – Mobilier corporel à la Pointe-Ennuyante – Partie de la Seigneurie Daillebout (rentes) – Terrain en la cité de Montréal.

Un bill privé a encore été promulgué par le gouvernement du Québec en 1874 pour autoriser Marie Louise Panet, fille de Pierre Louis décédé, à vendre des biens hérités de Dame Louise Amélie Panet épouse de feu William Berczy.

Gazette officielle du Québec, 7 novembre 1874

Le plan officiel de la paroisse de Ste-Béatrix en 1884 montre que tous les lots du Domaine de William Berczy avaient été divisés et concédés. Autour du noyau villageois en formation on voit les terres de Sinai Pelletier, Charles Arpin, Hormidas Piquette et Godefroy Lemire.

En agrandissant le plan on voit les subdivisions de lots le long de la rue principale en face de l’emplacement de l’église dans le nouveau village. Le moulin à scie de Sinai Pelletier devait se trouver entre le petit lac et le village.

En 1899 Adélard Laurent a vendu à Alexis Rivet des terrains dans Ste-Béatrix, lots 257 à 260, avec un moulin à cardes, un moulin à farine et un moulin à scie avec le privilège du pouvoir d’eau. Ces lots correspondent au centre du village, c’est à peu près le site du moulin à scie construit pour William Berczy.

Les photos du site Patrimoine Sainte-Béatrix

Patrimoine Sainte-Béatrix est un organisme à but non-lucratif, célébrant le patrimoine vivant, culturel & historique du village. Le site internet donne des informations à propos de l’orgue Brodeur de l’église, le Couvent, le Cimetière, des vidéos… Mais il n’y a pas d’historique de l’église de Sainte-Béatrix.

Il y a quand même une galerie de photos qui n’est pas accessible directement mais qu’on finit par trouver grâce aux moteurs de recherche. C’est peut-être volontaire car certaines photos semblent anachroniques. La première est une très belle photographie de la chapelle construite en 1857 avant l’ajout du clocher.

La chapelle de 1857

La seconde photo datée de 1868 montre une église en pierre. Au-dessus du portail on voit la date de 1859 inscrite sur une plaque. Mais il me semble que cette photo ne représente pas du tout l’église de Ste-Béatrix; en 1868 c’était encore une chapelle en bois.

L’église de Ste-Béatrix en 1868

Selon sa légende la photo suivante représente l’église en 1893 après l’ajout d’un clocher. Elle semble être en pierre ou en brique.

Église de Ste-Béatrix en 1893

Les photos suivantes montrent une église complètement différente de la précédente et qui ne ressemble pas du tout à l’église de Ste-Béatrix actuelle. Selon la documentation trouvée dans les archives du diocèse l’église a été reconstruite en 1885-1887 et sa façade a été refaite en 1902.

Église de Ste-Béatrix en 1903
Église de Ste-Béatrix en 1903
Écoliers sur le perron en 1910
Église avec le cimetière en 1930

L’église de Sainte-Béatrix, historique

Selon les archives du diocèse et les publications du patrimoine du Québec la chapelle de Sainte-Béatrix a été remplacée entre 1885 et 1887 par l’église actuelle. En 1902 elle a été agrandie et réparée, la façade a été reconstruite en brique et en pierre sur un nouveau plan. Le corps de l’église avait alors été allongé de 30 pieds.

Histoire du diocèse de Joliette et de ses paroisses
L’Étoile du Nord, 7 août 1902

Vers 1955 d’autres réparations ont été faites au jubé et au choeur, la peinture intérieur a été refaite. En 2004 des vitraux créés par Cosgrove et Potvin ont été installés dans les fenêtres de la façade. (Patrice Potvin et John A. Cosgrove verriers à Ste-Béatrix)

Histoire du diocèse de Joliette et de ses paroisses

Le site du Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec raconte aussi que l’église actuelle a été construite en 1885-1887 mais il ne donne aucun détail. La photo qui illustre l’église montre la façade en brique et des fils électriques; il ne semble pas y avoir de vitrail en façade.

L’église actuelle est très différente de celle illustrée dans la galerie de photos publiée par Patrimoine Ste-Béatrix. La façade a été complètement refaite et simplifiée, toutes les décorations ont disparu.

Sur le site Inventaire des lieux de culte du Québec on trouve la même photo de l’église avec quelques détails sur son architecture intérieure et son orgue ayant probablement été construit par Eusèbe Brodeur.

Intérieur de l’église de Ste-Béatrix – Photo Mario Groleau (Flickr)

Le centenaire de Sainte-Béatrix en 1961

En 1961 le journal L’Étoile du Nord a publié un supplément souvenir de 8 pages à l’occasion des célébrations du centenaire de Sainte-Beatrix. Ce centenaire célébrait la nomination du premier curé résident et l’érection canonique de la paroisse en 1861, pas la constitution civile de la municipalité en 1864.

Un historique des travaux faits à l’église depuis 1955 a été fait mais il n’y a pas d’information sur les travaux faits entre 1857 et 1955. En 1955 la façade a été refaite et un perron en béton armé a été construit. C’est sans doute à cette date que l’aspect de l’église a complètement changé.

Le supplément souvenir du centenaire donne d’autres informations diverses.

La première chapelle ouverte au culte public fut construite an 1857 et fut bénite par le curé Jeannotte de Ste-Mélanie, en novembre de la même année. La paroisse fut ainsi desservie par voie de mission jusqu’en 1861, date de la nomination du premier curé résident, M. l’abbé Ménard, et de l’ouverture des régistres de la paroisse.

En 1861 monseigneur Ignace Bourget avait visité la chapelle de Ste-Béatrix. Voici un résumé de l’ordonance de sa visite:

Nous avons vu et approuvé les comptes de cette chapelle, tenus par les syndics depuis mil huit cinquante-sept qu’elle a été bâtie jusqu’à ce jour. Nous ordonnons que l’on fasse un solage qui la consolide et la mette a l’abri du froid: qu’il soit fait une allonge à la sacristie pour servir de logement un futur curé; que l’on procède à l’érection canonique de cette mission, en paroisse régulière; que l’on pourvoie l’église de tous les ornements nécessaires au culte divin et à l’administration des sacrements; que les registres soient ouverts.

En 1864 monseigneur Bourget a autorisé la construction d’un presbytère alors que le premier curé vivait dans une allonge de la sacristie de la chapelle depuis 1861.

Curieusement le souvenir du moulin à scie construit par William Berczy à l’emplacement du village avait été oublié lors du centenaire de 1961. Il n’y avait pas de moulin à scie donc pas de planches.

Il y a pourtant eu des moulins construits dans le centre du village et au moins un autre moulin à scie à vapeur avec une machine à bardeaux près de la rivière de l’Assomption à Ste-Béatrix.

La Gazette de Joliette, 25 février 1887

L’acquisition de l’église de Sainte-Béatrix par la municipalité

En 1981 la fabrique de la paroisse de Ste-Béatrix et les héritiers de la succession de William Berczy et de dame Louise-Amélie Panet étaient encore en procès à la Cour Supérieure du Québec.

Le devoir, 30 janvier 1981

En 2016 dans une autre poursuite la Cour supérieure du Québec a ordonné à la municipalité de Saint-Béatrix de réintégrer la Fabrique dans les locaux de l’ancien presbytère.

Puis en 2022 l’église de Sainte-Béatrix a été mise en vente par la Fabrique suite à des enjeux de maintien. Des pourparlers sont en cours avec des acheteurs potentiels, et la municipalité étudie des projets de reconversion réalistes pour ce bâtiment. La propriété comprend un terrain de près de 25.000 pieds carrés. C’est finalement la municipalté de Sainte-Béatrix qui a acheté l’église pour la transformer en lieu de Culture en 2025.

Pour le dossier de l’église, au moment où j’écris cet article, tout est réglé. Nous attendions un jugement qui est enfin arrivé. Il ne reste donc qu’à signer le contrat notarié et procéder à la prise de possession. Nous ferons l’annonce de la fin de cette transaction, qui aura duré presque six ans. Pour la suite, tel que convenu, un comité bien structuré sera formé (à suivre).

Mot du maire, mars 2025 – Journal Les Tourelles

Maintenant que la municipalité de Sainte-Béatrix a acquis son église paroissiale pour en faire un lieu de culture il serait pertinent d’en faire un historique complet.

Pour faire de la place pour la tenue de certains événements, la municipalité doit se départir de quelques bancs d’église. 100$ chacun, qu’il soit petit ou grand. Des Prie-Dieu sont également en vente pour 10$ chacun, ou gratuit avec un banc – Facebook 14 octobre 2025

Municipalité de Ste-Béatrix

Les photos anciennes de Sainte-Béatrix sur le site des archives du Québec sont rares, en voici deux particulièrement belles.

Vallée de l’Assomption au nord ouest de Sainte-Béatrix – BANQ
Rivière L’Assomption: vue du Pont-rouge près de la maison de Jos. Champagne à Sainte-Béatrix – BANQ

Dans le cahier du centenaire on trouve une reprodution de la photo de la chapelle de 1857 qui n’est pas claire mais qui n’est pas coupée dans le bas.

Carte du Québec

2 réflexions au sujet de “L’église et le village de Sainte-Béatrix”

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