La protection du patrimoine: mon expérience

La loi québécoise sur les biens culturels date de 1972. Dans le dernier document récapitulant les statuts publié par le ministère de la Culture en 2005 on lit: la Loi prévoit un certain nombre de dispositions qui permettent au gouvernement du Québec, au ministre de la Culture et des Communications et aux autorités locales d’identifier et de protéger le patrimoine québécois, tout en respectant les droits de ceux qui en ont la propriété, la garde ou l’usage.

Les administrations nous font de belles présentations pour nous faire part de leurs intentions; en lisant ce document on pourrait penser qu’un citoyen qui signale une découverte historique recevra du soutien et des remerciements.

Les municipalités peuvent, elles aussi, protéger des immeubles ou des lieux en vertu de la Loi sur les biens culturels. Elles peuvent, de leur propre initiative ou à la demande des citoyens, identifier et protéger des biens présentant un intérêt patrimonial à l’échelle locale ou régionale.

Les citoyens ont un rôle de premier plan à jouer dans la protection du patrimoine, que ce soit parce qu’ils détiennent des biens culturels, ou parce qu’ils s’adressent à leur municipalité ou à la direction régionale du ministère de la Culture et des Communications pour demander qu’une protection soit attribuée à un bien qu’ils jugent d’intérêt patrimonial. Les citoyens sont des acteurs indispensables dans la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine et peuvent œuvrer autant sur le plan de la conservation que sur celui de la sensibilisation.

Voilà pour la théorie, voyons maintenant en pratique.

Les moulins de la fondation de Chertsey

Ayant découvert que j’habitais sur le site de 2 moulins datant de la fondation de Chertsey j’ai commencé en 2017 à en dégager les vestiges et à faire des recherches historiques. J’ai avisé la municipalité pour avoir du soutien puisque ces vestiges font partie de son patrimoine. En 2018 j’ai continué mes fouilles archéologiques. Comme je commençais à observer des éléments inhabituels pour des moulins datant de 1856 j’ai cherché de l’aide: j’ai adhéré à la Société d’Histoire de Joliette et à l’Association des Moulins du Québec. Personne n’est jamais venu m’aider.

À la fin de l’été 2018 j’ai présenté une exposition de photos historiques et d’objets trouvés pendant mes fouilles lors des Journées de la Culture à l’église de Chertsey. Pourtant jamais aucun responsable de la municipalité n’est venu voir le site. Au printemps 2019 comme j’insistais encore la municipalité m’a finalement envoyé l’inspecteur en environnement: aucun intérêt pour le patrimoine de Chertsey!

Un site amérindien millénaire

Depuis des années j’observe des éléments très inhabituels dans le secteur des chutes de la rivière Jean-Venne. Ce printemps j’ai communiqué avec le musée d’archéologie du Québec à Pointe-du-Buisson en leur envoyant quelques photos pour essayer d’avoir des explications.

Conservation du patrimoine

La réponse immédiate a été que je suis en infraction puisque je fais des fouilles archéologiques sans permis. On m’a indiqué la procédure: faire une déclaration de découverte archéologique en utilisant le formulaire officiel du ministère. Ce que j’ai fait le 14 juin.

Quelqu’un du ministère m’a ensuite téléphoné pour me dire que je ne devais plus rien toucher mais que je pouvais documenter ma découverte. C’est ce que j’ai fait durant l’été. J’ai publié ces recherches en pensant que quelqu’un au ministère les lisait. En raison de la pandémie je comprenais que les services étaient désorganisés, j’ai fait mon possible en attendant.

Au bout de 2 mois j’ai voulu savoir si il y avait un suivi; voici la réponse:

En fait personne ne lisait ma documentation. Le Ministère de la Culture n’a pas les ressources nécessaires pour faire son travail!

Comme le responsable de la Culture de la municipalité de Chertsey attend l’avis du Ministère pour faire quoique ce soit, rien ne bougera à moins que j’en fasse un scandale public. Je préfère m’abstenir. J’ai fait mon devoir de bon citoyen en signalant mes observations mais je n’ai pas besoin qu’on vienne confirmer mes suppositions. Je vais continuer à rêver que je vis sur un site amérindien millénaire. C’est bon pour mon mental et tant pis pour les autres si ça ne les intéresse pas.

Je ne tiens pas spécialement à ce que mon terrain devienne une attraction touristique de toute façon.

en respectant les droits de ceux qui en ont la propriété, la garde ou l’usage.

J’ai passé un bel été à faire des découvertes fabuleuses. Mais je me sens quand même un peu frustré à l’automne. La protection du patrimoine du Québec dépend de plus en plus du travail des citoyens puisque les gouvernements n’ont pas les ressources nécessaires (l’intérêt) pour s’en occuper. Il faudrait les respecter.

On m’a d’abord dit que j’étais un criminel puis on m’a demandé de documenter ma découverte. J’ai fait bénévolement des recherches sur le terrain que j’ai longuement documentées dans des articles illustrés pour informer les responsables et les aider dans leur travail. Mais personne ne s’occupait de mon dossier en réalité.

J’ai décidé de protéger mes recherches en attendant que le Ministère se décide à faire son travail. Il faudra bien que quelqu’un vienne voir sur place un jour! Et tant qu’un expert ne confirmera pas mes observations mes articles ne sont que les suppositions de quelqu’un qui a de l’imagination.

Comme en plus je suis en infraction, tous ces articles et ces photos sont des preuves incriminantes contre moi-même. Je suis un archéologue amateur sans permis, un criminel.

3 réflexions au sujet de “La protection du patrimoine: mon expérience”

  1. Salut Guillaume,
    Je comprends ton désarroi avec tous les efforts que tu déploies à mettre le patrimoine en valeur. Malheureusement, le Québec est mal nanti quand il est question de protection de son héritage, sauf s’il est économique. D’ailleurs, c’est la déraison économique qui suscite ce peu d’investissement en la matière. Par ailleurs, ça intéresse qui le patrimoine? C’est possiblement l’histoire (pouvoir anglophone, clergé) qui motive le québecois à faire table rase de son passé et à ne se tourner que vers l’avenir. Cependant, il est difficile de savoir qui l’on est si l’on ne veut pas savoir d’où l’on vient. Je regarde les peuples africains, asiatique, etc. qui honorent et sollicitent leurs anciens alors qu’ici, les anciens sont parqués dans des endroits où ils ne servent plus à rien ou presque et où leur encyclopédie personnelle devient obsolète, caduque. La société occidentale vit mal avec la vieillesse.
    Mais ne désespère pas, à force de persévérance, une personne avisée en matière d’archéologie et d’histoire te rendra t-elle visite, fût-elle du gouvernement ou du monde civil. En attendant, si tu déplaces une pierre, regarde bien dans les arbres et dans le ciel et assure-toi que Big brother ne soit pas là à te surveiller…

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    • Ce qui est frustrant c’est la différence entre la Com des administrations et la réalité. Si on s’informe sur le site de la municipalité de Chertsey pour s’y installer on nous dit que c’est une municipalité écologiste où on trouvera une foule d’activités récréatives et culturelles à faire. En réalité on doit se battre contre les VTT et personne ne s’occupe de la culture ni des sentiers de randonnée…

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  2. Salut Guillaume,

    Quand je t’ai rencontré ce printemps lors d’une de mes nombreuses marches COVID CONFINEMENT quotidiennes, tu semblais tellement enthousiasmé par ton projet.

    En lisant ton article je me rends compte que tes attentes ont été longues et infructueuses pour l’instant. Tu travailles fort et avec passion. Je pense comme Serge. Il faut garder espoir!

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