Catégorie: Histoire de Lanaudière
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Louis-François-Georges Baby collectionneur et mécène

En 1905 l’Honorable Louis-François-Georges Baby ancien maire de Joliette, ministre fédéral et juge à la Cour Supérieure a rédigé son testament chez son notaire à Joliette. Il y a fait de nombreux dons à sa famille et à des communautés religieuses. Il a surtout lègué à l’Université Laval de Montréal une précieuse collection de documents sur l’histoire du Canada, et au Collège de Joliette une partie de sa bibliothèque. Il avait été un des fondateurs de la société historique de Montréal et du musée du château Ramezay, un collectionneur et un mécène.

Louis-François-Georges Baby

Georges Baby a été membre fondateur de la Société historique de Montréal, de la Société d’archéologie et de numismatique de Montréal qu’il a présidée de 1884 à sa mort, de la Natural History Society of Montreal, de l’Institut canadien-français, de la Literary and Historical Society de Québec ainsi que de plusieurs sociétés d’histoire à l’étranger.

L’avocat Georges Baby vers 1860 par Livernois

La ville de Joliette a commémoré la mémoire de Louis-François-Georges Baby en nommant une rue et un pont en son honneur. Le guide toponymique indique qu’il a été maire suppléant en 1864 dans le premier conseil municipal de la nouvelle Corporation de la Ville de Joliette puis maire, député fédéral de Joliette, ministre et juge.

Au Québec Georges Baby est surtout reconnu pour le legs qu’il a fait à l’Université Laval de Montréal. La collection Baby a été officiellement inscrite au Registre des biens culturels par le ministère de la Culture en 2007, un classement rare pour une collection de documents historiques.

Le testament de l’Honorable juge Georges Baby

Le testament de l’Honorable Georges Baby juge en retraite de la Cour du Banc du Roi, ancien ministre de la Puissance du Canada, curateur du Conseil privé de sa Majesté, a été rédigé en présence de deux notaires, J.P.O. Guilbault et D. Désormier le 17 octobre 1905 à Joliette. Il est décédé peu après le 13 mai 1906.

La BANQ a numérisé ce long document manuscrit et a ajouté une retranscription dactylographiée qui en facilite la lecture. Je veux mourir dans la sainte religion catholique, apostolique & Romaine, suppliant Dieu d’avoir pitié de mon âme, de me pardonner (mes) nombreuses fautes. Il a demandé à être inhumé dans le cimetière de Joliette à côté de son épouse.

Les époux Baby n’avaient pas eu d’enfants et Georges Baby a légué ses biens à ses soeurs, cousines, neveux et nièces, à des amis et à des communautés religieuses. À ses soeurs Marie-Louise et Cécile Baby une rente viagère de 900 et 700 piastres, à sa cousine Hermine de Salaberry une rente de 200 piastres; au curé de St-Charles-Borromée une somme de 100 piastres, 50 pour ses pauvres et 50 pour faire chanter des grand-messes; à Mgr Bruchési pour sa cathédrale 500 piastres; etc.

Il a ensuite fait des legs à ses filleuls, à des amis, à des chanoines de la cathédrale de Montréal, aux petites soeurs des pauvres, aux soeurs du Saint-Esprit, aux soeurs de la Providence de Montréal, 1.000 piastres à l’université Laval de Montréal. À la Corporation Épiscopale de Joliette 4.000 piastres dont une partie devra servir à acheter une 5ème cloche pour la cathédrale, plus grosse que les autres. Suivent des legs importants à des communautés religieuses établies à Joliette. 1.500 piastres aux soeurs de la Providence, 1.000 à la communauté du Précieux Sang, 3.000 aux clercs de St-Viateur.

Le legs au collège des clercs de St-Viateur avait pour condition que 2 enfants portant le nom Baby pourraient y être instruits gratuitement à perpétuité.

Je donne et lègue aux Révérendes Soeurs dites de la Providence, l’immeuble que j’occupe comme résidence d’été, et connu sous le nom de Ranville sur la rue Manseau en la ville de Joliette… L’école Bonsecours a été ouverte dans la résidence Ranville le 2 septembre 1907 peu après son décès.

Les soeurs avaient défense absolue de vendre ou disposer de l’immeuble. En 1930 un nouveau bâtiment a été construit et renommé École Baby puis en 1971 l’immeuble a été acquis par la ville de Joliette pour y installer l’hôtel de ville après que le gouvernement du Québec ait adopté une loi spéciale pour l’autoriser (voir plus bas).

Le legs à l’Université Laval de Montréal

Georges Baby est aujourd’hui surtout reconnu pour le legs important qu’il a fait à l’Université Laval de Montréal.

Je donne et lègue à l’Université Laval à Montréal toute ma bibliothèque historique composée d’ouvrages Canadiens ou traitant sur le Canada en particulier ou sur l’Amérique en général. Comme cette collection de livres souvent très connus est d’un grand prix, j’impose à cette donation la construction d’un édifice à l’épreuve du feu pour recevoir ces livres.

Georges Baby a aussi légué à l’université tous ses manuscrits et cartables, 2 médailles d’or présentées à Ludger Duvernay à sa sortie de prison en 1832 et 2 tabatières en argent.

Mes livres français, outre ceux que je viens de léguer à la dite Université Laval de Montréal, je les lègue au collège Joliette, et ceux de langue anglaise, je les lègue à la Société de Numismatique et des antiquaires de Montréal.

Les autre legs particuliers

Le juge Baby avait rassemblé une importante collection d’argenterie, orfèvrerie et autres trésors qu’il a partagée entre les membres de sa famille et des amis. Son argenterie devait être pesée et distribuée; il y avait 3 madones, la croix de St-Louis de son ancêtre Tarieu de Lanaudière, une Bible pour l’Université Laval, des horloges, des montres, etc.

Le juge Baby a pris ses précautions pour que les membres de sa famille ne contestent pas son testament. Il affirme ne rien devoir à ses soeurs Marie-Louise et Cécile qu’il a habillées, éduquées, logées pendant 40 ans. Son frère Alfred demeurant en Californie est explicitement exclus de la succession.

Sa biographie dans Les anciens du Séminaire de Joliette

L’Hon. G. Baby vers 1890 – BANQ

Dans le livre de J.-A. Charlebois Les Anciens du Séminaire on trouve une courte biographie de Louis-François-Georges Baby né à Montréal en 1832. Admis au Barreau en 1857 il s’était établi à Joliette. Élu député fédéral conservateur en 1872 il a ensuite été ministre sous John A. MacDonald puis nommé juge.

M. Baby descendait en ligne directe de M. François Baby, né le 4 octobre 1733 à Montréal, et élève des Jésuites à Québec. M. François Baby épousa en cette ville, le 27 février 1786, Marie-Anne Tarieu de Lanaudière, fille de feu l’honorable Charles-François Tarieu de Lanaudière…

L’honorable juge Louis-François-Georges Baby mourut à Montréal le 13 mai 1906, à l’âge de 74 ans. Une cérémonie funèbre eut lieu à la Basilique de Montréal, le 15, sous la présidence de Mgr Racicot, évêque de Pogla. La magistrature et le barreau y furent presqu’au complet et une foule considérable assista à ce premier service. Le 17, jour des funérailles et de l’inhumation à Joliette, Mgr Archamheault officia en présence des autorités et de toute la population.

Le décès de l’Honorable Juge Baby

L’Étoile du Nord, 17 mai 1906

Le doyen des antiquaires canadiens, le juge Georges Baby vient de mourir à Montréal. Il était vraiment le gardien des vieilles traditions canadiennes… Très Français, plus Canadien encore.

Paris-Canada, juin 1906

La collection Baby bien culturel du Québec

La collection Baby a été officiellement inscrite au Registre des biens culturels par le ministère de la Culture et des Communications du Québec le 15 février 2007. Rarement accordé à un ensemble d’imprimés et d’archives, le classement est le statut le plus important que peut se voir décerner un bien culturel.

Un article de Eric Bouchard dans la revue Cap-aux-Diamants raconte l’histoire de l’éparpillement de la collection: Le catalogue manuscrit de la bibliothèque du juge Baby témoin de l’oeuvre d’une vie.

Donnée à la condition d’être abritée dans un édifice à l’épreuve du feu, elle a dû attendre l’ouverture de la Bibliothèque Saint-Sulpice en 1915 pour qu’elle puisse recevoir un premier traitement documentaire. Elle sera ainsi peu à peu mise à la disposition du public chercheur… Fin des années 1960, cette collection générale est partagée dans l’ensemble du réseau des bibliothèques de l’Université de Montréal que nous connaissons aujourd’hui. L’éparpillement de la Collection Baby est alors quasi total. Il faudra attendre la création du Service des collections particulières en 1971 et l’inauguration de la salle Baby en 1975 pour que les ouvrages qui demeuraient toujours identifiés comme étant rattachés à la bibliothèque du juge Baby soient de nouveau rassemblés. Cependant, on remarque bien vite que la collection ne correspond plus au catalogue sur fiches hérité de Saint-Sulpice.

Au final, l’Université de Montréal semble avoir conservé la plupart des titres contenus dans le catalogue. Ils sont simplement non liés à la Collection. Et dans ce cas de figure se retrouvent nombre de brochures non reliées, des documents officiels et les périodiques canadiens qu’avait pu rassembler le juge Baby. Manquent aussi à la Collection les titres qui relèvent de la littérature canadienne, ainsi que de la littérature scientifique. On aurait malencontreusement réduit la Collection Baby à sa seule portion de nature spécifiquement historique. On le constate, Louis-François-Georges Baby avait une conception très large de sa bibliothèque historique ou canadienne, tendant à y faire entrer tout ce qui se publiait au pays comme source d’information utile.

L’Hon. juge Baby vers 1870 – BANQ

La collection Baby de l’Université de Montréal

La collection Baby a été en partie numérisée par l’Université de Montréal. Voici la présentation qui en a été faite:

De 1884 à sa mort, Georges Baby préside entre autres organismes s’intéressant à l’histoire, la Société d’archéologie et de numismatique de Montréal, qui lui doit en partie son Musée du Château Ramezay… Le juge Baby accumule une des plus riches collections de son époque. À son décès en 1906, il lègue à l’Université de Montréal une collection de documents d’archives, de livres rares, d’estampes et de gravures. La collection Louis-François-Georges-Baby est l’une des plus importantes au Québec. Sa notoriété provient de son unicité et de la richesse de ses archives et de ses imprimés. Les archives de la collection constituent une des sources les plus riches pour étudier l’histoire du Québec de la période de la Nouvelle-France au début du XXe siècle.

Les documents de la collection sont très divers, plusieurs concernent la famille de Lanaudière et Barthélémy Joliette. Par exemple l’original de la commission de notaire public de B. Joliette par le gouverneur Craig du 3 octobre 1810.

Dans cette lettre à son oncle (?) datée de L’Industrie 4 décembre 1858 G. Baby donne des nouvelles de son pauvre père vivant à Durham Leads à qui la fortune était peu favorable. Il semble que celui-ci souffrant d’une dépendance à l’alcool avait dilapidé la fortune familiale.

Cette vue du pont du chemin de fer allant du village d’Industrie à Rawdon qui avait été construit vers 1852 montre l’église du village d’Industrie et les 2 manoirs des seigneurs Joliette et Loedel.

Le pont du chemin de fer du Village de L'Industrie à Rawdon (Coll. Baby)

Une procuration des Amateurs de Joliette à Georges Baby pour l’achat de pièces dramatiques du 22 avril 1866 est un exemple de la diversité des documents.

L’Honorable Juge Baby avait été nommé président honoraire du Comité du Monument Joliette érigé au parc Renaud en 1902. Il a conservé tout un dossier concernant l’attibution des contrats aux sculpteurs et les discours prononcés lors de l’inauguration.

Robert de Roquebrune dans Testament de mon enfance raconte que quand Georges Baby venait rendre visite à sa famille au manoir de L’Assomption son père serrait ses documents historiques familiaux sous clef pour ne pas se les faire voler par le juge Baby.

Testament de mon enfance – R. de Roquebrune

Les legs aux Clercs de Saint-Viateur

En 1885 il y avait un musée au Séminaire des Clercs de St-Viateur de Joliette présentant entre autres des médailles et des monnaies. Dans son testament le juge Baby a seulement légué sa bibliothèque de livres français au collège Joliette mais plusieurs articles historiques mentionnent qu’il lui aurait aussi donné une collection de monnaies et médailles. Dans le dictionnaire biographique du Canada on lit: il constitue l’une des plus belles collections de médailles et de monnaies au Canada qu’il lègue au collège Joliette. Il a sans doute fait ce don avant de rédiger son testament.

Baby fut un collectionneur passionné d’histoire et amateur d’art. Sa collection, d’une ampleur considérable, comprenait des documents historiques, des livres, des tableaux, des gravures, des plans, des monnaies, des médailles ainsi que des objets ethnographiques. Elle fut léguée, selon ses dernières volontés, au Collège de Joliette, à la Société d’archéologie et de numismatique de Montréal qu’il présida de 1884 à son décès ainsi qu’à l’Université Laval à Montréal qui hérita de plus de 20 000 documents d’archives et de 3 400 livres rares, estampes et autres documents.

Collections particulières et collectionneurs à Montréal au XIXe siècle

L’action populaire, 5 octobre 1933

Je me suis renseigné auprès de Musée d’Art de Joliette qui a hérité des collections des Clercs de St-Viateur pour savoir ce qu’étaient devenues ces collections dont on ne trouve pas trace dans les archives. Voici la réponse que j’ai reçue:

La bibliothèque de l’honorable juge Baby, après avoir été sous la garde du Musée d’art de Joliette, a été offerte par les Clercs de Saint-Viateur à la bibliothèque de la faculté de droit de l’Université de Montréal. En ce qui concerne les pièces de monnaie et les médailles de l’honorable juge, elles ont été volées aux Clercs de Saint-Viateur au printemps 1960 et jamais récupérées. Une enquête a été faite par les autorités compétentes puisque celles-ci étaient répertoriées. La dernière fois qu’elles auraient été vues, c’étaient 15 jours après le vol, en vente sur le marché new-yorkais.

En cherchant dans les archives des journaux j’ai trouvé cet article rapportant le vol en avril 1961.

L’action populaire, 26 avril 1961

Le dossier de Bibliothèque et Archives Nationales du Québec

La BANQ a numérisé un dossier de 310 pages contenant des documents divers appartenant au juge Baby. La description de ce dossier est:

Copies de pièces diverses, 1586-1835; inventaire de la collection de manuscrits du juge Baby signé par Peter Michael O’Leary; copies de papiers de la famille Lanaudière, 1672-1890; copie de papiers de la famille Guy, 1675-1858; copies de jugements de la Prévôté et de l’Amirauté de Québec, 1717-1719; transcriptions de lettres des auteurs suivants: monsieur le juge Baby, monsieur D’Ailleboust de Cuisy, madame Laronde-Bonnaventure, monsieur Cerry; lettre manuscrite de monsieur Mousseau, 3 mai 1860, dans laquelle il demande des informations pour sa recherche sur Joseph Duquet, exécuté pour des raisons politiques en 1838; billet du 2 novembre 1864; lettre manuscrite de madame Marbeau demandant au juge Baby de réfuter un article intitulé « Catholiques canadiens inférieurs à leurs compatriotes protestants », Paris, 10 novembre 1890, et réfutation.

Le dossier comprend une liste de manuscrits et des descriptions des papiers des familles de Lanaudière et Guy ses ancêtres, des transcriptions de documents anciens sur l’histoire de la Nouvelle-France, etc.

La collection d’orfèvrerie de Georges Baby

Sur le site de l’UQAM dans une étude consacrée à l’orfèvre Delezenne l’activité de G. Baby collectionneur d’orfèvrerie a été documentée: La famille Baby, ses armoiries et ses collections d’orfèvrerie. L’étude est consacrée à une cuiller en argent portant les armoiries de la famille Baby qui faisait partie de l’argenterie léguée à sa famille dans son testament.

Seules les pièces d’importance sont mentionnées dans ce testament, cette cuiller à servir échappant donc à cette nomenclature. Portant les armoiries des Baby qu’il y avait fait graver, elle se trouvait parmi les autres ustensiles dans l’un ou l’autre de ces précieux meubles, le grand buffet contenant une partie de mon argenterie dans la salle à dîner et l’autre en bois de rose qui enferme l’autre partie de mon argenterie, ou avec toute mon argenterie, d’une valeur réelle, [qui] sera pesée et distribuée entre mes neveux et nièces (René, Charles et Lucien exclus) par égales parts.

Vers 1865 Georges Baby aurait fait graver ses armoiries sur des pièces de sa collection d’argenterie ce qui a permis d’identifier les pièces éparpillées.

Ce sont les armes de Jean Baby, seigneur de Ranville dont nous avons parlé plus haut. Elles ne paraissent pas avoir été employées par la famille canadienne avant le milieu du XIXe siècle, c’est-à-dire avant que M. le juge Baby ne les eut réclamées pour siennes par l’intermédiaire de l’abbé Daniel... En fait, il s’agit d’une pure invention probablement due à l’abbé François Daniel, prêtre de Saint-Sulpice, auteur de nombreux ouvrages où il donne des armoiries à tout le monde, souvent basées sur des similitudes d’homonymes.

La famille Baby avait été très importante dans la traite de fourrures et avait placé une partie de ses bénéfices dans des pièces d’argenterie. Georges Baby avait légué les pièces les plus précieuses de son argenterie à des membres précis de sa famille. Elles sont détaillées dans ce tableau.

Le musée du château Ramezay de Montréal

Des membres influents de la Société d’archéologie et de numismatique de Montréal, tels que le juge et ancien politicien Georges Baby ainsi que l’archéologue amateur et homme d’affaires William D. Lightall, sont convaincus que la valeur historique du Château Ramezay est bien plus grande que la valeur monétaire du terrain sur lequel il est construit. La Société met alors de l’avant un projet qui mettrait pleinement en valeur ce bâtiment unique, tout en remplissant la mission qu’elle s’est donnée. Il s’agit d’un projet de musée d’histoire permanent, reposant sur les collections rassemblées par les membres de la Société. Après plusieurs mois de représentations diverses, la ville de Montréal accepte de soutenir le projet et acquiert le bâtiment du gouvernement du Québec en 1894. Elle le loue ensuite à la Société pour le montant symbolique d’un dollar. Finalement, grâce au travail assidu des membres de la Société, le premier musée consacré spécifiquement à l’histoire du Canada ouvre ses portes dans le Château Ramezay en 1895.

Musée du château Ramezay à Montréal

Georges Baby a été un des premiers et principaux donateurs pour les collections du Musée du Château Ramezay.

L’Église de Repentigny;1898 / Don de l’hon. Juge Baby

Chaque année, le Canadian Antiquarian and Numismatic Journal publie la liste des objets acquis par donation par le Musée du Château Ramezay accompagné du nom des donateurs. La liste se compose de trois sections : les dons faits au musée, les dons faits à la bibliothèque et les dons faits à la Galerie nationale. Pour chacune des sections, le Juge Baby est sans contredit le donateur le plus généreux.

Collections particulières et collectionneurs à Montréal au XIXe siècle: Le cas de Louis-François-Georges Baby – C. Truchon

Le 27 octobre 1904, le Musée du Château Ramezay a fait l’acquisition d’un piano offert par le juge Baby… Il a fait des dons importants au Musée du Château Ramezay dès 1896, année où il lui remit des gravures. Au cours des années qui suivirent, il offrit un portrait de Jacques Viger. Il donna une horloge et ce piano en 1904.

Quelques instruments de musique du XIXe siècle dans la collection du Musée du Château Ramezay – Nicole Cloutier

Dans le Catalogue of the Château de Ramezay museum and portrait gallery publié en 1912 on trouve de très nombreuses pièces données par l’Hon. Judge Baby.

Le juge Baby de Ranville écrivain

Dans les documents numérisés par la BANQ se trouve une lettre manuscrite de madame Marbeau, 1 place d’Iéna à Paris, demandant au juge Baby de réfuter un article intitulé «Catholiques canadiens inférieurs à leurs compatriotes protestants», paru dans le journal Le Matin à Paris en novembre 1890. Georges Baby a dactylographié une longue réponse au docteur Léon Lefort qu’il a fait publier sous le nom de M. de Ranville en 1891.

Le nom du premier ancêtre de Georges Baby arrivé avec le régiment de Carignan était Baby de Ranville. À sa retraite le juge Baby a publié des chroniques et des articles historiques. Sous le nom de De Ranville il a publié ses souvenirs de Louis-Amélie Panet-Berczy en 1892 dans la revue La Kermesse. Cet article a été repris par tous les biographes de la seigneuresse de D’Aillebout qui l’ont arrangé à leur façon en en faisant une féministe avant l’heure qui tenait un salon littéraire dans son manoir de Ste-Mélanie. Ce qui est un peu exagéré.

La Kermesse – 25 novembre 1892

Pour la revue de la société historique de Montréal il a signé plusieurs articles historiques de son nom.

Dans ce texte signé L.F.G. Baby il voulait démontrer l’importance de la conservation des vieux papiers pour les générations futures. Et il blâme principalement les dames pour leur destruction:

Ici, qu’il me soit permis de faire un reproche bien grave aux dames ! Il m en coûte beaucoup de le proférer, car je sens qu il est tout-à-fait mérité et, cependant, je ne voudrais avoir que des éloges à leur adresser. Quels documents précieux pour l’histoire ont été détruits par les dames ou par leurs ordres ! Sous prétexte de faire régner la propreté dans la maison, on commence par reléguer les papiers au grenier ou dans un coin noir de la cave où ils deviennent la proie des rats et des souris, des vers et de l’humidité. Poussées de plus en plus par l’esprit de propreté, un bon jour, sous prétexte encore que ces pauvres malheureux papiers attirent la vermine ou accumulent la poussière, on les met tout-à-fait hors de la maison et instruction péremptoire est donné à la cuisinière de s’en servir pour les besoins quotidiens de sa charge ! Quel vandalisme !

Châteauguay – 1900
Album universel, 26 mai 1906

Georges Baby à Joliette: avocat, maire, député, homme d’affaires

… ce qui amènera Louis-Georges à venir compléter ses études classiques au Collège de Joliette (1847-1851). Il se fait remarquer lors de son discours de fin d’année, en 1850, où il fait le panégyrique de l’Honorable Barthélemy Joliette, celui qui lui a donné l’hospitalité au cours de ses études.

Claude Perreault – Le Messager

Georges Baby jeune avocat a d’abord pratiqué à Montréal mais des ennuis de santé l’ont amené à s’associer à Louis-Auguste Olivier en 1860 dans le cabinet Olivier & Baby situé au coin des rues St-Viateur et Ste-Marie; la rue Ste-Marie était le prolongement de la place Bourget vers le palais de justice de Joliette. Lors d’un incendie général en 1881 le bâtiment a été détruit.

La Gazette de Joliette, 20 avril 1866

Le 9 juillet 1869 Charles Barthélémy Gaspard de Lanaudière a transporté à Georges Baby avocat de Joliette tous les produits, fruits et revenus en grains provenant de son moulin à farine en pierre à 2 étages de la ville de Joliette occupé par Basile Trudeau meunier et de son moulin à farine d’avoine sur la rivière du Lac Ouareau (Crabtree) occupé par André Duval meunier; tous les revenus de son moulin à scie adossé au moulin à farine de Joliette et les revenus de 2 terres lui appartenant.

Lysandre St-Pierre – Mémoire page 115

George Baby ne s’est marié qu’en 1873 mais en 1870 il avait fait des travaux à sa maison de la rue Manseau, sur le site de l’hôtel de ville de Joliette actuel, pour en faire une demeure bourgeoise. Mr. et Mme. G. Baby sont de retour de leur tour de noces depuis vendredi. (La Gazette de Joliette, 14 août 1873)

En 1864 il a été élu conseiller municipal de la Corporation de la Ville de Joliette et maire suppléant puis en 1872 il a été élu maire.

La Gazette de Joliette, 29 janvier 1872
La Gazette de Joliette, 22 juillet 1872

Georges Baby a aussi été élu député de Joliette en 1872. Mercredi soir les amis de M. G. Baby, avocat, Maire de la ville de Joliette, Membre de la Chambre des Communes le conviaient à un grand dîner dans les salles de l’Institut… M. Baby parla près d’une demi heure et son discours si approprié à la circonstance fut chaleureusement appiaudi… (La Gazette de Joliette, 25 novembre 1872)

La Gazette de Joliette, 7 avril 1873

En 1873 le cabinet d’avocat a engagé Lewis Arthur McConville puis L.-A. Olivier a été nommé juge.

La Gazette de Joliette, 9 octobre 1873

En février 1874 G. Baby ne s’est pas représenté à l’élection comme maire de Joliette. L’avocat Georges Baby était aussi un homme d’affaires qui a fait de nombreuses transactions à Joliette et ses alentours. En 1871 il était co-propriétaire d’un moulin à farine d’avoine et de blé et d’un moulin à scies sur la rivière de l’Assomption en amont de Joliette.

Moulin Cornellier et Baby 1871
Recensement de 1871

Le 8 août 1874 Hypolite Cornellier et Georges Baby avocat de Joliette ont vendu à Eugène et Onésime Bordeleau un moulin à scie sur le côté sud-ouest de la rivière de l’Assomption presque vis à vis de leur moulin à farine sur le lot N°13 du 3ème rang de Kildare avec un terrain faisant partie de l’isle Victoria près du pont sur la rivière.

Le 20 janvier 1875 George Baby exécuteur testamentaire a déposé les comptes de la succession de feu William Berczy qui avait l’usufruit des biens de son épouse Louise Amélie Panet seigneuresse de D’Aillebout décédée en 1862.

Le 11 octobre 1875 les Associés de rouleaux, semoirs et herses combinés J. & S. Vessot ont signé une convention pour prolonger leur association. Georges Baby et d’autres investisseurs de Joliette s’étaient associés en commandite le 6 septembre 1873 pour manufacturer et vendre les semoirs et herses combinés inventés par Samuel Vessot.

En 1879 les avocats Baby, McConville & McConville étaient les procureurs de la Compagnie du Chemin de Fer à rails du St-Laurent et du village d’Industrie qui demandait un amendement à son acte d’incorporation pour construire un embranchement vers St-Gabriel de Brandon.

Vers cette date G. Baby et son épouse ont quitté Joliette pour n’y venir que pendant l’été dans leur résidence du boulevard Manseau. Il avait été nommé juge. L’Hon. M. Baby a loué une résidence à Ottawa, où sa famille se rendra vers le mois d’octobre. (La Gazette de Joliette, 5 septembre 1879)

En Décembre 1879, après la résignation de l’Hon. M Baby, comme ministre du Revenu de l’Intérieur, et son élévation au Banc de la Cour d’Appel M. McConville a été choisi par les conservateurs du Comté de Joliette, pour lui succéder à la Chambre des Communes du Canada. (La Gazette de Joliette, 12 mai 1882)

Le 15 janvier 1884 l’Honorable George Baby demeurant à Montréal et Edouard Guilbault ont vendu à la Compagnie Manufacturière de Tabac Canadien de Joliette un terrain borné par les rues Daillebout (future rue Baby) et St-Charles-Borromée (N°50) avec une maison en bois de 2 étages pour 800 piastres.

Son Honneur le Juge Baby a fait don au musée du Collège Joliette de plusieurs documents importants relativement à la fondation de la ville et du Collège.

La Gazette de Joliette, 2 novembre 1887

En 1888 le juge Baby se trouvait à Rome, chargé d’une mission très délicate auprès du Saint-Siège, pour le règlement de l’attribution des biens des jésuites devant être consacrés à l’éducation. Il a obtenu que la succursale de l’Université Laval à Montréal obtienne son autonomie de celle de Québec. On comprend son attachement à cette institution qu’il a contribué à établir. Lors de son voyage le Pape Léon XIII lui a remis la décoration de Grand-Croix de Saint-Grégoire.

La Gazette de Joliette, 28 février 1889
Louis-François-George Baby par Wm Notman & Son, Montréal

Le juge Baby habitait au 77 rue Mansfield à Montréal en hiver; chaque printemps le journal de Joliette annonçait son retour pour la saison estivale et chaque automne son départ. C’est au milieu de ses fleurs où il vient chaque été se reposer des fatigues de l’hiver qu’il faut voir le juge Baby. Il avait un beau jardin autour de sa résidence du boulevard Manseau où il aimait pratiquer l’horticulture.

L’Étoile du Nord, 1 mai 1890

Il est nommé en premier dans la liste des membres de l’Institut d’artisans et association de bibliothèque du village d’Industrie en 1896, c’était alors le principal notable de la ville de Joliette.

L’Étoile du Nord, 20 août 1896

Le juge Baby et son épouse Hélène Guy Berthelet ont donné à la paroisse une cloche de 1.989 livres nommée Georges Hélène en 1897. Le clocher de l’église St-Charles-Borromée s’est effondré en 1901, il ne pouvait peut-être pas soutenir une telle charge.

L’Étoile du Nord, 3 juin 1897

Le juge à la retraite Baby a eu l’honneur de voir une rue de Joliette baptisée à son nom de son vivant, ce qui doit être assez rare. Le Conseil de ville a passé un règlement pour changer le nom de la rue D’Aillebout. A l’avenir cette rue portera le nom de rue Baby. (L’Étoile du Nord, 23 février 1899)

L’Honorable juge Georges Baby était un gros propriétaire foncier, il a vendu et loué de nombreux terrains sur la rue Baby et ailleurs, par exemple le 31 juillet 1899 à la Compagnie Manufacturière de Tabac Canadien la vente du lot No 13 sur la rue Baby. Le 5 janvier 1900 une quittance fait état de l’achat des lots No 3 à 69 de Joliette soit une grande partie du nord de la ville.

Lors de l’inauguration du monument à Barthélémy Joliette dans le parc Renaud en 1902, le juge Baby a fait un discours; il était le président honoraire du comité d’organisation.

La Patrie du 1er octobre 1902

Son discours a été conservé dans les documents de la collection Baby de l’Université de Montréal.

Discours du juge Baby

Le 4 novembre 1904 son épouse Marie-Adélaïde-Hélène Berthelet est décédée à Montréal, elle a été enterrée dans le cimetière de Joliette. Le 19 décembre 1904 l’Honorable Georges Baby a fait notarié un avis de son décès; elle possédait un emplacement à Joliette, lots 192 et 154 sur la rue Manseau, avec une maison et dépendances qu’elle léguait à son mari.

Le 26 juin 1905 Mgr Archambault représentant la Corporation Episcopale de Joliette a reconnu devoir par obligation 10.000 piastres à l’Honorable Georges Baby; dans son testament il mentionne cet emprunt, n’exigeant que le paiement d’une rente à ses héritiers après son décès. Le 7 août 1905 Georges Baby a endossé des billets de Charles G. T. de Lanaudière à la Banque d’Hochelaga et autres. Il s’engageait à l’endosser jusqu’à 6.000 piastres pour l’aider dans son entreprise de fabrication de chaux.

Le 29 mai 1906 Henri Baby notaire de Montréal a fait notarié l’avis du décès de Georges Baby. Il résume quelques articles du testament, le legs aux soeurs de la Providence des lots 192, 154 et 153 de Joliette avec maison et dépendances plus une somme d’argent; à Godfroy Coffin son petit-cousin des rentes constituée sur des terrains de Joliette. Ses légataires universels par parts égales Arthur, Henri, René, Charles, Lucien, Adine, Marie et Johanne. Ses exécuteurs testamentaires étaient Henri Baby notaire de Montréal et Arthur Baby comptable de Winnipeg.

Le 30 août 1909 Henri et Arthur Baby exécutaires testamentaires ont donné quittance à Marie Joseph Charles Gaspard Tarrieu Taillant de Lanaudière et levé les garanties hypothécaires sur ses terres.

Un article du journal de Joliette en 1930 faisait son arbre généalogique en affirmant que son ancêtre était Jacques Baby de Rouville au lieu de Ranville. Comme on le voit, la jeune cité de Joliette peut s’honorer, par ses premiers citoyens, d’une origine de noblesse, parmi une foule de
gens de robe et d’épée.
Il ne mentionne pas que son père Joseph notaire aurait souffert d’une tendance à l’alcoolisme et avait dilapidé la fortune familiale.

L’action populaire, 7 août 1930

Petit- fils de Charles Tarieu de Lanaudière, le juge Georges Baby de Ranville est le continuateur de l’oeuvre de Barthélemy Joliette. Estimé de ses concitoyens qui le surnomment “le bon juge », M. Baby exerce sa profession avec noblesse, justice et charité comme le veut sa devise: « Mon Dieu, Ma patrie, Mon devoir ». Dévoué pour sa ville, il lègue au musée du Séminaire une collection de monnaies et de médailles évaluée à près de dix mille dollars. C’est grâce à la Société des Antiquaires et Numismates dont M. Baby était un membre actif que le château de Ramesay fut épargné du pic de démollisseurs en mal d’industrie et de commerce. (L’action populaire, 17 juin 1964)

Loi concernant l’immeuble de l’Hôtel de Ville de Joliette

En 1906 les Soeurs de Charité de la Providence avaient reçu en donation la maison du juge Baby sur la rue Manseau connue sous le nom de Ranville avec défense de la vendre ou d’en disposer. Une loi a dû être adoptée en 1970 par l’Assemblée Nationale pour autoriser la vente de l’immeuble à la ville de Joliette qui a transformé l’ancienne école en Hôtel de Ville.

Hôtel de Ville de Joliette – Répertoire du patrimoine culturel du Québec
Carte du Québec

1 réflexion au sujet de “Louis-François-Georges Baby collectionneur et mécène”

  1. Intéressant comme toujours. J’ai eu le plaisir de consulter la Collection Baby qui se trouve à proximité de mon bureau de la Faculté de droit de l’UdeM. J’ai d’ailleurs cité quelques documents de cette collection dans mes ouvrages sur Lavaltrie.

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