Les Cuthbert seigneurs de Berthier

James Cuthbert a acheté la seigneurie de Berthier en 1765 tout de suite après la conquête. C’était un militaire britannique loyaliste, protestant et dur avec ses censitaires canadiens. Mais il a laissé à ses enfants la liberté de choisir leur religion. Alexandre et James ont choisi le catholicisme et Ross le protestantisme.

James Cuthbert seigneur de Castlehill

Portrait de James Cuthbert
James Cuthbert

James Cuthbert (1719-1798) était un parfait aristocrate britannique de son époque arrivé en vainqueur avec l’armée de Wolfe. Il avait de l’argent et a pu acheter les fiefs ou seigneuries de Berthier, Maskinongé, New-York, autrement appelé Dusablé, Dautray, Lanoraie, et de l’Ormier, dans le district de Montréal (Précis de l’histoire de la seigneurie, de la paroisse, et du comté de Berthier). Il était originaire d’Inverness en Écosse, issu d’une famille de la très haute aristocratie.

En 1775-1776 lors de l’invasion américaine il s’est battu vaillamment pour défendre la nation et en a payé le prix: le général américain a envoyé un commando depuis Sorel pour brûler son manoir de Berthier et ses moulins et l’emmener prisonnier à Albany.

Dominion Illustrated août 1891

Le Dominion Illustrated ajoute qu’à son retour de captivité il a fait reconstruire le manoir.

Berthier en 1761
Berthier vers 1763, carte de James Murray

L’histoire officielle en français et en anglais est la même. Mais elle semble fausse. La Gazette de Québec du 3 juin 1773 publie un avertissement que des personnes mal-intentionnées (comme on suppose) ont fait brûler le manoir de l’Honorable Jacques Cuthbert jusqu’à terre. C’était au moins 2 ans avant l’arrivée des américains et les coupables ne sont pas des étrangers, le seigneur les recherche autour de lui en offrant une grosse récompense. À moins que le manoir ait brûlé en 1773, été reconstruit et rebrûlé en 1775-1776.

Le manoir devait être tout neuf puisque Cuthbert est arrivé vers 1765. Cuthbert avait des ennemis dans son entourage immédiat, c’était peut-être un seigneur abusif nouvellement arrivé qui ne savait pas s’entendre avec ses censitaires en respectant leurs traditions. Voici ce qu’on lit dans le dictionnaire biographique du Canada:

Biographie James Cuthbert

En 1785 James Cuthbert seigneur de Berthier, Nouvelle-York, Masquinongé, Dautré et Lanauray requérait ses tenanciers de payer leurs arréages sous peine de poursuites judiciaires:

La gazette de Québec 7 juillet 1785
La gazette de Québec 7 juillet 1785
Le manoir du seigneur Cuthbert
Le manoir reconstruit – Éditions Réjean Olivier (BANQ)

Sur le Plan of the seigniory of Berthier dessiné par James Dignam vers 1840 on peut voir l’emplacement de ce manoir au bord de la rivière Bayonne au nord du premier village de Berthier. Sur le plan entier on voit aussi plusieurs moulins sur les rivières Bayonne et Chicot.

La seigneurie de Berthier
La seigneurie de Berthier, le manoir (BANQ)
Précis de l'histoire de la seigneurie, de la paroisse, et du comté de Berthier

En août 1891 le Dominion Illustrated a publié un long article en 2 parties sur l’histoire de la famille Cuthbert, une grande famille de militaires du Dominion Britannique. Selon la version anglaise de l’histoire le capitaine Cuthbert était un modèle de seigneur du manoir qui savait tracer la ligne entre les gentlemen et les humbles. Il ne se laissait pas faire par le curé mais il respectait la religion et a participé financièrement à l’érection de plusieurs églises dont celle de St-Cuthbert. Il a aussi fait construire la première église protestante au Canada français à Berthier, la chapelle St-Andrew construite en 1786 qui existe toujours.

Dans le Précis de l’histoire de la seigneurie, de la paroisse, et du comté de Berthier de la BANQ on a la version française de l’histoire de la famille Cuthbert écrite par S.-A. Moreau en 1889. C’est le brave curé Pouget qui aurait convaincu 2 fils du seigneur d’abjurer leur foi protestante.

James Cuthbert avait pris beaucoup de mal à prouver que la famille Colbert descendait des Cuthbert d’Inverness et il appelait St-Colbert l’église qu’il a fondée à St-Cuthbert.

Le pont de Berthier sur la rivière Bayonne
Le pont de Berthier sur la rivière Bayonne BANQ

J’ai du mal à croire que le curé de la paroisse ait pu convertir les enfants du seigneur protestant de Berthier contre son gré. En fait ce qui est frappant c’est plutôt la tolérance religieuse de James Cuthbert qui a fait éduquer ses 3 fils dans un collège catholique, rien ne l’y obligeait. C’est une décision très surprenante qui montre peut-être son désir de se rapprocher de ses censitaires après les affrontements initiaux.

Au cours de la même année, certains habitants de Berthier-en-Haut commencèrent à contester le droit du seigneur Cuthbert de percevoir des redevances seigneuriales, sous prétexte qu’il leur avait concédé des terres appartenant en réalité au domaine de la couronne…

La situation s’aggrava à l’automne de 1789, lorsque deux des trois fils de Cuthbert demandèrent à Pouget la permission de se convertir au catholicisme; le troisième Ross Cuthbert demeura protestant. Après avoir obtenu l’autorisation de l’évêque de Québec, mgr Jean-François Hubert, Pouget accepta de recevoir leur abjuration. Cette fois, le seigneur de Berthier sortit de ses gonds: plaintes auprès de l’évêque de Québec, menaces de poursuites judiciaires (voire de mort) contre Pouget, tentatives d’intimidation auprès de ses censitaires, lettres ouvertes dans la Gazette de Québec pour dénoncer l’immixtion du curé dans ses affaires seigneuriales et familiales. Mgr Jean- François Hubert répondit laconiquement à Cuthbert que la conduite de Pouget lui paraissait irréprochable, tout en exhortant ce dernier à ne rien faire qui puisse envenimer les choses.

Bon nombre des censitaires de la seigneurie de Berthier firent des déclarations sous serment devant notaire, dénonçant l’intransigeance de leur seigneur et disculpant leur curé. Le 2 mars 1790, Alexander Cuthbert, le fils du seigneur, signa même un billet dans lequel il déclarait s’être converti au catholicisme conformément à la liberté religieuse que son père lui avait accord ée quelques années plus tôt.

BANQ

James ou Jacques Cuthbert seigneur de Berthier

James son fils (1769-1849) et ses frères ont été éduqués dans un collège catholique anglophone à Douai en Flandre (aujourd’hui en France).

James Cuthbert

Il a lui aussi été un loyal soldat britannique levant des troupes de miliciens dans sa seigneurie lors de l’invasion américaine de 1812. Comme il était catholique il semble avoir mieux compris ses concitoyens que son frère Ross demeuré protestant. En 1804 il a épousé une femme catholique devant un ministre anglican!

Il a été élu député de Warwick en 1796, 1800, 1804, 1808, 1809 et 1810. De plus il était Grand-Voyer du district de Trois-Rivières et juge de paix.

En 1838 après la révolte des patriotes il est devenu membre du Conseil Spécial et il est un des seuls anglophones à s’être opposé au projet d’union des 2 Canada recommandé par le rapport Durham. Il disait que le futur de la province devait être décidé par ses habitants.

Il n’en est pas fait mention dans la page qui lui est consacrée dans le Répertoire Culturel du Québec:

Répertoire du Patrimoine Culturel du Québec
James Cuthbert fils

Edward-Octavian Cuthbert

Edward-Octavian est né en 1826 et il a fait ses études à Chambly et à McGill. Il a été député fédéral conservateur du comté de 1875 à 1887. Il a été maire de Berthier de 1868 à 1873 et de 1877 à 1878. Il est décédé en 1890.

Dominion Illustrated

Le 1er décembre 1853, il épouse Mary Bostwick, petite-fille de son oncle Ross Cuthbert. Comme le vieux manoir nécessite alors de trop coûteuses réparations, le couple l’abandonne pour s’installer dans une confortable maison du village de Berthier, qui sera le dernier manoir des seigneurs Cuthbert.

Site de la Chapelle des Cuthbert
Manoir Cuthbert, Berthierville
Manoir Cuthbert, Berthierville

Le manoir Cuthbert fut occupé par Edward Octavian Cuthbert, petit-fils de James Cuthbert Sr, maire de Berthierville et député fédéral du comté de Berthier. Après son décès, le manoir est acquis en 1894 par le révérend Henry Kittson, qui dessert les anglicans de Berthierville entre 1919 et 1924. La présente maison fut le dernier manoir seigneurial de Berthier.

Manoir Cuthbert, Berthierville

Un autre manoir du patrimoine est relié à la famille Cuthbert à Berthierville:

Manoir Deligny, Berthierville
Manoir Deligny, Berthierville

Jacques Deligny, député du comté de Warwick (Berthier) au Parlement du Bas-Canada, achète le terrain en 1820 et construit cette maison en 1821. La maison deviendra la résidence des seigneurs francophones de Berthierville, occupée notamment par David Morrison Armstrong, député de Berthier au Parlement du Canada-Uni, Mary Cuthbert, John et Mary Cuthbert Bostwick.

Manoir Deligny, Berthierville

La fin du manoir de Berthier-en-Haut

Dans un entrefilet du journal La Patrie du 15 octobre 1903 on lit que le manoir des Cuthbert appartient alors à Hervé Lincourt, ancien zouave. Ensuite je ne sais pas, la recherche devient compliquée.

D’après la dernière photo datée de 1938 le manoir a dû être démoli vers 1940.

Liste des héritiers des droits subsistants de la seigneurie de Berthier en 1929:

Rapport des seigneuries, fiefs et arrière-fiefs de la province de Québec, 1929
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