Barthélémy Joliette a fait construire le collège de Joliette en 1846 avec son argent. C’était son collège et il a pu décider d’offrir un enseignement pratique en français et en anglais qui rompait avec les traditions. Il pensait que les étudiants sortant des collèges classiques étaient forts en latin mais peu débrouillards dans la vie pratique. En 1847 avec l’aide de Mgr Bourget il a fait venir les Clercs de St-Viateur pour diriger l’enseignement.
La fondation du collège
Joliette avait déjà fait construire une église à ses frais sur son terrain en 1842. En 1845-1846 il a fait construire un beau bâtiment de pierre à côté pour le collège. C’était un fondateur.
Avant même la construction du bâtiment le fondateur des Clercs de St-Viateur le révérend Louis Querbes avait été approché par l’évêché de Montréal pour envoyer 4 frères enseignants.
C’est au curé de L’Industrie, Antoine Manseau, que Barthélémy Joliette confie la tâche d’assurer le départ de son collège en 1846, un travail qu’il assume avec trois ecclésiastiques: Ignace-Jean-Zéphirin Resther, Joseph Picard-Dequoy et Norbert Barrette. Le collège, appelé d’abord Académie, ouvre ses portes en septembre 1846. Dès le mois de janvier 1847, l’abbé Antoine Manseau sera remplacé à la direction par l’Abbé Resther, ce qui ne l’empêcha pas d’exprimer son opinion quant à l’orientation et au développement du Collège.
Ainsi il ne s’agit point de l’enseignement du latin, du grec ou de l’hébreu. Le cours des études doit admettre tout ce qui va droit au but mentionné ci-dessus à savoir: enseigner les langues française et anglaise grammaticalement, l’écriture, l’arithmétique dans toutes ses branches; la sphère, l’usage des globes, la géographie, l’histoire, le dessin linéaire, l’arpentage, la mécanique; quelques notions de chimie, de minéralogie, de botanique et d’agriculture compléteraient l’éducation de tous ceux qui doivent se livrer à la pratique des arts utiles ou même des beaux-arts. (Antoine Manseau, 15 août 1846)
Dans un rapport au parlement des 3 premières années de fonctionnement du collège les informations sont légèrement différentes, il n’est pas fait mention du curé Manseau. Il y avait 100 élèves en 1846 avant l’arrivée des clercs; le directeur était le père Z. Resther, les professeurs N. Barrette, J. Dequoy, L. E. B. Smith et J. B. Gallen. À la rentrée 1847 les Clercs de St-Viateur ont pris en charge l’enseignement de 190 élèves.
Notre collège est connu sous le nom de Collège Joliette, collège français et anglais… J’ai fondé cet établissement pour faire disparaître ce mauvais mode d’enseignement qu’il y a dans le pays: de faire étudier aux enfants quelques années de latin seulement, de sorte que, quand ils sortent du collège, ils ne sont capables de rien.
Les Clercs Paroissiaux ou Cathéchistes de Saint-Viateur ont obtenu leur incorporation civile en 1849 ce qui leur a permis de recevoir la donation des époux Joliette en 1850.
La donation du collège aux clercs de Saint-Viateur
Barthélémy Joliette est décédé en 1850 en ayant tout juste le temps de céder légalement avec son épouse l’église à la paroisse et le collège aux Clercs de S-Viateur avec des terrains. Dans son acte de donation du 4 février 1850 B. Joliette a mis ses conditions. L’enseignement se fera en français et en anglais et le cours de latin se fera après. On enseignera l’agriculture, les arts et métiers et les sciences.
Le plan des terrains qui ont été donnés par les époux Joliette en 1850 a été dessiné précisément. Le Collège Joliette de 1850 se trouvait à côté de la place publique servant de parvis à l’église et du jardin du curé. Il n’y avait qu’un modeste bâtiment de 80 pieds par 40 sur 2 étages. La volonté des époux Joliette était qu’un nouveau bâtiment soit construit sur un plus grand terrain situé de l’autre côté du grand chemin public.
La terre qui venait avec était située au nord de celle donnée à la paroisse et allait jusqu’aux terres du ruisseau St-Pierre.
une terre située en la dite Paroisse même seigneurie, de la contenance de 2 arpents et demi de front sur 27 arpents de profondeur, le tout plus ou moins bordé par la rivière de L’Assomption, par derrière aux terres du Ruisseau St-Pierre, tenant d’un côté à la terre de l’église de la dite Paroisse, d’autre côté à Prospère Champoux, bâtie d’une maison, d’une grange et autres bâtiments; laquelle terre étant principalement destinée pour en faire une ferme modèle, où l’on mettra en pratique la Théorie Agricole enseignée aux élèves du dit collège.
Lire: Les donations des époux Joliette en 1850
Le 28 avril 1853 la Corporation des Clercs de St-Viateur a acheté de Prosper Champoux une autre terre de 2 arpents de front par 25 arpents sur une ligne et 26 sur l’autre en profondeur, bornée par devant par la rivière de l’Assomption, par derrière aux terres du ruisseau St-Pierre, d’un côté aux sieurs Clercs de St-Viateur et de l’autre à François Papin. Les Clercs de St-Viateur ont donc acheté une deuxième terre au nord de la première qui leur a permis d’agrandir leur propriété.
Les Clercs de Saint-Viateur
Louis Querbes a fondé la communauté des Clercs de St-Viateur à Vourles en France après la Révolution; l’éducation des enfants avait été très négligée et il a fondé une congrégation pour assister les curés de campagne. Les clercs n’étaient pas des prêtres (au départ), ils aidaient à la liturgie et surtout à l’enseignement du catéchisme. Mgr Bourget a été les chercher en France en 1847 à la demande de Barthélémy Joliette pour prendre le collège en charge.
Les archives des clercs de Saint-Viateur permettent de documenter les agrandissements successifs du bâtiment initial.
Ces illustrations sont tirées d’un album-souvenir publié en 1897 pour les Noces d’Or du collège. On y trouve aussi les portraits des premiers directeurs:










Le Séminaire de Joliette
En 1946 à l’occasion de la préparation du centenaire le journal du collège L’Estudiant a publié un nouvel historique (source Fonds Morisset BAnQ). Les illustrations sont sombres mais l’historique est complet. Le collège de Joliette est devenu le Séminaire de Joliette en 1904 quand le diocèse de Joliette a été créé.





En 1947 ce n’est pas le centenaire du collège qui a été fêté (1846) mais le centenaire de l’arrivée des Clercs de Saint-Viateur à Joliette en 1847.
Photos des archives
On trouve beaucoup de photos anciennes du collège ou séminaire dans les archives, j’en ai sélectionné quelques unes sur le site de la BAnQ:
Belle reconstitution mi-historique, mi-artistique! À l’avant-plan, on peut identifier la rivière l’Assomption, face à un décor Manhattan (formé sur la gauche par l’aile des professeurs du Séminaire, au centre par la grande Chapelle de ce même bâtiment, sur la droite par les classes et les dortoirs des élèves). Et tout au centre la magnifique habitation des soeurs lors de leur arrivée au pays en 1903. L’artiste nous a assurés que les 2 premières soeurs, dont il a fort bien esquissé le costume, portaient déjà l’éternel tablier rayé bleu et blanc!
L’incendie du Séminaire en 1957
Le 1er mai 1957 le journal L’Action Populaire a publié des photos de l’incendie qui a détruit une partie du séminaire:
L’immeuble a été reconstruit, une aile moderne a été édifiée en 1960 entre le Séminaire et la cathédrale.
À la rentrée de septembre 1968 le Séminaire de Joliette est devenu le CEGEP de Lanaudière. Les clercs de Saint-Viateur ont vendu la bâtisse au gouvernement en 1973. Les conditions mises par les époux Joliette à la donation du terrain et du premeir collège en 1850 ont compliqué la vente. Mgr René Audet a d’ailleurs été dans l’obligation d’effectuer deux voyages à Rome justement pour cette clause qui était incluse dans le contrat de donation…
Le CEGEP de Lanaudière ancien Collège Joliette a encore fière allure en 2021.
Le recours collectif contre les clercs de Saint-Viateur
On ne peut pas parler du collège de Joliette sans évoquer les abus qui y auraient eu cours. Dans une biographie du Père Louis Querbes fondateur des Clercs de St-Viateur (par Mgr. L. Cristiani) je lis qu’il a passé une partie de sa vie à rédiger un Directoire pour ses clercs, leur livre de chevet. D’après cet extrait on peut imaginer qu’il connaissait les faiblesses de la nature humaine:
Vous devez être l’ange de vos écoliers: l’affreuse chose si vous deveniez leur démon! Ah! plutôt avoir été jeté dans la mer avec une meule de moulin au cou, que d’avoir scandalisé un de ces enfants chéris de Dieu.




















































À qui de droit,
J’aimerais insérer une photo du Collège dans une série d’émissions sur la musique traditionnelle (frères Gagnon). Cette série sera éventuellement diffusée sur MaCommunauté TELUS et par la suite sur les réseaux sociaux.
Pourrais-je obtenir votre autorisation officielle concernant la diffusion de ces photos ?
Merci de votre attention et bonne journée !
Productions Jean-Pierre Champagne
Saint-Joseph de Beauce
418.225.7686