Catégorie: Histoire
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Les négociants et les engagés de la traite des fourrures

Au début de la Nouvelle-France la traite des fourrures a été la principale activité économique permettant aux colons de la vallée du St-Laurent d’accumuler un capital pour s’établir. Les jeunes hommes de la colonie faisaient quelques voyages dans les pays d’en-haut et ils pouvaient ensuite réclamer une terre en concession, se bâtir une maison et se marier pour fonder une famille. Les négociants de Montréal engageaient des hommes au printemps pour le voyage aux pays d’en-haut. Cette activité a été tellement populaire que le gouvernement a dû la réglementer.

Quand j’ai immigré au Québec en 1980 mon premier emploi a été celui de commis pour une entreprise de fourrures établie sur la rue St-Alexandre dans le quartier de la fourrure à Montréal. J’avais alors été étonné de constater que cette industrie si typiquement québécoise était dirigée par d’autres immigrants et que la langue de travail était l’anglais. Cette industrie a aujourd’hui presque totalement disparu du Québec, la fourrure n’est plus à la mode.

En effet, l’histoire de la fourrure à Montréal est intimement liée à l’immigration. Un premier contingent d’immigrants juifs spécialisés dans le domaine s’est installé à Montréal au début du XXe siècle. Au cours des années 1930, plusieurs maîtres-fourreurs venus de Leipzig, en Allemagne, sont venu grossir leurs rangs. Après la Guerre de 39-45, ce fut au tour des Grecs de s’impliquer dans la transformation et la vente de la fourrure. Montréal a accueilli des immigrants en provenance de la région de Kastoria, spécialisée dans la fabrication de la fourrure. Les manufacturiers grecs, lorsqu’ils avaient du mal à trouver des travailleurs qualifiés, les faisaient d’ailleurs venir directement de Kastoria. Les Juifs et les Grecs se sont partagé le marché jusqu’à ce que les Juifs se retirent, dans les années 1980.

Dans les coulisses du quartier de la fourrure

Le commerce des fourrures en Nouvelle-France

La traite des fourrures a commencé avant même la fondation de la Nouvelle-France quand des pêcheurs européens ont commencé à échanger des marchandises avec les amérindiens qu’ils rencontraient sur les côtes et sur les rives du St-Laurent. Ce commerce est vite devenu la principale ressource de la colonie, d’abord à Tadoussac puis à Montréal. Le poste de traite de Lachine a été construit en 1803 mais le commerce des fourrures y avait commencé bien avant.

Le poste de traite de Lachine
Le poste de traite de Lachine: ballots de castor

Le sceau à ballot, fabriqué avant 1693, est utilisé pour sceller l’emballage d’un lot de marchandises. Entier, le sceau de plomb comprend deux faces presque circulaires. Le recto est orné d’un castor surmonté d’un soleil, et une inscription en partie lisible, « INE SERVA*SRY », ceint cette image. Au verso, un blason comprend trois fleurs de lys ainsi que le mot « Canada ». Le blason semble être surmonté d’une couronne, mais cette partie du sceau est endommagée. L’objet mesure 3 cm de diamètre.

Répertoire du patrimoine culturel du Québec
Sceau à ballot de castor

Avant l’établissement des premières Compagnies des Indes Occidentales, les habitants des Colonies du Canada disposaient à leur gré des castors qu’ils traitaient avec les sauvages. En 1628 la Compagnie de la nouvelle France en a eu le monopole en payant 40 sols par peau. En 1664 la Compagnie des Indes Occidentales a obtenu le monopole de la traite jusqu’en 1674. Il est ensuite passé aux mains des adjudicataires de la ferme du Domaine d’Occident jusqu’en 1700.

En 1628 dans les statuts de la Compagnie de la Nouvelle-France les habitants avaient le droit de traiter librement pourvu que les castors soient vendus aux associés de la compagnie pour 40 sols pièce.

Le commerce a ensuite évolué, les peaux étaient vendues au bureau de l’adjudicataire du 1er juillet au 20 octobre en échange de lettres de change.

Les chapeliers étaient les principaux acheteurs des peaux de castors et leur métier était réglémenté comme tous les autres à cette époque.

26 août 1698

En 1700 le prix des peaux de castor s’était effondré à cause de l’offre trop grande. Après quelques années d’arrêt du commerce le Roi a autorisé la reprise du commerce selon le cours du marché très bas. …pour tâcher à sauver la Colonie, que Sa Majeſté lui accorde le privilege de vendre & débiter seul ses Castors en France, Holande & dans les Païs du Nord, à l’exclufion de tous autres de ses Sujets, & même du Fermier…

9 février 1700

En 1718 le privilège du commerce du castor a été accordé à la Compagnie d’Occident jusqu’en 1742.

11 juillet 1718

En 1720 le privilège exclusif de la Compagnie des Indes (ancienne Compagnie d’Occident) a été converti en un droit payé à l’entrée des peaux en France: 9 sols par livre pour le castor gras et 6 sols pour le castor sec. Le privilège a été rétabli en 1722.

16 mai 1720

Pendant toute la période de la Nouvelle-France le commerce de la fourrure a donc été réglementé par des ordonnances royales qui obligeaient les traiteurs à les vendre à une compagnie et leur interdisaient de les vendre aux marchands anglais et hollandais.

Les congés de traite des fourrures

Au début de la Nouvelle-France la traite des fourrures était tellement attrayante que beaucoup de jeunes partis vers l’ouest ne revenaient jamais ce qui préoccupait les gouverneurs chargés de peupler la colonie. Il faut dire qu’il y avait très peu de femmes par rapport aux hommes dans la colonie et que le mode de vie libre des amérindiens, loin des autorités et des curés, était très agréable.

Forcé de reconnaître l’attrait du commerce des fourrures, Colbert instaure, dès 1681, le système du congé de traite. Chaque année, le gouverneur et l’intendant doivent accorder 25 congés (permis de déplacement). Chaque permis donne le droit à trois hommes dans un canoë de commercer avec l’Ouest. On espère ainsi que les colons attendent leur tour pour obtenir un congé de manière à ce que seulement 75 hommes quittent la colonie par année. Cependant, le nouveau système ne réussit pas à diminuer le nombre d’hommes qui quittent les colonies (la plupart illégalement), et les peaux de castors continuent d’arriver à Montréal en grandes quantités. En résulte un immense engorgement du marché… Désespéré, le ministre de la Marine ordonne, en 1696, d’interrompre le commerce du castor, de cesser d’accorder les congés et d’abandonner tous les postes français dans l’Ouest, sauf Saint-Louis-des-Illinois.

L’encyclopédie canadienne
Coureur des bois

Le Rapport de l’Archiviste de la province de Québec a été publié annuellement par l’archiviste de la province Pierre-Georges Roy pour le Ministère des Affaires Culturelles du Québec à partir de 1920. Édouard-Zotique Massicotte (1867-1947) est un historien québécois qui a collaboré à cette revue. Dans la parution de 1921-1922 il a publié une documentation sur les congés de traite accordés par les gouverneurs à partir de 1681 jusqu’en 1737.

N’est-ce pas dans ces pièces que l’on trouve des informations menues, mais précieuses, sur certains aspects du trafic des fourrures, sur le personnel et le ravitaillement des postes de l’immense contrée qui s’appelait la Nouvelle-France, que l’on peut relever une partie des noms des pionniers de diverses localités du nord, de l’ouest et du sud-ouest de l’Amérique Septentrionale? Sans elles, que de généalogistes resteraient dans l’incertitude sur les faits et gestes de plusieurs individus dont on perd subitement la trace dans les registres de l’état civil de nos vieilles paroisses, parce que, fascinés par la vie libre des terres sauvages, ils allèrent fixer leurs demeures en ces distantes régions.

Pour assurer la sécurité et le ravitaillement des voyageurs un réseau de forts a été construit le long des voies de navigation. Le fort Frontenac a été construit à partir de 1673 à l’emplacement approximatif de la ville actuelle de Kingston à l’entrée du lac Ontario en venant de Montréal. Robert Cavelier de La Salle en était devenu le commandant en 1675.

Plan du fort Frontenac, 1685

Le 11 août 1681 Cavelier de la Salle a reçu un congé et un permis pour équiper 2 ou 3 hommes pour aller à Kikapous, 8tagamy, etc. mais avec défense de traiter avec les 8ta8as (ottawas). Les congés accordés par M. de Frontenac étaient pour 1 canot équipé de 3 hommes, le gouvernail, le milieu et le devant de canot qui dirigeait la manoeuvre. Ces premiers contrats étaient notariés par les notaires Claude Maugue et Antoine Adhémar dit Saint-Martin.

Le Fort Saint-Louis du Rocher a été établi par René Robert Cavelier de La Salle et Henri de Tonti en 1682 pour contrôler le haut du bassin du Mississipi, il était situé près de la ville d’Utica actuelle sur la rivière des Illinois. Les portraits et les illustrations d’époque sont rares, ce double portrait de Cavelier de La Salle est sans doute imaginaire mais sa signature est authentique.

René Cavelier La Salle De La Salle (BANQ)

E. Z. Massicotte a transcrit le texte du congé accordé par M. de Frontenac à M. Dollier de Casson pour financer la construction de l’église de Ville-Marie. François Dollier de Casson était un militaire, explorateur, ingénieur et missionnaire selon sa biographie; depuis 1671 il était supérieur des sulpiciens, seigneurs de Montréal. Il avait fait commencer la construction de l’église de Ville-Marie en 1674.

23 JANVIER 1682 — CONGÉ POUR L’ÉGLISE DE VILLE-MARIE – Le Comte de Frontenac conseiller du Roy en ses conseils gouverneur et lieutenant gouverneur général pour Sa Majesté en Canada et pays de la Nouvelle-France. Nous avons donné congé et permission au sieur Dollier Supérieur du Séminaire de Montréal, pour ayder à la construction de l’église du dit lieu, d’envoyer un canot équipé de trois hommes dont il nous donnera les noms et demeures avant leur despart pour aller faire commerce et traiter avec les sauvages dans la proffondeur des bois et jusquaux nations 8ta8aises les plus esloignées suivant le pouvoir que nous en a donné Sa Majesté par son ordonnance du quat. may 1681 ausquels nous enjoignons de se bien comporter dans leurs voyages et de ne donner aucun sujet de plainte dans leur service chez les d. Sauvages, lesquels ils porteront autant qu’ils pourront à desandre tous les ans avec des pelleteries pour les traiter dans les foires establies à Montréal et autres lieux de ce pays conformément aux intentions de Sa Majesté…

Appendice – pièce A

Parti du fort Frontenac avec une trentaine d’hommes La Salle fit construire le fort Conti (fort Niagara) à l’embouchure de la rivière Niagara et un brigantin, le Griffon. Le 7 août 1679 le petit navire s’éloigna de Niagara en direction de Michillimakinac, où il arriva 20 jours plus tard.

Plan du fort Niagara dessiné par le commandant Pierre Pouchot de Maupas

Fort Michillimakinac était un poste de traite établi à la pointe sud du détroit séparant le lac Michigan et le lac Huron, en Nouvelle-France dans le Pays-d’en-Haut. Michillimakinac a été la plaque tournante de la traite des fourrures après la paix de 1701 avec les nations amérindiennes.

Détail de la carte de la Nouvelle-France par Guillaume Delisle en 1718

Le Grand Portage était une autre étape des voyageurs allant vers l’ouest, à l’extrémité ouest du lac Supérieur. Situé à l’endroit où commence le premier et le plus difficile des 29 portages séparant le lac Supérieur du lac La Croix; il obligeait chaque voyageur à porter quatre charges de plus de 80 kg sur environ 14 km.

E. Z. Massicotte a donné la référence du notaire de chaque document et quelques uns des greffes de ces notaires ont été numérisés sur le site BANQ. Les documents originaux sont difficiles à lire, seul un paléographe expérimenté peut y parvenir.

Frances Anne Hopkins a parcouru les pays d’en-haut en canot beaucoup plus tard mais ses belles peintures décrivent un mode de vie qui avait peu évolué.

Frances Anne Hopkins – Voyageurs at dawn (1871)

Les congés de traite étaient accordés à des notables ou des marchands qui les revendaient parfois à des sous-traitants.

1685, 1er février — Frs Charron de la Barre, marchand à Montréal, vend à J.-B. d’Ailleboust des Muceaux et Pierre Cartier un congé acquis du Sr Gitton et à lui accordé par M. le Général le 10 septembre 1684.

1686, 29 janvier — Congé accordé pour la traite des 8ta8acs par M. de Denonville à Louis Leconte Dupré, marchand, et cédé par celui-ci à Pierre et Oger Le Maître frères, par contrat du 25 juin 1686.

1686, 29 janvier — Congé accordé pour la traite des 8ta8acs par M. de Denonville à Jacques Le Ber, marchand, et cédé par celui-ci à Jacques Testard et Pascal Prévost, par contrat du 10 juillet 1686.

E. Z. Massicotte a recensé beaucoup de congés de traite de cette époque mais il ne les a peut-être pas tous notés même si il n’y avait que quelques notaires à cette époque. Sa documentation passe directement de 1686 à 1694, année où il n’a noté que 2 congés accordés à René Fezeret. C’est la période où le marché de la fourrure est devenu saturé et où les congés de traite n’étaient plus accordés, sauf exception.

1694, 10 septembre — Transport à René Fezeret, me serrurier de Ville-Marie, et Marie Cartier, sa femme, d’un congé accordé le 5 septembre précédent, par M. de Frontenac, à Jacques Petit de Verneuil, commis de M . le Trésorier général et portant permission d’aller traitter aux Sauvages 8ta8acs.

La liste des congés de traite recommence en 1708:

1708, 26 août — M. de la Motte Cadillac, représenté par François Ardoirin, marchand à Montréal, permet à René-Alexandre Le Moyne, Pierre Huet dit Delude, Joseph Girardin et le nommé Lapointe, engagé du d. LeMoyne, d’aller au Détroit pour y faire le commerce. Ils devront partir le plus tôt possible et emporter dans leur canot 300 lbs de marchandises pour M . de La Motte et pas plus de 6 pots d’eau-de-vie chacun, à peine de 500 livres d’amende.

Les congés de traite deviennent beaucoup plus nombreux à partir de 1720, j’en ai relevé quelques uns au hasard:

1720, 12 mars — Congé donné par M. le général, au sieur de Montigny, pour sa
fille religieuse, et à la supérieure des Religieuses Hospitalières de Montréal, et permis
à celui-ci d’envoyer un canot équipé de 4 hommes pour aller faire la traite à Missili-
makinac.

1723, 6 juin — Permission accordée par le gouverneur général au sieur de Repentigny, capitaine, faisant pour le sieur Saint-Pierre, son frère, commandant au poste de Chag8amigon, de faire partir 2 canots équipés de 10 hommes pour aller porter au dit sieur de St-Pierre les provisions et marchandises nécessaires.

1724, 16 mai — Permission accordée par M. le gouverneur général au sieur Youville de la DesCouverte de partir de cette ville avec un canot équipé de 5 hommes, lui compris, pour aller porter au sieur DuBuisson, commandant aux postes de Miamis et Ouyatanons, les provisions et effets qui lui sont nécessaires.

1730, 22 avril — Permission accordée par M. de la Corne au sieur Charly d’envoyer un canot à Témiskamingue équipé de 4 hommes, sauvages ou français, pour y porter les vivres et marchandises.

Les canots étaient déjà plus grands transportant 4 ou 5 hommes. La liste se termine se termine en 1730 et cette ordonnance du 1er juillet 1737 a été ajoutée:

1737, 1er juillet — Ordonnance de M. de Beauhamois permettant à Antoine Archambault de la Longue Pointe d’aller dans la Nouvelle-Angleterre et enjoignant à tous de le laisser passer et de lui donner les secours et assistances dont il aura besoin – Passeport du dit Archambault qu’il devra faire viser par M. Michel de la Rouillière, ordonnateur à Montréal, et par les commandants des forts Chambly et de la Pointe-à-la-Chevelure, en allant et revenant.

En appendice E. Z. Massicotte a retranscrit un rolle de 44 engagés pour aller à Détroit pour Monsieur de Tonty en 1725.

1725, 18 mai—Permission accordée au sieur de LaMarque de partir avec plusieurs canots équipés de 44 hommes pour aller au Détroit porter au sieur de Tonty, commandant de ce poste, les effets qui lui sont nécessaires. La plupart des voyageurs venaient de la région de Montréal: Lachine, Lavaltrie, Ste-Thérèse, Longueuil, Contrecoeur, Laprairie, Lachenaie, Pointe aux Trembles, Boucherville, Pointe-Claire, etc. Il y avait 4 hommes par canot, 2 milieux.

Ces engagés pour un voyage vers les pays d’en-haut signaient un contrat notarié précisant leur destination et leur salaire. Une exposition historique à Terrebonne en 2024 a présenté ce chapeau de castor d’époque montrant à quoi servait principalement la marchandise exportée en Europe.

Chapeau de castor

La fabrication d’un chapeau de castor était une opération longue (7 heures) qui comptait plus de 30 étapes menées à bien par divers spécialistes. Les peaux de castor étaient initiallement débarrassées de leurs jarres extérieurs et transformées en feutre après un processus complexe de lissage, de battage et de séchage. Selon son prix et sa qualité, selon la taille des peaux de castor et la densité du feutre, un chapeau requérait à lui seul d’une à cinq peaux de castor mâle adulte. Des couvre-chefs moins coûteux, tels que ceux portés par les militaires, étaient fabriqués d’un mélange de fourrures de castor, de poils de cheval et de lapin…

Il y avait deux types de peaux de castor: le castor gras et le castor sec. Le terme «castor gras» désigne les peaux de castor prises par les Indiens alors qu’elles sont de première qualité; elles étaient taillées en rectangles, cinq à huit rectangles étaient cousus ensemble et portés la fourrure contre le corps pendant 12 à 18 mois. Le frottement constant contre la peau aidait à débarrasser graduellement la fourrure des jarres qui en constituaient le revêtement extérieur, et la sueur lui donnait un reflet lustré. Ainsi bien engraissée, la peau devenait souple et prenait une teinte jaune. Le castor gras avait le plus de valeur parce que les longs poils étaient tombés et que le duvet avait déjà été engraissé et s’était épaissi au contact de la peau humaine. On l’appelait aussi castor de robe, ce qui montre bien comment il avait acquis sa valeur. Le «castor sec», en revanche, désignait la peau de fourrure qui avait été étirée à plat, séchée et apportée sur-le-champ par les Indiens. Le castor sec ou castor parcheminé conservait toujours les longs poils rugueux de l’extérieur et n’avait pas l’épaisseur et la qualité du «castor gras».

Université McGill

Répertoire des engagements pour la traite des fourrures 1670-1745

Dans les années 1690, les marchands, qui étendaient leurs opérations sur de plus grandes distances, croyaient déjà qu’ils avaient besoin de plus de capital. Certains d’entre eux avaient même commencé à travailler comme engagés – membres salariés des équipages des canots – pour le compte de marchands de la vallée du Saint-Laurent. Ce type d’emploi salarié est devenu de plus en plus courant après 1715, lorsque le marché européen des fourrures a commencé à se redresser et que l’interdiction du commerce fut levée.

Musée virtuel de la Nouvelle-France

Sous le régime français, il n’y eut pas, sauf l’agriculture, d’industries locales assez importantes pour fournir de l’emploi à tous les rejetons des familles nombreuses. Il n’y avait qu’un négoce relativement considérable: la traite des fourrures; qu’une industrie d’une certaine ampleur: le voiturage par eau. A ce négoce et à cette industrie, il fallut l’aide de milliers de nautonniers, d’artisans, de trappeurs pour transporter les marchandises à échanger, approvisionner les postes épars, réparer ou fabriquer des armes et des outils, joindre les tribus nomades, construire des forts ou des habitations, enfin, pour rapporter des régions lointaines les ballots de pelleteries que l’on avait troquées avec les indigènes ou les coureurs de bois.

Et c’est à Montréal, principalement, qu’accouraient des centaines de jeunes gens, originaires de diverses parties de la colonie et cherchant à se louer afin de subsister ou d’amasser quelques francs en vue de se marier, puis de s’établir près de leur parenté, quand ce n’était pas pour le seul plaisir de se déplacer, voir du nouveau et satisfaire leur goût des aventures…

De 1670 à 1760, et dans le district de Montréal seulement, on compte 13,055 contrats d’engagements. Si l’on songe que parfois deux ou trois hommes sont engagés dans le même contrat, on peut dire en chiffres ronds, que 15,000 individus de langue française sont partis de Montréal pour l’Ouest, au cours du XVIIe et du XVIIIe siècle… Montréal n’est assurément pas le seul endroit où des contrats comme ceux que nous citons ont été passés. Pour la même période il doit y en avoir eu aux Trois-Rivières et à Québec, en quantité moindre, peut-être, vu que Montréal était le point de départ pour les pays d’en haut et le grand poste de racolage des voyageurs.

En 1667 après des années de confrontations avec les iroquois la paix a été conclue et la traite des fourrures a pu prendre son essor. La guerre a repris en 1687, le nouveau gouverneur de Brisay (de Denonville) ayant reçu l’ordre de mettre fin à la paix honteuse avec les iroquois. Le 13 juin 1687, l’expédition contre les Iroquois quitta Montréal, avec 832 hommes des troupes de la marine, 900 hommes de milice et 400 Indiens alliés… L’expédition fit demi-tour au nouveau fort construit près des chutes du Niagara... En 1688 la guerre avec l’Angleterre a aussi commencé; elle a duré jusqu’en 1697 et les guerriers iroquois ont été instrumentés pour la mener contre la Nouvelle-France.

Le premier engagement de la liste date du 9 juin 1670; l’engagement de Jean Bruyère à Gilles Rageot vient du greffe du notaire Bénigne Basset dit Deslauriers.

Jean Bruyère s’est engagé pour le temps de la navigation pour 20 livres par mois(?) et la nourriture. Encore une fois ces actes notariés ne sont pas faciles à transcrire.

Contrairement à la Compagnie de la Baie d’Hudson à structure monolithique pourvue d’employés rémunérés, la traite des fourrures en Nouvelle-France est menée jusqu’au début du 18e siècle, par des dizaines de petits partenariats. À mesure que les frais augmentent proportionnellement à la distance parcourue, le commerce des fourrures en vient à passer aux mains de quelques bourgeois, qui embauchent des centaines de voyageurs salariés. La plupart des entreprises comptent trois ou quatre hommes qui obtiennent des autorités un bail de trois ans pour un poste précis. Les profits et les pertes sont partagés entre les membres de la compagnie, selon leur investissement. Ils se procurent les marchandises d’échange à crédit, à un taux d’intérêt de 30 %, chez quelques marchands de Montréal, et vendent aussi les fourrures par l’entremise de leurs agents en France. Le salaire des voyageurs qui passent l’hiver dans l’Ouest varie de 200 livres à 500 livres. Ceux qui partent en canoë vers l’Ouest au printemps et reviennent avec le convoi à l’automne touchent de 100 livres à 200 livres plus leurs frais de subsistance (soit environ le double de ce que gagne un ouvrier ou un artisan dans la colonie).

L’Encyclopédie canadienne

E. Z. Massicotte a transcrit l’engagement de Joseph Durbois à Antoine Pascaud du 1er avril 1688 rédigé par ce même notaire Basset. Joseph Durbois originaire de Québec et demeurant à Montréal s’est engagé à Antoine Pascaud procureur de Claude Dorval pour le remplacer car il avait été tué à la guerre du marquis de Denonville contre les iroquois. Son salaire était de 300 livres payable lorsque les pelletries seraient arrivées à Montréal.

…pour monter aussitost guil sera permis aux personnes de la Société et Communauté des Nommes René Culerier fils Joseph Obuchon, Lebour bonnois habitants de cette Isle Lavigne & louis escarris dit lehoux, pour et au lieu, de Deffunt Charles Dorval tué a la guerre que Monseigneur le Marquis Dedenonville a fait aux Sauvages Sonont8ans, estant de la ditte Communauté pour les parts & portions qui luy pouvaient pouvaient (sic) Competer & appartenir, et pour Ce faire. Led. Durbois sera tenu & obligé de partir de ce lieu, aussitost que ceux de lad. Communauté Seront prests à partir, de monter avec eux aux Sauvages Illinois pour faire tout ce dont auroit peu faire led deffunt Dorval pour le profict et avantage de la ditte Communauté. Cet Engagement fait pour & moyennant La Somme de trois Cent livres…

Le 24 juillet 1688 engagement de Antoine Beaujean voyageur de l’île de Montréal au sieur de la Forest.

…que ledit Beaujan promet Et s’oblige d’aider a amener un canot de la Chine jusqu’au fort St Louis, au pays des Illinois avec tel autre homme que ledit Sieur de la Forest lui baillera, chargé de mil pesant et d’aider de sa personne à son retour, à descendre en canot chargé de pelteries pour ledit Sr de la Forest à la charge par ledit Sieur de la Forest de fournir des vivres et un canot pour aller jusqu’au dit fort St Louis et pour son retour suivant qu’on a accoutumé de faire aux voyageurs. Et pendant le séjour que ledit Beaujan fera audit pays des Illinois iI se nourrira à ses frais et dépens… la somme de trois cents livres en castor audit fort de St Louis, dès que ledit Beaujean y sera arrivé promettant ledit Sieur de la Forest audit Beaujean d’apporter audit pays des Illinois jusqu’à la somme de cent livres en marchandises…

On se rendait en quinze jours de Montréal aux Illinois et, de là, en vingt jours à la Nouvelle-Orléans.

Le Canada ou partie de la Nouvelle France dans l’Amérique Septentrionale contenant la terre de Labrador, le Nouvelle France, les isles de Terre Neuve, de Nostre Dame, etc à l’usage de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Cette carte de 1696 montre les postes de traite qui avaient été construits pour inciter les indiens à ne pas traiter avec les postes de la Baie d’Hudson; la compagnie anglaise créée en 1670 permettait aux chasseurs indiens de mettre en concurrence les traiteurs de fourrures pour obtenir un meilleur prix.

Alexis-Hubert Jaillot – 1696

E. Z. Massicotte a documenté des milliers d’engagements dans les archives. John Fisher un chercheur américain a recopié tous les en-têtes des contrats sur son site internet, le document PDF fait 2.243 pages contenant chacune une douzaine d’engagements, impossible de tous les commenter. Massicotte a retranscrit quelques uns de ces engagements. Celui des frères Chevalier à M. de la Mothe Cadillac en 1706 montre l’évolution des contrats une fois la paix avec les nations indiennes rétablie en 1701. Le fort Pontchartrain a été reconstruit en 1701 par Cadillac sur le détroit entre le lac Huron et le lac Érié (ville de Detroit aujourd’hui.)

Furent présents Paul Jean et Robert Chevaliers frères demeurant à Ville Marie lesquels ont volontairement reconnu et confessé s’être engagés à Messire Anthoine de Lamothe Cadillac capitaine commandant pour le Roy au fort de PontChartrain du détroit sur le lac Erié et de partir incessament de cette ville pour revenir en La présente année et d’aider en allant à mener un canot chargé de marchandises et En revenant un chargé de pelleteries; avoir soin dit tout en allant et revenant du mieux qu’il leur sera possible; servir fidèlement ledit Sr. de Lamothe et lui obéir et faire tout ce qui leur commandera et qu’ils pourront faire; sans pouvoir quitter ledit service qu’ils ne soient de retour en cette dite ville sous les peines de L’ordonnance; et étant lesdits engagés arrivés à la gallette au dessus des rapides il prendront le devant pour se rendre en diligence audit fort après avoir pris au préalable les ordres dudit Sr de Lamothe. Ce marché fait à la charge que ledit Sr. de Lamothe leur fournira de canots et de vivres suivant l’usage des voyageurs pendant ledit voyage et oultre payera à chacun des dits engagés pour leurs gages et salaires pendant ledit temps la somme de cent livres du pays à leur retour en cette dite ville en argent monnoyé. Ausquels engagés sera permis de porter pour quinze livres de marchandises chacun qu’ils traiteront à leur profit.

Le fort du Détroit en 1710

Les postes de traite des fourrures étaient loués à bail mais c’est un sujet plus difficile à documenter. Par exemple le 15 octobre 1708 Thérèse Migeon de Beaujeu, agissant en son nom et en celui de son mari Louis Léonard (Liénard) de Beaujeu, a donné une procuration à son frère Daniel Migeon de La Gauchetière pour exploiter un poste lié à la traite des fourrures (castor), au Mississipi, possédé par feu son père Jean-Baptiste Migeon. Pour elle recevoir du sieur le Negre comis de feu le sieur d’Iberville ou du sieur Berry marchand à Rochelle et de tous autres qu’il appartiendra tous les castors et autres effets qui lui ont été envoyés du Mississipi…

Thierry Berthet dans Seigneurs et colons de la Nouvelle-France évoque l’affermage des postes de traite vendus aux enchères à des agents, souvent des officiers de l’armée royale.

Charles-François de Lanaudière est un de ces officiers qui ont pu amasser une belle fortune dans la traite des fourrures avant la Conquête grâce aux postes de traite qu’il a su affermer.

De Lanaudière engage à titre personnel de nombreux hommes pour la traite, notamment alors qu’il est commandant pour le roi au poste des Miamis. Ces engagements se répètent annuellement. Leur nombre varie entre 1 et 17, atteignant même 25 en mai et juin 1745. Tous ces engagés n’ont qu’une seule destination: le fort Pontchartrain du Détroit. Charles-François les y emploie pour son propre compte mais aussi au nom de compagnies qu’il forme avec d’autres. Entre 1738 et 1748, il fait un peu plus d’une centaine d’engagements et ce, sans compter ceux effectués par son frère.

Sophie Imbeault (page 33)

Dans son livre sur la famille Lanaudière S. Imbeault raconte que, officier dans l’armée française, Lanaudière avait été nommé à différents postes dans les pays d’en-haut. Il avait participé à une première société en 1743 avec son frère Jean-Baptiste et Michel Gamelin Gaucher pour faire la traite au poste des Ouytanons qui leur avait été adjugé (notaire Danré de Blanzy 6 juin 1743). En 1755 il s’était associé à Jean-Baptiste Chénier commerçant voyageur de Pointe-Claire pour 9 ans pour faire la traite au poste de Témiscamingue qui lui avait été adjugé pour la somme de 14.100 livres (notaire Foucher 15 avril 1755). En 1758 avec Jacques Lemoine de Montréal ils se sont associés à Antoine Saint-Germain de Varennes toujours pour le poste de Témiscamingue; ils avaient payé 14.000 livres pour le bail (notaire Danré de Blanzy 6 mai 1758).

Le prochain engagment transcrit est celui de Nicolas Petit de Varennes au sieur Pierre Perthuis le 27 juillet 1720. Le salaire a été convenu en nature plutôt qu’en espèces, 120 livres de castor sec et 2 peaux de chevreuils.

…Cet engagement ainsi fait pour et moyennant la quantité de Cent Vingt Livres pesant de castor sec bon et marchand et deux peaux de chevreuils mâle, qui lui seront baillés et payés par le dit Sr Perthuis aussi tôt leur arrivée en cette ville, promettant ledit Sr Perthuis de fournir audit engagé les souliers sauvages qui lui seront nécessaires pendant ledit voyage…

Le 26 juillet 1722 engagement de Denis Veronneau voyageur de Boucherville à Mr. Dubuisson. Le salaire de Veronneau est payable en espèces et en fourrures de castor; il devra aussi rembourser le prix des fournitures avancées par les sieurs de Tonty fils et Laferté.

…pour aider à monter ledit canot ledit Sieur Desauniers lui fournit pour hommes, Jean
Guillebert Laframboise, Michel Quintal et Pierre Picard
desquels il aura la conduite… Ledit Sr. Desauniers lui a promis payer la somme de soixante livres… En outre ledt Sieur Desaunier au dit nom lui permet de porter cent cinquante Llvres pesant de marchandises qu’il lui sera loisible de commercer à son profit dans les dits lieux des Miamis et des Syatanons et sans aucuns autres privilèges. Reconnaissant ledit Sieur Veronneau devoir bien loyallement et justement au dit sieur Desaunier à ce présent et acceptant la somme de deux cent soixante six livres dix sept Sols dix deniers dans laquelle est comprise celle de quatre vingt une livres huit sols fournie par la société des sieurs de Tonty fils et Laferté pour fournitures qu’il lui a faittes pour son équipement et commerce dudit voyage suivant le compte qu’ils en ont fait ensemble et dont il est content laquelle dite somme de deux cent soixante six livres dix sept sols six deniers ledit Sieur Veronnau a promis promet et s’oblige bailler et payer audt Sieur Desaunier et Laferté au mois d’août de l’année prochaine mil sept cent vingt trois ou plutôt s’il est de retour en castor et bonnes pelletries au prix des marchands équipeurs et de ce faire a obligé et hypotéqué tous ses biens présents et à venir spécialement les effets qu’il rapportera ou envoyera dudit voyage…

Le 28 mai 1730 engagement de Louis Vaillant de Ste-Thérèse à M. de Croisille et Le Compte Dupré pour aller à Missillimakinac par la Grande Rivière et en descendre pour 200 livres en castor et pelleteries au prix des marchands équipeurs.

Dans les années 1730, les marchands montréalais étaient déjà spécialisés dans le recrutement d’engagés, l’équipement d’expéditions de traite et la supervision de l’expédition des pelleteries jusqu’à Québec, et de là, en France. Les marchands les plus prospères étaient nés en France et bénéficiaient de liens personnels et professionnels avec des assureurs, des créanciers et des armateurs à Rouen, à Bordeaux et à La Rochelle. Depuis son cabinet à Montréal, par exemple, le Parisien Pierre Guy importait des marchandises et exportait des fourrures par l’entremise de Robert Dugard et Cie, établie à Rouen, et des facteurs de celle-ci en poste à Québec, François Havy et Jean Lefebvre. Puisque les marchands nés au Canada avaient généralement un capital de base plus limité et des réseaux professionnels plus restreints, ils avaient tendance à établir des partenariats pour participer à la traite des fourrures. Ces partenariats comportaient habituellement trois ou quatre membres qui réunissaient les capitaux qu’ils investissaient pour acheter le bail de traite à un poste intérieur. Parmi ces partenariats, il y avait Baby Frères,

Musée virtuel de la Nouvelle-France

Dans le greffe du notaire François Lepailleur de LaFerté on trouve un répertoire spécifique pour les engagements à la traite des fourrures entre 1733 et 1739.

Louis Charlebois et plusieurs autres ont été engagés par la compagnie Lamer du Ouest. Il s’agit sans doute d’une des nombreuses compagnies de traite des fourrures de cette époque; dans le répertoire Massicotte c’est écrit: 1734, 16 mai — Engagement de Louis Charlebois au Sr Ustache Gamelin pour se rendre au poste où résident les dits associés. En cherchant sur internet le nom de Eustache Gamelin on trouve: Montréal 9 juin 1734 – Enregistrement d’une permission accordée par Charles de Beauharnois, gouverneur de la Nouvelle-France, à Eustache Gamelin, de quatre canots et vingt-deux hommes, pour transporter les marchandises pour la traite au Poste de Kamanistigoya [Kaministiquia (Thunder Bay, Ontario)] et au Lac des Bois.

On trouve sur un site en anglais d’autres informations sur la famille de traiteurs de fourrures Gamelin à partir de Ignace Gamelin dit Lafontaine (1663-1738). En 1731 Eustache a été associé à Jean-Baptiste Gaultier de la Vérenderye. The next few years Laurent (Eustache/Ustache) was hiring for « de la Manestigouia », « pays d’en haut », « la Mer du Ouest », Michilimackinac, « poste du lac des Bois », « poste de Kamenitigouya » & « le Nord » and in 1738 Laurent was hiring men for Detroit, « poste des 8iatanons » & Michilimackinac.

Certains engagements du répertoire Massicotte concernent des amérindiens mais ils sont encore rares:

1739,11 août — Engagement de Jean Baptiste Panis dit Tarascon à Paul de la
Marque sieur de Marin
officier des troupes de la Marine et commandant pour le Roi des villages des Sakis et Renards et autres lieux pour y transporter des marchandises en canot pour 350 livres – Jean-Baptiste Adhémar dit Saint-Martin. Jean-Baptiste Panis se dit libre voyageur des pays d’en-haut et son nom Panis semble être celui d’un indien pawnee.

1741, 31 août — Engagement de Pierre Iroquois sauvage parlant français du lac des Deux-Montagnes à Vincent Poudret marchand voyageur de Montréal pour aller au poste des Cha8oinnons pour 200 livres – Jean-Baptiste Adhémar dit Saint-Martin.

Cette liste des engagements commençait à la page 195 de la revue Rapport de l’archiviste 1929-1930 et elle se termine à la page 466.

Le monopole du castor de la Compagnie des Indes

Fondée en 1717 en vertu d’une charte royale, la Compagnie d’Occident (elle devient en 1719 la Compagnie des Indes) faisait partie du système financier de John Law qui envisageait la création d’une vaste compagnie de commerce afin de distribuer les profits aux actionnaires et de faire ainsi prospérer l’agriculture et l’industrie françaises. En dépit de l’échec du système en 1722, la Compagnie des Indes survivait comme compagnie maritime et conservait son monopole sur l’exportation de peaux de castor, matière première de la chapellerie française. En plus, il lui était accordé un droit d’exclusivité pour importer en Nouvelle-France certains textiles de fabrication anglaise indispensables à la traite avec les Amérindiens…

Pendant deux décennies, la compagnie louera des immeubles particuliers: successivement, les maisons de Lemoyne de Longueuil, Testard de Montigny et Leber de Senneville sur la rue Saint-Paul. En 1745, elle achètera la propriété de l’hôtel de Ramezay et construira aussitôt un important bâtiment de service (disparu plus tard). Entre 1755 et 1757, elle y construira un nouvel «hôtel» en lieu et place de l’ancienne résidence, soit l’actuel Château Ramezay – Musée et site historique de Montréal. L’édifice servira notamment à loger Joseph Fleury Deschambault devenu l’agent général de la compagnie en Nouvelle-France en 1754, un poste occupé précédemment par son père à Québec. En somme, le siège social de la Compagnie sera déplacé à Montréal à l’époque de la construction de l’édifice. Détentrice de ses monopoles jusqu’en 1760, la compagnie devra quitter la Nouvelle-France après la Conquête et elle vendra sa propriété montréalaise en 1764.

Compagnie des Indes en 1725

La Compagnie des Indes a obtenu le privilège exclusif du commerce des peaux de castor par lettres patentes en 1717. Elle avait un comptoir à Québec pour recevoir et acheter tous les castors que les sauvages apportaient en septembre à Montréal et Québec. La compagnie envoyait tous les ans à Québec un vaisseau de 300 à 350 tonneaux pour rapporter les fourrures en important pour 100.000 livres de marchandises de traite. La cargaison du vaisseau La Driade en 1723 comprenait des pièces d’écarlatines d’Angleterre (pièces de drap), du sel, de l’eau-de-vie de Cognac, du vin de Bordeaux, des pièces de carisées (créseaux ou kersays, drap anglais).

À la page suivante on trouve une liste partielle des marchandises expédiées pour la Traitte avec les Sauvages en troque de Pelleteries.

Plus loin un État des Marchandises propres pour la traitte du Castor:

Les Gardiens du Patrimoine Archéologique des Hautes-Laurentides font des fouilles dans la région de Nominingue depuis 2005 et leur collection d’artefacts s’enrichit chaque année. Cette rare lame de couteau de traite en est un bel exemple:

Couteaux de traite – Musée du Manitoba

Les vaisseaux rapportaient d’autres sortes de pelleteries que le castor du Canada: ours, martres, orignaux, cerfs, chevreuils, loups, loups-cerviers, renards, chats cerviers-loutres(?), pécans. Une peau d’ours valait à peine plus qu’une peau de martre du nord dont les droits (taxes) étaient plus élevés.

Les sociétés de traite des fourrures

Les contrats de société pour la traite des fourrures sont moins fréquents. Celui-ci rédigé par le notaire Jean-Baptiste Adhémar dit Saint-Martin le 6 août 1730 a été conclu entre Charles Elie et Jean Herry Duplanty. Ils se sont associés jusqu’à leur retour à Montréal l’année suivante pour aller dans les pays d’en-haut pour faire la traite et commerce des marchandises qui composent la société tant avec les français qu’avec les sauvages. Les associés ont mis la somme de 1.198 livres dans la société, 698 par C. Elie et 500 par J. Herry, les profits devant être répartis selon leur mise de fonds.

Répertoire des engagements pour la traite des fourrures 1746-1752

Entre 1715 et la guerre de Sept Ans (1756-1763), la traite des fourrures prend beaucoup d’ampleur et sert à une variété de fins: économiques, politiques et scientifiques. Les Français instruits s’intéressent vivement aux recherches scientifiques. Les membres du gouvernement, avides de connaître l’étendue de l’Amérique du Nord, souhaitent qu’un Français soit le premier à découvrir une voie de terre vers la mer de l’Ouest. Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye et d’autres officiers supérieurs canadiens reçoivent la mission de découvrir cette route. On leur donne l’autorité sur de vastes régions de l’Ouest (dont certaines empiètent sur les territoires revendiqués par les Britanniques), avec le droit exclusif sur la traite des fourrures. Ils doivent payer à même leurs profits les coûts de l’entretien de leurs postes et de l’envoi des missions d’exploration vers l’Ouest, le long des rivières Missouri et Saskatchewan.

L’Encyclopédie canadienne

La revue du Rapport de l’archiviste 1930-1931 a publié la suite de la liste d’engagements à partir de la page 353 l’engagement du 3 mai 1746 de Joseph Gautier à Charles Héry pour aller à Témiskamingue jusqu’à la page 453 l’engagement de François Mousseaux à Luc de la Corne sieur de Chaps pour aller au poste de Michillimakinac du 30 décembre 1752. La provenance des engagés et leur salaire n’ont pas été notés mais en consultant le greffe du notaire Adhémar on peut en documenter quelques uns. Voici quelques exemples:

1746, 30 mai — Engagement de Nicolas Donnay voyageur de Contrecoeur à Jean Poupart Lafleur pour aller au Détroit et au lac Erié pour 130 livres.

1746, 30 mai — Engagement de Michel Charbonneau voyageur de Boucherville à Jean Poupart Lafleur pour aller au Détroit et au lac Erié pour 110 livres.

1746, 30 mai — Engagement de François Brunet La Sablonnière voyageur de Contrecoeur à Jean Poupart Lafleur pour aller au Détroit du lac Erié pour 110 livres.

1746, 30 mai — Engagement de Pierre Ride voyageur de Longueuil à Joseph Douaire Bondy pour aller au Détroit du lac Erié pour 160 livres.

1746, 31 mai — Engagement de Jacques Roy voyageur de la Prairie de la Magdelaine à Jean Poupart Lafleur pour aller au Détroit du lac Erié pour 150 livres.

1746, 31 mai — Engagement de Jérémie Dupuy voyageur de la Prairie de la Magdelaine à Jean Poupart Lafleur pour aller au Détroit pour 110 livres.

1746, 31 mai — Engagement de Louis Déroche voyageur de (?) à Joseph Douaire Bondy pour aller au Détroit du lac Erié pour 100 livres.

1746, 2 juin — Engagement de Louis Gervais voyageur de Longueuil à Charles Courtois pour aller au Détroit du lac Érié pour 160 livres.

1746, 4 juin — Engagement de François Baucham(?) voyageur de Repentigny à Claude Lamargue sr De Laperrière Marin et compagnie pour aller à Michilimakinac pour 200 livres.

Il n’y a pas de transcription d’acte d’engagement dans ce numéro de la revue. La traite des fourrures était mieux organisée et les engagements plus nombreux quelques années avant la guerre de Conquête.

1746, 30 mai — Engagement de Pierre Viau Lespérance voyageur de Longueuil à Joseph Douaire
Bondy pour aller au Détroit du lac Erié pour 160 livres.

Les greffes des notaires, Blanzy, Hodiesne, Simonnet, Comparet, ne sont pas numérisés.

1752, 27 décembre — Engagement de Augustin Brabant à Monsieur de Repentigny pour aller au Sault Ste-Marie pour 400 livres.

Répertoire des engagements pour la traite des fourrures 1753-1758

La guerre contre les colonies anglaises d’Amérique du Nord avait commencé en 1754 dans la vallée de l’Ohio; elle a duré jusqu’à la Conquête en 1760. En 1759 les anglais ont pris le fort Niagara et contrôlé la navigation sur les lacs, coupant la route de la traite des fourrures. Quand la traite a repris les anglais la contrôlaient.

Les engagements de cette période ont été signés chez les notaires Blanzy, Foucher, Simonnet, Coron fils, Adhémar, etc. Seul le greffe de ce dernier a été numérisé, voici quelques en-têtes de contrats.

1753, 2 janvier — Engagement de Gabriel Giard habitant de Contrecoeur à Thomas Trottier Desaunies Dufy et Nicolas Lefebvre négociants de Montréal en société pour aller à la Rivière St-Joseph pour 270 livres.

1753, 3 janvier — Engagement de Paul Mathias voyageur de l’île de Montréal à Jean Baptiste Lefebvre négociant de Montréal pour aller à Missillimakinac pour 350 livres.

1753, 4 janvier — Engagement de Jean Baptiste Riel dit Lirlande à Toussaint Pothier pour aller à Michilimakinac.

1753, 5 janvier — Engagement de Bernard Janot dit La Chapelle au sr Louis Saint-Ange Charly pour aller à Missilimakinac.

Etc…

1753, 12 janvier — Engagement de Pierre Botquin habitant demeurant à L’Assomption à Mons. Rigault de Vaudreuil pour aller à Missillimakinac.

1753, 18 janvier — Engagement de Noël Frontigny habitant voyageur de Saurel à Mons. de Lignerie et compagnie pour aller au Détroit pour 200 livres.

1753, 19 janvier — Engagement de Jacques Foye de la Pointe aux Trembles à Thomas Trottier Desaunies Dufy et à Nicolas Lefebvre pour aller à la Rivière St-Joseph pour 200 livres.

J’ai compté 77 contrats d’engagements juste pour le mois de janvier 1753, le notaire Adhémar en ayant rédigé beaucoup. Impossible de tout documenter. Le répertoire publié dans le Rapport de l’archiviste 1931-1932 va de la page 243 à la page 365.

Le notaire Gervais Hodiesne a rédigé plusieurs engagements mais la BANQ n’a numérisé que son répertoire chronologique.

1758, 20 mars — Engagement de Jean Baptiste et Jean-Baptiste Charlopin dits Xainetonge à Mr. Chabert pour mener ses chevaux au fort du portage de Niagara.

1758, 20 mars — Engagement de Urbain Brossard fils à Mr. Chabert pour mener ses chevaux au fort du portage de Niagara.

1758, 23 mars — Engagement de Joseph Asselin voyageur au sr. Alexis Lemoine Monière négociant pour le Détroit.

1758, 23 mars — Engagement de Joseph Migneron dit Mahu voyageur au sr. Monière pour le Détroit.

Le greffe du notaire Pierre Panet de Méru commence en 1755 mais seul son répertoire chronologique a été numérisé. Il a notarié de très nombreux contrats d’engagements et les inscriptions de ce répertoire donnent plus de renseignements, but de l’engagement et salaire. Les engagés étaient payés en fonction de leurs capacités, gouvernail, avant ou milieu de canot. Louis Bélair a été engagé comme commis par le sieur Boileau à 50 livres par mois pour un an; il s’agissait de gérer un poste de traite établi.

La rivière du Détroit depuis le lac Sainte-Claire jusqu’au lac Érié, 1764 – Charles-Nicholas Bellin

Les congés de traite des fourrures en 1758

Dans un mémoire de 1758 les messieurs de St-Sulpice ont fait une liste des congés de traite qui devraient être affermés pour chaque poste: congés de traite recommandés. Cette liste recense les principaux postes de traite de la Nouvelle-France et de la Louisiane au moment de la Conquête.

Postes du Nord – Themiskamingues 5 congés; Michilimakinac avec ses dépendances, le lac Huron et ce qui en dépend, le commerce exclusif du fort, 20 congés; La Baye avec ses dépendances, savoir les Sacs, Renards, (???), Folle Avoine et (???), 20 congés; la mer d’ouest, ses dépendanceset les paskouyas, 20 congés; Chaouamigon, 16 congés; Kamanistigouya, 10 congés; Nepigon, 7 congés; Michipicotton, 4 congés; St-Joseph, 7 congés; la rivière des Illinois à commencer depuis Masanne(?) jusqu’au fleuve Mississipi, le Missouri, 20 congés.

Postes du Sud – Misiskouoy et tout le lac Champlain, où les abenaquis et iroquois vont en chasse, 3 congés; le lac des deux Montagnes, 6 congés; à la Présentation, 1 congé; les forts Frontenac, Toronteaux, Niagara, càd tout le long du lac Ontario, les 5 nations, si les négociants qui rempliraient ces congés voulaient y aller, 20 congés; le détroit, les portes de la belle rivière et dépendances jusqu’au fleuve Mississipi, 25 congés; aux Miamis, Tépiconnaud(?) ou coeur de Cerf, 6 congés; les Ouyatannas et leurs dépendances, 8 congés.

Total général 198 congés. On pourrait encore mettre 6 congés dans la partie de l’Acadie et peut-être même davantage, savoir à la rivière St-Jean mission du père Germain, à celle de M. Le Loutre.

Lire: Les forts et les postes de traite de la Nouvelle-France

Répertoire des engagements pour la traite des fourrures 1758-1778

Le Rapport de l’Archiviste de la province de Québec 1932-1933 répertorie les engagements entre 1758 et 1778 sous le régime anglais. La traite des fourrures a été perturbée par la guerre de Conquête. Les anglais ont pris le fort de Détroit en 1759 coupant les communications avec la vallée du Mississipi. Les engagements pour l’année 1758 vont de la page 245 à la page 254; ceux de 1759 jusqu’à la page 259. En 1760 il n’y a plus que 34 engagements, à peine 2 pages. Puis les engagements ont repris en 1761 après les défaites à Québec et Montréal. La Gazette de Québec a été publiée à partir de 1764 et elle est une autre source de documentation; la proclamation du Roi George III en est un exemple:

Proclamation royale. Que le commerce avec les différentes nations ou tribus des sauvages avec les quels il a connexion, et qui vivent sous sa protection, sera libre et ouvert à tous en général, Pourvu que chaque personne qui sera disposée à faire pareille traite avec les dits sauvages, prenne une license… Cette proclamation royale du 7 octobre 1763 réglementait la traite des fourrures qui était ouverte à tous à condition d’obtenir une license gratuite.

Après la Conquête le commerce des fourrures a été exempté des droits de douane pour ne pas nuire au commerce en Angleterre: Vu que les droits qu’on paye à l’entrée des peaux de Castors, et le rabat qu’on accorde à la sortie d’icelles, sont de grands obstacles à la manufacture des chapeaux dans ce royaume… les droits seront abolis le 7 avril 1764.

En 1764 le prix des pelleteries avait fortement augmenté en France et des contrebandiers faisaient la traite sur les rives du St-Laurent et à Terre-Neuve.

En janvier 1765 la nation de sauvages Maricittes (malécites) de la rivière St-Jean et du Témiscouata se sont plaints que les habitants canadiens empiètaient sur leur territoire pour faire la chasse au castor; le gouverneur a confirmé leur territoire protégé où il étoit de tous temps défendu aux François de faire la chasse du castor, comme cette chasse a toujours été reservée aux Sauvages de la nation dont il a l’honneur de représenter les griefs…

Les 21 et 22 avril 1761 chez le notaire Panet de Méru le négociant Alexis Desaulniers a engagé Paul Massier de Lachine, Louis Jolicoeur de la rivière de Loup, Pierre Duchesneau, Pierre Le Camus dit La Volonté de Montréal, Antoine Clémasseau de Lachine pour aller au Detroit.

Du 1er au 8 mai il a encore notarié ces engagements: Jean-Baptiste Bergeron de Montréal, Louis Caty de St-Léonard, Antoine Provencal de Terrebonne, Antoine et Joseph Chalifour de la Pointe aux Trembles, Louis St-Jean, Jacques Chaput, Joseph Lorion, Augustin Guerin, Charles Deganne, tous de L’Assomption, Bernard Brouillet de la Pointe aux Trembles, Joseph Vertefeuille de Verchères, Jean-Baptiste Chaudellon et Alexis Brouillet de la Pointe aux Trembles, Antoine Piet, François Fagnan et Joseph Ducharme de Berthier, Michel et François Bisson de la Tortue, Paul Dupuy de la Prairie.

Le notaire Gervais Hodiesne a aussi recommencé à notarier des engagements en mai 1761.

Le notaire François Simonnet est sans doute celui qui a notarié le plus de contrats de 1738 à 1778 mais son greffe n’a pas été numérisé. Pierre Mézières a été notaire à partir de 1758, voici quelques engagements de septembre 1761 dans son répertoire.

Ces contrats permettent de connaître les négociants qui faisaient la traite des fourrures. En 1770 le commerce était encore largement aux mains des négociants canadiens. Pour cette année je note les noms de Amable Currot, Laurent Ducharme, Louis Chaboillez, Augustin Chaboillez, Charles Chaboillez, Amable Desrivierre, Ezechiel Solomon, C. Abjom & Co, Alexis Séjourné, Paul Hubert Lacroix, Zacarie Hurtubise, Jean-Baptiste Saintamour, Simon Cadet et compagnie. Jean Orillat était un négociant français typique de cette époque.

Dès son établissement à Montréal en 1756 il se consacre à la traite des fourrures comme le prouvent des contrats d’engagement qui le conduisent jusqu’à Michiffimakinac en 1757. La guerre ralentit ses activités économiques, mais dès 1761, le commerce des fourrures reprend. En 1763, il forme une première société avec Pierre Cardinal pour la traite au poste de La Baye, aujourd’hui Green Bay, Wisconsin. Cette association dissoute, il en forme une seconde en 1767 avec Jean-Gabriel Cerré, traiteur aux Illinois. Aux termes de ce contrat, Jean Orillat s’occupe de commander les marchandises requises par Jean-Gabriel Cerré chez les négociants de Londres et se charge d’écouler les fourrures sur le marché londonien…

Chez Jean Orillat, on retrouve aussi tout ce qui est nécessaire à la traite des fourrures: couverte, couteau de chasse, fusil, contenant de traite et corne à poudre. On y trouve aussi quelques articles utilitaires tels: plat, cuillère à soupe, bassin, chaudron et marmite. Le magasin sert également d’entrepôt pour les peaux destinées soit au marché montréalais ou prêtes à être expédiées à Londres. Outre le castor, diverses espèces animales comme le chevreuil, le cerf, le caribou, l’ours et le chat sauvage sont disponibles. L’inventaire des marchandises se chiffre à plus de 100.000 livres ce qui démontre bien que Jean Orillat compte parmi les marchands les plus importants de Montréal, dans la seconde moitié du XVIIIème siècle.

De la vente de fourrure à la prospérité: Jean Orillat

La traite des fourrures a ensuite été perturbée par des guerres indiennes dans l’ouest; la guerre de Pontiac entre autres a duré jusque vers 1766. En 1768 le commerce des fourrures à Michillimackinac était encore languissant à cause de la concurrence des français et des espagnols venant de la Nouvelle-Orléans qui avaient ouvert un nouveau poste de traite à St-Louis où une partie du commerce s’était transporté. La Louisiane avait été donnée à l’Espagne par la France en 1762. Les tensions avec les amérindiens étaient vives, plusieurs anglais et un canadien avaient été tués et deux otages de la nation Suak avaient été pris pour trouver les coupables.

Gazette de Québec, 18 août 1768

Lire: Gabriel Cerré au Pays des Illinois

L’administration britannique a d’abord voulu concentrer les postes de traite à Michillimakinac, Détroit et Niagara après la Conquête puis elle a dû y renoncer car c’était utopique. Elle interdisait aux traiteurs de fournir une marge de crédit aux autochtones et de leur vendre de l’alcool. De plus le système traditionnel de cadeaux remis par le gouvernement français aux tribus avait été aboli. Les colons anglais de la vallée de l’Ohio voulaient occuper les territoires à l’ouest de cette rivière qui avaient été reservés aux nations amérindiennes lors du traité de paix.

Le lieutenant-gouverneur a publié un avis qu’il ne signerait plus de permis de traite des fourrures en blanc. Les demandeurs devaient fournir un compte détaillé de leurs canots, des canoteurs et des marchandises de traite et déposer une caution.

Gazette de Québec, 6 octobre 1768

Le commerce vers Michilimakinak depuis le lac Ontario sur les grands lacs s’était organisé avec un service régulier de vaisseaux; Niagara et Detroit étaient aussi desservis.

Gazette de Québec, 22 mars 1770

En 1776-1777 les engagements ont été moins nombreux à cause de la guerre contre les américains commencée en 1775. Les négociants étaient Pierre Chaboillez, Gabriel Leroux dit Roussin, Hippolite Chaboillez, Joseph Ainsse, Jean Dumoulin, Ezechiel Solomon, Jean Conolly, Gabriel Cerré, Charles Sanguinette et frère.

La traite des fourrures était menée par de nombreux négociants indépendants qui se faisaient concurrence. Plusieurs membres de la famille Chaboillez ont été négociants de fourrures: Louis, Augustin, Charles, Pierre, Hippolite. Le plus célèbre est Charles-Jean-Baptiste Chaboillez.

Charles-Jean-Baptiste Chaboillez associé de la CNO

Engagements à Berthier et L’Assomption

En documentant l’histoire de Berthier et de L’Assomption j’avais relevé ces contrats d’engagement pour la traite des fourrures qui ne sont pas dans le répertoire de Massicotte.

Dans le greffe du notaire de Berthier Barthélémy Faribault j’avais relevé quelques engagements, il y en a d’autres. Le 20 août 1782 Louis Guibaux habitant de la Nouvelle York paroisse de St-Cuthbert, Antoine Desrosiers dit Lafresnière de Berthier et plusieurs autres se sont engagés à James Allan représenté par Mrs. Sutherland et Grant négociants à Montréal pour aller au Témiscamingue en qualité de devant ou milieu de canot ou gouvernail. En mars 1783 Cuthbert Grant a engagé des hommes pour la traite des fourures comme agent de Mrs. Holms et Grant. Le 26 juin il a engagé un homme comme agent de Mrs. Sutherland et Grant.

À L’Assomption, en février 1786 Hypolite Desrivières, Nicolas Blondeau et André Blondeau Devizy(?) tous trois en compagnie ont engagé Jean-Marie Gauthier demeurant à L’Assomption chez mademoiselle de Lavaltrie en qualité de garçon voyageur pour 550 livres, une couverte, une chemise et une paire de grandes culottes, Jean Alard de la baie du Febvre pour 200 livres, Etienne Louis dit Vive Lamour de Trois-Rivières pour 450, François Rivet de L’Assomption pour 550.

Pour la saison 1789 David Rinkin marchand voyageur demeurant au bourg de L’Assomption a engagé Jean-Baptiste Langlois Lachapelle du Lacouéreau pour 200 livres, François Capistran Cadot du Grand St-Esprit pour 220 livres, Augustin Tremblé du Lacouéreau pour 400 livres; Jean-Baptiste Dubé de L’Assomption a été engagé par George McBeath.

Le 18 janvier 1794 Charles Chevaudié dit Lépine et François Mongin dit Léveillé de St-Pierre de l’Assomption se sont volontairement engagés à François Winter négociant de Montréal pour faire le voyage à Michillimakinac; le 17 mars Thomas Poliquen de l’Achigan et le 22 avril Paul Landry de St-Pierre se sont engagés à David Rankin. Le 16 février 1795 Mary Corry et Co négociant au bourg de l’Assomption a engagé Pierre Martin dit Barnabé comme milieu de canot pour aller hiverner dans le Mississipi.

En mars 1798 Toussaint Pothier fils de L’Assomption a engagé de nombreux voyageurs pour les pays d’en-haut; il en a encore engagé quelques uns en 1799. En décembre 1798 Thomas Forsyth et Compagnie a aussi conclu de nombreux engagements de voyageurs à L’Assomption. En décembre 1800 Daniel Sutherland au nom de la Société du Nord a signé de nombreux engagements.

La traite de Tadoussac ou ferme du Roy

Le gouverneur Jean de Lauson avait créé en 1652 la Traite de Tadoussac, également nommée Ferme du roi, faisant partie du Domaine du roi. Ces terres n’ont pas été concédées pour la colonisation et les profits tirés de leur exploitation revenaient au roi. Un poste de traite a été ouvert à Chicoutimi en 1676. Le territoire comprenait le bassin du Saguenay, le lac St-Jean et une partie de la Côte Nord du Saint-Laurent.

Habitation du capitaine Chauvin, port de Tadoussac – 1600

En 1653, Jean Bourdon et Louis Couillart de Lespinay obtiennent, d’un gouverneur qui leur est favorable, la location pour un montant annuel estimé à 9 000 livres. En 1663, Charles Aubert de la Chesnaye acquiert aux enchères publiques la Traite pour une durée de trois ans, au coût annuel de 46 500 livres. Cette montée subite du prix est due à une enchère serrée entre La Chesnaye et un concurrent du nom de Claude Charron. Cependant, il arrive en temps de crise que la Traite de Tadoussac ne trouve pas preneur. Le Roi assure alors la régie en attendant de trouver un nouveau fermier. En fin de période française, soit entre 1738 et 1745, François-Étienne Cugnet paie une location annuelle de 4 500 livres pour son monopole du commerce au Saguenay.

Au début du Régime anglais, Thomas Dunn et John Gray ont obtenu un bail de 14 ans à compter du premier octobre 1763 du gouverneur Murray. Un groupe de marchands anglais s’étaient obstinés à considérer les postes du roi comme ouverts au commerce libre selon la loi britannique et avaient élevé des bâtiments près de la ville actuelle de Chicoutimi. Le 8 août 1766, le gouverneur ordonna d’enlever ces constructions. George Allsopp, Joseph Howard et Edward Chinn qui avaient construits ces postes de traite dans le Domaine du Roi en désobéissant aux ordonnances ont dû démolir leurs installations et cesser leur commerce.

Gazette de Québec, 20 octobre 1768

Le bail du Domaine du Roi ou traite de Tadoussac a ensuite été accordé à Alexandre et Georges Davison et François Baby pour 10 ans.

Gazette de Québec, 28 septembre 1786

…son expérience du commerce (François Baby) dans le Labrador et ses relations avec Haldimand firent de lui l’associé idéal des marchands George et Alexander Davison qui voulaient arracher à Thomas Dunn, William Grant et Peter Stuart le bail des postes du roi, et obtenir ainsi le quasi-monopole de la traite des fourrures et des pêcheries le long de la côte nord du bas Saint-Laurent… Le 21 juin 1786, Baby et ses associés signèrent un nouveau bail qui allait entrer en vigueur le 1er octobre. Baby détenait nominalement un tiers des actions de l’entreprise…

François Baby

En 1802, la Compagnie du Nord-Ouest arrache le bail de ce qu’on appelle alors les Postes du Roi, pour un montant annuel de 1 025 livres. Le bail a été accordé à Simon McTavish, John Gregory, William McGilivray, Duncan McGilivray, William Hallowell et Roderick McKenzie.

La gazette de Québec, 5 mai 1803

John Goudie, un marchand de Québec, l’achètera aux enchères en 1822 et ce, pour vingt ans au coût de 1 200 livres courants par an. La Compagnie de la Baie d’Hudson signe, en 1842, un contrat de vingt ans pour un montant de 600 livres par année. Cette baisse subite s’explique par le fait que le gouvernement se réserve alors le droit de coloniser la région, ce qui diminuait d’autant la valeur marchande de la traite des fourrures.

L’Amérique du Nord après le traité de Paris en 1783

Avec la victoire des américains contre la Grande-Bretagne la carte de l’Amérique du Nord a été modifiée lors du traité de Paris en 1783; une frontière séparait maintenant les 2 pays. Le territoire à l’ouest de Montréal au nord du St-Laurent et du lac Ontario a été divisé en townships et ouvert à la colonisation. En 1791 la province de Québec a été divisée en Haut et Bas Canada.

La guerre contre les rebelles américains avait perturbé la traite des fourrures dans les pays d’en-haut. Une fois la paix revenue elle a pu reprendre et les marchands de Montréal, anciens et nouveaux sujets de sa Majesté, ont remercié le lieutenant-gouverneur pour avoir facilité le commerce dans le pays indien, pour avoir accordé la liberté de transporter leurs marchandises sur les grands lacs en bateaux, etc. La liste des signataires comprend presque tous les négociants actifs dans la traite en 1785.

Gazette de Québec, 16 juin 1785

Une autre adresse a été publiée par les marchands de Québec pour le remercier de faciliter le commerce dans le pays indien et sur les lacs.

Gazette de Québec, 16 juin 1785

Le traité de Paris avait aussi forcé les compagnies de traite des fourrures à se réorganiser en fonction des nouvelles frontières. La Compagnie de la Baie d’Hudson a conservé son territoire intact au nord.

La Compagnie du Nord-Ouest (CNO) ou North-West Company est une société fondée en 1783 à Montréal et active principalement dans le domaine de la traite des fourrures dans les actuels territoires du Canada et des États-Unis jusqu’en 1821. Ses principaux fondateurs et dirigeants (Simon McTavish, Alexander Henry, Joseph Frobisher ou Alexander McKenzie), originaires d’Écosse, se sont imposés comme les acteurs dominants dans le commerce de la fourrure à Montréal sous le régime britannique.

Malgré le traité de paix les britanniques ne se sont pas retiré des forts de Niagara, Détroit et Michillimakinac qui contrôlaient la navigation sur les grands lacs. Les forts ne seront rétrocédés qu’après la signature du traité de Jay en 1794.

Gazette de Québec, 19 octobre 1786

Aux États-Unis les nations amérindiennes faisaient partout la guerre aux colons pour défendre leurs terres envahies. La liste des tribus indiennes en Amérique du Nord établie par les autorités britanniques était encore longue, beaucoup ont disparu complètement par la suite.

Répertoire des engagements pour la traite des fourrures 1788-1797

Dans le Rapport de l’Archiviste de la province de Québec 1942-1943 E. Z. Massicotte a repris sa documentation des engagement pour la traite des fourrures arrêtée en 1778 en sautant 10 années pour aller à l’année 1788. Le commerce des fourrures avait changé et il appartenait de plus en plus à des compagnies importantes qui imposaient leur monopole sur un territoire. La Compagnie de la Baie d’Hudson était de loin la plus puissante jusqu’à ce que la Compagnie du Nord-Ouest vienne la concurrencer.

Poste de la Compagnie de la Baie d’Hudson 18?? (BANQ)

Tous les engagements répertoriés viennent du greffe du notaire Louis Chaboillez ce qui signifie que la documentation est incomplète; comme on l’a vu des notaires à Berthier et L’Assomption ont notarié de nombreux engagements et il y en a certainement d’autres.

Les principaux clients du notaire Chaboillez étaient McTavish Frobisher & Co, Nicolas Marchesseaux, Meyer Michaels, Gabriel Cotté, Charles Patterson, Jacques Duperon Baby, Joseph Sanguinet, Eustache Beaubien-Desrivières.

D’autres négociants ont fait notarier des engagements en 1789-1791: Campion & Tabeau, Jean-Baptiste Nolin, Hypollite Desrivières, Pierre Gamelin, Alexandre Shaw, Alexandre Henry, Todd McGill & Co, Georges-Edée Young, Léon St-Germain, Pierre Thiery, William Robertson, Joseph Lamothe, Jacques Baby, John Ogilvie, John Askin, Levy Solomon, John Storks, François Laselle, Jacques Giasson. Les compagnies McTavish Frobisher & Co et Todd McGill & Co étaient devenues les plus importants employeurs embauchant des dizaines de voyageurs chaque année.

Les commerçants faisant la traite des fourrures dans les pays d’en haut se plaignaient de se faire voler par des voyageurs qui s’engageaient à plusieurs compagnies sous de faux noms pour obtenir de l’argent en avance. Les commerçants étaient Todd McGill & Co., Dobie & Badgley, McTavish Frobisher & Co., Robert Ellice & Co., Francis Winter, Etienne Campion & Tabeau, L. Cote, Alexander Shaw. Ils ont décidé de demander aux curés de campagne de signer des certificats pour prouver l’identité des engagés.

Gazette de Québec, 4 décembre 1789

Les marchands de fourrures écossais de la Compagnie du Nord-Ouest se connaissaient tous depuis leur arrivée au Canada. Simon McTavish avait commencé la traite en 1769. En 1773 il commerçait jusqu’au Grand Portage sur le lac Supérieur. Il avait compris que les pelleteries y étaient en plus grande quantité et de meilleure qualité dans le climat du nord des Grands Lacs. Alors que la Compagnie de la Baie d’Hudson contrôlait les abords du nord-ouest, la route venant de Montréal vers l’ouest via la rivière des Outaouais, la Baie Georgienne, la région des Grands Lacs et le Manitoba était libre.

Simon McTavish

James McGill est arrivé en 1766 il a travaillé comme représentant du marchand de Québec William Grant, un autre écossais. Dès 1767, la compagnie James McGill & Co a été fondée et active à Michilimackinac. En 1769 Isaac Todd a investi environ 900 dollars, il s’est associé avec James McGill et ils se sont joint à Benjamin et Joseph Frobisher. En 1772 Todd était associé à George McBeath à Michilimackinac; ils recevaient des marchandises de Thomas Walker par l’intermédiaire de Maurice-Régis Blondeau à Montréal, et à leur tour fournissaient leurs fourrures aux commerçants Thomas Corry et John Askin.

Alexander Mckenzie est entré en apprentissage vers 1775 à quinze ans dans la traite des fourrures dans la région des Grands Lacs. Plus tard le jeune négociant a été engagé par la Compagnie du Nord-Ouest dont il est devenu associé. Son cousin Roderick McKenzie était aussi associé de la compagnie tout comme William et Duncan McGillivray qui étaient les neveux de Simon McTavish. De nombreux commerçants de fourrures écossais se sont installés à Terrebonne et L’Assomption à leur retraite. Les frères Benjamin, Joseph et Thomas Frobisher étaient anglais; ils avaient commencé la traite vers 1764 tout de suite après la Conquête.

Alexander McKenzie

Il y avait aussi quelques canadiens français dans la Compagnie de Nord-Ouest. Louis-Toussaint Pothier était issu d’une famille oeuvrant dans le commerce des fourrures, il a suivi les traces de ses aïeuls et est devenu un marchand de pelleteries prospère de L’Assomption. À la fin des années 1770 il a été un des fondateurs de la Compagnie du Nord-Ouest. Le Beaver Club fondé en 1785 à Montréal par la Compagnie du Nord-Ouest comprenait 19 membres: six Écossais (dont James McGill), trois Anglais (Benjamin Frobisher et ses frères Thomas et Joseph), deux Américains (Peter Pond et Alexander Henry) et huit Canadiens français, dont quatre étaient déjà engagés dans la traite avant que le Canada passe sous contrôle anglais en 1763: Charles-Jean-Baptiste Chaboillez, Maurice-Régis Blondeau, Hippolyte Des Rivières, Étienne Campeau, suivis par Jean Baptiste Jobert et Gabriel Côté.

Blason de la Compagnie du Nord-Ouest 1800-1820

Le métier de voyageur était dangereux et les accidents étaient fréquents. Un canot revenant de Michillimakinac par la rivière des Outaouais avec 10 hommes à bord, engagés et commis, s’était renversé dans le rapide de la Roche à capitaine et ils avaient tous péri.

Gazette de Québec, 10 septembre 1789

Les voyageurs des pays d’en-haut exploraient toujours de nouveaux territoires. Pendant l’été 1789 Alexander McKenzie avait atteint l’océan arctique. Simon McTavish en avait rapporté la nouvelle en redescendant du Grand Portage un an plus tard.

Gazette de Québec, 2 septembre 1790

Les négociants de la traite des fourrures étaient ambitieux et ils ont aussi réussi à se faire octroyer des terres dans les townships grâce à leurs relations alors que la spéculation battait son plein. Simon Mc Tavish avait reçu 11.000 acres dans Chester en 1802, Jos. Frobisher 11.000 acres dans Ireland en 1802, Isaac Todd autant dans Leeds, John Gregory 10.000 dans Arthabaska, William McGillivry 11.000 dans Inverness.

Isaac Todd et James McGill marchands de Montréal associés dans la traite des fourrures ont mis en vente 35.000 acres du township de Stanbridge. Ces terres avaient été acquises de Hugh Finlay un bureaucrate impliqué dans la spéculation dans les cantons de l’Est.

Les voyageurs partaient pour des mois et parfois des années; ils laissaient leurs familles et devaient faire confiance à leurs épouses. Dans cet avis de la Gazette de Québec Joseph Monier voyageur pour les pays d’en-haut avertit le public que sa femme Céleste Côté dilapide ses biens et qu’il ne payera pas ses dettes.

Gabriel Coté, James Hallowell et André McGill avaient été nommés sindics des Fonds des Voyageurs et ils ont rendu leurs comptes. Ce système d’indemnisation des accidents de travail aurait été mis en place par les marchands écossais de la traite des fourrures en 1790.

Dans les comptes du fonds on voit que des indemnités avaient été payées à de nombreuses femmes de voyageurs décédés ou estropiés. Dans la colonne de droite on trouve les noms des compagnies participant au financement du fonds mutuel: Todd McGill & Co, Jean Baptiste Durocher, McTavish Frobisher & Co, Gabriel Cotté, Etienne Campion, Jean Baptiste Tabeau, Joseph Létang, Forsyth Richardson & Co, Alexander Henry, John Ogilvy, Grant Campion & Co. Comptes signés par S. Gerard, John Gregory et Jean-Baptiste Durocher.

Le fonds des voyageurs fonctionnait encore en 1807 pour indemniser les veuves de la traite des fourrures.

La gazette de Québec, 10 décembre 1807

La Gazette de Québec du 28 janvier 1796 annonce qu’une requête a été déposée à la chambre d’assemblée par les marchands de Montréal commerçant dans le Haut-Canada représentés par Mr. Richardson pour qu’une loi réglemente les engagements car certains engagés signaient avec plusieurs marchands pour recevoir une avance de salaire; d’autres ne respectaient pas les termes de leur engagement.

Après la signature du traité de paix de Londres (Jay Treaty) avec les États-Unis en 1794 le commerce sur les grands lacs a pu reprendre et se développer. La goélette neuve le packet-bot Le Kingston appartenant à James Richardson naviguait de Kingston à Niagara sur le lac Ontario.

En 1796 les forts de Detroit et Michillimakinac ont été rendus aux États-Unis. Les marchands ont remercié les commandants de la garnison britannique à leur départ.

Gazette de Québec, 25 août 1796

On trouve les noms de nombreux négociants de fourrures dans ces 2 adresses.

Gazette de Québec, 25 août 1796

Les profils des commerçants de fourrures étaient très diversifiés. Ici Charles Gratiot de St-Louis des Illinois héritier de Abraham Gratiot cherchait à régler ses comptes avec la succession vacante de l’imprimeur bien connu Fleury Mesplet. Charles Gratiot était un marchand de St-Louis des Illinois faisant la traite des fourrures entre la Louisiane et Montréal. En 1803 son territoire de traite a été rattaché aux États-Unis lors de la vente de la Louisiane et il est devenu correspondant de John Jacob Astor pour contribuer à diriger vers New York les flux de pelleteries.

La gazette de Québec, 23 juillet 1795

La population de castors était limitée par la nature et leur chasse intensive a eu comme conséquence leur déclin rapide. Les traiteurs de fourrures ont dû aller de plus en plus loin pour les trouver.

Répertoire des engagements pour la traite des fourrures 1798-1801

Le répertoire des engagements pour la traite des fourrures dans le greffe du notaire Louis Chaboillez continue dans le Rapport de l’Archiviste de la province de Québec 1943-1944.

La compagnie McTavish Frobisher & Co était alors la plus active chez le notaire Chaboillez avec celle de James & Andrew McGill. On note quelques nouveaux commerçants dans les engagements de l’année 1798: Parker Gerrard & Ogilvy, Pierre Rocheblave, John Porteous, André Chandoné, Robert Hamilton, Jean-Baptiste Tabeau, Auldjo & Maitland, Adam Ann Gordon, Pierre-Gabriel Cotté, John McGregor, William Leroux, James Robertson, François Bouthillier, Charles Maillet, Henry Berthelet, Jacques et François Lasselle, Jean Charest, Colin McNable, Alexis Réaume, Dominique Rousseau, Mrs. Watt & Logan.

Pierre Rastel de Rocheblave de la Compagnie X Y puis de la CNO

La Compagnie XY (Nouvelle Compagnie du Nord-Ouest) tient son nom des marques que la compagnie inscrivait sur ses ballots de marchandises; elle a été fondée en 1797-1798 en opposition à la Compagnie du Nord-Ouest. Elle a aussi été appelée Alexander Mackenzie et compagnie. Elle a fusionné avec la CNO en 1804: des 100 actions de la compagnie, 75 sont détenues par les membres de l’ancienne CNO et 25 par les associés de la XY.

En 1798 le répertoire mentionne quelques engagements à la North West Company chez le notaire John. G. Beek.

En 1801 les compagnies McTavish Frobisher & Co et James & Andrew McGill sont devenues de loin les plus importantes. On trouve encore Pat Robertson & Co, Dominique Rousseau, Jean-Philippe Leprohon, André Chandonet, Louis Buisson, Jacques Giasson. Il y a quelques autres engagements rédigés par le notaire Beek:

1801, 20 février — Engagement de John Pritchard to Forsyth Richardson for the North West as clerk for 5 years.

La Nouvelle société du Nord-Ouest a engagé 4 iroquois le 21 février et 8 iroquois du Lac des Deux-Montagnes le 23.

Le 25 février McTavish, Frobisher & Co. a engagé Pierre Tachitéaeré iroquois du Sault-St-Louis. Les 11 et 12 février ils avaient déjà engagé Pierre Onlatarlo Iroquols du Sault-St-Louls, Michel Sanagaresse Iroquols, du Sault-St-Louls, Jean-Bte Teganagenserogen Iroquois du Sault-St-Louis, Jean-Bte Cherawanton Iroquols, Jaques Tawenthé Iroquols de St-Reglste, Michel Owayoton Iroquols du Sault-St-Louls, Thomas Tawanton Iroquols de St-Registe.

McTavish Frobisher & Co ont commencé à utiliser les services du notaire Beek qui rédigeait ses contrats en anglais. Roderck Chisolm a été engagé comme commis pour 2 ans, William Connoly apprenti commis pour 7 ans, William Lorimier commis et interprète indien pour 3 ans, William Henry apprenti commis; plus loin on trouve Roderick McLeod commis pour 7 ans.

Jean-Baptiste Scarownactez et Thomas Youhahieu du Sault-St-Louis devaient être d’autres iroquois. On en trouve de plus en plus dans le répertoire.

Les engagés canadiens venaient toujours des villages des environs de Montréal: Terrebonne, Vaudreuil, Sorel, Repentigny, Ste-Anne. Il y en a beaucoup de L’Assomption dans cette page: Pierre Plouffe, Jean-Baptiste Rouelle, Jean-Baptiste Chevaudier dit Lépine, Charles Lépine, Benoit Lépine, Antoine Marsolait, Pierre Lépine, Jean-Baptiste Vaillant.

Répertoire 1802-1804

Dans le tableau des exportations du port de Québec en 1803 on voit que les peaux de chevreuils étaient la principale ressource, suivie par les peaux de chats sauvages puis les peaux de castors. Les rognons de castor (glandes de castoréum) étaient aussi un produit recherché.

La gazette de Québec, 19 janvier 1804

Le rapport de 1805 confirme ces proportions, 249.050 peaux de chevreuils et 178.479 de racoons pour 111.448 peaux de castors.

Almanach de Québec 1805

E. Z. Massicotte a continué son répertoire dans le Rapport de l’Archiviste de la province de Québec 1944-1945 pour la période 1802- 1804. On trouve encore de nombreux engagés de L’Assomption sur cette première page: Jean-Baptiste Thibeaudeau, Jean-Baptiste Pelletier, Joseph Martin, Bazile Desautels dit Lapointe, Jean-Baptiste Brunet, Joseph Beaupieds, Salomon Majeau. En janvier 1802 il y a encore Hubert Brillant, Jacques Archambault, Abraham Picard, André Picard, Étienne Chartier, Joachim Larivière; en février François Richard, Joseph Content, Charles Chartier, etc. D’autres venaient de Mascouche, St-Esprit, St-Roch. Les engagements pour les pays d’en-haut étaient une source de revenus très importante dans ces paroisses.

Dans les marchands actifs on note le nom de Toussaint Pothier qui a conclu de nombreux engagements; aussi Isidore Lacroix, Pierre Felix, François Bisaillon, Angus McKintosh, Rocheblave & Porlier, James Maxwell, John Gregory, Robert Forsyth qui en ont conclu quelques uns. McTavish Frobisher & Co est de très loin la compagnie la plus importante à cette époque.

Le chapeau de castor (1776-1825)

Les engagements dans la traite des fourrures à L’Assomption et Berthier

Chez les notaires de L’Assomption et Berthier que j’ai consultés j’avais relevé quelques autres engagements pour cette période qui montrent qu’en plus des grosses compagnies répertoriées par Massicotte des petits marchands organisaient toujours des voyages de traite. Les grosses compagnies engageaient d’ailleurs leurs voyageurs chez d’autres notaires que Louis Chaboillez dans les paroisses.

Le 29 janvier 1800 Pierre Petitaux dit Sainsenne s’engageait à Toussaint Pothier marchand voyageur des pays d’en-haut pour 2 ans comme milieu de canot pour 900 livres. Le 1er février Louis Lareaux s’engageait aussi comme milieu pour 2 ans pour 1.000 livres. Le 6 novembre 1802 Jean-Marie Beauregard demeurant au haut de L’Assomption s’est engagé à Messieurs McTavish, Frobisher & Cie en qualité de second de canot pour faire l’aller-retour à Michillimakinac. Le 1er décembre Charles Chartier de L’Assomption s’est engagé comme milieu à Alexander McKenzie & Cie pour 3 ans à 1.000 livres par an.

Le 12 février 1807 Régis Bruguière de L’Assomption et François Enô dit Delorme de St-Paul s’étaient associés pour 2 ans pour faire la traite avec les nations sauvages. Le 20 mars 1807 un acte d’association entre Jean-Marie Boucher et ses 2 fils Jean-Marie et Pierre, Régis Bruyère (Bruguière) dit Belair, François Eno dit Delorme et Henry Boucher pour le commerce du nord-ouest a été conclu; ils iront hiverner avec 2 rabasca(?) à la montagne de Roche ou à la rivière la Paix pour y faire la traite avec les nations avec les marchandises que chaque associé mettra dans la société. Ils ont signé des engagements: le 23 mars engagement de Christophe Lamontagne de L’Assomption, le 2 avril Jean-Baptiste Lamontagne de L’Assomption, le 2 mai Pierre Dugaie(?) et Michel Champoux de St-Paul, etc. À Berthier le 29 avril 1807, engagement de Pierre Crépeau fils, Médard Crépeau de l’île Dupas à François Decoigne, Jean-Marie Boucher et compagnie pour partir de Montréal comme homme dans un de leurs canots; le 2 mai engagement de Joseph Bibeau de Sorel, le 8 mai de Joseph Lapierre de St-Sulpice, etc.

James McGill

24 avril 1807 – Engagement de Joseph Brosseau fils de Berthier à James McGill et compagnie représentés par St-Vallier Mailloux pour le voyage à Michilimackinac et aux Illinois pour 2 ans. Ce mémoire de 1807 fait la liste des fournitures achetées par Régis Bruguière à L’Assomption avant son départ pour les pays d’en-haut: pièges à castors, poudre à tirer, plomb et balles, pierre à fuslil, tirboure (bourre à fusli?), haches, casse-têtes, etc.

1ère page de 2

Le 17 novembre 1814 Joseph Durand agriculteur de L’Assomption s’est engagé à construire 6 canots d’écorce du Nord pour François Decoigne marchand voyageur demeurant à Montréal; le prix était de 200 livres par canot.

La guerre de 1812 avec les États-Unis et ses conséquences

Au déclenchement de la guerre de 1812, le pouvoir britannique fait appel à la Compagnie du Nord-Ouest, essentiellement pour bénéficier de ses relations parmi les Autochtones. Les voyageurs et alliés autochtones de la Compagnie contribuent à la prise de Michillimakinac.

Compagnie du Nord-Ouest

16 mars 1814 – On trouve à partir de cette date de très nombreux engagements volontaires au service du gouvernement pour faire le voyage à Michilimakina tant en montant qu’en revenant pour 400 livres; c’était la guerre contre les États-Unis et ces voyageurs étaient engagés pour transporter des provisions et des munitions vers les pays d’en-haut.

La guerre va changer les frontières entre le Canada et les États-Unis et entraîner un mouvement de colonisation des terres de l’ouest. Les compagnies de la Baie d’Hudson et du Nord-Ouest vont alors s’affronter pour occuper un territoire restreint habité par les amérindiens et le peuple métis émergent.

Le 2 mai 1815 Nicolas Landry de Yamaska s’est engagé à la Compagnie de la Baie d’Hudson, Maitland, Garden et Auldjo ses agents, le 4 mai Michel Bousquet voyageur de l’Assomption s’est aussi engagé comme milieu pour 3 ans pour 600 livres la première année, 700 la seconde et 800 la troisième. Il y a encore Joseph Abran de Trois-Rivières, Jean-Baptiste Charbonnau de Boucherville.

Le 19 juin 1816, un convoi de pemmican de la CNO, conduit par des Métis, des Canadiens et des Autochtones est intercepté par les hommes de la CBH. Il s’ensuit le combat de Sept Chênes ou de la Grenouillère. La CBH perd vingt hommes contre un Métis tués. Ces affrontements jouent le rôle de révélateur du facteur politique que constituent désormais les Métis. Archibald McLeod, au nom de la CNO, remercie les Métis pour la défense de leurs droits contre «les Anglais»… L’affrontement prolongé des deux compagnies nuit à leur rentabilité et porte atteinte à leurs relations et à leur emprise sur les peuples autochtones et sur leurs employés… Un projet d’union est signé pour la CNO par Edward Ellice et Simon McGillivray et, pour la CBH, par Andrew Colvile le 26 mars 1821. C’est de fait une annexion de la CNO par la CBH qui s’associe les principaux actionnaires de sa rivale défunte. Les Canadiens français, encore représentés parmi les «bourgeois» de la CNO et fortement parmi les chefs de postes, sont largement évincés.

Au sud, la Compagnie du Nord-Ouest rivalise avec les Américains à qui elle dispute le commerce du Missouri et les approvisionnements en pemmican auprès des peuples autochtones. Ils font face à l’American Fur Company, de la famille Chouteau, de Saint-Louis, et à John Jacob Astor de la Pacific Fur Company.

Compagnie du Nord-Ouest

Il y avait encore quelques négociants canadiens français mais ils étaient de plus en plus rares. Le 26 mars 1819 Messieurs Jean-Baptiste Berthelot et Rolette représentés par Joseph Dérosier dit Lafrenière ont engagé plusieurs voyageurs pour la traite des fourrures à Ste-Elisabeth et l’île Dupas. De février à avril 1820 nombreux engagements par Jean-Baptiste Berthelot et Rolette pour la traite des fourrures: Jean-Baptiste Eno, Pierre Welz, Pierre Bellehumeur père, Joseph Rival dit Bellerose, etc. voyageurs de Ste-Elisabeth, Berthier et St-Cuthbert.

De nombreux traiteurs de fourrures sont venus s’installer à Terrebonne et L’Assomption à partir de 1780. Jacob Jordan puis Simon McTavish puis Roderick McKenzie avaient acheté la seigneurie de Terrebonne. À L’Assomption George McBeath, Thomas Corry, Laurent Leroux et d’autres approvisionnaient les postes de traite. Deux bâtiments de la ville toujours existants sont désignés comme le poste de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson et l’entrepôt de la Cie du Nord-Ouest.

Le poste de la Compagnie de la Baie d'Hudson
Vieux manoirs, vieilles maisons
Le palais de justice de L'Assomption
Vieux manoirs, vieilles maisons

En janvier 1821 la Compagnie du Nord-Ouest a encore engagé plusieurs voyageurs dans la région de Lanaudière, William Janson de Maskinongé, Firmin Pagé de Berthier, Pierre Martelle Beauséjour de St-Cuthbert, etc.

19 avril 1822 – Acte de société entre Joseph Genton dit Dauphiné bourgeois voyageur, Charles Armstrong navigateur et Gondien(?) Ducondu commis marchand de Berthier pour aller faire un hivernement à la rivière Rouge; ils ont engagé Charles Lafrenière voyageur et Louis Richard de Maskinongé, François Rocheleau voyageur de St-Cuthbert, Michel Sauvateau Hanne voyageur du Sault St-Louis.

Le 26 mars 1833 Gabriel Franchère de l’American Fur Company a engagé François Liard de St-Jacques comme milieu pour 3 ans à 750 livres ou 125 piastres, le 27 Gabriel Chartier, le 1er avril Charles St-Louis, le 6 avril Pierre Grenier de L’Assomption.

La Compagnie de la Baie d’Hudson est ensuite devenue la principale entreprise de la traite des fourrures alors que l’importance de ce commerce diminuait peu à peu dans l’économie générale de la Province. En 1836 la Compagnie de la Baie d’Hudson a engagé Ambroise Morand 18 ans et Pierre Rainaud 19 ans, en 1838 Isidore Dumulon 18 ans et Jean-Baptiste Vadnais 27 ans.

Canoe Manned by Voyageurs Passing a Waterfall – Frances Ann Hopkins (1869)

Les postes de traite répertoriés au Québec

À son apogée la Compagnie de la Baie d’Hudson avait des postes de traite des fourrures partout au Canada. L’archéologue Christian Roy a publié Le patrimoine archéologique des postes de traite du Québec avec une liste des sites archéologiques répertoriés au Québec. Il y en a eu beaucoup, la traite des fourrures se faisait dans les pays d’en-haut mais elle se faisait aussi sur la Côte Nord, en Mauricie, dans les Laurentides et partout où il y avait des animaux à fourrures à chasser.

Dans cette liste on trouve les postes de Kickendatch, Weymontachingue, Coocoocache, Manuan, Obijuan qui ont été créés pour traiter avec les bandes atikamekw. En documentant l’histoire de l’arpentage du territoire atikamekw en Haute-Mauricie j’avais trouvé ces informations.

La Compagnie du Nord-Ouest a construit un poste de traite à Weymontachie en 1806 où elle attire plus d’une centaine d’Atikamekw en seulement cinq ans. Le comptoir réunit les chasseurs en activité dans les alentours – le long des rivières Manouane, Ruban et Flamand en particulier – ainsi qu’une partie des chasseurs situés plus au nord, en provenance de Kikendatch. En 1821, la Compagnie de la Baie d’Hudson a pris le contrôle du comptoir de Weymontachie et construit une nouvelle série de postes de traite dont celui d’Obedjiwan. Seulement 25 personnes gravitent autour d’Obedjiwan en 1825, et malgré ses débuts modestes, ce poste devient le point de rencontre d’au moins 70 personnes vers la fin des années 1820.

En 1860, la Compagnie de la Baie d’Hudson a fondé un autre poste de traite à Coocoocache, au sud-est de Weymontachie, mais ce comptoir n’est jamais devenu un pôle d’établissement d’une nouvelle bande. N’excédant pas 20 membres au total, les quelques familles fréquentant ce poste restent affiliées à la bande de Weymontachie. Au début des années 1870, toutefois, une partie des chasseurs de Weymontachie se dissocient pour fonder une nouvelle bande aux sources de la rivière Manouane, sur la rive sud du lac Kempt.

Lors du recensement de 1871 fait au lac Manouane la traite des fourrures était la principale activité économique du territoire: rats musqués, castors, martres, visons, etc. La famille Dubé et d’autres familles amérindiennes et métis y vivaient de la chasse et de la traite. M. McKenzie était le Clerk in charge de la compagnie de la Baie d’Hudson pour les postes de Coucoucache, Weymontachie et Kikendache, celui de Manouane n’est pas mentionné. Le plan de la réserve indienne de Weymontachingue en 1895 montre l’emplacement du comptoir de traite. Bien sûr la CBH a été accusée de profiter de son rapport de force avec les amérindiens pour abuser de sa situation de monopole.

Plusieurs villes du Québec ont été fondées à l’emplacement de postes de traite. Senneterre en Abitibi était initialement un poste de traite, la ville a accueilli ses premiers habitants en 1904. Le nom La Sarre est associé à un poste de traite de l’Abitibi également connu sous le nom de Pointe aux indiens.

Luc Coursol a publié un article intitulé Notre-Dame-du-Laus et le poste de traite de du Lac des Sables sur la rivière du Lièvre.

Irrités de voir les pelleteries de l’Outaouais leur échapper au profit des Français, les marchands de la Nouvelle-Angleterre incitent leurs alliés iroquois à briser ce commerce. Dès lors, l’agressivité des Mohawks s’accentue et, au printemps 1651, ils atteignent le lac Nominingue pour y massacrer la Petite Nation des Algonquins. Inquiets de ces embuscades meurtrières les autres Anishinàbeg du nord de l’Outaouais, Têtes-de-Boules, Gens-des-Terres, Chevreuils, Poissons-Blancs, regroupent leurs convois sur la rivière du Grand-Lièvre, la Wàbòz sibi, un cours d’eau difficile pour les Iroquois en raison des nombreux rapides à franchir. Les marchands de Ville-Marie ayant ouvert un comptoir de traite à l’embouchure de cette rivière, la troupe du capitaine Legardeur de Tilly remonte tout le cours de la Lièvre pour en chasser les Mohawks trop audacieux en 1692…

De nouveau en situation de monopole, la compagnie de la Baie d’Hudson réorganise son réseau de traite en tenant compte des territoires de trappe anishinàbeg qui sont deux fois plus nombreux sur la Wàbòz sibi que sur les affluents voisins. En 1826, le comptoir à l’embouchure de la Grand-Lièvre est fermé alors que celui de la Désert, la Kitigan sibi, est réouvert mais devient tributaire d’un nouveau poste érigé à la pointe sud du Lac des Sables sur la Lièvre, à six kilomètres en amont du rapide des Cèdres. Les fourrures de la Gatineau, la Tenegagan sibi, traverseront la ligne des eaux entre le lac Trente et Un milles et le lac à Foin pour atteindre ce comptoir central.

La traite des fourrures après 1900

La dernière entreprise à avoir sérieusement essayé de concurrencer la Compagnie de la Baie d’Hudson est une compagnie française, Révillon frères.

Révillon Frères, fondée en 1839 et dont l’origine remonte à 1723, est la principale entreprise française et l’un des plus gros négociants mondiaux en fourrures jusqu’en 1936…

Victor Révillon arrive au Canada, en 1893, et ouvre des postes de traite pour les fourrures. L’objectif est de s’approvisionner en fourrures directement chez les trappeurs, plutôt qu’auprès des grands marchés de la fourrure européenne. Dès 1901, la compagnie implante des dizaines de comptoirs de traite des fourrures, et concurrence directement la Compagnie de la Baie d’Hudson. Révillon Frères obtient d’ailleurs un accueil favorable du gouvernement canadien, qui lui offre une quasi carte blanche pour ses activités commerciales au pays.

L’industrie de la fourrure au Canada a connu de fortes perturbations dans les années 1900. Une peau de castor ne valait que $0.75 en 1914. Son prix est remonté à $77.50 en 1943 mais après la guerre le commerce a décliné, son prix était de $10.57 en 1953.

À partir de 1880 la production de fourrures a été assurée de plus en plus par des fermes d’élevage: le renard d’abord puis le vison, le raton laveur, la martre et le lynx. Aujourd’hui environ 75% des fourrures canadiennes proviennent d’exploitations d’élevage et il en existe dans plusieurs autres pays. Cette forme d’élevage d’animaux sauvages est particulièrement cruelle et dénoncée par les amis des animaux.

Carte du Québec

4 réflexions au sujet de “Les négociants et les engagés de la traite des fourrures”

  1. Bonsoir Guillaume,
    Je viens de parcourir ton texte sur  »les négociants… de la traite des fourrures.
    Ce texte m’a permis de faire le lien entre l’engagement de Pierre Petiteau dit Saint – Seine par Pothier pour aller à Michilimachinac et la souche des Sincennes au Missouri. En effet on peut facilement expliquer que ce Pierre ( Amable ), célibataire lors de son engagement en janvier 1800, s’est finalement installé à Florissant, Missouri où il s’est marié en 1803. Cette souche aux USA a comme patronyme St-Cin.
    Jean-Marc Sincennes

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    • C’est amusant l’évolution d’un nom: Petitot dit Saint-Seyne en Acadie, Petiteau-Sincennes à l’Islet et Saint-Jacques de l’Achigan, Petiteaux dit Sincennes pour Michillimakinac, puis St-Cin aux États-Unis.

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  2. Bonjour Monsieur Guillaume,

    Mille mercis pour vos recherches! Fascinant. J’ai déjà partagé avec plusieurs amis (Chertsey, la fourrure et Nominingue). J’ai aussi travaillé sur Mayor dans la fourrure avant 1986.
    La publication Héritage Sutton m’a demandé un article sur le piégeage de fourrures dans notre région. J’ai lu avec avidité votre section sur la traite des fourrures. J’ai eu des ancêtres Giasson de Caughnawaga qui ont commercé à Michilimakinac.
    J’aimerais utilisé des illustrations de votre site web. Celles qui illustrent des chapeaux de castor, et le document de McGill et Todd qui veulent vendre le Township de Stanbridge. Évidemment en mentionant la source.

    Merci et bonne journée,
    Louis McComber

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  3. Il me semble qu’il y avait un atelier de fourrures McComber sur la rue St-Alexandre ou Mayor quand j’y travaillais. Les droits de reproduction des documents que vous mentionnez ne m’appartiennent pas, le premier vient de la Gazette de Québec et je ne me souviens plus où j’ai trouvé le second. Mais la mention de ma recherche est toujours appréciée. Merci pour le commentaire.

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