Les publications de la Gazette de Québec permettent de documenter l’histoire de la Province de Québec, puis de la Province du Bas-Canada. La guerre avait éclaté entre l’Europe coalisée et la France révolutionnaire en 1793 et avait des répercussions en Amérique du Nord. Les nouvelles locales, les publicités commerciales, les avis légaux, les proclamations des gouverneurs sont une précieuse source d’informations très diverses et j’en ai fait une sélection subjective. Cette chronique est la 5ème partie d’une documentation commencée en 1764.
Après la conquête, la Gazette de Québec (1764-1765)
La Gazette de Québec avant la guerre (1766-1775)
La Gazette de Québec pendant la guerre (1776-1785)
De la Province de Québec au Bas Canada (1786-1793)
Le 1er février 1793 la République Française avait déclaré la guerre à la Grande Bretagne. Comme en 1775 le gouvernement britannique craignait que les canadiens profitent de l’occasion de cette guerre pour s’allier avec l’ennemi. Les français libres distribuaient des pamphlets pour soulever leurs frères canadiens. La guerre a eu des conséquences indirectes au Bas Canada même si la vie normale a continué son cours.
1794
Les marchands anglais critiquaient le système féodal canadien jugé archaïque avec ses seigneurs et ses censitaires. Ils ont pourtant été nombreux à essayer d’acheter des seigneuries quand elles ont été mises en vente par des seigneurs canadiens en difficultés financières. Un autre moyen plus simple était d’épouser la fille d’un seigneur.
À vendre la Seigneurie de la Pointe du Lac située sur la rive septentrionale du lac St-Pierre paroisse de Yamachiche bordée par le Fief Ste-Marguerite et le Fief Gatineau; aussi le Fief Gatineau avec un excellent moulin à farine et un bon moulin à scie, etc. Le propriétaire de la seigneurie était Thomas Coffin, marchand venu de Boston en 1775 avec les premiers loyalistes. En 1786 il avait épousé Marguerite Godefroy de Tonnancour; sa femme avait apporté en dot une part dans les seigneuries de Yamaska et de la Pointe-du-Lac ainsi que dans celles de Roquetaillade, Gastineau et Godefroy.
La Grande-Bretagne était en guerre contre la France révolutionnaire et les milices du Bas-Canada ont été levées pour affronter un assaut éventuel des troupes françaises. En mai les milices britanniques de Québec et Montréal avaient fidèlement répondu à l’appel; le zèle des milices canadiennes était beaucoup moins évident.
J.G. Simcoe fit du Haut-Canada le premier territoire britannique à légiférer contre l’esclavage. La loi de 1793 n’affranchit pas un seul esclave, mais elle empêcha désormais d’en importer et décréta l’affranchissement à l’âge de vingt-cinq ans des enfants nés d’esclaves par la suite. À la session de la Chambre d’Assemblée du Bas-Canada de 1793 Pierre-Louis Panet représentant de Cornwallis avait pris l’initiative de proposer un projet de loi sur l’abolition de l’esclavage mais celui-ci a été plusieurs fois remis et n’a finalement jamais fait l’objet d’un vote.
Les annonces d’esclaves à vendre ou en fuite qui étaient fréquentes dans la Gazette vont devenir très rares puis disparaître. Dans le district de Gaspé le nègre nommé Isaac ou Charles parlait anglais et un peu français et micmac. Son propriétaire Azariah Pretchard (Pritchard) l’aîné était un réfugié loyaliste installé en Gaspésie. Il offrait 20 piastres de récompense pour sa capture.
Azariah Pritchard adressa le 18 août 1784 une demande pour construire un moulin à farine sur la rivière Caplan, afin de venir en aide aux nouveaux colons de Paspébiac. Il se lança aussi dans l’exploitation forestière. Par la suite, il fit plusieurs demandes pour qu’on lui concède des terres, construisit un moulin à scier à proximité et se fixa finalement à New-Richmond.
Les propriétaires d’esclaves ont engagé Joseph Papineau en 1799 pour présenter un projet de loi pour protéger leur propriété, James Cuthbert a été nommé président du comité parlementaire chargé d’établir une loi. Avec Pierre-Louis Panet et ensuite Denis Viger ils auraient essayé d’abolir l’esclavage au Bas-Canada mais le projet de loi n’a jamais abouti et il n’y a pas eu d’abolition officielle au Bas-Canada, l’esclavage se serait éteint de lui-même faute d’esclaves.
Le manoir Montmorency avait été construit par le gouverneur Frederick Haldimand comme résidence d’été en 1780, c’était l’un des premiers domaines bourgeois de prestige dans la région de Québec. Entre 1791 et 1794, la villa avait été louée au 4ème fils du Roi George III, le prince Edward, père de la reine Victoria, en garnison à Québec. Après son départ la propriété a été affermée à James Daly qui en a fait une destination touristique offrant restauration, hébergement, emplacement de pêche et visite de la Chute Montmorency.
Les voyageurs de la traite des fourrures partaient pour des mois et parfois des années; ils laissaient leurs familles et devaient pouvoir faire confiance à leurs épouses. Joseph Monier voyageur pour les pays d’en-haut a averti le public que sa femme Céleste Côté dilapidait ses biens et qu’il ne payerait pas ses dettes.
Les autorités britanniques craignaient que des émissaires français ne poussent la population canadienne à se soulever contre l’occupant. Les lois contre la Haute-Trahison et pour la mobilisation des milices ont été renforcées. Acte qui établit des réglements concernant les étrangers et certains sujets de Sa Majesté qui ont résidé en France… et qui autorise à assurer et détenir des personnes chargées de ou soupçonnées de haute trahison…
Acte qui pourvoit à la plus grande sûreté de la Province du Bas-Canada par une meilleure organisation de la milice.
Dans son discours au Conseil Législatif et à la Chambre d’Assemblée pour la clôture de la session parlementaire le Gouverneur ordonnait: vous emploierez tous vos efforts à découvrir et à amener devant la justice ces personnes mal disposées qui par des discours et des conversations inflammatoires, ou répandant des écrits séditieux, tâchent de séduire ceux qui ne sont pas sur leurs gardes et de troubler la paix et le bon ordre de la société. Les élites pensaient que les habitants canadiens ignorants étaient faciles à influencer et qu’on pouvait leur faire accroire n’importe quoi.
La flotte britannique avait occupé la Martinique et la Guadeloupe, on espérait que la guerre serait rapidement gagnée contre une armée française désorganisée par la révolution.
Les Forges du St-Maurice appartenaient à la Couronne et elles étaient louées à bail au plus offrant. De 1793 à 1846 Mathew Bell a détenu ce bail; en 1794 il était associé à David Monro. Les nouveaux locataires améliorent les installations déjà existantes. Ils recrutent en Europe des ouvriers qualifiés et introduisent de nouveaux modèles de poêles et d’ustensiles. Ils écoulent leur production au magasin de la société à Trois-Rivières, tandis que James Laing, à Montréal, et la Monro and Bell, à Québec, gardent en consignation divers articles fabriqués aux forges.
Les produits étaient aussi vendus au magasin de Jos. L. Leproust à Trois Rivières et Thomas Naismith à Québec. Le catalogue des produits que les forges manufacturaient est joint à leur publicité avec leur prix.
Le 5 juin les notables du bourg de L’Assomption ont mobilisé la milice locale et fait publier un avis pour signifier leur fidélité au Roi et à son Gouvernement. La déclaration est signée des noms de Paul Roch de St-Ours, seigneur de l’Assomption, des 2 députés du comté, Bonaventure Panet et George McBeath, des principaux marchands de la région, des notaires, du curé Pétrimoulx, etc.
Le 3 juillet les loyaux sujets du district de Québec ont aussi témoigné de leur fidélité. Ils ont formé une association dans le but de maintenir les lois, la constitution et le gouvernement dont les officiers étaient: Thomas Dunn président, P. A. Debonne, François Baby, Jenkin Williams, Henry Caldwell, James Monk, John Craigie, Louis Germain fils, Louis Deschenaux, John Lees, Hypolite Laforce et Robert Lester. La pétition était accompagnée de la liste des nombreux signataires: Francis Baby, Peter Panet, Pascal Tasché, Jean François évêque de Québec, J. O. Plessis curé de Québec, Alexandre Dumas, Meru Panet, J. A. Panet, Louis Deschenaux, Charles Pinguet, (…), Peter Louis Panet, Charles de Lanaudière, A. Lanaudière, (…)
Le 10 juillet et les semaines suivantes de nouvelles listes de signataires ont été ajoutées. Le 17 juillet le journal publiait des listes de loyaux sujets à Montréal, William Henry (Sorel), St-Ours, Berthier et encore L’Assomption. Une résolution du comité de William Henry montre qu’il valait mieux adhérer sous peine d’être considéré comme un traître. Il est recommandé aux loyalistes d’être vigilants dans leurs enquêtes pour découvrir et indiquer au Comité toutes personnes qui n’ont pas signé l’Association avec leurs raisons… et tous ceux qui par des discours traitres et séditieux ou en propageant de fausses nouvelles s’efforcent de troubler la paix…
Les habitants de Beauport et de Pointe Levi ont fait publier des avis de loyauté, pour s’excuser de ne pas avoir été assez zélés et pour promettre de ne pas recommencer: la découverte des causes les a bientôt engagé à confesser leurs fautes et en demander pardon, sous les plus fortes assurances d’une bonne conduite à l’avenir.
Les habitants de Charlesbourg avaient arrêté Pierre Chartré et Jérôme Bedard accusés de haute-trahison pour démontrer leur loyauté. Jacques Jobin capitaine de la milice a demandé pardon au gouverneur pour la conduite que la population avait tenue, il a juré fidélité, allégeance et obéissance au nom des jeunes gens et des anciens de la paroisse. La pression était forte.
Dès le mois de mai, les meneurs de Charlesbourg, Pierre Chartré et Jérôme Bédard, sont arrêtés et emprisonnés. Plusieurs arrestations ont aussi lieu à Montréal. En juillet, l’Association pour le maintien des lois, de la constitution et du gouvernement de la province du Bas-Canada entre en action pour dépister les foyers insurrectionnels, tandis que le gouvernement pourchasse sans merci toute personne soupçonnée de sédition. Tout le long de cette période d’agitation, le clergé catholique se conforme aux consignes de Mgr Briand pour maintenir le peuple dans le strict respect de ses allégeances. L’arrivée d’émigrés français, dont 51 prêtres réfractaires, renforce le climat contre-révolutionnaire. À la fin novembre, cinq insurgés de Charlesbourg, dont Dumontier, Jérôme Bédard et Pierre Chartré, comparaissent devant le grand jury pour répondre du crime de haute trahison pour avoir «levé» (levying) une guerre contre le Roi. Le grand jury incrimina aussi 17 autres hommes pour méfaits, en lien avec les événements de Charlebourg. Ils furent tous mis à l’amende et reçurent des peines de prison variant de deux à douze mois.
L’idée de république à travers la résistance à l’enrôlement obligatoire
La guerre des américains contre les nations indiennes qu’ils voulaient chasser de leurs terres pour les occuper a été sanglante. Lors d’une attaque partie du fort Recovery ils avaient perdu leur Commandant et 50 hommes. Les Sauvages avaient intercepté un convoi et tué 300 chevaux de charge.
À la seconde bataille du Fort Recovery sur la rivière Ouabache (Wabash) en 1794 les américains ont finalement remporté la victoire. C’est la bataille de 1794 qui casse la résistance indienne et mène à la signature du traité de Greenville (Ohio) et à l’ouverture du Territoire du Nord-Ouest pour la colonisation. Les amérindiens ayant signé le traité comportaient des membres des tribus Hurons-Wendat, Lenapes, Shawnees, Outaouais, Ojibwés, Potawatomis, Miamis, Weas, Kickapous et Kaskaskias. Le traité a établi la Frontière du traité de Greenville qui fit office de frontière durant plusieurs années entre les terres colonisées par les Blancs et les terres amérindiennes. La limite fut néanmoins souvent franchie par les colons blancs qui bafouaient les termes du traité.
Jean Baptiste Bourgette compagnon boulanger avait déserté son service et échappé de son caution, une récompense était offerte pour son arrestation par Charles Garnaud maître-boulanger de la boulangerie de Mr. George Allsopp dans la Basse Ville de Québec. Les engagés s’enfuyaient souvent de chez leurs maîtres et ils étaient recherchés au même titre que les esclaves et les déserteurs de l’armée.
En 1788, l’entreprise meunière de George Allsopp, capable de produire 65.000 minots, soit 22 p. cent de la production annuelle de la colonie, se classait première dans la province. Entièrement au fait des mécanismes complexes du commerce des grains, Allsopp ne cessa de prôner l’exportation de la farine plutôt que du blé, plus volumineux.
Le journal continuait à rapporter les nouvelles en provenance de la France, en particulier les nombreuses exécutions des contre-révolutionnaires guillotinés sur la place publique pendant l’épisode de la Terreur. Robespierre avait décrété le culte de l’Être Suprême et l’immortalité de l’âme en instituant une variété de fêtes à la manière des anciens païens.
Malgré la pression exercée par les autorités britanniques les canadiens résistaient à la levée des milices et les condamnations pour propos séditieux se sont mulipliées. À la cour du Banc du Roi de Montréal François Duclos, Jean Baptiste Colombe, Charles Lenoir dit Roland, Louis Droin, Joseph Brisebois, Stephen Storey, F. Drake ont été condamnés à des peines de prison et des amendes.
L’arpentage des terres non concédées de la Couronne pour établir les townships a été ordonné par le Conseil Exécutif. Des commissaires ont été nommés pour procéder: William Lindsay et Louis Deschenaux à Québec, le Chevalier Tonnancour et George Dame à Trois Rivières, James Sawers et François Corbin à William Henry, James McGill et Pierre Guy à Montréal, Patrick Conroy à St-Jean, René Boileau à Chambly. À la Baie Missisquoi dans les cantons de l’est 4 commissaires avaient été nommés, Henry Ruiter, John Ruiter, Philip Luke et Jesse Pennoyer.
Les pommes de Montréal ont longtemps été réputées, cet avis de vente à l’encan publié par Andrew Cameron mentionne les variétés Calvilles, Corpendus, Rales et Mignonettes.
J’ai essayé de trouver des informations sur ces variétés de pommes mais je n’en ai retrouvé que sur la Calville blanc d’hiver. Elle était déjà cultivée par Pierre Le Lectier, procureur de Louis XIII en 1628. Elle est toujours, aujourd’hui, une des variétés préférées des amateurs de pommes de l’Ile de France.
Dans cet autre avis des archives de la BANQ publié par l’encanteur André Cameron le 13 octobre 1794 il vendait des pommes grises, calvils, fameuses, rozeaux, rales et pommes tartes.
Le traité de Londres, appelé en anglais le Jay Treaty, a été signé par les États-Unis et la Grande-Bretagne le 19 novembre 1794. Il visait à résoudre certains désaccords qui avaient surgi à la suite de l’indépendance américaine lors du traité de Paris de 1783. Il a rétabli le commerce entre le Canada et les États-Unis pour ramener la prospérité; les forts de Détroit et Michilamakinac ont été cédés aux États-Unis conformément aux conventions du traité de Paris.
Les commissaires du Bas Canada James McGill, John Richardson et James Walker chargés de traiter avec les commissaires du Haut Canada touchant les revenus, etc. tenaient des statistiques des biens échangés selon leur voie d’acheminement, soit par le St-Laurent et les Lacs, soit par la rivière Outaouais, et selon leur destination finale, Michilimakinak et au-dessus ou Detroit et en-de ça.
1795
Les journaux de la Chambre d’Assemblée du Bas-Canada étaient publiés chaque année, ils résument les débats qui y ont été tenus. Le 5 janvier 1795 le Gentilhomme Huissier de la Verge Noire est venu annoncer que Lord Dorchester désirait que les membres de la Chambre d’Assemblée se rendent auprès de lui dans la Chambre du Conseil Législatif.
Un recueil des ordonnances faites et passées par le Gouverneur était publié chaque année par l’imprimeur officiel, William Vondenvelden en 1795. La Chambre d’Assemblée proposait des lois que le gouverneur et le Conseil Législatif devaient sanctionner; le gouverneur avait un droit de veto l’autorisant à refuser les lois qui ne lui plaisaient pas.
Gabriel Coté, James Hallowell et André McGill, marchands de fourrures, avaient été nommés sindics des Fonds des Voyageurs et ils ont rendu leurs comptes. Ce système d’indemnisation des accidents de travail aurait été mis en place par les marchands écossais de la traite des fourrures en 1790.
Des indemnités ont été payées à de nombreuses femmes de voyageurs décédés ou estropiés. Dans la colonne de droite on trouve les noms de compagnies participant au financement du fonds mutuel: Todd McGill & Co, Jean Baptiste Durocher, McTavish Frobisher & Co, Gabriel Cotté, Etienne Campion, Jean Baptiste Tabeau, Joseph Létang, Forsyth Richardson & Co, Alexander Henry, John Ogilvy, Grant Campion & Co.
Les marchands de fourrures écossais étaient nombreux, James McGill et Simon McTavish étaient parmi les plus influents.
La construction du fort de William Henry (Sorel) a commencé et le commissaire John Craigie a publié une demande pour la fourniture de 2 millions de briques de la meilleure qualité de huit pouces et demi de long par quatre de large et deux pouces et demi d’épaisseur, mesures anglaises.
Après la signature du traité de paix avec les États-Unis le commerce sur les grands lacs a pu reprendre et se développer. La goélette neuve le packet-bot Le Kingston de James Richardson naviguait de Kingston à Niagara sur le lac Ontario. La goëlette a d’excellentes commodités pour les passagers.
La Cour du Banc du Roi de Québec avait prononcé des condamnations pour haute trahison et malversation contre un groupe de canadiens: Pierre Louis Jacques, Thomas, François et Jérôme Bédard, Pierre Chartré, Joseph et Jean Paquet, etc.
Le même jour la Cour de Montréal a prononcé des condamnations pour avoir fomenté une émeute à la Côte des Neiges contre Pierre Silvestre dit Lamotte, Pierre Lebeau et René Lavoie junior. Divers autres malfaiteurs ont été condamnés, les voleurs ont été condamnés à une peine de prison et à être brûlés dans la main. Thomas dit Tom, mulâtre, a été condamné à mort pour avoir volé 40 chellins.
Les causes des condamnations étaient variées, la semaine suivante les sentences de causes jugées à Québec et Trois-Rivières ont été publiées: assaut contre sa femme, assaut et faux, félonies capitales, vol de mouton et parjure, conspiration et fraude, libelle, vol, assaut sur un connétable.
Le Gouverneur a clôturé la session du Parlement Provincial en remerciant les messieurs de la Chambre d’Assemblée d’avoir accordé les subsides pour défrayer la dépense civile de la Province. Dans le futur la question de ces subsides va être une source de conflit récurrent entre l’Assemblée et le Gouverneur menant aux rébellions de 1837-1838.
Comme la métropole absorbait le déficit annuel du gouvernement civil, généralement entre £10,000 et £20,000, l’Assemblée, au début, se montra plutôt docile du côté des finances. L’Exécutif désirait d’ailleurs que ce déficit se perpétue, afin de maintenir son ascendant.
Aaron Hart s’était installé à Trois-Rivières en 1761 où il a été maître de poste. Il avait investi dans la traite des fourrures et acquis de nombreuses propriétés dont 7 seigneuries selon sa biographie. En 1795 il a acquis le quart de la Seigneurie de Bécancour appartenant à dame Reine Pommereau.
Le navire nommé Bridget s’était échoué à la Baie Méchante près du Cap Chat , son épave et sa cargaison étaient à vendre à l’encan. Les exportations de la colonie vers l’Europe comprenaient des fourrures variées et de l’huile de phoque et de morue.
En 1794 Fleury Mesplet fondateur de la Gazette de Montréal est décédé et son journal a cessé de paraître. Le 16 juillet 1795 l’imprimeur Edward Edwards a annoncé sa reparution mais le même jour un autre imprimeur, Louis Roy, a lancé un journal portant le même nom, ce qui a porté à confusion; ce dernier journal a cessé sa publication en 1797. Deux annonces sont parues le même jour pour annoncer 2 journaux portant le même nom.
Ce portrait présumé de Fleury Mesplet en 1794 est attribué à François Beaucourt. Fleury Mesplet est arrivé au Québec lors de l’invasion américaine de 1775. En 1778-1779 il avait publié la Gazette du commerce et littéraire de Montréal mais le gouverneur avait interdit le journal et l’avait emprisonné. Il avait fondé la Gazette de Montréal en 1785.
Charles Gratiot de St-Louis des Illinois héritier de Abraham Gratiot cherchait à régler ses comptes avec la succession vacante de l’imprimeur Fleury Mesplet. Le suisse Charles Gratiot était un marchand de St-Louis des Illinois faisant la traite des fourrures entre la Louisiane et Montréal. En 1803 ce territoire a été rattaché aux États-Unis et Gratiot est devenu correspondant de John Jacob Astor pour contribuer à diriger vers New York les flux de pelleteries.
La crainte des incendies en ville était constante car ils se répandaient de maison en maison par les toits en bardeaux de cèdre. Les fours des boulangeries et des forges ont été réglementés à Québec ce qui n’a pas empêché de nombreux incendies.
En 1845 deux incendies successifs avaient détruits les faubourgs St-Roch puis St-Jean et mis à la rue 20.000 des 30.000 habitants de Québec. Et il y en a eu de nombreux autres.
À vendre par encan 2 portions de terre dans la Seigneurie Nº9 baie de Quinty dans le Haut Canada et 1 portion dans la Seigneurie de Thurlow appartenant à William Mackay. Cette annonce est surprenante puisque en principe il n’y avait pas de seigneuries dans le Haut-Canada mais des townships.
Le 20 novembre le Gouverneur a fait une harangue pour l’ouverture de la nouvelle session du Parlement. Le manque général de la récolte cette année dans le Bas Canada m’a induit depuis à prohiber entièrement l’exportation de blé, pois, avoine, orge, blé d’Inde, fleur et biscuit jusqu’au 10 décembre prochain pour prévenir la détresse dont les pauvres peuvent être menacés par la mauvaise récolte. L’importation de denrées était difficile et coûteuse, la population dépendait chaque année de la qualité de la récolte.
Henry Cull propriétaire d’une manufacture de potasse au faubourg St-Roc proche de la porte du Palais offrait 12 sols par minot de cendres.
En 1791 le manufacturier donnait 15 sols par minot ou une livre et demie de savon sec à ceux qui lui livraient leurs cendres et 12 sols si il fallait aller les chercher; il avait baissé ses prix.
Henry Cull est associé à l’invention d’une machine à monder l’orge qu’il met en service dans ses ateliers du faubourg Saint-Roch en 1796. Cette année-là, les propriétés de Cull sont évaluées à £1.000; elles consistent en une manufacture de potasse dotée d’un moulin et de quelques fourneaux, un atelier de fabrication d’huile de lin, une boulangerie, une maison et une étable.
Les ordonnances du gouverneur et les journaux de l’assemblée étaient publiés chaque année. En 1795 l’organisation des milices avait été révisée, l’empire britannique était menacé: règles et articles pour le meilleur gouvernement de la milice de la Province du Bas-Canada lorsqu’elle sera incorporée pour le service.
1796
La France était en guerre contre l’Europe coalisée mais elle résistait à ses ennemis malgré la guerre civile qui la divisait. En octobre 1795, la Grande-Bretagne avait organisé un débarquement d’émigrés royalistes soutenus par la Navy sur la presqu’île de Quiberon en Bretagne mais le plan a été déjoué et l’attaque a été un échec. La Gazette annonçait toujours triomphalement les batailles perdues par les français, l’annonce de leurs victoires était beaucoup plus discrète. Le journal a donné des nouvelles de l’attaque de Quiberon tant que la bataille était indécise puis plus rien, la défaite (déroute) n’a pas été annoncée.
Le brigandage s’accroit à Paris jusqu’à l’excès le plus affreux; des multitudes de voleurs viennent piller toutes les boutiques et les maisons… Le pain coûte 60 francs la livre et c’est avec une extrème difficulté que l’on peut en avoir à ce prix exorbitant depuis que les marchés ont été désolés par la populace. On ne le distribue à présent que tous les deux jours dans les sections.
La Terreur en France avait pris fin le 27 juillet 1794 avec l’exécution de Robespierre et ses complices. Depuis plus d’un an la guerre civile s’était éteinte dans presque toute la France sauf en Vendée où les forces républicaines pourchassaient encore les opposants royalistes.
Des requêtes étaient déposées par les représentants élus à la Chambre d’Assemblée. George McBeath représentant du comté de Leinster et marchand de L’Assomption a déposé une requête pour une meilleure administration de la justice, l’adoption de réglements au sujet des domestiques et journaliers, l’amélioration de l’état des chemins et passages. Les marchands de Montréal commerçant dans le Haut-Canada représentés par Mr. Richardson ont déposé une requête pour l‘adoption d’une loi pour réglementer les engagements dans la traite des fourrures.
Kenelm Chandler a annoncé dans cet avis 2 propriétés prestigieuses des environs de Québec à vendre ou à louer. La maison et la ferme de Montmorency construite par le gouverneur Haldimand en haut de la chute Montmorency et la maison et les terres de Powell Place qui deviendra Spencer Wood puis le parc du Bois-de-Coulonge.
Le brigadier-général Powell fit construire le château, une maison, un kiosque, un vide-bouteilles, une grange, une étable en pierre et une en bois. Le château, paraît-il, laissait à désirer sous le rapport de l’architecture extérieure, mais, en retour, l’intérieur était aménagé d’une façon royale. Powell y reçut, de 1791 à 1794, le prince Edouard, duc de Kent, futur père de la reine Victoria, et plusieurs autres personnages de marque.
Dès l’annonce de la création des cantons ou townships en 1792 la spéculation avait commencé. En 1792, Kenelm Chandler posa sa candidature comme chef de canton, en vertu du système des chefs et associés de canton, pour deux cantons situés au nord de Québec et qu’on devait appeler Stoneham et Tewkesbury... En prévision de la concession de Tewkesbury, il avait déjà, en 1798, signé des ententes avec beaucoup de ses associés qui devaient lui transférer purement et simplement leur part dès la concession faite.
Les registres de baptêmes, mariages et sépultures étaient tenus par les curés des paroisses et cet avis leur rappelait qu’ils devaient se conformer à la législature en les faisant enregistrer au greffe sous peine d’amende.
Le traité d’amitié, de commerce et de navigation avec les États-Unis avait été approuvé à Londres et le gouverneur Dorchester l’a soumis à la Chambre d’Assemblée.
Pierre Casquintte et André Cardinal dans le quartier du Palais proposaient de louer une chaloupe toute équipée pour aller se promener sur le fleuve ou dans le golfe: l’Happy Return chaloupe de plaisir. Une chaloupe qui peut aller avec sûreté dans aucune partie du fleuve ou dans le golphe, pouvu comme dit le marin qu’il y ait assez d’eau. La dite chaloupe est complètement fournie de voiles, rames, etc.
La ville de Québec avec ses soldats en garnison retournant chez eux en Angleterre après leur service commençait à être un site reconnu pour la beauté de ses paysages; l’imprimerie du journal vendait une collection de pièces élégantes de dessein dans des cadres de Londres.
On retrouve dans les archives certaines de ces gravures dessinées par George Bulteel Fisher qui avait été en garnison à Québec vers 1791-1794, attaché à l’état-major du prince Edward: Vue du Sault de la Chaudière dans un grand cadre élégammant doré, Vue du Lac Charles idem…
Son frère Benjamin Fisher était aussi un peintre talentueux, le Musée des Beaux-Arts de Québec possède plusieurs de ses oeuvres; il a voyagé en Amérique du Nord entre 1785 et 1796.
Le poids et taux des espèces d’or tels que réglés par l’acte du Parlement Provincial du 7 mai 1796 répertoriait les différentes monnaies en circulation: la guinée anglaise, la portugaise, la moidore de Portugal, le quadruple d’espagne, le louis d’or de France d’avant 1793, la pistole de France d’après 1793, l’aigle américain.
Les ventes de vaisseaux et les annonces de leurs départs et arrivées étaient très nombreuses dans le journal. Chaque semaine la liste des bateaux arrivant et partant du port de Québec était publiée avec leur destination, leur tonnage et le nom de leur commandant. La plupart de ces annonces étaient publiées en anglais seulement.
La campagne électorale pour la seconde Chambre d’Assemblée de la province du Bas-Canada a commencé dans le journal le 9 juin. Voici les annonces publiées pour la région de Québec: Comté, Haute et Basse Ville.
Les candidats ayant publié une annonce étaient William Grant, John Young, Jean-Antoine Panet, David Lynd, Augustin Jérôme Raby, Robert Lester, Alexandre Menut, John Black, Berthelot Dartigny.
Lors de l’élection de 1792 Jean Antoine Panet s’était vanté qu’il s’était opposé à la distribution du rum et des cocardes pour se faire des amis mais qu’il avait donné 100 louis aux pauvres. En 1796 il a annoncé qu’il donnerait 100 piastres à la première fille qui se marierait si il était élu. William Grant a annoncé qu’il donnerait 100 piastres à la seconde fille qui se marierait.
Des lettres d’Italie datées du 26 mars annonçaient la déroute de l’armée française mais la situation militaire allait bientôt être totalement renversée. Le 2 mars 1796, le Directoire avait nommé à la tête de l’armée d’Italie un jeune général de brigade, Napoléon Bonaparte.
Le 30 juin le Gouverneur Guy Lord Dorchester a fait 3 nominations de bureaucrates qui allaient avoir une grande influence sur la politique du Bas Canada. Voici ce qu’on lit dans leurs biographies. Isaac Ogden juge, était un fervent loyaliste; son fils Charles Richard Ogden présidera le procès des Patriotes en 1837-1838. Pour Jonathan Sewell, les canadiens français étaient une menace à l’ordre social de la province britannique, il était un promoteur de l’anglicisation de la population et de la protection des droits de la couronne. Herman Witsius Ryland était un tory des colonies, il se méfiait de la démocratie, des hommes politiques populaires et des coutumes coloniales, défendait l’aristocratie et la prérogative royale. Avec le nouvel évêque anglican de Québec Jacob Mountain ils vont s’opposer à la majorité francophone de la population pour tenter de l’assimiler.
Le gouverneur Guy Carleton Lord Dorchester a été rappelé en Angleterre et le lieutenant-gouverneur Robert Prescott l’a remplacé.
Les résultats des élections pour la nouvelle Chambre d’Assemblée ont été publiés le 21 juillet sauf celui du comté de Gaspé qui n’était pas encore rentré.
La Gazette de Québec était publiée une fois par semaine le jeudi. La plupart des nouvelles étaient publiées dans les 2 langues, l’anglais dans la colonne de gauche et le français dans celle de droite. Les annonces étaient publiées dans les 2 langues mais pas toutes, certaines étaient publiées uniquement en anglais, d’autres en français. Le journal comportait toujours au moins 4 pages et un supplément de 2 ou plus de pages était ajouté au besoin. Parfois un exemplaire extraordinaire était publiée lors d’un évennement spécial ou pour une proclamation.
Le colonel Richard England était depuis 1792 commandant du fort de Detroit qui devait être rendu aux États-Unis à la suite du traité de Londres. Les marchands de Detroit l’ont félicité pour son travail. Les États-Unis ont pris possession du fort le 11 juillet 1796.
Les marchands de Michilimakinac ont aussi remercié le major William Doyle commandant du fort qui devait quitter son poste. On trouve les noms des principaux traiteurs de fourrures dans ces 2 adresses.
La frontière passait au nord du fort de Michilimakinac qui était situé entre les lacs Huron et Michigan. La garnison anglaise a été déplacée sur l’île St-Joseph dans le détroit séparant le lac Huron du lac Supérieur près du Sault-Ste-Marie, le plus près possible de la frontière. The orders Dorchester finally sent in April of 1796 to Major Doyle at Michilimackinac called for a garrison to be sent not to Penetanguishene but to St. Joseph Island at the opposite end of the Lake. Dorchester declared that a 12-man garrison on St. Joseph Island would form a rendezvous within British territory for the Indians who had hitherto resorted to Michilimackinac, which had to be evacuated, according to the Jay Treaty, by July 1, 1796.
Le Château Saint-Louis construit en 1620 avait été endommagé pendant le siège de Québec en 1759. Il a longtemps été le siège du gouvernement sauf pendant quelques années. Dans les années 1780, il perd son rôle administratif au profit du château Haldimand (construit entre 1784 et 1786), car le château Saint-Louis est jugé trop étroit. Le gouverneur anglais James Henry Craig s’installe à nouveau au château Saint-Louis au début du XIXe siècle, il le rénove, le fait rehausser d’un étage, et modifie son architecture dans le style palladien.
Un incendie dans la Haute Ville de Québec a détruit 13 ou 14 maisons et le couvent des Récollets. Le Château St-Louis avait failli être atteint. La cathédrale anglicane et le palais de justice vont être construits sur le terrain vacant des Récollets.
L’église et le couvent des Récollets étaient situés devant la place d’Armes où l’on voit parader les miltaires. La garnison anglaise était cantonnée dans le collège des Jésuites; on voit la cathédrale catholique à droite et des bâtiments endommagés à la suite du siège de 1759.
En 1796 la Gazette a rapporté les victoires du général François (français) Buonaparte en Italie. Dans l’article de Wikipedia sur la campagne d’Italie 1796-1797 on lit: une guerre foudroyante, l’offensive de Bonaparte (24 mars – 31 mai 1796). Le monde va rapidement apprendre à connaître le général Napoléon Bonaparte.
Thomas Dunn a été président du Conseil Exécutif de la Province du Bas Canada et il a remplacé le gouverneur pendant son absence en 1805. Il a aussi été un des premiers à profiter des octrois de lots de terres dans les townships comme ami du parti bureaucrate. Par ailleurs, son titre de membre du Conseil exécutif du Bas-Canada n’avait certes pas été étranger à l’obtention du canton de Dunham, avec 34 autres associés, en 1796; c’était la première fois qu’un canton était concédé officiellement dans le Bas-Canada. Outre les réserves, ce canton était divisé en 200 lots et contenait 40.895 acres. Il devint rapidement la propriété unique de Dunn. Ce dernier obtint, plus tard, 58 lots dans le canton de Stukely, grâce à la recommandation du lieutenant-gouverneur Robert Shore Milnes auprès des autorités métropolitaines.
1797
Tous les ans la Gazette publiait un calendrier le 1er janvier faisant la liste des fêtes religieuses, donnant l’heure du lever et du coucher du soleil, les phases de la lune, les éclipses, etc. Il comprenait aussi des renseignements pratiques comme le tableau des comtés de la Province avec leurs paroisses, leurs limites et leurs représentants.
D’autres tableaux donnaient les taux de conversion de la monnaie ou des mesures anglaises et françaises. 1.000 pieds français valaient 1.068 pieds anglais. 848,389 acres équivalaient à 1.000 arpents et 1.000 acres équivalaient à 1.117,692 arpents.
Le général Prescott lieutenant-gouverneur a proclamé une amnistie pour les déserteurs qui devaient être nombreux. La Grande-Bretagne en guerre cherchait à rassembler ses forces, une autre proclamation demandait à tous les officiers en demi-paye (démobilisés) de transmettre par écrit leur nom, âge, services passés et lieu de résidence pour être éventuellement réintégrés.
Le lieutenant-gouverneur s’est adressé à la Chambre d’Assemblée pour son discours du Trône. Dans ses recommandations il rappelle que des émissaires de France se sont dispersés partout et qu’ils tentent de déranger la tranquillité des Gouvernements établis; il demande que le Bill qui concerne les étrangers soit prolongé.
À vendre une terre de la Seigneurie de St-François le long du lac St-Pierre propice pour le commerce avec les Canadiens et Sauvages. Les abénakis étaient installés à St-François du Lac depuis 1700 et les canadiens faisaient le commerce des fourrures avec eux; elles provenaient des terres de chasses situées des 2 côtés du St-Laurent.
Henry Caldwell n’a publié cette annonce qu’en anglais. Elle incitait les loyalistes américains à s’installer dans le township de Granby sur la rivière Maska; il avait fait une première demande de terres en 1788, d’abord acceptée puis rejetée en 1795. Il possédait la seigneurie Foucault appelée Caldwell’s Manor où il attirait aussi des loyalistes.

En avril 1774, Caldwell loua pour 99 ans toutes les propriétés de l’ancien gouverneur Murray dans la province de Québec. Celles-ci comprenaient, entre autres, les seigneuries de Lauson, de Rivière-du-Loup, de Madawaska et de Foucault, appelée plus tard Caldwell’s Manor et située le long de la rivière Richelieu et de la frontière actuelle du Vermont. S’y ajoutaient la maison et les terres de Sans Bruit, situées à environ trois milles de Québec le long du chemin Sainte-Foy, une maison rue Saint-Jean, dans la haute ville, et la ferme appelée «Gorgendieres Farm», dans la seigneurie de Sillery.
La réputation du général Buonaparte commençait à être connue: ces talents extraordinaires qui ont distingué sa carrière militaire. Les armées autrichiennes en Italie s’étaient regroupées pour l’attaquer.
Pour l’entretien des chemins des sous-inspecteurs avaient été nommés dans les 6 secteurs de la ville de Québec qui devaient répartir le coût des travaux. Les habitants avaient le choix de travailler à la corvée ou de payer un montant compensatoire de 1 chellin et 3 deniers par jour. Mais ce système qui s’étendait à toute la province a donné lieu à des abus, surtout de la part des militaires, et causé beaucoup de mécontentement.
La Cour du Banc du Roi à Montréal a encore prononcé des sentences pour propos séditieux, convocation d’assemblées tumultueuses et haute trahison, signe que la propagande des français libres à leurs frères canadiens se poursuivait.
Lors des batailles d’Arcole et de Rivoli l’armée de Bonaparte a anéanti l’armée autrichienne en Italie, la dépêche mentionne 23.000 prisonniers et 6.000 morts.
Le 4 mai Robert Prescott a officiellement été nommé Capitaine général et Gouverneur en chef des provinces du Haut et du Bas Canada en remplacement de Guy Carleton Lord Dorchester.
David McLane a subi son procès pour haute trahison au profit de la France le 11 juillet. Il a été condamné à être pendu par le col mais non jusqu’à ce que mort s’ensuive car il devait être ouvert en vie, ses entrailles arrachées et brûlées sous ses yeux, sa tête séparée de son corps qui devait être divisé en 4 parties. Sa tête et ses membres seront à la disposition du Roi.
Les 12 jurés qui l’ont condamné étaient anglophones.
Le refus des Canadiens de s’inscrire sur les rôles de milice selon la nouvelle loi de 1794, par crainte d’être appelés loin de chez eux, et les incidents qui se produisent en 1796 contre la loi de voirie, qui oblige les habitants à payer de leur personne, de leurs attelages et de leurs outils pour la construction des chemins, portent les Anglais à croire que les Canadiens sont manipulés par des espions. Il fallait donc découvrir ces dangereux émissaires: on trouva David McLane, marchand de Providence, Rhode Island… Il est exécuté le 21 juillet au milieu d’une grande foule, hors les murs de la ville, assisté de deux pasteurs protestants. Il était déjà mort lorsque le bourreau lui trancha la tête et l’éviscéra et son corps ne fut pas dépecé.
David McLane
Les détails de son procès et de son exécution ont été publiés dans le journal d’abord en anglais puis en français et dès le 3 août l’imprimerie annonçait la publication d’une brochure en papier bleu intitulée Le procès de David McLane pour haute trahison.
L’octroi de terres dans les townships a été une grave source de tensions entre les canadiens et les autorités britanniques dès que les lots ont commencé à être attribués. Avec l’aide de prête-noms des amis du parti bureaucrate ont reçu d’immenses portions de terres avec lesquelles ils ont pu spéculer. Hemingford, Hinchinbrook, Potton, Sutton, Farnham, Rawdon, Chatham, Grenville, Clifton, Barford, Tring et Armagh, les noms anglais de ces townships signifiaient clairement aux canadiens que ces terres ne leur étaient pas destinées.
Asa Porter et Nicholas Austin avaient reçu les patentes pour les townships de Brome et Bolton et ils appelaient leurs associés à se présenter pour recevoir leurs terres.
Le site internet de la municipalité d’Austin a publié un document intitulé Nicholas Austin et le système des leaders et associés. Les 53 associés menés par N. Austin dans le township de Bolton à la baie Missisquoi étaient protestants, quakers, anglophones.
1798
À la Cour du Banc du Roi de Québec Charles Frichette accusé d’avoir été un complice de David McLane a été condamné à la prison à vie et la confiscation de tous ses biens. Elizabeth Baker négresse a été condamnée à mort pour effraction.
Au printemps 1798 les eaux du Saint-Laurent sont montées très haut et ont inondé les terres à Montréal et à Trois-rivières. L’île Dupas devant Berthier est l’endroit qui a le plus souffert.
En 1797, une troupe dirigée par Francis Rickett, donne le 5 septembre à Montréal le premier spectacle de cirque au Canada... Ricketts remporte à Montréal un tel succès qu’il y passe tout l’hiver et va y construire un cirque moderne en pierre. Au printemps 1798, la compagnie se rend à Québec où elle présente pendant deux mois un spectacle avant de retourner à Montréal puis aux Etats-Unis. Pendant plusieurs l’hiver le programme du spectacle présenté à Québec a été publié dans la Gazette, il changeait à chaque semaine pour que les spectateurs reviennent.
Lire: Les premiers cirques au Québec et à Joliette
Dans un livre de Franck Mackey intitulé Black then: Blacks and Montreal 1780-1880’s on trouve des annonces de la Gazette de Montréal documentant des esclaves à vendre ou en fuite; la dernière annonce d’esclave à vendre publiée dans ce journal daterait de janvier 1798 et celle d’une récompense pour la capture d’un esclave en fuite du mois d’août. On ne trouve plus aucune annonce dans la Gazette de Québec non plus.
Le 23 mai 1798 une rébellion avait éclaté en Irlande. La rébellion fut menée par la Société des Irlandais unis, un groupe révolutionnaire et républicain, influencé par la révolution américaine et la Révolution française.
En 1795, l’ordre d’Orange fut créé en tant que force militaire auxiliaire pour contrecarrer les Irlandais unis sur le terrain… Sans en informer les résistants irlandais, une flotte française achemina 15.000 soldats commandés par le général Hoche en Irlande en 1796… Le gouvernement britannique répondit à cette tentative d’invasion en arrêtant une grande partie de la direction des Irlandais unis et en imposant la loi martiale à partir du 2 mars 1797, tentant de briser le mouvement par l’utilisation généralisée de la terreur pendant les recherches d’armes. Au début de 1798, les membres de la Société (280.000 membres assermentés) étaient sous forte pression… La répression a été rapide et très sévère avec plus de 500 condamnés à mort exécutés.
La bataille navale d’Aboukir les 1er et 2 août a été une grande victoire de l’amiral Horatio Nelson contre la flotte française. Le corps expéditionnaire français en Égypte n’avait plus de flotte pour le ravitailler et le rapatrier. La ville de Québec a été illuminée le 19 décembre pour fêter la victoire.
L’évêque de Québec Pierre Denaut a publié un mandement pour ordonner des actions de grâce dans toutes les paroisses pour célébrer la victoire.
En janvier 1799 l’évêque anglican Jacob Mountain et Messire Joseph Octave Plessis ont aussi fait publier les sermons célébrant la victoire qu’ils ont prononcés dans les 2 cathédrales de Québec, la protestante et la catholique.
William Vondenvelden et Louis Charland ont lancé une souscription pour financer la publication d’une nouvelle charte de la Province du Bas Canada.
La charte a été numérisée en haute résolution dans les Archives du Canada avec le titre: A new topographical Map of the province of Lower Canada, compiled from all the former as well as the latest surveys taken by Order of the Provincial Government by & under the direction of Samuel Holland, Esq. deceased, late surveyor general of the said province, is most respectfully inscribed, to His Excellency, Robert Prescottt, Esq. Captain General & Commander in Chief of the Provinces of Upper & Lower Canada c&c. by his most obedient & most humble servants, William Vondenvelden, lately assistant surveyor general, and Louis Charland, land surveyor.
La carte n’est pas très précise mais elle montre les principaux chemins existants ainsi que les limites des seigneuries et townships.
Les publications devenaient plus nombreuses, plusieurs imprimeries avaient ouvert à Québec et Montréal. La propagande contre la France révolutionnaire était un sujet populaire. Ce livre est annoté du nom de D. B. Viger: relation fidèle d’un nombre de cruautés commises depuis la révolution française par les personnes qui exercent actuellement les pouvoirs de gouvernement en France et par leurs adhérents par un canadien.
1799
Denis Benjamin Viger a reçu une commission d’avocat, procureur et conseil du gouverneur. Arrêté en 1838 pour avoir encouragé la rébellion, en 1843 il sera nommé premier ministre du Canada Uni conjointement avec W. H. Draper.
La ville de Québec a reçu la visite d’un chameau mâle sorti des déserts de l’Arabie au printemps 1799. Pendant ls longs hivers les citoyens des villes cherchaient des distractions.
Rosswell Moulthrop a présenté une exhibition de 24 figures de cire à Québec dont celles des présidents américains George Washington et John Adams.
Après avoir réprimé militairement la révolte irlandaise la Grande-Bretagne a eu l’idée de réunir le royaume d’Irlande au Royaume Uni d’Angleterre et d’Écosse pour former le Royaume Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande. L’acte d’Union a été adopté en 1800 pour entrer en vigueur en 1801. La même solution sera adoptée en 1840 avec l’union du Haut et du Bas Canada après les révoltes de 1837-1838 pour former le Canada-Uni mettant les canadiens français en minorité dans la Chambre d’Assemblée.
À la fin de ce siècle les statistiques fournies par Mr. Pitt et Mr. Lavoisier établissent la population de la Grande-Bretagne à 9 millions d’habitants et celle de la France à 26 millions. Le revenu de la Grande-Bretagne aurait néanmoins été nettement plus élevé, 26 livres par année par habitant contre 4 livres 6 shillings pour la France, avec un revenu de 1.928 livres par mille carré contre 700 en France.
À la fin de la session de la Chambre d’Assemblée le gouverneur a encore remercié les parlementaires d’avoir voté les actes pour financer les déboursés de la Province et la liste civile de ses dépenses.
Le tableau de l’arrangement général des Forces Britanniques montre qu’il n’y avait alors que 6 bataillons d’infanterie en Amérique du Nord; il y en avait 75 en Irlande, 32 dans les îles (Antilles), 29 en Écosse, etc.
Les fonds pour la construction des salles d’audience de Québec et Montréal avaient été accordés et un appel d’offre a été publié pour la construction de celle de Québec sur l’emplacement du couvent des Récollets incendié. La pierre provenait des carrières de la Pointe aux Trembles, Beauport, L’Ange Gardien et du Cap. Les commissaires étaient Mervin Nooth, Jonathan Sewell et Berthelot Dartigny.
Ce détail d’un plan daté de 1815 situe le palais de justice et la cathédrale anglicane près du Château St-Louis et de la place de la Parade, place d’Armes.
La construction navale a lentement commencé à prendre son essor à Québec pour les besoins de la navigation locale et à cause de la guerre contre la France. Des pièces de bois pour la construction de 2 vaisseaux de 150 tonneaux chacun ont été mises en vente à l’encan sur la grève près de Woodfield à Sillery.
Pendant l’année 1799 des citoyens fortunés de Québec, Montréal, Trois-Rivières et William-Henry ont fait publier les montants qu’ils souscrivaient volontairement au gouvernement pour la défense de leur pays en guerre, la Grande-Bretagne. De nombreux marchands et officiers anglais ont contribué à la souscription mais aussi l’évêque catholique, le Séminaire, des curés et des notables canadiens. Voici une des nombreuses listes de souscripteurs, les plus grosses souscriptions venaient de J. Québec (l’évêque anglican Jacob Mountain?), William Osgoode et Henry Caldwell.
Prescott accuse alors certains membres de son propre Conseil exécutif d’avoir comploté afin d’acquérir une grande quantité de terres dans un but de spéculation. Ces altercations persistantes finissent par ennuyer Londres, qui rappelle finalement en avril 1799 le gouverneur pour consultation… Lorsque Milnes prend ses fonctions, le parti des Britanniques est déchiré par une querelle au sujet des concessions de terres.
Les 18 et 25 juillet des adresses au gouverneur Robert Prescott signées de très nombreux noms ont été publiées à l’occasion de son départ. Le lieutenant-gouverneur Robert Shore Milnes l’a remplacé avec le titre de lieutenant-gouverneur de la province du Bas Canada.
Le 18 juillet des constables ont été nommés pour la ville de Québec par les juges de paix; l’administration civile était de mieux en mieux organisée. John Bentley était le grand connétable en charge.
Dennis Berton dit Dubois possesseur des Eaux Minérales au bout du faubourg St-Jean les a fait certifier par le docteur John Mirvin Nooth: dans bien des maladies elles peuvent être un remède très utile.
Le Conseil Exécutif a entendu les demandes pour l’octroi des terres des townships pendant l’hiver. Ses membres ont sans doute essayé de paraître un peu plus justes dans l’attribution des lots mais la spéculation ne s’est pas arrêtée.
1800
Plusieurs personnes avaient pris possession sans titre de lots vacants de la couronne et plus particulièrement de lots réservés au clergé protestant, elles ont été avisées qu’elles en seraient expulsées. Les réserves du clergé représentaient 7% du territoire des townships pour le maintien d’un clergé protestant appartenant à l’Église anglicane exclusivement; 5% des terres était aussi réservé à la couronne pour la construction de chemins.
Le 9 novembre (18 brumaire) 1799 le général Napoléon Bonaparte a organisé un coup d’état qui va mener au Consulat puis à l’Empire. Les nouvelles d’Europe arrivaient avec du retard mais toutes les campagnes militaires et la politique européenne étaient rapportées avec beaucoup de détails dans la Gazette; avec un point de vue très pro-britannique bien sûr.
Lors de l’ouverture de la nouvelle session de la Chambre d’Assemblée le lieutenant-gouverneur Robert Shore Milnes s’est réjoui que dans un temps où presque toute l’Europe était en guerre le Canada était préservé. Il fallait quand même rester vigilant que des émissaires français ne viennent pas semer la discorde chez les canadiens à la fidélité hésitante.
La Chambre d’Assemblée a procédé pour répondre à la harangue de son Excellence. Une épidémie de fièvre jaune s’était déclarée aux États-Unis puis à Québec, un acte de quarantaine avait été institué pour les navires et les matelots. Le bill pour la liste civile et un autre pour le commerce avec les États-Unis ont été prolongés.
Les droits et prétentions de la Province sur le collège de Québec et les biens annexés concerne la disposition des biens des jésuites, dossier qui n’est pas près d’être réglé. Le lieutenant-gouverneur a répondu à cette résolution en déclarant qu’il avait soumis la demande au Roi qui l’avait soumis au Conseil Privé. Le père Jean-Joseph Casot dernier jésuite du Québec est décédé le 16 mars. Suite à son décès, les biens de l’ordre furent saisis par le gouvernement britannique. Le parti canadien à l’assemblée voulait qu’ils servent à financer un système d’éducation public.
L’ancien collège des Jésuites à Québec hébergeait la garnison britannique depuis 1759.
Jérôme St-Onge a annoncé qu’il avait fait divorce de sa femme Marie Louise Coté et qu’il ne payerait pas ses dettes. C’est la première mention du mot divorce dans ce journal même si de nombreux avis de séparations avaient été publiés par des maris ou des épouses malheureux.
Les soldats et miliciens britanniques et canadiens de 1775-1776 avaient droit à l’octroi de terres dans les terres vacantes de la Couronne et ils étaient régulièrement avisés de présenter leurs demandes.
Le 5 juin la Chambre d’Assemblée a été dissoute et la campagne électorale a commencé avec la publication d’avis de candidatures. Les électeurs étaient convoqués le 25 juin près de l’église sur la place du marché dans la Basse Ville de Québec, le 30 juin près de la cathédrale pour la Haute Ville et le 7 juillet près de l’église de Charlesbourg pour le comté de Québec.
Les résultats ont été publiés au fur et à mesure du déroulement de l’élection; Messieurs Robert Lester et John Young ont été élus dans la Basse Ville de Québec, J. A. Panet et Augustin Jérôme Raby dans la Haute Ville.
John Caldwell et Jean Thomas Taschereau (âgé de 21 ans) ont été élus dans le comté de Dorchester, Jonathan Sewell dans le bourg de William Henry, Joseph Planté et François Huot dans le comté de Hampshire.

John Hare a publié des statistiques sur les premières élections de la Chambre d’Assemblée du Bas Canada: L’Assemblée législative du Bas-Canada, 1792-1814, députation et polarisation politique. Le bloc ministériel et le bloc canadien se sont peu à peu formés et les votes ont été faits en fonction du parti plutôt que par conviction personnelle; les canadiens étaient largement majoritaires à chaque élection.
J. Hare note que dans le 3ème parlement élu en 1800 les votes des canadiens se sont dispersés alors que les bureaucrates votaient toujours en bloc.
L’amiral Horatio Nelson était devenu un héros en Europe bien avant sa victoire (et son décès) à Trafalgar en 1805. Il avait été fait pair de la Grande-Bretagne, obtenu des récompenses en argent et en biens précieux, récompensé par le tsar de Russie, le roi des Deux-Siciles, le duché de Bronti, le roi de Sardaigne, l’île de Zante, la cité de Palerme, Grand d’Espagne, etc.
George Davison décédé en Angleterre avait des propriétés à Rivière du Loup (Louiseville), Machiche (Yamachiche) et Maskinongé avec le moulin à farine et à scie de la Carrière, le moulin à farine de Lanton et les moulins de Machiche. Il était impliqué dans les Forges du St-Maurice et les postes de traite du Domaine du Roy. Son lieu de résidence favori, dans les années 1780, était sa propriété de 400 acres, Lanton Farm, située près de Saint-Antoine-de-la-Rivière-du-Loup (Louiseville), où il entretenait une nombreuse domesticité... Ses fermes étaient gérées par des Anglais qui avaient recours aux plus récentes améliorations mises au point en Grande-Bretagne ou en Europe continentale.
En Italie le général Bonaparte avait remporté les victoires de Montebello et Marengo en juin contre l’armée autrichienne mais il en est à peine fait mention dans la Gazette.
La Chambre d’Assemblée a passé un acte communément appelé l’Acte des chemins pour que des plans d’urbanisme soient établis pour le tracé des rues et places des villes de Québec et Montréal.
Patrick Beatson décédé avait loué un chantier naval à l’Anse des Mères en 1793 et il y avait établi le premier chantier maritime commercial d’envergure à Québec. De 1794 à 1800, il construisit au moins 15 navires, qui totalisaient plus de 4.000 tonneaux.
À la suite de l’adoption de l’Acte pour ériger un pont sur la rivière Jacques Cartier des demandes de soumissions ont été publiées. Les commissaires étaient G. Taschereau, J. Sewell et J. Craigie.
1801
Les débats du Conseil Législatif n’étaient jamais commentés dans le journal contrairement à ceux de la Chambre d’Assemblée. Lors d’un débat sur l’Acte pour le soulagement des personnes qui tiennent des terres ou immeubles de sa Majesté en roture sur lesquels des lots et ventes sont dûs le détail des votes a été publié. Ont voté pour le juge en chef, C. de Lanaudière, G. Taschereau; le juge en chef à cette époque était William Osgoode. Ont voté contre le lord évêque (Jacob Mountain), H. Finlay, F. Baby, H. Caldwell. Les droits de lots et ventes n’avaient pas été payés pendant plusieurs années après la Conquête et leur paiement représentait de grosses sommes ruineuses pour beaucoup si elles étaient soudain réclamées.
Charles-Louis Tarieu de Lanaudière est un des seigneurs canadiens qui a le plus fidèlement servi le régime britannique et obtenu de nombreux postes lucratifs dans l’administration. Comme bien d’autres seigneurs, il s’était lié par intérêt aux Britanniques qui, durant cette période, cherchaient à renforcer la position sociale et économique de la noblesse… Lanaudière était un des plus respectables gentilshommes de la colonie. Il était sincèrement attaché au gouvernement anglais, et dans sa conduite, ses manières, ses principes, il semblait un Anglais.
Les quarts à fleur étaient des tonneaux pour transporter la farine de blé. Le marchand Thomas Lee en a commandé 2.000 faits de bon frêne ou de chêne bien sec avec 10 bons cercles de fer contenant un quintal et trois quarts de fleur. La production et l’exportation de blé ont connu une période de prospérité avec les guerres ayant cours en Europe.
La distribution de terres aux miliciens de 1775-1776 dans les townships se poursuivait. Cette annonce du colonel Le Comte Dupré concernait les miliciens canadiens et leurs veuves pour les terres des townships de Windsor, Simpson et Wendover. Jean-Baptiste Le Comte Dupré appartient à la troisième génération d’une famille de marchands engagés dans le commerce des fourrures.
À l’occasion de la proclamation du Royaume Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande le drapeau devant être hissé sur les vaisseaux de sa Majesté a été redessiné.
Le pavillon du Red Ensign est toujours utilisé par la marine civile du Royaume-Uni depuis 1801.

La brasserie du Cap aux Diamands de James Mason Godard produisait de la grosse bière ou porter, de l’ale de Burton, de l’ale douce, de l’ale de table et de la petite bière. Il y avait plusieurs brasseries et distilleries à Québec et de nombreuses autres dans la Province. La consommation de boissons alcoolisées était importante, du vin et des spiritueux étaient aussi importés d’Europe et des Antilles.
Les miliciens britanniques pouvaient eux aussi recevoir des terres dans les townships de Granby et Milton. Les annonces les concernant étaient publiées en anglais seulement.
En 1862 un Comité spécial de l’Assemblée a publié un tableau (page 28) des terres octroyées à des sociétés dans les cantons de l’est à partir de 1796. La méthode adoptée pour la concession des cantons permit à un grand nombre de spéculateurs de se faire octroyer, sous des noms fictifs, d’immenses étendues de terrain, dont ils réservèrent pour eux-mêmes la plus grande partie. Le gouverneur Prescott voulut mettre fin à cet agiotage. Il succomba à la tâche. Les gouverneurs Milnes et Craig ne purent que confirmer le fait accompli. Ils n’en manifestèrent aucun déplaisir, car dans leur opinion les Cantons de l’Est devaient, tôt ou tard, être peuplés par des colons de langue anglaise. Des leaders se voyaient octroyer de grandes quantités de terres qu’ils devaient ensuite redistribuer à des colons. Nicolas Austin par exemple avait reçu 62.000 acres en 1797 dans le township de Bolton et Asa Porter 41.000 dans Brome, Thomas Dunn 40.000 dans Dunham en 1796. Il n’y a aucun canadien français dans cette liste.
Mais on y trouve les noms de plusieurs marchands de fourrures: John Gregory, Simon McTavish, William McGillivry, Joseph Frobisher, Isaac Todd, etc.
Le trafic dans le port de québec s’intensifiait; voici la liste des départs pour le mois de juin et les premiers jours de juillet.
Le bail des postes du Roi affermé à Alexander et George Davidson et François Baby se terminait en octobre 1802 et il a été mis aux enchères pour 20 ans. Il comprenait un immense territoire exclusif au Saguenay et sur la Côte Nord pour la traite des fourrures.
En 1786, George et Alexander Davison associés à François Baby, obtinrent la ferme du Domaine du roi pour une période de 16 ans. Du même coup, ils acquirent le monopole de la traite des fourrures et des pêcheries sur la rive nord du bas Saint-Laurent, un des plus friands morceaux que pouvait offrir le favoritisme gouvernemental, puisqu’il était presque sans risque pour les fermiers, qu’il n’exigeait pour ainsi dire aucune habileté administrative particulière et que son rendement annuel était d’au moins £2 500. En 1802 c’est la Compagnie du Nord-Ouest qui a obtenu le bail.
Des préliminaires de paix ont été signés entre la France et la Grande-Bretagne le 1er octobre qui vont mener à la signature du traité de paix d’Amiens le 25 mars 1802.
Le premier baiser depuis dix ans ou la rencontre entre Britannia et le Citoyen français. Caricature de James Gillray (1803).
La construction de la cathédrale anglicane de Québec sur le terrain du couvent des Récollets avait commencé, un appel d’offre pour la couverture et l’armature en fer a été publié.
1802
Avec les annonces de préliminaires de paix le personnage de Napoleone Buonaparte est devenu plus honorable, la Gazette a publié une biographie détaillée du personnage.
Le célèbre général nègre Toussaint L’Ouverture de Saint Domingue était un autre personnage intrigant de cette époque. Né esclave il avait profité de la révolution dans l’île pour s’affranchir et devenir général en chef.
Bonaparte avait envoyé son beau-frère le général Leclerc reconquérir Saint-Domingue en faisant des promesses que tous seraient libres et égaux. Il a vaincu Toussaint Louverture et l’a fait prisonnier mais apprenant que l’esclavage avait été rétabli en Guadeloupe la population de l’île s’est soulevée et a vaincu les français; Haïti a conquis son indépendance.
Tous les peuples ont embrassé les Français et leur ont juré paix et amitié. Tous les Français se sont aussi embrassés les uns les autres et se sont tous juré amitié et fraternité. Venez donc embrasser les Français et soyez contents de revoir vos amis et vos frères de l’Europe.
Isaac Todd et James McGill marchands de Montréal associés dans la traite des fourrures ont mis en vente 35.000 acres du township de Stanbridge. Ces terres avaient été acquises de Hugh Finlay un bureaucrate impliqué dans la spéculation dans les cantons qui avait reçu 47.000 acres dans ce canton le 1er septembre 1801.
Hugh Finlay se laissa entraîner dans un projet de spéculation foncière, à l’automne de 1795. Pour réaliser ce plan auquel était mêlé John Jacob Astor, on fit appel à Finlay afin qu’il usât de sa position de président du comité des terres pour obtenir l’approbation de concessions comprenant jusqu’à 24 cantons. Or, le plan échoua parce que, cet automne-là, la concession gratuite de cantons fut interrompue temporairement… En septembre 1801 Hugh Finlay reçut enfin les lettres patentes pour la concession de Stanbridge des mains du lieutenant-gouverneur Robert Shore Milnes et, le mois suivant, il vendit 32 400 acres, pour la somme de £3 750, à Isaac Todd et à James McGill, deux marchands montréalais auxquels il était redevable d’une forte somme.
Une édition spéciale de la Gazette a annoncé la nouvelle en provenance de Downing-Street de la signature d’un traité de paix à Amiens entre la Grande-Bretagne et la France, l’Espagne et la République Batave (Pays-Bas). Le texte du traité a été publié avec le nom des signataires, Joseph Bonaparte, Cornwallis, Azara et Schimmelpenninc. La proclamation royale a été publiée le 29 juillet et le gouverneur a ordonné des actions de grâce.
Des terres de la couronne ont été mises en vente à l’encan: 21.000 acres dans le township de Newport, 19.600 dans Eaton, 20.600 dans Stukely, 22.000 dans Hereford.
Le lieutenant-gouverneur avait le privilège de proclamer les actes votés par la Chambre d’Assemblée, il pouvait aussi les bloquer avec son droit de veto. Il a proclamé ici l’acte pour démolir et enlever les anciens murs et fortifications de Montréal et l’acte pour l’établissement des écoles grauites.
Un projet de loi fut présenté le 7 février 1801 par le juge député Pierre-Amable de Bonne afin de créer l’Institution royale pour l’établissement des écoles gratuites anglaises et protestantes sous la présidence de l’évêque anglican de Québec et la taxation des citoyens pour en financer le fonctionnement. Le but recherché était d’angliciser les francophones pour que Britanniques et Français ne forment plus qu’un peuple… Le clergé catholique, par contre, décourage les francophones à réclamer des écoles royales sur lesquelles il n’a point juridiction.
Institution royale pour l’avancement des sciences
Il n’y avait plus d’annonce d’esclave à vendre ou en fuite mais il y avait souvent des apprentis qui étaient recherchés par leurs maîtres, ici A. Ferguson & Co. Curieusement le pictogramme des esclaves en fuite était employé par l’imprimeur.
L’Angleterre et la France se sont fait la guerre depuis toujours; il y avait eu la guerre de Cent ans de 1337 à 1453 puis une succession de guerres à partir de 1689. La guerre allait recommencer en 1803 jusqu’en 1815, la paix d’Amiens n’ayant rien réglé.
Les cantons de Nelson et Sommerset ont été arpentés et des lots devaient être tirés au sort pour les miliciens canadiens par le capitaine Charles Pinguet.
1803
L’imprimerie de Québec et James Brown de Montréal annonçaient la mise en vente de l’Almanach de Québec pour l’année 1803 publié par J. Neilson imprimeur-libraire rue de la Montagne à Québec. On y trouvait toutes les informations utiles aux citoyens: le Roi, la chambre des Pairs et celle des Communes, le conseil privé de sa Majesté…, la liste civile du Bas Canada, la milice, le registre militaire et des informations diverses.
L’Almanach de Québec et état civil et militaire de l’Amérique-britannique pour l’année 1803 a été numérisé, en voici quelques pages.
Les canadiens français étaient encore bien représentés au gouvernement. Paul Roc de St-Ours, François Baby, Joseph de Longueuil, Charles de Lanaudière, R. A. De Boucherville, Chartier de Lotbinière et Gabriel Elzéard Taschereau occupaient 7 des 13 sièges du Conseil Législatif (3 postes vacants). Les autres sièges étaient occupés par l’évêque Jacob Mountain, Thomas Dunn, George Pownwall, Henry Caldwell, le chief justice Monk et John Johnston.
Plusieurs siégeaient aussi au Conseil Exécutif: l’évêque Mountain, P.R. de St-Ours, F. Baby, T. Dunn, J. de Longueuil et Monk. On y trouvait encore Pierre et Pierre-Louis Panet, P. A. Debonne, A.J. Duchesnay pour les francophones et James McGill, John Lees, John Young, Jenkin Williams et John Craigie pour les anglophones; 7 francophones pour 7 anglophones.
Bien sûr les canadiens devaient être loyaux et anglophiles pour accéder à ces fontions prestigieuses et bien rémunérées. Quand même la plupart des officiers civils étaient anglophones; ces postes lucratifs servaient à récompenser les amis du régime.
En mai 1803 la guerre contre la France a repris, la paix d’Amiens n’aura pas duré longtemps. Les hostilités se sont d’abord déroulées sur les océans, en Europe, en Afrique, dans les Antilles, en Inde, etc.
Une série d’incendies à Montréal a semé la panique, on soupçonnait qu’un incendiaire en était responsable. Une récompense de 250 louis ou 1.000 piastres a été offerte pour sa capture.
Le commerce maritime était florissant, la marine britannique dominait la navigation sur les océans.
En France Napoléon Bonaparte voulait que le roi en exil Louis XVIII renonce à ses droits; les royalistes s’opposaient à son pouvoir et la famille du Roi a proclamé son opposition. Charles Philippe de France son frère, futur roi Charles X, et Louis Philippe duc d’Orléans son cousin autre futur roi de France ont signé avec d’autres membres de la famille royale expatriés. En mars 1804 Napoléon a fait fusiller le jeune duc d’Enghien pour mater l’opposition royaliste et en mai 1804 il s’est auto-proclamé empereur.
Le roi George III ne se prétendait pas empereur mais son Parlement était impérial, de la Grande-Bretagne et d’Irlande. On commençait à appeler ses royaumes l’Empire Britannique. Dans sa biographie on lit: Il est également prince-électeur de Hanovre au sein du Saint-Empire romain germanique puis roi de Hanovre à partir du 12 octobre 1814. Il est brièvement roi de Corse du 17 juin 1794 au 19 octobre 1796. Vers la fin de sa vie, George III souffre d’une aliénation mentale récurrente puis permanente.
Le major White du régiment Fencible de la Nouvelle Brunswick était à Québec pour recruter des soldats en prévision de la nouvelle guerre contre la France.
Napoléon Bonaparte massait des troupes sur les côtes de la Manche pour envahir l’Angleterre, la menace était très sérieuse. Pour la conjurer les journaux de Londres se moquaient de ses prétentions et ont publié son testament fictif: Au nom de ma Trinité, La Déesse de la Raison, le Prophète Mahomet, et le Destin… Il léguait la France à son bien-aimé Mamelouke, Ibrahim Roustan, sa femme au citoyen Barras qui l’a lui avait donnée, l’Italie à son frère Joseph, la Hollande à Lucien, la Suisse à Louis, la souveraineté des mers à Jérôme, etc. La suite du texte montre que l’humour britannique n’est pas toujours très subtil.
La menace était réelle, les anglais s’attendaient à une attaque d’un jour à l’autre. Les armées françaises se regroupaient dans les ports de la Manche avec de nombreuses chaloupes à canon. On dit que Mr. Pitt donna son opinion Mardi, que l’ennemi nous rendrait certainement bientôt une visite; et ceci devenant public, a causé beaucoup d’alarme, particulierement parmi les femmes qui croyent effectivement qu’ils vont apporter avec eux un tonnere de canons.
Les États-Unis ont acheté la Louisiane à la France en 1803. Cette colonie allait sur la rive ouest du Mississipi jusqu’aux Illinois et au Missouri où de nombreux traiteurs de fourrures étaient installés. Il y avait près de 90.000 habitants dont 39.220 noirs dans cette partie de la Nouvelle-France qui avait été cédée à l’Espagne en 1762 puis retournée à la France en 1800.
1804
Le roi George III défenseur de la Foi a ordonné un jour de jeûne public et d’humiliation le mercredi 1er février pour demander au Seigneur tout-puissant de sauver son royaume et ses sujets menacés par les armées françaises.
Les statistiques des exportations au port de Québec en 1803 donnent une bonne idée de l’économie du Canada puisque les exportations du Haut-Canada transitaient par ce port. Le commerce du bois n’avait pas encore pris son essor, il faudra attendre le blocus européen instauré par Napoléon en 1806 pour que la Grande-Bretagne se tourne vers ce marché. Le commerce des fourrures avait repris, les peaux de chevreuils et de chats sauvages étaient les principales exportations, les castors suivaient avec les rats musqués. La potasse et la perlasse étaient aussi des produits d’exportation importants avec le blé.
Depuis les années 1780 le roi George III souffrait d’épisodes de troubles mentaux. Son état de santé était une affaire d’état et il était commenté dans les journaux qui publiaient des bulletins à chaque nouvelle crise. À partir de 1811 son fils futur George IV a assumé la régence de l’Empire Britannique jusqu’à son décès en 1820.
Mathew Macnider seigneur de Grondines, Bélair, Ste-Croix et de la baronie de Portneuf, député de Hampshire, a annoncé avoir construit une fabrique de farines sur la rivière Portneuf bassin de Richelieu paroisse de Cap Santé. Il s’agissait d’un gros moulin industriel avec un havre pour charger et décharger les bateaux.
La société de John Young & Gilbert Ainslie a été dissoute et a mis en vente ses propriétés: le moulin de Beauport pour manufacturer 50 à 60 mille minots de blé par an et la même quantité pour la distillerie, la distillerie et son emplacement joignant le moulin permettant de tremper 480 minots de grain pour chaque brassin, la brasserie de la rue St-Jacques à Québec permettant de tremper 240 minots de grain pour chaque brassin.

En tant que marchand, conservateur et partisan avoué de l’anglicisation, John Young n’allait pas tarder à affronter le parti canadien qui, dirigé par des avocats, des notaires et des commerçants, était soutenu par l’électorat agricole.
Les propriétaires des lots sur la grève entre l’Anse des Mères et la pointe à Piseau près de Québec se sont mis d’accord pour le loyer du terrain pour y entreposer le bois. Ils ont aussi donné leurs instructions aux cajeux pour qu’ils tirent leurs cages aussi haut que possible sur la rive. La pointe à Piseau est située près de l’anse de Sillery et l’Anse des Mères un peu en amont de la Citadelle. Les signataires étaient Henry Usburne, Blackwood Paterson et Co, Monro & Bell et John Mure.
John Mure eut plus de succès dans le commerce du bois et le transport maritime, qui étaient alors en pleine expansion à Québec. En 1802 et 1807, pour entreposer du bois, il loua des ursulines l’anse des Mères, près de la ville. À compter de juin 1804, il se joignit d’abord au marchand Henry Usborne, puis à la Blackwood, Paterson and Company et enfin à la Monro and Bell pour négocier le droit d’utiliser et de louer à d’autres les anses situées entre l’anse des Mères et Pointe-à-Pizeau.
En 1801, Henry Usborne vivait à Londres; selon ses propres termes, il était alors un gros manufacturier de bois et un associé de l’une des principales maisons qui commerçaient avec la Russie par la mer Baltique. L’année précédente, la neutralité armée de la Russie, de la Suède et du Danemark, quoique temporaire, avait failli priver la Grande-Bretagne et sa marine, en guerre contre la France napoléonienne, de leurs sources de bois d’œuvre; du même coup, elle fit voir à la compagnie d’Usborne l’urgence de trouver de nouveaux marchés d’approvisionnement. Au début de 1801, Usborne s’installa donc à Québec (il était probablement le premier grand marchand de bois de la Baltique à venir dans la colonie) et annonça son intention expresse d’y créer un commerce de bois semblable à celui qui se faisait avec la Russie... A sa première saison, Usborne acheta une vaste cour à bois à l’anse au Foulon, à Québec, et fit l’acquisition de terres à bois et de scieries; sur la rivière Maskinongé seulement, il acheta un moulin à huit scies et 2.000 acres de terre et demanda une concession foncière de 6.000 à 10.000 acres. En même temps, il prépara, pour 1802, l’envoi de sept cargaisons de pin en Grande-Bretagne; dès 1803, ses exportations remplissaient 20 navires.
À vendre par encan tous les établissements considérables de la pêche à loup-marain et à saumon sur la côte de Labradore appartenant à William Grant et Lymburner & Crawford, tous les batiments, quais, pêches, chaloupes, rets, cables et apparaux de pêche, etc. ensemble avec deux vaisseaux du port de 190 tonneaux…
Vers cette époque, son association avec la firme Lymburner and Crawford pour la pêche et la chasse au phoque dans le bas Saint-Laurent connut des difficultés. La firme dut déclarer faillite à la mi-mai 1804, et William Grant lui devait alors près de £11.000. Ce mois-là, John Jones annonça la vente aux enchères des exploitations de la firme sur la côte du Labrador, depuis Itamamiou (Étamaniou) jusqu’à Bras d’Or (Brador). Le 19 septembre 1804, Grant acheta la moitié de la part de la Lymburner and Crawford dans l’entreprise, pour £4 750… En avril 1805, William versa £1.125 pour la part de la Lymburner and Crawford dans les seigneuries de Mingan et de Saint-Paul.
Les annonces habituelles de candidatures pour la nouvelle Chambre d’Assemblée ont commencé à être publiées en mai. Les élections ont été fixées au 2 juillet pour la Haute Ville de Québec, le 5 pour la Basse Ville et le 9 pour le Comté de Québec. John Mure était candidat dans la Basse Ville et William Grant dans la Haute Ville; en 1800 il avait été battu par Augustin-Jérôme Raby.
John Mure, John Young, William Grant, D. Monro, les marchands anglais s’intéressaient à la politique puisque la Chambre d’Assemblée votait les lois réglementant le commerce. Jean Antoine Panet candidat dans la Haute Ville a soulevé le problème du cumul des charges; un juge ne pouvait pas être député sans être influencé dans ses jugements pour plaire à ses électeurs. Le Juge Candidat a lui même avoué publiquement qu’il commençait à sentir l’incompatibilité dans laquelle le Juge le plus honorable, le plus modéré et le plus intègre tomberait, en sollicitant ou acceptant des suffrages à une Élection au centre même de son domicile et de sa juridiction.
À Montréal les marchands de fourrures James McGill, John Richardson, Benjamin Frobisher et le notaire Louis-Joseph Chaboillez avaient été élus. Les frères James et Ross Cuthbert seigneurs de Berthier et Lanauraie avaient su convaincre leurs censitaires. À Québec il y avait 4 canadiens pour 2 anglophones. Les canadiens étaient encore en majorité par rapport aux bureaucrates. Jonathan Sewell élu dans William Henry (Sorel) était avocat général du Bas Canada et le symbole du cumul des charges par les bureaucrates. Pour Sewell, les Canadiens français sont une menace à l’ordre social de la province britannique. Il est ainsi un ardeur défenseur de l’anglicisation de la population et de la protection des droits de la couronne. Il a été élu en 1796, 1800, 1804 et 1808.
Sur la grève de Sillery le marchand Henry Black vendait 150.000 madriers de deux pouces, 80.000 de deux pouces et demi par 22 pieds de long, 20.000 d’un pouce et demi pour les planchers, 60.000 planches d’un pouce. La quantité de bois à vendre était importante.
Le 18 mai 1804 Napoléon Bonaparte est devenu l’empereur Napoléon 1er, la nouvelle a bien évidemment suscité la moquerie: la pantomime tragi-comique en quarante cinq actes qui se joue en France depuis quinze ans, et Napoléon premier est en ce moment empereur héréditaire des Français, tout aussi légitimement, tout aussi solidement que le grand Arlequin est Empereur dans la Lune dans la pantomime qui porte ce nom.
Peu après Jean-Jacques Dessalines a été nommé empereur de Hayti indépendant sous le nom de Jacques 1er.
La nouvelle cathédrale anglicane de Québec a été consacrée lors d’une grande cérémonie présidée par le lord Évêque Jacob Mountain. Le révérend Docteur Mountain official du lord Evêque a fait un discours, c’était sans doute son frère Jéhosaphat bishop’s official pour le Bas-Canada à Montréal.
Il y avait seulement deux ans que Jéhosaphat Mountain assumait ses nouvelles fonctions à Montréal quand, en juin 1803, son église, l’ancienne chapelle des jésuites, fut détruite par le feu. William Berczy remporta le concours architectural lancé en prévision de l’érection d’un nouvel édifice. Le contrat pour la construction de l’église, sur un emplacement concédé par le gouvernement, rue Notre-Dame, fut signé en janvier 1805, et la pierre angulaire posée le 21 juin.
À la fin de l’année 1804 plusieurs syndics paroissiaux ont publié des avis pour réparer et agrandir leurs églises en conformité avec l’ordonnance des commissaires pour la bâtisse des églises. Les syndics élus de la paroisse de St-Pierre de la Baye St-Paul ont soumis leur demande pour réparer et allonger leur église et leur presbytère aux commissaires qui ont publié une demande de devis pour la maçonnerie, charpente, menuiserie et ouvrages de forge.
Le même jour les syndics élus de la paroisse de Saint-André Apôtre ont demandé la bâtisse d’une église et des devis ont été commandés par les commissaires.
Les offices de commissaires pour exécuter le pouvoir de faire réparer les églises existaient depuis plusieurs années mais la publication de ces avis dans le journal est une nouveauté. Les noms des commissaires ont été publiés dans l’almanach de Québec, à Montréal les commissaires étaient Pierre-Louis Panet, James McGill, Pierre Guy, Pierre Fortier, Edward William Gray, Arthur Davidson et Louis Chaboillez. Les mêmes noms reviennent toujours pour ces charge lucratives.

1805
Dans le nouvel almanach publié en 1805 on lit que Robert Prescott était gouverneur des 2 Canadas, Robert Shore Milnes lieutenant gouverneur du Bas Canada, Francis Le Maistre lieutenant gouverneur de Gaspé. Les membres des conseils législatif et exécutif avaient peu changé.
En janvier 1805 un nouveau journal unilingue anglais a commencé à être publié à Québec. Le Quebec Mercury est un journal en langue anglaise qui paraît pour la première fois à Québec le 5 janvier 1805. Il est fondé par Thomas Cary, marchand et bibliophile anglophone de Québec… le Quebec Mercury soutient les intérêts de la bourgeoisie anglophone conservatrice de Québec. (BANQ)
Le 9 janvier la Chambre d’Assemblée a repris ses travaux. 43 membres étaient présents et ont prêté serment. Mr. Jean Antoine Panet a été réélu orateur contre Mr. De Salaberry.
Les statistiques des exportations et importations en 1804 montrent que le commerce du blé était important, 200.043 minots. Le commerce du bois était se développait, le commerce des fourrures était toujours dominé par l’exportation de peaux de chevreuil, 249.050, de ratons-laveurs, 178.479; les peaux de castors, 111.448, venaient ensuite. 173 vaisseaux étaient partis du port de Québec.
Mr. Joseph Quesnel de Boucherville avait écrit le dialogue, les chansons et la musique d’un opéra français présenté au Théâtre Patagon de Québec. C’est peut-être la premère pièce de ce genre qui a été écrite et représentée dans cette province. Le Théâtre de Société de Montréal avait aussi présenté une comédie Le tambour nocturne et l’opéra Les deux chasseurs et la laitière.
Malgré l’opposition des autorités religieuses des troupes de théâtre amateur produisaient des spectacles depuis plusieurs années, principalement pendant l’hiver. Joseph Quesnel fonde, en novembre 1789, une troupe, le Théâtre de société, en compagnie de quelques amis: Louis Dulongpré, Pierre-Amable De Bonne, Jean-Guillaume De Lisle, Jacques-Clément Herse, Joseph-François Perrault et François Rolland… Entre le 29 décembre 1789 et le 9 février 1790, la troupe présente quatre soirées de théâtre, jouant six pièces dont Colas et Colinette, ou le Bailli dupé, opéra-comique de Quesnel. Le programme présenté à Québec en 1805 par le Théâtre Patagon avait déjà été joué à Montréal en 1790.
À la Chambre d’Assemblée des résolutions ont été adoptées pour imposer des droits nouveaux et additionels sur les thés, esprits, vins et la mélasse, et sur le produit des ventes publiques. Le bill pour établir une barrière sur le chemin de Lachine, celui pour la construction d’un pont entre Lachenaie et l’île de Montréal, celui pour la commune de Boucherville et celui pour régler les pilotes et vaisseaux dans le port de Québec ont été examinés.
L’emplacement de la barrière du chemin de Lachine a varié. En 1915, le gouvernement du Québec abolit les barrières à péage. La nouvelle ville de LaSalle reçoit une subvention pour racheter le chemin et le renomme chemin LaSalle en 1917.
La semaine suivante une requête d’habitants de Québec pour la construction d’un hôtel public a été présentée, il s’agit sans doute de l’Hôtel Union construit en 1805 sur la place d’Armes, aujourd’hui le centre d’information touristique de Québec. Tous les aspects de la vie civile sont évoqués dans les rapports des travaux de la Chambre d’Assemblée.
À louer un champ dans les plaines d’Abraham d’environ neuf arpents et demi avec une bonne grange spacieuse dessus construite.
Le journal signale un hiver exceptionnellement froid et enneigé et une disette généralisée chez les habitants pauvres. Le 25 mars le lieutenant-gouverneur a fait publier un acte pour aider le pauvre dans le prêt des semences de bled et autres grains nécessaires. La récolte pour l’année 1805 va être excellente selon les rapports publiés.
Le marchand de graines George Chapman vendait des graines de choux de toutes espèces, de cresson, de moutardes, de persil double, de raves et de navets, navets d’avance et pour semer en plein champ, épinard rond et piquant, laitues de différentes sortes, du céleri, pois royal, impérial, quarantin et à grosse écorce, fèves, gros oignons blancs, poireaux, carrottes, bettes raves, etc. À cette époque où les légumes frais ne pouvaient pas encore venir de Californie les habitants semaient une grande variété de légumes dans leurs potagers.
Acte pour la conservation des pommiers dans la paroisse de Montréal vu que l’insecte appelé chenille arpenteuse s’est tellement multiplié qu’il détruit les pommiers dans les vergers et jardins… Les pommes de Montréal étaient fameuses, il y avait beaucoup de vergers dans l’île de Montréal.
À la fin de la session de la Chambre d’Assemblée le lieutenant-gouverneur a approuvé les actes qui avaient été votés. Le chemin entre Montréal et Lachine passait encore à travers le bois et un péage a été instauré pour l’amélioration du chemin. Thomas Porteous a eu l’autorisation de construire un pont à Lachenaie vers l’île Bourdon et un autre vers l’île de Montréal. Etc.
En 1804, Thomas Porteous fut élu député de la circonscription d’Effingham. Quoique souvent absent, il accordait généralement son suffrage au petit parti des marchands, que dirigeait John Richardson, et s’intéressait particulièrement à l’amélioration du transport par eau. À la chambre d’Assemblée, il ne ratait jamais une occasion de promouvoir ses propres intérêts. Désireux d’attirer les Montréalais à l’île Bourdon et de faire de celle-ci un entrepôt commercial, il demanda et obtint qu’une loi provinciale l’autorise à construire deux ponts à péage à deux voies, en bois, l’un enjambant la rivière des Prairies entre l’île et la terre ferme, l’autre, un pont à bascule, reliant l’île et Montréal à Bout-de-l’Île. Les ponts furent construits aux frais de Porteous, mais la loi fixait les péages et interdisait pour une période de 50 ans la construction d’autres ponts ainsi que l’exploitation de traversiers entre l’île de Montréal et la terre ferme à trois milles ou moins des ponts. Le premier pont fut inauguré le 28 octobre 1805 et le deuxième fut ouvert à la circulation l’année suivante. Cependant, tous deux furent emportés par les glaces au printemps de 1807. En 1808, Porteous eut la permission de les reconstruire et d’en placer un troisième entre l’île Bourdon et Repentigny.
Le bois des forêts du Canada arrivait au port de Québec dans des cages et des radeaux et il était entreposé sur la grève comme à Sillery Cove chez William Hullett avant d’être chargé sur les navires. L’entreposage du bois sur la grève avant son embarquement était précisément tarifé.
La BANQ a publié la Chaine de titres et opinion légale concernant la location à ferme du domaine de Sillery par les Révérends Pères Jésuites, comprenant des extraits des baux accordés à John Taylor Bonfield en 1763 et à William Hullett en 1805. Les lettres patentes de cette propriété saisie par la Couronne lui avaient été émises le 1er mai 1805 pour 15 ans.
La publicité de William Hullett était publiée en anglais seulement, celle de John Blackwood pour le côté sud de Wolfe Cove a été publiée dans les 2 langues.
Les marchands écossais avaient réussi à dominer le commerce au Canada et ils avaient acheté de nombreuses terres et seigneuries. Matthew Macnider était arrivé au Québec en 1760 après la Conquête. Quand il est décédé en 1804 un ordre de saisie fait la liste de ses nombreuses propriétés: la seigneurie St-Charles ou Grondines avec ses moulins à farine et à scie; la seigneurie de Bellaire avec les moulins à farine et à scie sur la rivière Jacques Cartier; le moulin de St-Augustin; les moulins de Port-Neuf; le moulin à farine de Ste-Croix; la seigneurie de Dupeira ou Mettis (De Peiras ou Mitis); 99 lots dans le township de Somerset; 100 lots dans le township de Nelson. Dans d’autres poursuites en 1806 et 1807 on apprend qu’il avait 49 lots dans le township de Windsor, 54 dans le township de Simpson, 10 dans Granby, 11 dans Milton, 7 dans Raxton…
Le 1er août le lieutenant-gouverneur Sir Robert Shore Milnes a annoncé qu’il devait s’absenter et qu’en raison de l’absence du gouverneur Robert Prescott le plus ancien membre du Conseil Exécutif, le président Thomas Dunn, les remplacerait provisoirement pour administrer la Province.
Le bail des Forges du Roi de St-Maurice que détenaient David Monro et Mathew Bell pour £850 par année arrivait à échéance et les conditions de son renouvellement en 1806 ont été publiées. À la stupeur générale, Monro et Bell remportent les enchères avec une mise de £60 par an. En l’absence du gouverneur Prescott, le Conseil exécutif, qui ne sait que faire, soumet le cas aux autorités métropolitaines. Lord Castlereagh flaire la transaction frauduleuse: les enchérisseurs se seraient concertés. Par contre, le président du conseil, Thomas Dunn, qui possède, ainsi que ses fils, des actions dans les forges de Batiscan, n’y voit aucune irrégularité.
Les Forges de Batiscan étaient un établissement industriel situé à Sainte-Geneviève-de-Batiscan, au Québec, qui a opéré entre 1798 et 1813. Elles faisaient partie des premières industries de la région et ont contribué à l’exploitation du minerai de fer local. L’entreprise était la propriété de cinq actionnaires: Thomas Dunn et John Craigie, tous deux membres du Conseil législatif, Thomas Coffin, seigneur de Champlain, député, Benjamin Frobisher et son fils Joseph, tous deux actifs dans le commerce des fourrures. En 1800, elle comptait 16 bâtiments et 60 hommes. Jacques Le Blond annonçait qu’il vendait le fer des Forges de Batiscan, des poëles doubles et simples, plaques de soc, fer en barre, chaudrons, etc.
Des annonces ont été publiées à la même date pour la construction de forges à la Pointe du Lac près de Trois Rivières. La Compagnie à l’effet de bâtir des Forges et Fourneaux à fondre de la mine de fer à Woodlands, fait savoir à ceux qui pourraient fournir de la pierre à chaux et de la pierre de grès blanc à gros grain, rendu au ruisseau du bord du lac St-Pierre, appelé le pont de bois; d’envoyer à Nicolas Montour, écuyer, sur le lieu de leurs propositions du prix et de la quantité de chaque qu’ils pourroient livrer; il est autorisé de contracter à ce sujet.
Nicolas Montour était un métis marchand de fourrures né à Albany. Nicolas Montour approchait la quarantaine lorsqu’il se décida de prendre au sérieux son rôle de seigneur de la Pointe-du-Lac et de député de Saint-Maurice. Il avait fait construire un manoir qu’il vint habiter avec son épouse à la fin de l’année 1799. En plus de sa belle résidence seigneuriale, Montour avait doté son domaine de moulins à scie et à farine (Moulin Seigneurial de Tonnancour)...
1806
Le 11 avril 1805, le Royaume-Uni et la Russie concluent un traité visant à expulser la France de Hollande et de Suisse. Après l’annexion de Genève et la proclamation de Napoléon comme roi d’Italie, l’Autriche rejoint la coalition. Le 9 août 1805, le royaume de Naples et la Suède rejoignent la Troisième Coalition formée contre la France.
En 1805 la marine britannique et son amiral Horatio Nelson ont fait subir une défaite importante aux français à Trafalgar le 21 octobre. Peu après Napoléon Bonaparte a mené ses troupes à sa plus brillante victoire à Austerlitz le 2 décembre. La Grande-Bretagne avait conquis la maîtrise presque totale des océans et Napoléon a proclamé le blocus continental qui obligeait la Grande-Bretagne à se tourner vers ses colonies dont le Canada pour son approvisionnement. Les vaisseaux américains ont commencé à profiter de la situation pour faire une concurrence déloyale qui va mener à la guerre de 1812 entre les États-Unis et la Grande-Bretagne.
La nouvelle de la victoire de Trafalgar et du décès de Lord Nelson ont été publiées le 2 janvier. La ville de Québec a été illuminée, des bals et des réjouissances ont célébré la victoire à Québec, Trois-Rivières et Montréal.
Le Théâtre Nouveau ou New Theatre de Québec présentait en alternance un programme en français et en anglais.
La nouvelle de la bataille d’Austerlitz du 2 décembre est parvenue à Québec le 20 février. Bonaparte avait été blessé et son armée aurait subi de très lourdes pertes l’obligeant à retraiter.
Les semaines suivantes des nouvelles contradictoires ont été publiées, l’armée française aurait occupé Vienne tout en étant vaincue. Le 13 mars une investigation plus soignée précisait que Bonaparte avait été fait prisonnier et que son armée s’était rendue. Le 3 avril le traité de paix entre la France et l’Autriche qui avait capitulé a été publié sans que l’écrasante victoire française ne soit jamais reconnue. La vérité alternative était une pratique courante en temps de guerre.
La Maison de la Trinité créée pour améliorer la navigation sur le fleuve St-Laurent a commencé ses travaux: érection d’un phare sur l’île Verte (vis à vis Tadoussac), pose de bouées dans le lac St-Pierre et vers le port de Montréal. Le Phare de l’Île Verte est le tout premier a avoir été érigé sur le fleuve Saint-Laurent. Il a été construit entre 1806 et 1809 et c’est aujourd’hui un site touristique.
Les statistiques d’exportation pour 1805 montrent que le commerce du bois était encore peu développé. 22.016 minots de blé avaient été exportés contre 200.043 l’année précédente, sans doute à cause de la mauvaise récolte de 1804. 170 vaisseaux étaient partis du port de Québec en 1805 contre 173 en 1804.
John Black s’annonçait comme constructeur de vaisseaux, mesureur et inspecteur de bois, avec 26 ans d’expérience. Le commerce du bois et la construction navale vont prendre leur essor à Québec avec l’instauration du blocus continental par la France en novembre 1806.
Les annonces de vente de bois sont devenues plus fréquentes au cours de l’année: à l’anse des Mères, 10.000 madriers de pin de 2 pouces, 182 pièces carrées, un lot de planches et quelques douzaines de barres d’anspect (leviers pour faire tourner les cabestans) à vendre à l’encan. John Coltman & Co vendaient des pièces de pin, des madriers, des planches et du bois de chêne.
Le moulin à papier de St-André d’Argenteuil a été construit en 1802 par un groupe d’investisseurs américains du Massachusetts; c’était le premier moulin à papier du Canada. Il produisait plusieurs qualités de papier et du carton; il achetait des chiffons de toile et de coton pour la fabrique du papier.

Le 2 octobre le couvent des Dames Usulines de Trois Rivières a été détruit par un incendie. Malgré les deux incendies qui ont ravagé le monastère en 1752 et en 1806, les Ursulines ont su préserver les murs originaux du bâtiment.
Le gouvernement a annoncé la construction de nouveaux chemins depuis Québec jusqu’aux sources du Connecticut, depuis le township de Hereford jusqu’aux Trois Rivières, depuis la frontière pour passer par Hatley jusqu’à la rivière Richelieu et Sorel, etc.
Elmer Cushing cultivateur était poursuivi par le marchand Ezekiel Hart de Trois Rivières. Ce simple cultivateur détenait 64 lots dans le township de Brompton et 62 dans le township de Shipton. Il était arrivé à Montréal en 1790 où il avait ouvert le American Coffee House. Devenu ami de David McLane, l’espion brutalement exécuté en 1797, il avait témoigné lors de son procès et reçu des terres en échange de son témoignage à charge.
From documents preserved at the National Archives of Canada it is clear that two of the seven witnesses for the Crown testified on the understanding each would receive a township of land in the Eastern Townships. They were Montreal innkeeper Elmer Cushing and Montreal shopkeeper William Barnard, to both of whom McLane had divulged his plans. This bargain was made by Governor Prescott, Attorney-General Jonathan Sewell, and Civil Secretary Herman Ryland.
Thomas Porteous de Terrebonne avait reçu l’autorisation du gouvernement et il a fait construire 2 ponts entre Lachenaie et l’île de Montréal par l’île Bourdon qui ont été inspectés et approuvés par des experts.
Malgré la domination de la marine britannique la traversée de l’Atlantique était toujours périlleuse. Un convoi de navires marchands venant de Québec avait été attaqué par un vaisseau français de 80 canons et au moins 5 bâtiments avaient été capturés et brûlés.
Le 13 novembre 1806 l’imprimeur Charles Roi a publié un prospectus annonçant la parution d’un nouveau journal en français, Le Canadien. Le premier numéro a été publié le 22 novembre. Ce journal a d’abord eu comme objectif de contredire les articles du Quebec Mercury qui défendait les intérêts du parti bureaucrate depuis 1805.
Le Canadien informait les Canadiens français sur leurs droits constitutionnels, promouvait leurs objectifs politiques à l’assemblée élue et luttait pour la préservation de leur identité. Il a été fondé à Québec en novembre 1806 par le chef du Parti canadien, Pierre-Stanislas Bédard, avec l’appui de plusieurs chefs du mouvement réformiste naissant: François Blanchet, Jean-Thomas Taschereau, Louis Bourdages, Joseph-Bernard Planté et Joseph Le Vasseur Borgia. Le journal a eu de nombreux démêlés avec les autorités; en 1810 sa publication a été interrompue quand son imprimeur Charles Lefrancois a été emprisonné avec une vingtaine de ses collaborateurs et ses propriétaires. La publication n’a repris qu’en 1817.
1807
Le 29 octobre 1806 le Courier de Québec avait publié un prospectus pour annoncer sa parution prochaine. Encore un papier-nouvelle. Le Courier de Québec sera tout en français et dans un style à la portée de tous les habitants de cette Province. Il a commencé à paraître le 3 janvier 1807.
Le Courier de Québec était un journal publié à Québec. Il visait à trouver un terrain d’entente entre les classes francophones et la bourgeoisie anglophone, tout en faisant l’éloge des institutions britanniques. Le journal était publié par Jacques Labrie.
À sa sortie du séminaire, Jacques Labrie entreprit ses études de médecine auprès du docteur François Blanchet, de Québec. Tout en poursuivant ses études, il fonda, en 1807, à l’âge de 23 ans, avec son ami Louis Plamondon, Le Courrier de Québec. C’était un journal à tendance nationaliste paraissant deux fois la semaine. François Blanchet était un des fondateurs du Canadien.
En 1806 l’exportation de blé avait repris mais ce n’était encore que la moitié de la quantité exportée en 1804, 96.908 minots. 191 navires étaient entrés dans le port de Québec, 173 en 1805. Le commerce du bois devenait plus important, 2.198.983 douelles pour les tonneaux, 8.000 pièces de chêne, 1,700 de pin, 60.000 planches, 146.000 hoops(?) de 12 pieds, etc.
La guerre se poursuivait en Europe. En septembre 1806 l’armée française avait vaincu la Prusse et occupé Berlin. Le blocus continental a été décrété contre la Grande-Bretagne en novembre 1806. La domination maritime des Britanniques leur donne une puissance économique considérable, suffisante pour rendre impossible à la France toute paix solide et pour pouvoir lever à tout moment une coalition contre elle. C’est également le Royaume-Uni qui équipe et finance les armées coalisées, sans d’ailleurs envoyer de supports humains la plupart du temps. Les gouvernements français crurent qu’isoler le Royaume-Uni du continent diminuerait son influence économique.
Le Club des Barons était présidé par l’Honorable Charles de Lanaudière, le plus anglophile des seigneurs canadiens. Ce club s’était d’abord appelé The Beef-steak Club et il réunissait les barons de la finance.
Le Club des Barons comptait alors vingt-et-un membres, dont voici la liste: sir John Caldwell, sir George Pownall, les hon. Thomas Dunn, Charles de Lanaudière, Matthew Bell et John Stewart, MM. Irvine, Muir, McNaught, Gray Stewart, Munro, Finlay, Lymbumer, Paynter, Ainslie, Shaw, Coltman, Hamilton, Ryland, Heriot et Lester. L’hon. Charles de Lanaudière semble cependant avoir été le seul Canadien-français qui en ait fait partie.
Clubs et sociétés notoires d’autrefois
Le tarif du pain était réglementé et publié régulièrement dans la Gazette mais c’est la première fois qu’un tableau détaillé pour le calcul du tarif applicable était donné. Publié par Pierre Foretier il n’est pas simple à comprendre.
Pierre Foretier (1738-1815) est un personnage remarquable des premières années du Régime anglais. Sa carrière s’étend sur plus de 50 ans et recouvre une période cruciale du développement économique et social du Bas-Canada. Sa participation aux affaires ne se limite pas à un seul secteur: il est à la fois marchand au détail et en gros, pourvoyeur et bailleur de fonds dans la traite des fourrures, prêteur et spéculateur, seigneur et le plus important propriétaire foncier montréalais de sa génération.
Le régiment des Canadian Fencibles publiait encore des annonces pour recruter des loyaux canadiens pour 7 ans. Le régiment des Canadian Fencibles, aussi connu sous le nom de Canadian Regiment of Fencible Infantry, est une unité d’infanterie britannique formée en 1803 pour servir dans l’Amérique du Nord britannique.
Selon Constantin-François Chassebœuf de La Giraudais dit Volney la population estimée du globe était de 437 millions d’habitants vers 1800 dont 142 en Europe. Les États-Unis comptaient 5.215.000 habitants, le Canada 200.000 et les sauvages d’Amérique du Nord 600.000 mais ce chiffre était très approximatif.
Le président Thomas Dunn a sanctionné les actes passés par la Chambre d’Assemblée en félicitant ses membres de leur ardeur. L’harmonie régnait encore entre la Chambre et le gouvernement.
Comme une feuille de la grandeur ordinaire de la gazette a été constamment trouvée, depuis quelque temps, insuffisante pour contenir les matières qu’il est nécessaire de publier chaque semaine… Les nouvelles et les annonces diverses étaient de plus en plus nombreuses et l’imprimeur de la Gazette a annoncé avoir commandé des feuilles de format plus grand et des nouveaux caractères qui devaient arriver par le bateau d’Angleterre au printemps. Le format du journal a été modifié le 1er janvier 1808.
Depuis le décès du dernier jésuite en 1800 leurs biens étaient administrés par la Couronne, George Pyke étant le greffier des Commissaires pour les biens des Jésuites. Le moulin à eau du Cap la Magdeleine a été proposé en location à bail puis le moulin banal de la seigneurie de Notre-Dame des Anges, paroisse de Beauport et le moulin banal de la seigneurie de St-Gabriel, paroisse de Charlesbourg.
James Campbell a publié un avis inusité pour empêcher 5 de ses engagés d’aller touver du travail chez un autre. Dans sa biographie on lit que Campbell débarque à Québec dès l’automne de 1806 avec 18 ouvriers qualifiés (des fermiers, des constructeurs de moulins, des menuisiers et des forgerons) et les membres de sa famille. C’était un spécialiste de la culture du chanvre que le gouvernement cherchait à promouvoir mais son apport fut décévant malgré l’aide reçue du gouvernement. Il avait fait construire un moulin à chanvre à Bécancour.
Des 17 hommes, femmes et enfants que Mr. Campbell a amenés avec lui il y a seulement 6 mois pour entreprendre la culture du chanvre dans ce pays, il n’y en a pas un seul qui lui reste (La Gazette 7 mai 1807).
En 1807 les juges à paix nommés pour administrer les serments par le Président Thomas Dunn étaient très majoritairement anglophones
Un acte de la Chambre d’Assemblée avait accordé à Jean Baptiste Bedard le privilège exclusif de bâtir des ponts suivant 2 modèles déposés qu’il avait inventés. Il en donne ici les spécifications.
En 1807, Bédard avait été mêlé à la construction de la fameuse halle du marché de la haute ville, d’après les plans du major William Robe. Cette halle de forme circulaire, considérée comme un projet architectural audacieux, ne fut jamais construite selon les plans initiaux et ne fut point appréciée par les citoyens de la ville.
Un acte de la Chambre d’Assemblée avait accordé des fonds pour la construction de halles de marché à Québec et Montréal. Les syndics de la halle de marché de Montréal étaient James McGill, John Richardson. J.W. Clarke, François Rolland, Louis Chaboillez, Jean M. Mondelet, Etienne St-Dizier et Jean P. Leprohon.
J. Bouker annonçait ses talents de profile likenesses. La dame au gros menton pouvait facilement reconnaître sa silhouette dans son profil très ressemblant.
Ces dessins de silhouettes en noir et blanc ont été très populaires à cette époque, on en trouve de nombreux exemples.
L’affaire Chesapeake-Leopard désigne un incident impliquant le navire de ligne britannique HMS Leopard et la frégate américaine USS Chesapeake au large de Norfolk le 22 juin 1807… L’indignation monte dans les villes américaines. Les ports de Portsmouth et de Norfolk émettent une résolution interdisant à toute personne de ravitailler ou réparer un navire britannique. Le 2 juillet, le président Thomas Jefferson signe un décret interdisant à tout navire britannique de pénétrer dans les eaux américaines. La frégate HMS Leopard avait ouvert le feu sur la Chesapeake pour avoir refusé de se laisser aborder dans le cadre de la recherche de déserteurs.
Les tensions avec les voisins américains s’étaient soudain exacerbées et Thomas Dunn, Président du Conseil, a ordonné une revue générale des milices canadiennes pour se préparer au pire.
La guerre ne sera déclenchée qu’en 1812 mais un cinquième des miliciens a été mobilisé: 12.000 hommes ont été levés.
Extrait d’une Revue du pamphlet du Lord Selkirk sur l’émigration des montagnes d’Écosse.
Lord Selkirk trouve sa voie dans le parrainage de Highlanders déplacés qui veulent s’établir en Amérique du Nord britannique. En 1803, il établit 800 Highlanders sur des terres qu’il achète à l’Île-du-Prince-Édouard et, en 1804, il établit une colonie à Baldoon (Haut-Canada)… En 1811 il a fondé la colonie de la rivière Rouge créant un conflit avec la Compagnie du Nord-Ouest et le peuple métis dans le futur Manitoba. Les montagnards écossais étaient chassés de leurs terres par les grands propriétaires terriens qui avaient conquis l’Écosse.
Les autorités civiles et religieuses s’étaient réjouies que les loyaux sujets canadiens avaient été enthousiastes à s’enrôler dans la milice mais il y a eu quelques récalcitrants et de nouvelles condamnations en témoignent: paroles séditieuses et diffamatoires, émeute et assaut sur le colonel de la milice, conspiration pour résister à l’acte du parlement sur la milice, exciter des soldats à la désertion, les aider à s’échapper.
Sir James Henry Craig a été nommé Gouverneur et il a publié sa première proclamation le 29 octobre.
Le nouveau gouverneur a accordé le pardon royal à des citoyens condamnés selon l’acte des milices. Pierre Guilbault, Jean-Baptiste Majeau et Joseph Laramé à L’Assomption; Joseph Cadot, Joseph Chalifou, Pierre La Plante, Jean-Baptiste Ouimet, François Fleurans, Charles et Pierre Mayeur à Ste-Rose; etc.
Il a aussi nommé des juges dans les townships alors qu’il n’y en avait encore jamais eu. Les cantons se peuplaient et avaient besoin de services eux aussi.
1808
Le 1er janvier 1808 le format de la Gazette été modifié comme l’imprimeur l’avait annoncé. Les feuilles étaient plus larges. Le calendrier annuel a été publié le 1er janvier avec la liste des officiers du Gouvernement du Canada.
La mise en page habituelle divisant le journal en 2 colonnes, les textes en anglais et en français se côtoyant, a été abandonnée. La mise en page sur 4 colonnes était plus soignée mais le texte plus difficile à parcourir. Dans le supplément de 2 pages publié le 4 février, la première page et une colonne étaient en anglais et il ne restait plus que 3 colonnes de la deuxième page pour le texte en français qui perdait nettement en importance.
Il y avait alors de plus en plus de journaux imprimés dans la Province du Bas Canada et leur documentation devient plus complexe. La suite sera peut-être pour une prochaine chronique…
























































































































































































































































































































