En 1880 le sucre de canne était importé des Antilles et la consommation augmentait toujours. Le gouvernement du Québec a tenté d’implanter la culture et le raffinage de la betterave à sucre pour s’affranchir de cette dépendance. La Sucrerie de Berthier a été construite en 1881. Après sa faillite la raffinerie a été transformée en distillerie en 1898. La distillerie Melchers a été la plus grosse industrie de Berthierville pendant presque 100 ans, elle a fermé et été démantelée en 1985.
Le sucre de betterave au Québec
Lors des guerres entre la France et l’Angleterre sous Napoléon 1er le blocus des importations venant des Antilles avait entraîné la recherche d’un substitut au sucre de canne. La production de sucre de betterave est devenue une importante industrie. En 1880 des industriels français ont pensé que le climat du Québec pourrait être adapté à cette culture et ils y ont investi de gros montants dans la construction d’usines de raffinage.
Les gouvernements provincial et fédéral ont favorisé l’implantation de raffineries de sucre en offrant des subventions et des tarifs protectionnistes. Mais il ne suffisait pas de construire des usines, il fallait aussi convaincre des agriculteurs plutôt conservateurs de cultiver une nouvelle plante, la betterave à sucre.
L’Union Sucrière Franco-canadienne
Les journaux ont rapporté pendant l’été 1880 qu’une compagnie française projetait de bâtir une manufacture à Berthier et qu’elle devait s’assurer de la culture de 800 arpents de betterave pour assurer la production de la première année. Les cultivateurs de Berthier avaient signé des contrats pour 400 arpents, le reste devait venir de St-Barthélémy, St-Cuthbert, Maskinongé et Rivière du Loup.
Des essais de culture ont été faits pendant l’été 1880 pour s’assurer de la rentabilité de la construction d’une usine de raffinage. En octobre après la récolte les cultivateurs de Berthier étaient enthousiastes: l’essai qu’on vient de faire est une révélation. Un cultivateur avait exhibé une betterave de 120 livres à l’Exposition rurale.
Le 30 juin 1881 des industriels français associés à Adolphe Masson et Joseph O. Lafrenière de Montréal et Louis Tranchemontagne de Berthier ont incorporé L’Union Sucrière Franco-Canadienne pour construire des raffineries de sucre de betterave au Québec et plus particulièrement à Berthier.
Les investisseurs français étaient Albert Choppin un des directeurs de la Banque Commerciale et Industrielle de Paris, Alfred Schacher sucrier, Alfred Mauger ingénieur civil, Alfred Machèrez de la Compagnie de Fives-Lille et Hector Legru sucrier et conseiller scientifique. La corporation avait été formée pour sécuriser la construction de la raffinerie de Berthier-en-haut qui avait été commencée et pour la faire fonctionner. Elle prévoyait d’acheter et administrer d’autres raffineries. Le capital en actions de 10 millions de francs (environ $2 millions) était divisé en 20.000 parts de 500 francs.
En avril 1881 A.J. Lavallée de l’Union Sucrière Franco-Canadienne a annoncé que la première usine de sucre de betterave était en construction à Berthier. Nous avons conclu des contrats pour 1.636 arpents de betterave pour l’usine de Berthier et nous avons des offres de contrats pour les 4 usines que la compagnie construira en 1882. La machinerie a été commandée en janvier en France et devait être livrée vers le 15 juin. Elle avait coûté environ $90.000 et était de première qualité, capable de transformer environ 200 tonnes de betterave en 24 heures.
Le monde, 27 juin 1881 – Le steamer Helvetia est arrivé à Montréal avec les machines nécessaires aux fabriques de sucre de Berthier, Coaticooke et Farnham.
L’usine a été construite pendant l’été 1881, le plan de la raffinerie a été dessiné en décembre alors que la compagnie projetait d’acheter un terrain appartenant à Louis Tranchemontagne, un des actionnaires de la compagnie.

26 décembre 1881 – La propriété est située sur la rue William, près de la rue Saint-Henri à Berthierville, autrefois appelée Berthier-en-Haut. Sont localisés sur le lot l’usine, le silos à betteraves, deux bascules, un four à chaux, un puits, deux bacs à boue et un étang. Le chemin de fer Q. M. O. & O. passe près de la propriété et a des installations sur celle-ci…
La manufacture était située au nord de la rue Montcalm et à l’est de la rue Ste-Foy actuelles, à côté de la ligne de chemin de fer. Un autre plan montre plus précisément le quai situé devant la gare du train qui appartenait à la compagnie de navigation du Richelieu et le quai devant la propriété de Louis Tranchemontagne.

La raffinerie était construite au nord de l’emplacement du bureau de la MRC D’Autray, la rue St-Henri n’existe plus et la rue Ste-Foy a remplacé la voie de chemin de fer.
Un premier essai raté
Gazette de Sorel, 23 juillet 1881 – Au cours d’une récente conversation, M. Legru a dit que le rendement de la betterave à sucre à Berthier et dans les environs ne sera pas cette année ce qu’il aurait pu être, à cause de la sècheresse et surtout de la manière défectueuse dont les graines ont été semées; les uns les ayant mises à une trop grande profondeur dans la terre, et d’autres les ayant mises trop près de la surface du sol…
En 1892 un rapport a été publié faisant le bilan des tentatives de production de sucre de betterave au Canada. En 1881 les actionnaires français avaient payé $140.000 et les canadiens $60.000 pour la construction de la raffinerie de Berthier. Mais la récolte de 1881 avait été mauvaise, la raffinerie n’avait reçu qu’environ 2.600 tonnes de betteraves dont plusieurs centaines de tonnes étaient gelées ou pouries.
Les difficultés rencontrées par la compagnie à Berthier ont vite été connues. Dans une caricature Baptiste affirmait: c’est la dernière fois que je me fais embêter par les français.
La compagnie était en difficultés financières et les actionnaires ont essayé de trouver des fonds.
Les fonds attendus ne sont pas arrivés, une crise financière avait éclaté en France en janvier 1882. Le krach de la bourse de Paris de 1882 est un krach des marchés financiers en France. Avec la crise bancaire qui le provoqua, il produisit la plus grave et longue crise économique qu’ait connu la France au cours du XIXe siècle.
La Gazette de Joliette, 1er septembre 1882 – La manufacture de sucre de Berthier a été vendue par encan pour un montant de $76.000. Les adjudicataires sont MM. J. Grenier, A. Masson, O. Lafrenière, St-0nge, A. Prévost, L. Tranchemontagne et Bessette.
La compagnie a été mise en faillite et l’usine a été vendue à perte le 28 août 1882 à la suite d’un jugement en faveur de la compagnie française de Fives-Lille qui avait fourni la machinerie. La vente de la manufacture a donné lieu à une succession de procès pendant plusieurs années, les machineries avaient été saisies par le gouvernement au moment de la vente pour des droits de douane qui n’avaient pas été acquités.
La tentative de relance de la raffinerie
La fabrique de sucre de betterave de Berthier a été remise en vente et achetée par M. Sénécal en 1883 pour $75.000. Les agriculteurs de Berthier avaient continué à planter des betteraves en espérant que la fabrique reprenne ses activités.
Le Courrier du Canada, 26 novembre 1883 – La fabrique de sucre de Berthier, louée à des capitalistes français par M. Sénécal, ne sera exploitée par ces derniers que l’année prochaine. C’est M. Sénécal qui, en attendant, fait marcher la fabrique â ses propres frais et dépens.
La manufacture de sucre de Berthier avait repris ses opérations avec une faible quantité de betteraves à traiter. Elle avait coûté $300.000 à construire mais n’avait pas été entièrement terminée.
L’événement, 21 janvier 1884 – Environ 150 employés de la fabrique de sucre de betteraves de Berthier vont être renvoyés prochainement. Il leur est dû deux semaines de salaire pour lesquelles ils ont reçu des bons qui ne sont pas négociables.
L’usine comptait 150 employés mais l’approvisionnement en betteraves étant insuffisant elle ne pouvait pas les embaucher régulièrement. Pour faire tourner l’usine du sucre brut a été importé.
La Minerve, 28 juillet 1884 – L’usine de Berthier est maintenant en opération. Pour le moment elle ne fait que raffiner le sucre brut importé. Elie en produit ainsi 200 barils par mois.
Le cultivateur, 2 août 1884 – La manufacture de sucre de betterave de Berthier recommencera bientôt ses opérations sous le contrôle de la nouvelle compagnie qui l’a louée de M. Sénécal pour une période de vingt ans… C’est M. Legru qui est gérant de la société.
Le prix du sucre qui avait baissé a de nouveau mis en péril la rentabilité de l’usine. En décembre Louis Adélard Sénécal a été poursuivi pour des salaires dûs aux employés et des livraisons de betteraves qui n’avaient pas été payées aux cultivateurs.
En avril 1886 le collecteur des Douanes a annoncé la vente du matériel de la fabrique de sucre de betterave de Berthier. La Cie de Fives-Lille y a encore fait opposition en envoyant un avis de l’ingénieur qui avait installé ce matériel dans l’usine: les bouilloires et les fours étaient enclavés dans des briques et des pierres, les 12 appareils de diffusion, les 7 machines fixes de 30 chevaux chaque et les 5 turbines centrifuges devraient être démolis pour être enlevés, il faudrait démolir les murs… La compagnie demandait que l’usine soit vendue en un seul lot.
En juillet Alfred Joseph Lavallée directeur des contrats de l’Union Sucrière Franco-Canadienne a poursuivi cette compagnie qui était encore propriétaire des terrains et des bâtisses: un morceau de terre sur la rue William numéro 154 du cadastre de 90.212 pieds en superficie et un autre numéro 104 de 1 arpent sur 12 contenant une usine pour manufacturer du sucre de betterave avec tous les instruments, appareils et machineries, un four à chaux, un caveau à betteraves, des voies de chemin de fer, un pont ou balance pour les chars et deux ponts ou balances pour les voitures.
La faillite de la raffinerie de Berthier est devenue une affaire politique et le gouvernement a offert une prime de 60.000 francs (environ $12.000) à la compagnie qui en reprendrait l’exploitation. Mais les cultivateurs avaient été échaudés, l’approvisionnement en betteraves n’était pas assuré.
La Compagnie de Sucre de Betterave de Berthier
La Minerve, 5 octobre 1886 – La sucrerle de Berthier a été vendue samedi par autorité de justice et a été adjugée à MM. A. Desjardins, J. O. Villeneuve, J. A. Lafrenière et Louis Tranchemontagne pour la somme de $10.350.
La sucrerie a été vendue en 1886 mais les opérations n’ont repris qu’en 1888. Le gérant Wilfrid Skaife a d’abord dû convaincre des cultivateurs de produire des betteraves pendant l’été 1888.
La Sucrerie de Berthier a été incorporée avec un capital de $100.000 divisé en 2.000 actions de $50. Parmi les investisseurs on remarque Alphonse Desjardins banquier et Louis Tranchemontagne marchand de Berthier.
Le national, 23 août 1888 – Selon toute apparence, la fabrique de sucre de Berthier fera d’excellentes affaires cet automme. La récolte de betteraves promet d’être abondante. Actuellement, on est à faire pour cette usine le déchargement de deux mille cinq cents tonnes de charbon.
L’usine avait été réparée et même si la récolte de betteraves de 1888 n’avait pas été bonne les opérations ont continué. La raffinerie de Berthier employait alors une centaine de personnes et 650 agriculteurs cultivaient la betterave, plus de 4 millions de livres avaient été acheminées à l’usine.
L’usine de Berthier avait reçu du gouvernement fédéral le privilège de manufacturer des liqueurs alcooliques avec les résidus du raffinage pour une période 10 ans sans payer de droit.
Il n’y a pas eu d’achat de betteraves et donc de cultures pendant l’été 1889 mais l’usine n’a pas été fermée. À l’automne des réparations ont été faites pour transformer des sirops en sucre.
La Gazette de Berthier, 7 juin 1889 – On a commencé les travaux dans la manufacture de sucre de betteraves de Berthier, c’est-à-dire qu’on est à réparer une partie des machineries, pour ensuite mettre en sucre les sirops qui restent encore dans l’usine. M. Musy, ingénieur civil français qui conduit les travaux, déploie un grand savoir faire et une grande activité.
La Gazette de Berthier, 21 novembre 1890 – On dit qu’il se fait actuellement un mouvement pour rouvrir l’usine de sucre de betteraves, à Berthier. Plusieurs capitalistes de Montréal se proposent d’investir des fonds dans l’entreprise. Espérons que tous les citoyens de la ville et de la paroisse de Berthier et des autres paroisses du Comté seconderont ce mouvement, car tous, nous avons un intérét direct dans le succès de cette entreprise.
La Tribune, 18 décembre 1891 – Le baron de Sellières et M. Musy ont fait l’acquisition de l’usine de betteraves à sucre de Berthier pour la somme de $40,000. M. Musy est acquéreur pour le vingtième de l’usine. Le conseil municipal de Berthier a déjà voté une grosse somme comme garantie du prix d’achat.
En 1891 la municipalité de Berthier a offert au baron Marie-Raymond-Nicolas Sellières propriétaire de la sucrerie de Farnham et Alfred Musy son gérant une subvention de $5.000 pour relancer l’usine. Ce fut un nouvel échec.

L’Étendard, 18 juillet 1892 – On annonce que M. Alfred Musy, gérant de la manufacture de sucre de Farnham et l’un des propriétaires de l’usine de Berthier vient de faire cession de ses biens entre les mains de ses créanciers.
Alfred Musy avait fait faillite mais il a continué son travail à l’usine de Berthier, il projetait de monter une distillerie et de préparer la campagne de culture pour faire marcher l’usine à l’automne 1893.
MM. Lefebvre & Cie
L’usine a été remise en vente et rachetée en janvier 1893 par Michel-Théodule et Michel-Théodore Lafebvre fabricants de vinaigre de Montréal. Le projet de monter une distillerie était dans leurs intentions.
Le Sorelois, 20 mars 1893 – Mercredi dernier a eu lieu, au Conseil de ville de Berthier, la troisième lecture du règlement accordant un bonus de $5,000 aux Messieurs Lefebvre, qui garantissent la mise en opération de l’usine à sucre de Berthier pendant cinq ans et de payer au moins $10,000 de salaire par année.
Alfred Musy était toujours le directeur de l’usine, il avait accompagné un des nouveaux propriétaires en Europe pour acheter des machines. Une campagne de publicité pour inciter les cultivateurs à semer des betteraves a été entreprise.
La Gazette de Berthier, 28 avril 1893 – MM. Théodule Lefebvre et Alfred Musy qui sera le directeur de l’usine, seront demain, de retour de leur voyage d’Europe, où ils ont été se procurer les machineries les plus perfectionnées afin de faire de notre fabrique de sucre une industrie de première classe… Au delà de 125 cultivateurs feront de la betterave à sucre cette année dans le Comté de Berthier, M. Goudron, l’agent des MM. Lefebvre est à distribuer la graine.
Le Sorelois, 9 octobre 1893 – Il nous fait plaisir de voir que cette industrie qui a périclité depuis plusieurs années déjà, semble devoir reprendre une force, une vigueur inconnues jusqu’ici. L’usine à sucre de Berthier, fermée depuis longtemps, à de nouveau été ouverte, grâce au zèle et à l’énergie de ses nouveaux propriétaires, MM. Lefebvre, de Montréal, et voilà qu’elle est prête à fonctionner comme jamais… Sa Grandeur Mgr Fabre, l’illustre archevêque de Montréal, devra bénir aujourd’hui l’usine à sucre de Berthier.
La Gazette de Berthier, 10 novembre 1893 – Plus de deux cents mille livres de sucre brut ont déjà été expédiées de l’usine de Berthier à Montréal. Ce sucre est très beau et c’est ce qui s’est fait de mieux à venir jusqu’ici à Berthier.
La Gazette de Berthier, 16 février 1894 – On vient de terminer le turbinage des sirops de troisième jet de la campagne 1893-94, qui ont fourni déjà plusieurs chars de sucre roux, partis le 14 courant.
Gazette des campagnes, 16 août 1894 – Il y a trois ans on on a reçu à la manufacture de sucre de Berthier, 6,000 tonnes de betteraves; l’an dernier ce chiffre était double et cette année on attend une récolte de 40,000 tonnes.
Une visite de la sucrerie de Berthier a été organisée en octobre 1894 pour des industriels et des politiciens, Alfred Musy a fait la présentation. Les betteraves arrivaient à l’usine par train et par bateau, il y en avait 10.000 tonnes entassées près de l’usine.
MM. Lefebvre & Co ont publié en 1895 un pamphlet en anglais pour promouvoir l’industrie de la betterave à sucre et demander au gouvernement un bonus ou une protection. Ils faisaient valoir que 60% de leurs coûts de production revenaient aux agriculteurs alors que l’agriculture était en crise.

Leur première année d’exploitation avait été déficitaire car la récolte de 1893 avait été insuffisante, l’usine n’ayant fonctionné qu’à la moitié de sa capacité. La récolte de 1894 avait été meilleure et ils avaient fait un petit profit même si le prix du sucre était bas.

Le défi avait été de convaincre les cultivateurs de semer la betterave à une plus large échelle; la réponse ayant été positive ils envisageaient d’accroitre leurs opérations dès que le Parlement accorderait à l’industrie du sucre de betteravec des mesures de protection ou d’assistance.
L’événement, 25 février 1895 – Il s’est chargé à la station de l’Epiphanie cet automne, en destination pour l’usine à sucre de Berthier pour $5,755 de betteraves, réparties comme suit: L’Epiphanie $1,380, l’Assomption $1,240, Repentigny $800, St-Sulpice $101, St-Paul l’Ermite $1.325.
En 1895 on en était à redouter une surproduction de betteraves et à envisager de construire de nouvelles usines de transformation. Mais le prix du sucre a baissé en 1895 ce qui a de nouveau mis en péril cette industrie naissante. En 1896 la compagnie Lefebvre & Cie en faillite a mis en difficulté la Banque du Peuple qui lui avait avancé $400.000 sans garanties solides.
Un arrangement a été conclu aves les créanciers et messieurs Lefebvre ont annoncé qu’ils continueraient la fabrication de sucre à Berthier.
La production de sucre n’a pourtant pas repris, les machines ont été vendues et déménagées au Nouveau-Mexique, U.S.A., où Alfred Musy avait été engagé pour établir une raffinerie.
La distillerie Boivin & Wilson
Le bâtiment de l’usine sans ses machines a été vendu peu après pour $5.400 à MM. Boivin & Wilson marchands de liqueurs en gros de Montréal pour être transformé en distillerie.
Les acheteurs ont fait une bonne affaire puisque la propriété était encore évaluée à $100.000. Elle comprenait les 90.000 pieds du terrain de la raffinerie avec 12 arpents et demi de terrain adjacent dans le centre-ville de Berthier.
La maison Boivin & Wilson a transformé l’usine en une une distillerie qui a prospéré à Berthier puis Berthierville pendant près de 100 ans. Peu après leur achat M. Boivin est parti en Europe chercher de l’expertise dans la fabrication des boissons alcooliques distillées.
La Gazette de Berthier, 21 janvier 1898 – Nous apprenons avec plaisir qu’un syncicat puissant dont MM. Boivin & Wilson, marchands de Montréal, seront ies principaux membres, a décidé de monter à Berthier une grande distillerie de whisky et de gin, dans l’ancienne usine de Berthier. Ce sera une bonne nouvelle pour notre ville et les cultivateurs des environs qui auront un marché tout ouvert pour leurs grains. On installera toutes les machines ce printemps afin de commencer les opérations l’automne prochaine.
Ils ont acheté les machines pour produire 100.000 gallons de genièvre par année pour commencer. Ils se sont associés avec une firme expérimentée, la fabrique de gin Melchers de Schiedam en Hollande.
Jean Melcher, fils du grand manufacturier de gin de Hollande, est venu diriger l’usine. La machinerie a été installée en 1898, les engins et les bouilloires avaient été fabriqués à Lévis, le reste venait de Montréal et Toronto.
The Melchers Gin and Spirits Distillery Co.

En 1898 les lettres patentes de The Melchers Gin and Spirits Distillery Co. ont été délivrées à Léonard Irénée Boivin, Joseph-Marcellin Wilson, Jean Melchers, Théodore C. Melchers et Philias Wilson au capital de $100.000 divisé en 1.000 actions de $100.
Selon la législation canadienne la production devait vieillir 2 ans dans des cuves avant d’être commercialisée. Pour assurer sa rentabilité à court terme les gestionnaires de l’usine ont su monnayer les produits dérivés de la distillerie, la vente de levure comprimée pour les boulangers et les drèches, résidus solides de la production d’alcool à partir de céréales, pour engraisser des animaux.
Des étables ont été construites sur les terrains de la distillerie où des animaux de boucherie étaient engraissés pendant quelques mois avant d’être envoyés à l’abattoir.
Dès le mois d’octobre 1899 trois wagons de bestiaux engraissés étaient expédiés chaque mois de la distillerie de Berthier. En 1899 la compagnie a demandé des soumissions pour la construction d’un bâtiment de 90 pieds par 30 pour entreposer le gin dans des cuves de cuivre jusqu’à son embouteillage.
Au printemps 1901 un premier lot de 300.000 gallons de gin a pu être commercialisé. Jean Melchers dirigeait l’usine et surveillait la fabrication du genièvre.
Le Prix courant, 5 avril 1901 – Il règne en ce moment une grande activité dans les départements d’embouteillage et d’encaissage à la distillerie de Berthier, car les deux ans d’âge requis par le Gouvernement Canadien expirent pour une certaine quantité de genièvre le 13 avril. A cette date, la Melchers Gin & Spirits Distillery Co devra livrer au commerce 17 chars de Gin. Le succès semble évidemment sourire à cette nouvelle industrie.
La compagnie avait bien compris l’importance de la publicité pour faire connaître sa marque. Le produit a été nommé Gin Croix Rouge ou Red Cross Canadian Gin. En 1901 l’illustrateur Eugène Haberer a dessiné une belle vue à vol d’oiseau de l’usine qui a servi à illustrer les publicités.
Le gin Melchers Croix Rouge était proposé comme médicament contre l’indigestion. Boivin, Wilson et Cie étaient les distributeurs exclusifs de la production. Ils étaient aussi distillateurs et importateurs de liqueurs.
À cause de la guerre en novembre 1914 la compagnie a annoncé qu’elle changerait le nom de sa marque car le nom Croix Rouge Geneva portait à confusion avec la Croix Rouge de Genève. Le nom choisi a été Gin Croix d’or.
La compagnie annonçait son produit en français et en anglais, cette publicité publiée dans Dos Yiddishe vort était bilingue anglais yiddish.
Le devoir, 18 novembre 1933 – Dès les débuts de la distillerie, la compagnie Fleischmann avait acheté la levure de Melchers. De 1914 à 1921, la compagnie Fleischmann s’associa à Melchers et acquit la moitié des intérêts de la distillerie. En 1921, au moment où le commerce entier des vins et des spiritueux passait à la régie provinciale, Boivin, Wilson et Cie cédèrent leurs intérêts à la Compagnie Fleischmann, qui devint alors seule propriétaire de Melchers Distilleries. Mais, en 1928, M. Victor Marchand, qui avait dirigé la distillerie à la fois pour Boivin, Wilson et Cie et pour Fleischmann, acquit avec quelques associés le contrôle de la compagnie, qu’il continua.
Victor Marchand et ses fils
En 1928 Victor Marchand député de Jacques-Cartier a acheté la distillerie qu’il a su faire prospérer. En 1958 la production annuelle était de 2 millions de gallons et l’usine employait 260 personnes.
Dans les années 1950 la distillerie qui ne produisait que du genièvre a diversifié sa production et commercialisé des produits importés.
Le genièvre a été embouteillé dans des jarres de grès pour ressembler à celui de Hollande.
Sur le plan d’assurances de Berthierville daté de 1953 les installations de la distillerie Melchers occupaient le quadrilatère numéroté 8 au nord de la rue Montcalm.

La planche 8 montre toutes les installations de l’usine de façon très précise, le fichier de la BAnQ peut être agrandi pour lire tous les détails.

Les fils de Victor Marchand, Sarto, Maurice et René, avaient pris sa relève à la direction de la compagnie. Les canadiens français n’étaient pas inaptes aux affaire, cette famille sans formation spéciale et démunie de capitaux avait réussi en 30 ans à monter une entreprise de $25 millions assurant de l’emploi à plus de 200 chefs de famille.
Des nouveaux entrepôts avaient été constuits autour des bâtiments anciens. Ils étaient remplis de boissons qui y vieillissaient une dizaine d’années avant d’être commercialisés d’une valeur de $50 millions. On trouve dans les archives d’internet des rapports d’activité publiés pour les assemblées annuelles des actionnaires dans les années 1960.
Les Distilleries Melcan Limitée
La compagnie Melchers a fait faillite en 1977 et une nouvelle compagnie a été formée pour racheter ses actifs et continuer ses opérations. Les actionnaires étaient Calvert of Canada Ltd. (une filiale de la Maison Seagram), les Distilleries Corby Limitée, John de Kuyper & Fils (Canada) Ltée, la Distillerie Meagher Limitée et American Distilling Company Inc.
La fermeture de la distillerie Melchers en 1984
La relance n’a pas fonctionné, la consommation de liqueurs fortes était alors en forte baisse. La distillerie a été rachetée en 1984 par la compagnie Seagram qui a décidé de déménager la production dans ses installations de Ville Lasalle sous-utilisées. Le terrain et les installations ont été cédés à la municipalité de Berthierville en 1985 pour 1 $.
Les affaires, 11 avril 1987 – Le nouveau commissaire industriel de D’Autray, Louis Grenier, a coordonné en 1986 la vente des locaux de Melchers. Au total, neuf propriétaires d’entreprises s’en sont portés acquéreurs. Il ne reste que 25.000 pieds carrés disponibles à 1 $ le pied carré. Ce prix si peu élevé s’explique par le fait que Melchers a cédé son usine à la ville de Berthier.














































































