Autrefois il y avait des marchés dans toutes les petites villes de campagne. Les agriculteurs des alentours venaient y vendre leur production et acheter ce qu’ils ne produisaient pas. En 1810 le marché public de Berthier se tenait près du Domaine Seigneurial puis en 1817 Antoine Eno a donné un terrain pour servir de place du marché au bord du fleuve, en 1834 une halle de marché y a été construite. La bâtisse du marché de Berthier a été plusieurs fois reconstruite, elle a finalement été détruite par un incendie en 1960. L’Esplanade de Berthierville a alors été aménagée à son emplacement, elle a bien mal vieilli.
Quand le bâtiment du marché de Berthierville a été détruit par un incendie en 1960 Le courrier de Berthier a publié un historique qui ne racontait qu’une petite partie de son histoire: le conseil municipal avait passé une résolution vers 1866 pour donner une existence légale au marché public mais il avait fallu attendre 1874 pour qu’il soit effectivement construit.
Au rez-de-chaussée se trouvaient des étaux de bouchers, ainsi que deux escaliers de bois accédant à l’étage supérieur où avaient été aménagés la salle du Conseil et des bureaux, de même qu’une grande salle publique. Au plafond étaient suspendus des chandeliers d’acier qui soutenaient de multiples lampes à l’huile.
En 1900 un incendie avait détruit la grande salle et le vieux marché avait été entièrement reconstruit. Il existe plusieurs photos de cet édifice en brique dans les archives, c’est celui qui a été détruit par un incendie en 1960.
Cet historique est très sommaire, les archives montrent qu’il y avait déjà une place du marché à Berthier en 1810 et qu’une halle de marché avait été construite en 1834 au bord du fleuve. Dans toutes les villes de quelque importance il y avait obligatoirement un marché public, à L’Assomption la halle du marché a été construite en 1832 et à Joliette (L’Industrie) en 1837.
Le premier marché de Berthier
Le 3 septembre 1810 John Grant marchand a vendu au public de la paroisse de Berthier représenté par les commissaires d’école James Cuthbert seigneur, Louis Olivier écuyer et Pierre Martin dit Pellant capitaine de milice un emplacement pour établir une maison d’école publique. Le terrain se trouvait au coin des rues William et Clara et une partie en était réservée pour la place d’un Marché.
Dans une annonce de 1816 la place du marché est aussi localisée au coin des rues Clara et William.
Dans une autre annonce en français le terrain du marché se trouvait au coin des rues Guillaume et St-Clair, attenant au Domaine seigneurial de Berthier.
Sur ce détail du plan de la ferme de North Field Farm on voit une partie du village de Berthier en 1833. Il y avait encore une petite place à l’intersection des rues William et Clara mais il ne semble pas y avoir de bâtiment.
Ce secteur du village au bord de la rivière Bayonne faisait partie du Domaine Seigneurial. Le manoir et la chapelle Cuthbert étaient situés près de la rue Clara (Bienville aujourd’hui) au nord de la rue Charles; la rue William (Montcalm) menait au pont de la rivière Bayonne. Une peinture de James Peachey datée de 1785 montre le pont menant à la terre de North Field Farm qui avait été donnée par James Cuthbert père à sa fille Catherine épouse de John Antrobus.
La cession du terrain du Marché par Antoine Eno
Le 23 janvier 1817 Antoine Hénault a fait cession et abandon gratuitement au public de Berthier d’un terrain pour servir de place de Marché; il a signé Antoine Eno. La transcription du document original difficile à lire a été publiée dans Le Courier de Berthier en 1967. Ce petit terrain de 53 pieds par 80 comprenait un accès au fleuve.
Le village de Berthier avait commencé à se développer le long de la grève du Chenail du Nord et cet emplacement était sans doute plus pratique que la première place du marché. Les îles du lac St-Pierre et les bords des rivières étaient les terres les plus peuplées, les communications se faisaient principalement par les voies d’eau.
La construction de la halle du Marché
Il y a peut-être eu un bâtiment construit vers 1817 sur le terrain donné par Antoine Eno pour abriter les étals du marché mais on n’en trouve pas de trace dans les archives. En 1832 les marchands de L’Assomption avaient construit une halle de marché, en 1834 les marchands de Berthier ont construit la leur. Ils ont fait notarier une convention pour réguler le commerce dans la Halle de Marché qu’ils avaient fait construire en se cotisant. Elle avait été érigée sur la propriété de Henry Héneault. Le terrain donné par Antoine Eno n’était pas très grand, H. Héneault a peut-être donné ou vendu une parcelle voisine.
L’acte établit la liste des commerçants qui avaient cotisé, ils étaient nombreux: Norbert Doucet, Louis Marie Raphael Barbier, David Armstrong, Narcisse Chenevert, Hercule Olivier, Louis Généreux, Narcisse Bayeur, François St-Germain, etc.

Lesquels désirant jouir et retirer les avantages qu’ils avaient en vue en se cotisant tous pour faire construire la Halle de Marché actuellement érigée sur la propriété de Sieur Henry Héneault et voulant accélérer les moyens de contraindre les personnes qui apportent des effets au dit village, d’aller les débiter sur la dite Halle de Marché aux jours cy après fixés ont fait entre eux les accords et conventions suivantes. Savoir:
- Qu’il ne sera pas loisible à aucun des sus nommés d’acheter aucune chose dans sa propre maison les mardi et samedi de chaque semaine à commencer samedi prochain.
- Qu’il ne sera pas loisible non plus à aucun des sus nommés d’acheter aux jours ci-dessus fixés aucun des effets susdits pour ensuite les revendre avant onze heures de l’avant midi.
- Que toute personne qui contreviendra aux conventions ci-dessus encourrera pour chaque contravention une pénalité de une livre courant…
- Comme il est nécessaire d’appointer une personne pour surveiller l’éxécution… appointé la personne de Félix Fleury du dit lieu qui accepte la dite charge.
La plupart des marchands de Berthier savaient signer leur nom, pour ceux qui ne savaient pas le notaire a inscrit leur prénom et leur nom en les séparant d’une croix.
La halle du marché de Berthier devait ressembler à celle qui venait d’être construite à L’Assomption dont le plan a été dessiné dans un contrat notarié.
Ce contrat de construction avait été conclu par les syndics légalement élus pour assurer la police du village de L’Assomption. Dans l’acte de la halle de Berthier il n’est pas fait mention de syndics mais il y avait obligatoirement une autorité responsable de la gestion du marché, de percevoir les loyers et d’entretenir le bâtiment.
Le site du marché de Berthier
La Halle de Marché n’est pas précisément localisée dans la convention conclue par les marchands. Elle se trouvait sur la propriété de Henry Héneault et le terrain donné par Antoine Eno en 1817 se trouvait au bord du fleuve.
Le plan figuratif du village de Berthier dessiné par l’arpenteur James Dignan en 1852 confirme l’emplacement du marché au bord du chenail du nord du fleuve St-Laurent à l’emplacement de la place du Marché actuelle. On remarque que le nom de Henri Eno est inscrit sur la même terre au nord, entre la terre du Domaine et celle des héritiers Olivier.

Le terrain donné par Antoine Eno ne faisait que 53 pieds par 80, il semble que le terrain marqué sur ce plan était plus grand. Le Village de Berthier a été constitué le 14 avril 1852 et on peut imaginer que les nouvelles autorités municipales avaient acquis le terrain spécialement marqué sur ce plan à cette occasion, la gestion du marché public était une des fonctions des autorités municipales nouvellement créées.
La Municipalité de Berthier-en-Haut fut érigée le 1er juillet 1845 et ne subsista que deux ans alors qu’elle devint partie de la Municipalité du Comté de Berthier. Vers 1850, cette municipalité se divisa pour former les Municipalités de Berthier No I et de Berthier No II. Le 14 avril 1852, une partie du territoire de la Municipalité de Berthier No I constitua le Village de Berthier qui, le 18 septembre 1865, devint la Ville de Berthier laquelle est depuis 1942 désignée sous le nom de la Ville de Berthierville.
Le marché public de L’Industrie (Joliette) a été réglementé en 1852 par la Municipalité de Berthier N°2 dont il dépendait. Les syndics qui l’avaient fait construire en 1851 avaient cédé la propriété du marché à la municipalité qui en était devenue gestionnaire. Le 24 avril 1852 la municipalité de Berthier N°2 a commencé à louer les emplacements du marché Bonsecours de L’Industrie en vertu du règlement adopté le 15 mars.
Lire: Les marchés de Joliette d’hier à aujourd’hui
La nouvelle bâtisse du marché
Dans l’historique qui a été publié en 1960 on lit que le marché public avait été légalisé par le conseil municipal en 1866. Le 18 septembre 1865 la Corporation de la Ville de Berthier avait remplacé le Village de Berthier, la légalisation du marché n’était sans doute qu’une mise à jour de son statut légal.
La halle du marché construite au bord du fleuve a certainement été endommagée plusieurs fois par des incendies ou par les inondations récurrentes qui affectaient la ville. Les journaux ont rapporté à plusieurs reprises les dommages occasionnés par la glace et l’eau aux bâtiments de la ville. En 1872 la Corporation de la Ville de Berthier a publié des avis pour demander des soumissions pour la construction d’une bâtisse de Marché.
La BAnQ a numérisé les exemplaires du journal La Gazette de Berthier à partir de 1888. Dans le premier numéro les prix de vente des produits fermiers au marché de Berthier sont détaillés.
La bâtisse du marché abritait les étals des bouchers, les autres marchands et les cultivateurs s’installaient les jours de marché sous les auvents à l’extérieur et tout autour sur la place avec leurs charrettes. Les commerçants de Berthier avaient construits des magasins autour de la place du Marché, ils annonçaient leurs produits dans le journal.





Comme à Joliette la grande salle publique située à l’étage du marché accueillait des réunions et des spectacles. Une autre salle servait aux réunions du conseil Municipal.
15 avril 1892 – Il y aura lundi prochain dans la salle du marché une séance musicale ou on mettra en opération le phonographe d’Edison. Cette séance d’un nouveau genre, promet d’être très intéressante.
La situation économique à Berthier était difficile, de nombreux agriculteurs abandonnaient leurs terres pour immigrer aux États-Unis. Le cultivateur canadien était condamné à vendre ses produits excessivement bas et à payer excessivement cher les objets manufacturés.
4 mai 1894 – Il y a eu hier, dans la salle du marché, une conférence donnée par un M. McFarlane, sur la fabrication du fromage. Plusieurs personnes, spécialement de l’Ile Dupas, étaient présentes.
1er mars 1895 – La répétition de la séance des Dames Anglaises, samedi dernier a été un nouveau succès. Les modifications apportées dans les tableaux vivants et la danse, ont donné un nouveau lustre à cette soirée. La salle du marché était encore remplie, et la population française de la ville a su de nouveau faire son devoir dans cette circonstance.
La ville de Berthier était inondée presque chaque printemps comme en témoigne cette illustration de la place du Marché en 1896. Avec l’expérience on peut imaginer que les bâtiments avaient été conçus pour supporter ces inondations. L’illustration montre l’aspect du bâtiment construit en 1873.
Lire: Les multiples inondations à Berthierville et ses alentours
La reconstruction du marché en 1901
En 1900 un incendie aurait endommagé la bâtisse qui a dû être reconstruite. Je n’en ai pas trouvé de mention dans les journaux.
11 octobre 1901 – La corporation à demandé des soumissions pour la reconstruction du marché, et c’est M. Daniel Chenard, qui a obtenu le contrat pour la somme de $6,100. Ce que nous regrettons, c’est que la corporation n’ait pas jugé à propos de faire faire un joli plan par un architecte. Pour une bâtisse de ce genre là, ça en valait réellement la peine. M. Chenard peut être bon ouvrier, mais il n’est pas architecte.
1er août 1902 – La construction de la bâtisse du marché est complètement terminée. La réception en a été faite, mercredi dernier. À cette occasion, M. Chenard, l’entrepreneur, a donné une jolie fête aux échevins.
La bâtisse reconstruite était semblable à celle de l’illustration de 1896 mais le plan avait été simplifié, la ligne de côté est droite alors que le bâtiment précédent était en croix.
8 janvier 1903 – 21ème Convention de la Société d’Industrie Laitière, à Berthierville, comté de Berthier, les 14 et 15 janvier. Les séances auront lieu à la Salle du Marché.
4 septembre 1903 – La nouvelle Fanfare Indépendante de Berthierville, donnera un grand concert, à son profit, le 10 du courant, dans la salle du marché, à Berthier. Il y aura aussi plusieurs morceaux comiques, chants patriotiques, monologues comiques, etc.
La Gazette de Berthier publiait les prix au marché de Sorel mais depuis 1891 ceux du marché de Berthier n’étaient plus annoncés. On peut en déduire que le marché de Berthier était moins important, que c’était devenu un petit marché local fréquenté seulement par les agriculteurs des alentours.
Cet article d’un journal de Joliette explique le changement apporté par les chemins de fer dans l’économie régionale. La construction du chemin de fer du Nord changea complètement la face des choses… il se fit un déplacement dans les centres d’affaires au profit des centres limitrophes. Joliette en profita au détriment de Berthier…
Le dernier exemplaire de la Gazette de Berthier numérisé par la BAnQ date du 28 décembre 1906. Dans les journaux nationaux on trouve quelques rares mentions du marché de Berthier. En novembre 1917 la convention libérale du Dr. Gervais a eu lieu dans la salle du Marché.
La salle du marché servait de salle publique de réunion et de spectacle: octobre 1921, assemblée libérale dans la salle du Marché; octobre 1924 exposition du cercle des fermières; juin 1926 soirée récréative et musicale organisée par quelques dames charitables de Joliette. Cette carte postale de la place du marché doit dater de 1900-1910, elle avait fière allure.
Kathleen Moir Morris a peint des scènes d’hiver à Berthier dans les années 1920-1925 dont on trouve des reproductions dans des musées et des galeries d’art en ligne. Plusieurs montrent le marché et ses alentours.
Le journal mensuel Le Courrier de Berthierville a commencé à paraître en 1926, son bureau se trouvait en face du carré du Marché.
15 octobre 1926 – Grand Euchre à la salle du Marché, au profit des Sœurs Dominicaines, sous le patronage de Monsieur le Chanoine I. Clairoux, mardi le 19 octobre, à 8.30 p. m.
13 mai 1927 – La salle très vaste du marché de Berthier, n’a pas suffi à contenir la foule qui s’est pressée hier soir à Berthierville, pour entendre M. Sauvé et quelques uns de ses amis. Le chef de l’Opposition…
15 juillet 1928 – Le deuxième jour de l’exposition le 4 juillet au soir et pour la première fois à Berthier, avait lieu en la salle du marché, une réunion des éleveurs d’Ayrshire du Haut-St Laurent.
Le rez-de-chaussée du Marché abritait les étals des bouchers; la municipalité réglementait la vente des viandes. À cette époque il n’y avait pas d’abattoirs, les cultivateurs amenaient leurs pièces de viande au marché, elles étaient achetées en quartiers par les bouchers qui les débitaient pour les vendre au détail.
Le courrier de Berthierville, 8 novembre 1934 – Cette mesure, on le sait, a donné lieu à beaucoup de protestations de la part des gens de la ville et de la campagne. On demande au conseil de l’abroger incessamment. Le consommateur de cette façon est plus à la merci du vendeur car la compétition devient moins grande, plusieurs cultivateurs étant forcés de s’éloigner vers d’autres centres ou encore de s’abstenir de détailler leur viande. Le réglement adopté en mai a été aboli la semaine suivante.
Le courrier de Berthierville, 31 mai 1935 – Nous apprenons de source officielle que Mme W. Bibeau vient de louer la salle du Marché à Berthierville pour y donner le 6 juin prochain, une soirée récréative, genre du bon vieux temps.
Le courrier de Berthierville, 4 mars 1937 – Jeudi dernier, à la salle du Marché à Berthierville, avait lieu une séance spéciale du Conseil de Comté, convoquée à la suite de l’incendie du Palais de Justice.
Le courrier de Berthierville, 14 avril 1938 – Mardi soir dernier, à la salle du Marché, avait lieu une séance régulière du conseil de ville, M. le Pro-Maire B. Paquette préside pour la première fois, mais quelques minutes seulement, car M. le maire J. A. Laforest arrive presqu’aussitôt.
En novembre 1940 le Théâtre Parisien a commencé à annoncer la projection de films dans la salle du marché.
On était en guerre et la Berthierville Machine Shop est venue fixer ses quartiers au premier étage du Marché. Si les promoteurs frappent les contrats de guerre espérés, les machines opèreront jour et nuit et la main d’oeuvre sera doublée.
Un incendie a endommagé la bâtisse du marché le 20 décembre 1941. Le 16 janvier le déblayage des décombres était presque terminé. Berthierville Machine Shop avait pu reprendre ses travaux et le marché de viande devait reprendre comme avant.
Le courrier de Berthierville, 6 février 1942 – La bâtisse du Marché est toujours dans un pitoyable état depuis l’incendie du 20 décembre: un groupe favorise une construction nouvelle et avait demandé l’aide du gouvernement, mais à la suite d’une visite d’un officiel de Québec, la semaine dernière, ce même groupe ne semble pas aussi confiant dans le résultat de ses démarches, et se ralliera sans doute à la décision de l’ancien conseil, c’est-à-dire remettre l’immeuble dans son état primitif avant qu’il ne subisse trop de détérioration.
Le courrier de Berthierville, 4 septembre 1942 – De plus en plus si rien n’arrive de fâcheux, on espère avoir l’ouverture du théâtre dimanche: les amateurs de cinéma qui fréquentaient l’ancienne salle du Marché, vont trouver du changement en voyant la nouvelle installation qui rivalisera maintenant avantageusement avec les compétiteurs des alentours.
Sur cette photo on voit que la façade du marché a été rénovée et que la toiture a été modifiée.
La Ville de Berthier est devenue Berthierville en 1942. En 1945 la Cie Berthierville Machine Shop a déménagé, The General Aluminium Wares Lted a pris sa place dans le Marché.
Le Théâtre Parisien a fermé vers la fin de l’année 1951. De nouvelles salles de cinéma plus modernes avaient été construites dans la ville comme le Cinéma Berthier situé à côté sur la place du Marché. Voici la dernière annonce publiée.
Le courrier de Berthier, 12 juin 1952 – Le haut du Marché est maintenant doté d’un plancher horizontal d’un bout à l’autre, en prévision de l’industrie de couture qu’installera ces jours-ci M. Pelland, de St-Norbert. Les travaux d’aménagement coûtent $1,100.
Une industrie de fabrication de chemises et de pyjamas, la Collegiate Manufacturing Inc. s’est installée à l’étage du marché en 1953; elle a ensuite loué le rez-de-chaussée pour pouvoir augmenter sa production.
Le marché de Berthierville commençait alors à être évoqué avec nostalgie. Cet immense monument public, érigé au milieu de ces boutiques, ressemble à un père nourrricier parmi ses enfants. Voilà pourquoi il est cher à mon coeur et qu’il hante longtemps ma mémoire quand je reviens chez moi.
Ah dit le visiteur, autrefois ça existait à Berthierville le marché. Vraisemblablement le dit visiteur avait très bien connu Berthierville il y a une vingtaine d’années passées… Le pauvre, il ne savait pas comment il se faisait que Berthierville avait autant perdu de plumes depuis vingt ans.
Le plan d’assurances de Berthierville en 1953 montre qu’il y avait alors moins de commerces autour de la place du Marché qu’il n’y en avait déjà eu autrefois. L’hôtel de ville était construit derrière le marché et la corporation municipale occupait un terrain au nord-est où se trouvait la station des pompiers (fire hall). Le Cinéma Berthier était juste à côté du Marché.
Le courrier de Berthier, 13 janvier 1955 – Le Dr Emile Poitras, M.V., est engagé par la ville, pour la surveillance et l’inspection de la viande mise en vente sur le marché. En mars les rues autour du marché ont été pavées.
Le courrier de Berthier, 12 avril 1956 – Parlant du loyer payé par les détenteurs de bancs de bouchers au marché public, le conseil décide de majorer le prix a $100 par année à partir du mois de mai. Il ne sera pas permis de vendre avant six heures P M. Cette mesure est prise dans le but de protéger nos bouchers locaux qui paient des taxes au trésor municipal… Il est aussi question des bouchers du marché public qui prennent les commandes dans les maisons privées pour faire la livraison le vendredi suivant. Cette question de colporteurs et solliciteurs sera soumise à l’aviseur légal.
Le marché avait lieu le vendredi après-midi et les jours connus comme jour de marché (?). Il était ouvert au public à partir de 3 heures p.m. Comme partout le commerce de détail se développait et le marché perdait de son importance.
Le courrier de Berthier, 11 juillet 1957 – La partie arrière du marché appelée garage sera démolie, étant donné l’état lamentable actuel.
Le courrier de Berthier, 30 avril 1959 – Une autre mesure qui s’impose c’est la démolition de la prison, du marché et de l’hôtel de Ville… et la construction d’un bel édifice ou seraient centralisés tous bureaux et garages municipaux.
Le marché public détruit
Le marché n’a pas été démoli mais il a été détruit par un incendie le 8 août 1960. L’incendie avait aussi causé des dommages aux bâtiments alentour. Il ne restait alors que 5 étals de boucher alors que l’étage et l’arrière du bâtiment étaient occupés par la compagnie Berthier Contractor employant de 30 à 35 personnes.
L’Esplanade de Berthierville
L’hôtel de ville a été démoli en 1966 après la construction d’un nouvel édifice moderne et la place du Marché a été réaménagée pour en faire un parc municipal avec facilités de stationnement. Des estimations avaient déjà été faites en 1964. La place faisait 360 pieds de long et on projetait d’y aménager un parc de 30 pieds de large.
La station de police se trouvait dans le coin nord-est de la place du Marché, elle a été mise en vente à l’encan pour être démolie. Un parc sera aménagé sur l’emplacement de l’ancienne station de police et pompiers sur la place du Marché... mardi après-midi, plusieurs contribuables et curieux s’étaient réunis sur la place du marché pour assister à l’encan de la désormais célèbre station de police.
L’Esplanade de Berthierville a été inaugurée et bénie en 1967: un oasis de fraîcheur et de verdure en plein centre commercial. Les photos du journal sont très sombres mais on voit qu’il y avait 3 jets d’eau et des arbres.
Le curé Eugène Dumontier avait béni l’esplanade devant une foule occupant toute la rue d’Iberville devant la tribune d’honneur des officiels occupée par le maire, les échevins, les marguilliers, etc.
...Berthierville n’est pas une ville atteinte de sclérose mais qui a fait un pas de plus dans la voie des réalisations.
La place a été nommée Place de l’Esplanade. Certains avaient suggéré de la nommer Esplanade Eno ou Hénault en souvenir du donataire du terrain. Et puis finalement le nom Place du Marché est revenu et est resté.
La place du Marché ressemble aujourd’hui plus à un grand stationnement qu’à un parc public; il reste bien quelques arbres et arbustres rabougris au centre mais les voitures monopolisent l’espace. Les jets d’eau ont été enlevés, il semble qu’ils étaient régulièrement vandalisés. La municipalité a installé quelques panneaux pour raconter très sommairement l’histoire du marché avec des illustrations. Les bâtiments qui entourent la place sont nettement moins beaux et prestigieux que ceux qu’on voit sur les photos du début des années 1900.
Quelques photos anciennes de ce secteur de Berthierville
Les arbres ont repoussé sur la rive de l’île Randin située en face du village; on ne pourrait plus prendre la même photo aujourd’hui.
Cette belle illustration montre la distillerie Melchers construite à l’ouest du marché près de la ligne de train. La ligne a aujourd’hui été remplacée par la rue Ste-Foy, en face du parc Bellevue.

Sur le plan la ligne de train du Canadien Pacifique et la gare sont à gauche, la limite du terrain de la distillerie Melchers est marquée par une double ligne de pointillés de l’autre côté de l’hôtel du Canada. Le marché est au centre et l’hôtel du Manoir est au coin de la rue Jacques Cartier.





































































