La seigneurie de D’Aillebout a été colonisée à partir de 1800. Ses premiers habitants venaient de Ste-Elisabeth et ils devaient traverser la rivière de l’Assomption pour y accéder. En 1819 il y avait déjà une traverse au sud du futur village de Ste-Mélanie. Elle a été nommée traverse Savoye, traverse de Pierre-Horace Panet, traverse Grandchamp, traverse Baril, puis en 1910 un pont de fer a été construit près de son emplacement. Pour aller vers St-Félix-de-Valois il y a eu la traverse des moulins puis la traverse Turcotte et un autre pont de fer construit en 1914.
Sur la carte du Bas-Canada dessinée en 1815 par l’arpenteur du gouvernement Joseph Bouchette le chemin menant à la seigneurie de D’Aillebout arrivait par le sud de Ste-Elisabeth jusqu’à la rivière de l’Assomption; il n’y avait pas encore de pont. Deux autres chemins plus au nord menaient à la concession de Castle Hill de la seigneurie de Lanoraye à partir de la rivière Bayonne. D’autres colons arrivaient de la seigneurie de Lavaltrie et du canton de Kildare à l’ouest mais il n’y avait pas encore de chemin.

La première traverse sur la rivière de l’Assomption
Le chemin d’accès à la seigneurie de d’Aillebout qui commençait à se peupler venait de Ste-Elisabeth, il fallait traverser la rivière de l’Assomption en passant par une traverse située quelques arpents en aval du pont Baril actuel au sud de la seigneurie. Le village d’Industrie (Joliette) n’existait pas encore, il y avait une autre traverse sur la rivière loin en aval vis à vis de St-Paul de Lavaltrie.
Le 28 janvier 1819 Marie Anne Cerré seigneuresse a conclu une transaction avec Joseph Savoie résidant en la seigneurie de Daillebout. Il avait convenu verbalement avec le seigneur Pierre Louis Panet, décédé en 1812, de pouvoir défricher et cultiver une terre sur le lot 15 de la première concession; le manoir seigneurial Panet construit vers 1812 se trouvait sur le lot 15 de la 3ème concession. M. A. Cerré lui a racheté ses travaux de défrichement et la maison qu’il avait commencé à construire. En compensation elle lui avait loué à bail la traverse sur la rivière de l’Assomption pour 7 années à condition qu’il termine le chemin y menant. L’acte notarié est difficile à déchiffrer.
Le nord du territoire actuel de Lanaudière commençait à se peupler: le canton de Kildare, le haut de la seigneurie de Lavaltrie et le bas des seigneuries de d’Aillebout et Ramezay. En 1819 Marie Anne Cerré a fait construire des moulins seigneuriaux sur la rivière de l’Assomption en amont de la traverse de Joseph Savoye; elle est décédée en 1828. Le 7 août 1834 William Berczy agent de la seigneurie a concédé à Joseph Savoye cultivateur de Daillebout la terre N°15 de la 1ère concession dont il était en possession depuis plusieurs années où se trouvait la traverse appartenant à Pierre Horace Panet. Celui-ci était un cousin de Marie-Anne une des héritières Panet-Cerré qu’il avait épousée en 1830.
Sur la carte dessinée par Joseph Bouchette junior en 1831 le chemin venant de Ste-Elisabeth traversait la rivière et il rejoignait l’emplacement du village de Ste-Mélanie actuel.

La traverse de Basile Grandchamp
En 1830 Basile Grandchamp a pris en charge le bail de la traverse et il l’a opérée pendant de nombreuses années. Le 7 avril 1830 Emily Rush et son fils James Cuthbert junior curateurs du seigneur de Lanoraye Ross Cuthbert absent ont accordé un bail à loyer d’une année à Basile Grandchamp cultivateur de Daillebout pour une pointe de terre de la seigneurie de Lanoraye se trouvant vis à vis la traverse sur la rivière de l’Assomption et du droit exclusif de traverser toutes personnes, bestiaux, voitures et autres de l’autre côté de la rivière, dont les profits et avantages appartiendront au dit preneur, pour 5 piastres d’Espagne, 3 pour la traverse et 2 pour le terrain.
Le 24 avril 1830 Pierre Horace Panet avocat domicilié à Daillebout a loué à bail pour 13 mois à Bazil Corneillier dit Grandchamp journalier une maison et la pointe de terre en dépendant connue sous le nom de traverse de la rivière de l’Assomption avec le droit de traverse pour 20 minots de bon blé. Il sera tenu de fournir les voitures d’eau comme bacs, canots, etc. Si P. H. Panet était condamné par le voyer à payer une amende parce que la traverse ne fonctionnait pas il devrait la régler. Sur un plan de 1857 la traverse est nommée Granchamp’s Ferry et la pointe de terre de la seigneurie de Lanoraye appartenait à la veuve et aux héritiers de Basile Grandchamp.

La traverse des moulins seigneuriaux
Les moulins seigneuriaux ont été construits sur la rivière de l’Assomption en 1819 et une traverse y a été établie, sans doute peu après. Le 16 avril 1832 Emily Rush épouse de Ross Cuthbert absent et James Cuthbert junior leur fils ont concédé une terre de leur seigneurie de Dautrai à Pierre Louis Panet, Louis Lévesque et Charlotte Mélanie, William Berczy et Louise Amélie et demoiselle Thérèse Eugénie Panet, seigneurs de Daillebout, dans la concession du Mont Ste-Marie tenant à la rivière de l’Assomption de 21 arpents, située en face de leurs moulins.
Le 18 mai 1832 Joseph Lavallée de Beloeil a été engagé par William Berczy et les coseigneurs de la seigneurie de Daillebout comme meunier du moulin à farine seigneurial. Il avait la garde du moulin à scie, de la traverse et de l’entretien des chemins et des côtes.
Le 25 octobre 1848 Michel Trudeau a été engagé comme meunier au moulin à farine et à avoine. Il aura soin de l’entretien des chemins et des côtes tant dans la seigneurie de Daillebout que dans la seigneurie de Monsieur Ross Cuthbert conduisant aux dits moulins…

Les plans dessinés pour le partage des seigneuries entre les héritiers Panet vers 1850 ne montrent pas le chemin ni le pont qui avait pourtant été construit sur la rivière avant 1850.
Le 4 juin 1850 Pierre Louis Panet procureur de Thérèse Eugénie Panet a vendu au nom de celle-ci son cinquième indivis dans les moulins de la seigneurie à William Berczy et son épouse Louise Amélie avec son cinquième indivis dans le pont sur la rivière de l’Assomption qui communiquait avec la terre située de l’autre côté de la rivière dans la seigneurie de Dautray. Le plan de 1857 montre le chemin situé de l’autre côté de la rivière en amont des mouins mais pas le pont.

Joseph Bouchette junior a dessiné une nouvelle carte du Canada en 1858 qui montre les 2 ponts ou traverses existant alors sur la rivière de l’Assomption.

L’abandon des moulins seigneuriaux et du pont
Le 31 juillet 1878 Pierre Thomas Lévesque, le notaire Adolphe Magnan au nom de Marie Louise Panet veuve Lamothe, Jérôme Robillard instituteur de Ste-Mélanie au nom de Marie Jessie Lévesque ont vendu à Basile Picheau dit Vincent de Ste-Mélanie le terrain des moulins seigneuriaux et celui situé de l’autre côté de la rivière:
- La pointe de terre appelée Pointe Ennuyante contenant 100 arpents bordée de 3 côtés par la rivière l’Assomption et du côté sud-est par le chemin du devant des terres de la concession Moll avec toutes les bâtisses comprenant un vieux moulin à farine et à scie avec les agrès.
- Un terrain situé dans la seigneurie Dautray en la concession du Mont Ste-Marie…
Peu après, le 3 février 1879, le Conseil Municipal de Ste-Mélanie a adopté un règlement pour abolir un chemin public qui n’était plus d’utilité publique car le moulin de feu William Berczy ne fonctionnait plus.
À mon avis il s’agit du chemin des moulins seigneuriaux qui a été aboli après qu’ils aient été vendus et abandonnés contrairement à ce qu’affirme la suite de ce texte: or, c’est justement le long de ce chemin de route que le Sentier littéraire s’est établi.
Le sentier littéraire Louise-Amélie a été inauguré en 2018 à l’emplacement où un petit moulin à scie avait été construit par William Berczy près du rang du Pied de la Montagne. Mais ce moulin n’était pas le moulin seigneurial, il se trouvait sur une terre privée et la municipalité n’avait pas de juridiction pour abolir le chemin y menant. Je crois que les promoteurs du sentier littéraire devraient réviser leurs informations, il n’y a jamais eu de moulin à cardes à cet emplacement.
La traverse Tucotte et le pont de fer
Pour le 150ème anniversaire de la paroisse Ste-Mélanie un historique a été publié en 2004. On y lit que François Turcotte opérait depuis 1872 une traverse sur la rivière de l’Assomption reliant Ste-Mélanie à St-Félix qui était sans doute plus pratique que le vieux pont des moulins qui a donc été abandonné plutôt que d’être réparé. La traverse était sous juridiction municipale alors que le régime seigneurial avait été aboli à partir de 1854.

Le tarif allait de 2 cents pour une personne à 10 cents pour une voiture à 2 chevaux. On peut imaginer que la traverse Turcotte pouvait ressembler à celle-ci à Berthier:
En 1909-1910 la traverse Turcotte a été remplacée par un pont en fer. Le 24 juillet 1909 la Corporation du Comté de Joliette représentée par Dolphis Tellier maire de Ste-Mélanie a conclu un marché avec Edouard Lauzon de Joliette pour construire 2 culées en pierre, l’une sur le terrain de Joseph Belleville en la paroisse de Ste-Mélanie et l’autre sur le terrain de Charles Noad en la paroisse de St-Félix-de-Valois pour y assoir un pont en fer sur la rivière de l’Assomption. Le contrat des culées et des terrassements a été conclu pour 3.515 piastres. Urgel Lauzon et Charles Edouard Lauzon tailleurs de pierre et Giusepe Nicoletti entrepreneur se sont portés caution.
Edouard Lauzon exploitait les carrières de pierre du centre-ville de Joliette situées près du pont des Dalles depuis 1884 au moins; son fils Urgel était aussi tailleur de pierre. Giusepe Nicolleti avait fondé une entreprise de maçonnerie à Joliette.
Le 24 juin 1910 la Corporation du Comté de Joliette représentée par Dolphis Tellier a conclu un autre marché avec la compagnie The Phoenix Bridge and Iron Works Limited de Montréal représentée par Armand Sicotte pour la construction d’un pont en fer avec ses accessoires sur la rivière de l’Assomption à l’endroit où il existe une traverse sur le rang du Domaine connue sous le nom de traverse Turcotte. Les travaux étaient déjà commencés, le pont devait être déposé sur les culées pour être livré le 1er juillet 1910. Le marché avait été conclu pour 3.175 piastres.
Dans l’historique de Ste-Mélanie le coût total des travaux de construction faits par E. Lauzon est estimé à $560.90 alors que le marché notarié est de $3.515, une légère différence.

La légende de la photo est le pont de fer Barrette. Le 16 mars 1910 la Corporation du Comté de Joliette avait conclu un autre marché avec Héria(?) Barrette cultivateur de Ste-Mélanie pour construire les garde-corps à chaque bout du pont pour 40 piastres. Ce serait curieux que ce soit lui qui ait donné son nom au pont.
Le pont de fer de la traverse Baril
Le 20 juin 1914 la Corporation du Comté de Joliette représentée par Fabien Neveux maire de St-Ambroise de Kildare, Louis Basinet maire de St-Charles-Borromée et Alexis Asselin maire de Ste-Elisabeth ont conclu un marché avec Joseph St-Jean, Joseph Lachapelle et Pierre Parent cultivateurs de St-Paul pour la construction d’un pont de fer avec ses accessoires sur la rivière de l’Assomption à environ 5 arpents en amont de l’endroit appelé traverse Baril à être placé sur des culées en béton. Ils devaient construire les culées, les remblais, les approches et les garde-corps et terminer les travaux pour le 1er mars 1915. Le marché a été conclu pour $8.238 piastres.
Le même jour Cuthbert Asselin cultivateur de Ste-Mélanie a été engagé pour construire une route sur les lots 43, 42 et 40 de Ste-Mélanie pour 600 piastres et Joseph Baril de Ste-Elisabeth pour construire la route sur le lot 393 de Ste-Elisabeth pour 600 piastres.
Robert Caron a écrit en commentaire: cette photo date de août 1973; un nouveau pont a été érigé en 1972 dans le prolongement de la rue Principale de Notre-Dame-de-Lourdes. Le vieux pont fut démoli au printemps 1974. Le pont de fer entre Ste-Mélanie et St-Félix-de-Valois a dû être remplacé à la même époque.






