Catégorie: Histoire
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Faire le zouave à Joliette

La compagnie des Zouaves de Joliette a été fondée en 1913 mais ses membres n’ont jamais été à la guerre. Ils voulaient perpétuer la mémoire des volontaires qui étaient partis défendre le pape Pie IX attaqué par les nationalistes italiens entre 1860 et 1870. Quand ces zouaves étaient revenus d’Italie ils avaient créé des associations catholiques d’anciens combatants. Chaque ville a ensuite voulu avoir sa compagnie de zouaves pour pouvoir défiler en uniforme derrière la fanfare, se donner des grades et des médailles. C’étaient des soldats de pacotille, une curiosité du folklore québécois.

Une page du folklore québécois

Le lieutenant Lionel Rondeau était l’officier en charge des zouaves de Joliette en 1953. Il dirigeait une compagnie de volontaires catholiques qui animait les cérémonies religieuses et civiles en défilant au son de la fanfare. Il n’a jamais été à la guerre mais il avait deux médailles et un bel uniforme.

Les Zouaves Pontificaux de Joliette

Cette belle photo de la collection de la Société d’Histoire de Joliette montre les membres de la compagnie des Zouaves Pontificaux de Joliette et leur aumônier vers 1940.

La compagnie des Zouaves Pontificaux de Joliette – Collection SHJL

Cette autre photo des archives du Québec un peu plus tardive montre quatre zouaves et leur curé de campagne promenant la Sainte Vierge à l’occasion d’une procession religieuse.

Zouaves de la campagne – BAnQ

Les zouaves de l’armée française

Musée des Invalides, France

À partir des années 1830, des soldats indigènes d’Afrique du Nord sont enrôlés par l’armée française. Leur nom provient de celui de leur tribu d’origine: les zwawis, devenus zouaves en français. D’allure bravache, volontaires voire téméraires, habillés à l’orientale, aux traditions atypiques… ces zouaves sont vite considérés comme des hommes exubérants et sont sujets à de nombreuses moqueries. L’expression faire le zouave date de cette époque.

Zouave d’Algérie

C’étaient donc des mercenaires qui ont participé à la conquête coloniale de l’Algérie par la France. Le bataillon des Zouaves Pontificaux a été créé le 1er janvier 1861 sur ce modèle pour défendre les États Pontificaux menacés par les troupes nationalistes italiennes qui cherchaient à libérer et unifier l’Italie.

Les zouaves pontificaux

Zouaves Pontificaux français

Les états pontificaux étaient des terres appartenant à l’Église qui occupaient tout le centre de la péninsule. Pour réaliser l’unification de l’Italie il fallait qu’ils joignent les autres parties du royaume de gré ou de force. En 1860 les troupes nationalistes emmenées par Garibaldi sont remontées depuis la Sicile pour aller libérer Rome et en faire la capitale de l’Italie unifiée.

Les États Pontificaux en 1849 – Wikipedia

Le pape Pie IX a alors appelé les catholiques du monde à venir défendre ses biens temporels. Benjamin Antoine Testard de Montigny, un ancien élève du collège de Joliette, a été le premier canadien à répondre à l’appel en janvier 1861.

Testard de Montigny – BAnQ
Hugh Murray – L’Opinion Publique, 9 avril 1874
Nos croisés – Louis Edmond Moreau 1871

Plusieurs anciens zouaves ont publié leurs mémoires en établissant des listes de ceux qui s’étaient enrôlés. Hugh Murray était parti en juillet 1861, Alfred LaRocque en 1867. Les autres sont partis à partir de janvier 1868, comme Gaspard Hénault de Berthier.

Le zouave Hénault – BAnQ

Environ 500 canadiens français se sont engagés dans les zouaves pontificaux. Il y a aussi eu au moins un anti-zouave. Le jeune Arthur Buies âgé de 20 ans se trouvait en France en 1860, il est parti rejoindre l’armée de Garibaldi en Sicile. Yvan Lamonde a raconté son périple de quelques mois: Bivouaquer avec Arthur Buies en Sicile.

La Gazette de Joliette, 9 mai 1867 – Les catholiques ont trouvé une nouvelle manière de manifester leur attachement au pouvoir temporel du St-Siège. Outre la contribution du Denier de Saint Pierre, la coutume s’établit d’offrir à Pie IX, pontife et roi, les frais d’entretien d’un zouave pontifical pendant une année. Alfred LaRocque avait été blessé à la bataille de Mentana et il a été rapatrié en 1868. Il avait été décoré par la Pape et portait fièrement ses médailles.

Alfred LaRocque en 1868 – William Notman

Un contingent de 135 volontaires est parti en janvier 1868, plusieurs ont suivi jusqu’en août 1870. Ils s’engageaient pour 2 ans. Parmi ceux de Lanaudière on trouve les noms d’Alfred Baby frère de l’avocat de Joliette Georges Baby, Georges Panneton fils de Charles Héliodore Panneton agent seigneurial de madame Joliette, David Dufresne de St-Barthélémy, Oscar Melançon et Auguste Marion de Joliette, Sydney Thomas, Arthur Champagne et Raymond Dostaler de Berthier, Aristide Champagne de Lanoraie, Jérémie-Denis Laporte, Etienne Rosseling et Agapit Douaire de Bondy de Lavaltrie, Joseph-George-Walter McGown de St-Ambroise, etc.

La Gazette de Joliette, 24 mars 1868

L’aumônier d’un second détachement parti en mai était l’architecte Joseph Michaud clerc de St-Viateur et professeur au collège Joliette. La Gazette de Joliette suivait la campagne militaire de ses héros. Oscar Melançon avait repris le service alors que Georges Panneton était encore trop faible; Alfred Baby se portait très bien.

La Gazette de Joliette, 25 janvier 1869

La plupart de ces zouaves n’ont pas vu beaucoup d’action, la ville de Rome s’est rendue sans résistance le 20 septembre 1870. Les 8 morts avaient succombé aux épidémies.

Au total, seulement huit de l’ensemble des zouaves canadiens trouvent la mort en mission pontificale. Aucun de ceux-ci n’est mort aux combats, puisqu’aucune bataille importante ne se déroule à la suite de l’arrivée des Canadiens français sur le terrain.

Des anciens croisés: les zouaves pontificaux – Luka Boredeleau-Lambert

Par exemple Agapit Douaire de Bondy de Lavaltrie est mort subitement en décembre 1869. On faisait cinquante versions plus ou moins absurdes; on parlait même d’assassinat…

La Minerve, 21 janvier 1870

Le retour des zouaves

La Gazette de Joliette, 21 juillet 1870 – Le zouave Auguste Marion, de retour de Rome avec le 3ème détachement, est arrivé à Joliette, mardi soir. Un grand nombre de ses amis allèrent le saluer à son arrivée.

Les volontaires s’étaient engagés pour 2 ans et au début de 1870 les premiers partis commençaient à revenir. Le dernier contingent était arrivé en France en septembre alors que la bataille était déjà terminée, ils ont tous été rapatriés à l’automne.

La Gazette de Joliette du 17 novembre a rapporté le banquet qui a eu lieu à l’Institut de Joliette pour féliciter les zouaves pour leur courage. L’article mentionne la présence des zouaves McGown, Melançon et Baby.

Gerbes de souvenirs – A.C. Dugas

Les zouaves anciens combatants

Les Zouaves Pontificaux de retour ont été acclamés par la population et Mgr Bourget comme des héros, des croisés modernes et des martyrs ayant souffert pour la cause de l’Église.

Premier bulletin de l’Union Allet, 1873

L’Union Allet a été fondée en 1871 par les zouaves de retour d’Italie. En 1873 elle a commencé à publier une revue mensuelle donnant des nouvelles de l’association et de ses membres. La page de couverture montre les armoiries d’un chevalier avec la devise Aime Dieu et va ton chemin. Dans le deuxième numéro de novembre 1873 le zouave Georges Panneton de Joliette a publié son annonce commerciale.

Les Zouaves Pontificaux, l’Union Allet 1875 – BAnQ

Pour beaucoup de ces jeunes catholiques qui s’étaient portés volontaires le voyage jusqu’à Rome avait été une expérience marquante dont ils se sont souvenu toute leur vie. Chaque année ils se retrouvaient dans une ville pour commémorer, en 1883 la fête a eu lieu à Joliette.

L’Étendard, 28 juin 1883

Le Chevalier de Montigny, ancien du collège de Joliette, qui avait été le premier canadien à rejoindre le régiment des zouaves pontificaux en 1861 a été décoré de la croix de Pie IX.

Le Journal des Trois-Rivières, 3 juillet 1884

La compagnie des Zouaves de Joliette

En 1905 les zouaves commençaient à se faire vieux, depuis 1899 des associations s’étaient formées pour prendre la relève. Plus de 800 personnes avaient accompagné les Zouaves de Trois Rivières venus en pélerinage à Joliette. Après la messe et le banquet ils avaient paradé sur la place du marché où une foule énorme s’était déplacée qui avait été fortement impressionnée.

Le Trifluvien, 6 juin 1905

Nous avons entendu nombre de personnes de Joliette parler d’avoir eux aussi leur corps de Zouaves. Il a fallu attendre jusqu’en 1913 pour que le corps de Joliette soit formé.

Charles-Edmond Rouleau – BAnQ
L’action populaire, 13 novembre 1913

Le colonel Rouleau commandant de toutes les compagnies du Québec était venu présider la cérémonie et accréditer les officiers de la nouvelle compagnie de Joliette. Maxime Ferron avait été élu président, Tancrède Trottier capitaine, etc.

Les buts de l’association des Zouaves Pontificaux était de défendre l’Église et le Pape ainsi que de perpétuer le souvenir et les traditions des anciens zouaves pontificaux, sa devise était Aime Dieu et va ton chemin. Curieusement les protestants affirment que cette même devise est gravée sur une croix en France symbolisant depuis plus de quatre siècles l’exil protestant des huguenots.

L’action populaire, 28 mai 1914

Maxime Ferron commandant du bataillon de Joliette et ancien zouave pontifical a été nommé chevalier de Pie IX par le pape Benoit XV.

L’étoile du Nord, 29 octobre 1914

La guerre avait éclaté en Europe en août 1914 mais elle était lointaine. Les zouaves de Joliette voulaient apprendre le maniement des armes mais c’était juste pour être en mesure de bien recevoir la visite du régiment des Zouaves Pontificaux Canadiens à Joliette en juillet.

L’action populaire, 28 janvier 1915

Plus de 700 Zouaves Pontificaux ont participé à ce rassemblement en juillet 1915 au parc Joliette devant une foule de 4.000 spectateurs. Après la messe il y eut un banquet, une parade et une distribution de médailles.

L’étoile du Nord, 8 juillet 1915

La fanfare des Zouaves

Le comité de la régie élu en novembre 1918 comprenait A. Vignault président, Victor Masse vice-président… le capitaine T. Trottier et le directeur de la fanfare J. Albert Contant.

L’action populaire, 14 novembre 1918

La fanfare a fait ses débuts le 25 février 1919 à la Salle du Marché. L’action populaire rapportait que le colonel Rouleau était venu y assister. La composition Colonel Rouleau de J.A. Contant, fanfare et clairons réunis, était respectueusement dédiée au colonel des zouaves du Régiment canadien. Le Choeur des Zouaves et MM. Emile Généreux, Maurice Champoux et Tancrède Trottier déridèrent absolument tous les assistants.

L’action populaire, 17 avril 1919 – La Compagnie des Zouaves de Joliette assistera à la grand’messe le jour de Pâques et paradera après la messe dans les rues de la ville. Ce sera la première sortie de nos zouaves avec leur nouvelle fanfare.

Le 19 avril ils ont donné un autre concert dans la Salle du Marché, ils ne chômaient pas.

L’action populaire, 24 avril 1919

Joseph-Albert Contant originaire de Chambly était organiste et maître de chapelle à la cathédrale de Joliette depuis 1914. Il a fondé et dirigé la fanfare des Zouaves pour laquelle il a composé de nombreuses marches comme la Marche iroquoise dédiée à Mgr Forbes qui avait été missionnaire à Caughnawaga. Son frère Alexis Contant était aussi un compositeur célèbre.

Monument J. Albert Contant, parc Lajoie

L’étoile du Nord, 15 juin 1922 – Le capitaine Tancrède Trottier ayant déménagé à Lowell et le lieutenant Avila Vigneault à Québec un nouvel état-major a été nommé par le colonel Rouleau commandant des zouaves du Québec. L’adjudant Victor Masse a été nommé capitaine, le premier sous-lieutenant Émile Généreux a été nommé lieutenant. J.-B. Lachapelle, A. Corbeil, L. Charette ont aussi reçu des promotions.

Les commémorations de 1923

Les fêtes de commémoration du centenaire de Joliette en 1923 ont été célébrées par un grand ralliement. Il a débuté avec une Marche par l’Union Musicale de la ville, l’Harmonie du Séminaire et la Fanfare des Zouaves réunies sous la direction de M. J. A. Contant, directeur de la Fanfare des Zouaves. Un concert dans le parterre de l’Évêché a ensuite été donné par la fanfare des Zouaves comprenant une composition de J.A. Contant et une autre de son frère Alexis.

L’action populaire, 14 juin 1923

Dans l’après-midi l’Union Musicale de Joliette et la fanfare des Zouaves ont aussi donné un concert au parc Renaud.

L’action populaire, 14 juin 1923

L’action populaire, 12 juillet 1923 – Environ douze cents Zouaves venus de tous les coins de la Province ont assisté dimanche et lundi au grand ralliement de Montréal. La compagnie de Joliette avait délégué cinquante des siens avec son aumônier.

Pour le 10ème anniversaire de la fondation de la compagnie des Zouaves de Joliette un rappel de l’idée qui avait donné naissance aux Zouaves Pontificaux a été publié: Un monarque ambitieux nourrit depuis longtemps le projet sacrilège d’unifier l’Italie. Il rêve de rétablir l’empire ancien de César. Mais pour ce faire il doit abdiquer son nom de catholique…

L’action populaire, 2 novembre 1923

La salle des Zouaves rue Lajoie

La salle des Zouaves qui existe toujours sur la rue Lajoie a été construite en 1926. Elle leur servait de salle de réunion, les répétitions de la fanfare y avaient lieu ainsi que des exercices de maniement des armes.

La salle des Zouaves vers 1964

La première activité annoncée dans les journaux avait été une démonstration d’instruments de fanfare organisée par la maison Boosey de Londres.

L’étoile du Nord, 9 septembre 1926

Le local qui appartenait à l’Évêché était une salle paroissiale. En 1929 la fameuse exhibition Potvin montrant un automate, un caroussel miniature et des tableaux en relief y a été présentée du 25 septembre au 6 octobre.

L’action populaire, 19 septembre 1929

Les commémorations des anciens

En 1928 soixante ans après leur croisade à Rome il y avait encore 70 Zouaves Pontificaux vivants. Joliette se préparait à recevoir une trentaine de ces vénérables vieillards pour leur rendre hommage.

L’action populaire, 7 juin 1928

L’action populaire, 13 novembre 1963 – Le 21 mai 1930 M. Georges Panneton ancien du Séminaire et Zouave sous Pie IX est fait Chevalier de Pie XI. A la salle du Séminaire Sa Grandeur Mgr Papineau remet les insignes au nouveau Chevalier qui est salué par le bataillon des Zouaves de Joliette et applaudi à chaudes mains.

Cette photo de vétérans est datée de 1935, il ne restait plus beaucoup de surivivants.

Collection Albert Dorval – Journal de Québec

Les nouveaux Zouaves Pontificaux

La compagnie des Zouaves de Joliette n’avait jamais été à la guerre mais ses membres aimaient défiler en uniforme et se donner des grades et des médailles. Le mouvement s’est peu à peu folklorisé devenant un mouvement catholique encadrant les jeunes, comme les boys scouts en Angleterre.

Le 10 août 1930 le commandant Maxime Ferron ancien Zouave Pontifical Canadien a remis les décorations de Long Service et Distinction au capitaine Victor Masse, Maurice Champoux, Léopold Rainville et Léopold Desmarais. Leur seul mérite était d’avoir servi 15 ou 10 ans. Le même jour de nouveaux grades ont été accordés: Médard Lassalle 1er Sergent, Albert Forget 2ème Sergent, Roger Trudel Caporal.

L’étoile du Nord, 7 août 1930

Pour un spectacle au Séminaire J.A. Contant avait composé l’ouverture Ferron zouave de Pie IX dédiée au distingué Chevalier de Pie IX. M. Maxime Ferron dans son costume de Zouave Pontifical occupera une place d’honneur à la séance.

L’étoile du Nord, 11 décembre 1930

Les journaux rapportaient surtout les activités de la fanfare qui était très active. Un corps de clairon indépendant de la fanfare a été fondé en 1931. La Compagnie comptait une centaine de membres et cherchait à en recruter de nouveaux. Les aspirants devaient faire application par l’entremise d’un membre de la Compagnie.

L’étoile du Nord, 5 mars 1931

L’action populaire, 18 juin 1931 – Comme les années passées, la Fanfare des Zouaves vient d’obtenir du conseil municipal son octroi pour les dix concerts qu’elle donnera dans le parc Lajoie dans le cours de l’été.

L’action populaire, 3 novembre 1932 – La grande soirée du Bon Vieux Temps, organisée par les Zouaves de Joliette aura lieu à la salle Académique du Séminaire lundi soir le 14 courant à 8 h.30, sous la haute présidence de S. Exc. Mgr Papineau. Dix-sept artistes, dont plusieurs sont bien connus à Joliette, sous la direction de M. Conrad Gauthier interpréteront “Veillée de la Ste-Catherine” et le drame patriotique “Reste Paysan”. En plus on verra violoneux, danseurs, joueurs d’accordéon, de musique à bouche, etc. Voici quelques uns des artistes au programme: MM. Conrad Gauthier, Hector Charland, Arthur Lefebvre (Narcisse), Amireault, Valleyrand, Bariteau…

La compagnie des Zouaves promouvait le sport, elle comptait plusieurs équipes de hockey et de balle molle qui disputaient des tournois.

Le courrier de Berthierville, 7 décembre 1933

En 1938 près de 1.200 zouaves étaient venus à Joliette pour leur grande convention.

L’étoile du Nord, 21 juillet 1938

Pensez au rôle que joue le Zouave dans la société; car un zouave est un homme qui doit rester sans peur et sans reproche, sans peur pour servir son pays et sa religion et sans reproche pour avoir servi son pays et sa religion dans quelque sphère que ce soit.

L’action populaire, 11 mai 1939

Une remarque montre que l’accoutrement des zouaves portait à la moquerie. Votre fils n’aime pas l’uniforme des zouaves direz-vous peut-être? Il ne l’aura pas porté deux ou trois fois qu’il se fera un honneur de le revêtir…

Pendant la nouvelle guerre qui faisait rage les Zouaves ne sont pas partis à la défense de la France qui n’était plus un pays catholique, ils présentaient des spectacles. Lucien Contant avait remplacé son père à la direction de la fanfare. Dans un spectacle de 1942 un sketch comique par le jeune zouave Yoland Guérard alors âgé de 19 ans avait eu beaucoup de succès.

L’action populaire, 29 octobre 1942

Il y avait alors deux compagnies de Zouaves à Joliette: la Cie No 13 de la Cathédrale et la Cie No 31 du Christ-Roi. Pour le 75ème anniversaire du départ des Zouaves Canadiens en 1868 le commandant J.-A. Lambert du 3ème bataillon des Zouaves Pontificaux Canadiens est venu rencontrer les deux compagnies à la salle paroissiale de la cathédrale (section Zouaves) rue Lajoie.

L’action populaire, 7 octobre 1943
Le courrier de Berthierville, 3 août 1945
L’étoile du Nord, 16 août 1945
Les Zouaves pontificaux – Cerbelaud-Salagnac 1963

La déclin des zouaves après la guerre

La société québécoise évoluait, la révolution tranquille émergeait doucement et le mouvement des zouaves pontificaux paraissait de plus en plus comme une curiosité moyenâgeuse. En 1953 le lieutenant Lionel Rondeau était l’officier en charge des Zouaves de Joliette et le soldat Henri Thouin le président du comité de régie de la compagnie No 13. Ils portaient fièrement leurs uniformes et leurs médailles mais ils font sourire avec leur accoutrement.

L’action populaire, 9 juillet 1953

Aime Dieu et va ton chemin. En 1958 le mouvement était encore populaire et le président Osias Pépin espérait pouvoir doubler l’effectif en invitant les parents à inscrire leurs garçons de 15 ans et plus: ils pourront occuper leurs loisirs à des amusements sains pour le corps et pour l’esprit.

L’action populaire, 8 octobre 1958

Tous soyons zouaves – La nouvelle campagne de recrutement 1960 précisait qu’on pouvait être membre actif ou membre honoraire. Ces derniers n’étaient pas obligés de porter l’uniforme ni de suivre les exercices; pour $2.50 par année ils avaient droit d’admission à la salle d’amusement et à des funérailles militaires.

L’étoile du Nord, 2 mars 1960

C’est à cette époque que l’image des zouaves change profondément: ils passent de croisés vénérés à des conservateurs accrochés à un passé révolu. L’uniforme des zouaves, symbole par excellence, est ainsi utilisé par Radio-Canada en 1961 pour se moquer du Père Ovide, personnage des Histoires des Pays d’en Haut, et ce au grand mécontentement de l’Association des Zouaves du Québec qui porte plainte à la société d’État.

Des anciens croisés: les zouaves pontificaux – Luka Bordeleau-Lambert

L’étoile du Nord, 22 novembre 1961

L’étoile du Nord, 18 juillet 1962 – Souhaitons la meilleure chance aux Grenadiers Barthélemy-Joliette. Une initiative heureuse des Zouaves de Joliette, dirigée entr’autres par MM. Lucien Contant et Jean-Guy Nadon.

L’étoile du Nord, 3 juillet 1963 – On murmure souvent sur l’uniforme pittoresque de ces Zouaves. Mais les Zouaves, c’est les Zouaves; ils doivent garder cet uniforme, autrement ce serait des Zouaves manqués. Ce n’est pas comme les communautés religieuses. Il est déplorable que leur fanfare n’existe plus. Heureusement, la formation d’un corps de clairons et tambours a jusqu’à un certain point compensé. Une grande parade doit avoir lieu, samedi le 6 juillet pour souligner le jubilé d’or.

En juillet 1963 le cinquantième anniversaire de la fondation de la compagnie des Zouaves de Joliette a été le chant du cygne. On ne trouve plus de mentions de leurs activités par après.

L’étoile du Nord, 10 juillet 1963
L’étoile du Nord, 10 juillet 1963
L’étoile du Nord, 4 décembre 1963

Les zouaves ont bien essayé de se moderniser. Le pantalon bouffant est devenu droit en 1964, ils ont organisé des activités à caractère familial où les femmes étaient admises mais c’était trop tard.

L’action populaire (La ruche), 17 juin 1964

En février 1966 un article mentionne la Salle “ Vive Lajoie” (ancienne Salle des Zouaves).

L’action populaire, 23 mars 1966 – Après une étude approfondie de cet état de chose, les mouvements décidèrent, avec l’appui de l’Evêché de Joliette, de rénover la Salle Paroissiale (Salle des Zouaves) afin de combler le grand besoin de locaux adéquats.

L’action populaire, 16 octobre 1968 – Mgr André Desrochers, procureur de la Corporation Episcopale, offre en vente la salle paroissiale de la rue Lajoie, dite “Salle des Zouaves”, à la Cité de Joliette pour $16,000… Cette salle qui a retenti des airs martiaux des cuivres de fanfare pourrait raconter bien des souvenirs.

L’action populaire, 19 novembre 1969

L’action populaire, 23 septembre 1970 – Le Pape Paul VI vient d’annoncer la dissolution de toutes les unités militaires pontificales, à l’exception de la très ancienne garde Suisse. Cette décision de remplacer ces corps de garde par un bureau spécial du service d’ordre et de surveillance marquera-t-elle au Québec la disparition des zouaves pontificaux, ensemble plus folklorique que militaire, déjà disparu d’ailleurs de la ville de Joliette.

En 1984 lors de la venue du pape Jean-Paul ll les Zouaves Pontificaux Canadiens ont connu leur ultime heure de gloire, faisant à leur illustre chef une haie d’honneur.

Collection Albert Dorval – Journal de Québec

Il a 80 ans et refuse toujours de parader sans uniforme: Roger Poitras, dernier Zouave pontifical à Montréal en 2017.

Me Jean Hétu de la Société d’Histoire et du Patrimoine de Lavaltrie a publié un article sur les zouaves de Lavaltrie où on trouve ce montage photo des volontaires du 1er contingent partis le 10 mars 1868.

Plaque commémorative, cathédrale de Montréal

À Paris j’habitais près du pont de l’Alma où la statue du zouave sert à mesurer la hauteur des crues de la Seine. Quand je faisais des bêtises ma mère me disait: arrête de faire le zouave.

Le zouave du pont de l’Alma, Paris 1924 – Photo Meurisse

Carte du Québec

4 réflexions au sujet de “Faire le zouave à Joliette”

  1. Très intéressant. Il existe un petit film de l’ONF, un tantinet moqueur, «Avec tambours et trompettes» qui illustre le mouvement dans les années 1960.

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  2. La Société d’histoire et du patrimoine de Lavaltrie a organisé une expo portant notamment sur les cinq zouaves originaires de Lavaltrie dont Lucien Benoit, décorateur d’église dont la Cathédrale de Joliette. Ce dernier fut grandement marqué par son voyage à Rome et sa photo de zouave se retrouve sur sa carte mortuaire. Il faut souligner aussi qu’une quinzaine de zouaves, dont Arthur Champagne de Berthier, vont recevoir gratuitement des lots pour aller fonder Piopolis mais ils vont vite découvrir qu’il s’agit d’une région de misère. Je vais également mentionner que Benjamin Testard de Montigny a épousé une Hétu de Lavaltrie. Enfin, dans les aventures de Tintin, le prof Tournesol a été traité de zouave et il est devenu furieux!
    Jean Hétu

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