La pollution du cyberespace

Nous avions un espace, nous l’avons pollué. Nous nous sommes inventé un cyberespace, il va devenir irrespirable lui aussi. La pollution informatique s’amplifie, des virus sont mis en circulation par des pirates et par des gouvernements, ils s’échappent, se transforment et circulent sur les réseaux sans contrôle. Pire, il y a toutes les informations un peu floues sur chacun d’entre nous qui sont enregistrées et servent dorénavant à nous définir.

Dr Folamour

Dr Folamour

Nécessitant de gros budgets l’informatique est encadrée par l’état et l’armée. C’est une arme stratégique et économique, il faut être à la pointe de la recherche, se protéger et pouvoir attaquer. Une guerre invisible se déroule qui n’a pas jamais été déclarée officiellement mais qui est bien réelle et très dangereuse.

Dans l’article « Guerres dans le cyberespace: l’irresponsabilité des États dénoncée » de la Presse du 15 octobre 2018 on apprend que les plus dangereux virus en circulation en 2017 ont été mis au point par la NSA (agence de renseignement américaine), dérobés par on ne sait pas qui ni comment et utilisés par quelqu’un.

L’Ukraine a été attaquée par le virus NotPetya et Wikipedia nous informe (entre autre) que « la centrale nucléaire de Tchernobyl a été touchée par le virus et depuis les mesures de la radioactivité ne sont plus suivies informatiquement mais manuellement par les techniciens avec des compteurs Geiger ». C’est rassurant!

Pollution ordinaire

Nous savons maintenant que toutes nos activités dépendent du réseau et sont donc enregistrées. Mais tous ceux qui ont demandé à consulter ces données enregistrées se sont rendu compte qu’il y avait finalement beaucoup d’erreurs. La nature humaine peut difficilement être résumée en une suite de 0 et de 1, elle reste imprévisible.

Pourtant on nous affirme que l’intelligence artificielle va tout révolutionner et solutionner les problèmes. C’est faux. Google avait beaucoup fait parler de lui en 2008 en prétendant pouvoir prévoir les épidémies; le projet a été abandonné en douce en 2015 faute de résultat tangible.

Pour étudier un modèle et faire des prévisions il faut tenir compte de toutes les variables. En mathématiques c’est facile mais pas en sciences humaines. On peut chercher à comprendre ce qui s’est déjà passé pour se préparer à l’avenir mais c’est tout.

Il suffit de penser à la météorologie qui est une science utilisant l’informatique pour faire des prévisions. Elle peut inclure de plus en plus de variables et de modèles passés dans ses calculs grâce à la puissance des ordinateurs et ses prévisions sont de plus en plus exactes à court et moyen terme. Mais les météorologues se contentent d’annoncer des pourcentages et des probabilités. Même pour le changement climatique ils évoquent des possibilités mais ne peuvent évidement pas décrire ce qui ne s’est jamais passé auparavant.

Si le battement de l’aile d’un papillon peut provoquer un cyclone il suffirait peut-être que M. Trump (ou un autre) se lève du mauvais pied un matin pour déclencher l’effondrement de la planète. Aucun modèle ne peut prévoir ça.

Chaque être humain est très compliqué, le hasard d’une simple rencontre peut changer une vie et notre vie n’est qu’une suite de hasards plus ou moins déterminés.

Alors faut-il confier notre futur et celui de nos enfants à l’analyse des algorithmes ? Oui ça peut certainement aider mais il faudrait savoir qui contrôle l’algorithme puisqu’on peut lui faire dire n’importe quoi.

Surtout l’algorithme ne peut qu’analyser le passé, il n’inventera pas le futur. Mais il peut nous faire croire qu’il sait mieux que nous ce qui est bien pour nous et nous endormir: tout va se régler magiquement.

Lectures: Pourquoi la société ne se laisse pas mettre en équations -Pablo Jensen

Je trouve cet article du Monde paru le 19 octobre et qui en vient à la même conclusion que moi:

La question de la vie privée se rapproche d’un autre problème aux sources individuelles et aux conséquences collectives : la pollution. Une photo postée sur Facebook ou un achat sur Amazon n’ébranle pas la démocratie ; pas plus qu’un unique trajet en voiture ne met, à lui seul, la planète en péril. C’est lorsqu’on les agrège et qu’on les combine que les dégâts deviennent apparents et évidents.

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