Catégorie: Histoire de Lanaudière
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Le Township de Rawdon 1795-1850

L’histoire du township de Rawdon à son commencement raconte les circonstances historiques ayant menées à la révolte des Patriotes Canadiens en 1837-1838. Dans les 92 résolutions présentées par les Patriotes beaucoup concernaient l’ouverture de nouvelles terres à la colonisation dans les cantons ou townships puisque la vallée du St-Laurent devenait surpeuplée.

Les premiers lots attribués

Le premier plan du township de Rawdon a été dessiné en 1795 par Samuel Holland. Il ne représente que les deux premiers rangs du canton. Quelques noms sont inscrits sur certains lots, par exemple celui de Ephraim Sanford sur les lots 17, 18 et 20 du premier rang. Le lot 19 est réservé pour l’église (Ch), les lots 16 et 23 pour la couronne (K).

En franchissant la ligne de démarcation entre les seigneuries et le township les lois changeaient, ce n’était plus le même pays.

Dans les seigneuries le roi déléguait son pouvoir à un seigneur qui avait la responsabilité d’ouvrir des terres à la colonisation pour ses censitaires. Les censitaires payaient leur cens sans être jamais propriétaires de leurs terres. Dans les cantons on achetait des terres sur lesquelles on pouvait spéculer; une différence fondamentale à laquelle les Canadiens vont devoir se plier.

La loi des fabriques qui permettait de financer les paroisses catholiques ne s’appliquait pas non plus dans les cantons où les terres réservées à l’église allaient à l’église protestante uniquement. Le problème était grave car les catholiques habitant les cantons étaient desservis par des missionnaires dans une situation précaire, ils ne pouvaient pas bâtir d’églises.

Les premiers lots du township de Rawdon ont été alloués à des militaires retraités qui ont spéculé sur leur valeur sans y habiter. C’étaient sans doute pour la plupart des amis de la clique des Bureaucrates comme dans les autres townships. On peut noter une exception dans le canton de Kildare voisin de celui de Rawdon.

Pierre-Paul Margane de Lavaltrie et ses associés obtiennent une concesion de 11.486 acres de terre dans le Townshil de Kildare. Le 18 août 1803, les associés cèdent leurs droits à P.-P. Margane de Lavaltrie sur les trois premiers rangs de Kildare. C’est ainsi que la seigneurie de Lavaltrie devait s’agrandir jusqu’à ce canton.

Jean Hétu – Le Lavaltrie d’autrefois (page 36)

Le seigneur de Lavaltrie avait déjà obtenu une augmentation en 1734. Ces extensions seront bien utiles à B. Joliette et ses associés en 1823 pour la fondation du village d’Industrie. Le seigneur de Lavaltrie est un des rares Canadiens à avoir obtenu des terres dans les Townships.

Le premier document trouvé en faisant la recherche Rawdon dans la presse concerne la propriété d’E. Sanford qui est à vendre par le Sheriff en 1807.

Gazette de Québec 10 mars 1808
Gazette de Québec 10 mars 1808

Ephraim Sandford and James Sawyers, a veteran of Wolfe’s army, were both Loyalists from the great refugee camp at William Henry (Sorel). Sawyers married Margaret Tucker, widow of John Tucker of the 53rd regiment… In 1805, grants totaling 3000 acres on the 1st and 2nd Ranges were issued to Ralph Henry Bruyère and George Selby. Bruyère, a British military man, was married to Jessie Dunbars.

D. Parkinson

Les premiers arrivants

En 1834 quand les patriotes ont rédigé les 92 résolutions envoyées à Londres, un de leur principaux griefs était l’anarchie qui entourait la gestion des terres des townships qui étaient distribuées aux petits amis des Bureaucrates. Sur ce diagramme du Township de Rawdon daté de 18?? par la BANQ on voit des noms sur des lots mais il y a plein de ratures et ce n’est pas clair du tout. E. Sanford est maintenant sur le lot 20 du 3ème rang.

Un rapport sur les terres de la couronne daté de 1821 montre que des sucreries de Rawdon étaient louées par M. Antrobus alors qu’il n’avait pas de titre de propriété l’autorisant à le faire. John Antrobus avait épousé la fille du seigneur Cuthbert de Berthier, c’était un marchand de Québec proche des Bureaucrates qui profitait de cette anarchie pour essayer de s’enrichir. Il est mort ruiné en 1820.

Rapport sur les terres de la couronne 1821
Montreal Herald 24 janvier 1821

Crecinous dans une communication au Montreal Herald du 24 janvier 1821 parle des colons de Rawdon qui défrichent des lots sans vraiment savoir si ces lots leur appartiennent.

Il critique aussi les lots réservés au roi et à l’église car ces lots ne sont pas défrichés et ils se trouvent au milieu des autres comme une nuisance. La colonisation devrait se faire de façon coordonnée pour pouvoir s’entraider et ouvrir des chemins utiles à tous.

Dans les seigneuries les terres étaient concédées au fur et à mesure du peuplement. Dans les cantons on obtenait un lot au milieu de la forêt sans chemin d’accès et quand l’arpenteur finissait par arriver pour délimiter les lots on s’apercevait qu’on avait passé des années à défricher le lot du voisin.

Montreal Herald 21 mars 1821
Montreal Herald 21 mars 1821
Rapport de l'Assemblée 1821
Rapport de l’Assemblée 1821

Mémoire d’Alexander Rea à H. W. Ryland sur une liste d’associés qui n’ont pas encore payé les honoraires dus pour une pétition:

H. W. Ryland était un des chefs Bureaucrates et il présentait des pétitions à l’Assemblée. Voici comment G. Filteau le décrit dans son Histoire des Patriotes: C’était pire qu’un sectaire, car c’était un fanatique et, toute sa vie, il s’en tint à ce double principe, garrotter l’Église Catholique et amener l’apostasie des Canadiens. Vers 1823 il demandait que des agents soient nommés au plus vite pour arpenter les Townships de Rawdon et Kildare et que les lots soient distribués aux Miliciens méritants.

Malgré tout le township de Rawdon avait commencé à se peupler. Des Canadiens et de nombreux immigrants irlandais squattaient des terres, d’autres colons anglais, écossais et américains loyalistes mieux organisés commençaient à obtenir des titres légaux sur les lots défrichés. Dans l’Histoire de Sainte-Julienne de François Lanoue (page 122) on lit:

Le 4 novembre 1824, John Jefferies, surveillant des routes dans Rawdon, demande avec Philemon Dugas, James Kirkwood, Alexander Connoly, Thomas Wallace, George Hobbs, Zacharie Cloutier et 60 autres, un chemin et un pont sur la rivière du Nacquarro (Ouareau).

Le commerce s’organisait.

Canadian Spectator 25 juin 1825
Canadian Spectator 25 juin 1825

Dans un rapport de Joseph Bouchette sur Rawdon, Kildare et Kilkenny que j’avais étudié dans une chronique on trouve des détails sur la répartition difficile des lots à cause du mauvais caractère de certains. Le seigneur de L’Assomption a empiété sur le Township en attribuant des lots à des censitaires dans le 1er rang. Les habitants du Township viennent principalement d’Irlande.

Joseph Bouchete 1824
Joseph Bouchete 1824

En 1826 l’arpenteur John Sullivan a parcouru le canton pour mieux délimiter les lots, il a pris des notes sur les défrichements qu’il a trouvés.

Les moulins étaient les moteurs de la colonisation, Philemon Dugas avait construit les siens sur la rivière Rouge dans le 2ème rang à partir de 1817. Henry McKenzie, Jacob Oldham et Alexandre Malbut, de riches marchands de Terrebonne et L’Assomption ont acquis en 1812 les droits sur un moulin à scie sur la rivière Ouareau qui s’est appelé moulin Manchester, il était situé dans la seigneurie de St-Sulpice. Roderick McKenzie seigneur de Terrebonne était juge de paix.

Le 31 août 1826 John Jefferies boucher de Montréal a donné et baillé à titre de bail à ferme ou louage à George Finch la moitié du lot 7 du 1er rang de Rawdon bordé d’un côté par le bailleur et de l’autre par le ministre Burton.

Le 19 août 1827 Andrew Smart tonnelier et George Robinson cultivateur ont remis, retrocédé et retransporté à Firmin Dugas meunier 2 arpents de tere à prendre sur le lot 22 du 2ème rang de Rawdon bâti d’une maison non parachevée; ils avaient acheté l’emplacement en 1825 de F. Dugas pour y construire une maison d’école. Le même jour Firmin Dugas a cédé à l’institution royale pour l’avancement de l’éducation le terrain tenant par un bout à une branche de la rivière du Nord (rivière Blanche?) bâti d’une maison convenable pour l’éducation des jeunes gens.

Le 11 septembre 1827 John Jefferies boucher à Montréal a envoyé par le notaire 2 protests au révérend James Edmond Burton son voisin à Rawdon à propos de sa clôture et pour une pièce de terre qu’il devait défricher et passer à la herse selon un marché conclu le 9 janvier 1826. Le révérend Burton lui a répondu le 6 octobre par une signification notariée de contestation. C’est assez curieux de voir ces 2 anglophones se chicaner en français par actes notariés.

Le 23 janvier 1829 John Jefferies agissant comme agent de Henry L. Turner a conclu un marché pour la construction d’une grange; l’entrepreneur pouvait prendre le bois de charpente sur tous les lots de H.Turner qui en avait acheté plusieurs à Rawdon.

Le 8 juin 1829 Pierre Vaillant menuisier de St-Jacques a conclu un marché avec le révérend James Edmond Burton pour la construction d’une église sur le lot 16 du 1er rang de Rawdon. Un avenant du 5 janvier 1830 précise Burton a visité l’église dont il s’est déclaré satisfait. Le devis détaillé des travaux précise que l’emplacement a été choisi par l’archidiacre Mountain. Le 9 juin 1829 Pierre Vaillant a engagé Ambroise Laporte et Alexis Rivet pour équarrire le bois de construction et le 30 juin il a engagé Paschal Jambroux(?) dit Latendresse charpentier pour faire le bardeau de l’église.

Le 26 décembre 1829 Roderick McKenzie et Alexandre Connely demeurant à Rawdon ont déposé un acte de résolution passé à une assemblée ayant eu lieu à Rawdon pour nommer et établir des syndics pour l’établissement des écoles dans le township.

Le 30 décembre 1830 George Rea(?) a vendu à John Robertson, Edward Sighe(?) et Edward McGir syndics pour l’école du 4ème district un terrain d’un arpent sur le lot 24 du 8ème rang avec une maison construite par les syndics pour l’école.

Le 19 février 1831 Jasah(?) Morgan a cédé à Philémon Dugas une terre située sur le lot 23 du 1er rang de 9½ arpents de front par 12½ de profondeur tenant d’un côté à Zacharie Cloutier (gendre de P. Dugas), d’un autre à P. Dugas et au capitaine Cates(?). Le 3 novembre 1831 Pierre Routier a vendu à Zacharie Cloutier un terrain de 9 arpents sur le lot 23 du 1er rang bordé par son terrain et celui de P. Dugas avec une maison et autres bâtiments.

Le 11 mai 1831 John Burns a cédé à Joseph Ratelle fils charpentier de St-Jacques un demi arpent du lot 21 du 3ème rang pour construire une potasserie et y mettre ses cuves avec une petite maison près d’un ruisseau; il avait le droit de couper tout le bois du lot 21 pour chauffer sa potasserie à l’exception du cèdre et du pin. Zacharie Cloutier a aussi signé le contrat.

Le 6 août 1831 Pierre Green a vendu à Henry Payton du canton de Kildare le lot 23 du 4ème rang. La famille Payton a été ensuite impliquée dans le commerce du bois. Le 8 juin 1846 Joseph-Edouard Beaupré a vendu à James Payton une partie du lot 28 dans le 3ème rang (sur le chemin de Kildare).  Le 21 octobre 1846 ils ont conclu un marché pour la livraison de 1.000 cordes de bois à livrer à L’Assomption; c’est une grosse quantité de bois. J. Payton a ensuite travaillé pour la compagnie Cushing de Repentigny.

Le 8 août 1831 Adam Walker a vendu à William Long un terrain de 100 arpents étant le lot 16 du 4ème rang bâti de 2 maisons, 1 grange et 1 étable avec réserve par le vendeur d’une place de moulin contenant 4 arpents en superficie. Le contrat ne donne pas le nom de la personne qui a acheté la place de moulin, c’es-à-dire la chute Dorwin je crois.

Le 1er octobre 1831 Pierre Vaillant (qui avait construit l’église anglicane) s’est associé à Lazard Poirier lui aussi de St-Jacques pour construire un pont sur la rivière Ouareau. Le 4 octobre une entente prise par Lazard Poirier avec Julien Poirier, Henry Donaughue et Robert Bagnall commissaires pour le pont contient le devis du pont: 200 pieds de long par 18 de large avec tous les détails de sa construction et son emplacement sur le 6ème rang. Le 13 octobre P. Vaillant et L. Poirier ont conclu un marché avec Charles Jansonne et Benjamin Dupuis de St-Jacques pour bûcher, equarrir et livrer le bois de construction. Le 13 mars 1832 un autre marché a été conclu avec Edouard Lepage maçon de St-Jacques pour la construction du pont situé à la 3ème chute de la rivière Ouareau sur le 6ème rang. Il s’agit sans doute du pont nommé ensuite pont de Médard Archambault.

Le 1er avril 1851 Thomas Hewitte ancien marchand de Rawdon a vendu à Jean-Louis Archambault meunier de Rawdon une maison en bois occupée par le vendeur et la moitié d’un caveau (root house) avec la moitié nord-ouest du lot 15 dans le 6ème rang de Rawdon avec une maison; le vendeur réservait 2 arpents de terrain pour les emplacements de William Bagnall et Joseph Clerkson ainsi qu’un emplacement où Pierre-Laurent Riopel avait construit un four à chaux et encore les approches du pont de Médard Archambault. T. Hewitt avait acheté la maison le 21 mai 1849 de J.-L. Archambault.

Le Spectateur Canadien 29 octobre 1828
Le Spectateur Canadien 29 octobre 1828
La Minerve 11 janvier 1830
La Minerve 11 janvier 1830
La Minerve 15 avril 1830
La Minerve 15 avril 1830

Vers 1828 la population se répartissait ainsi: 92 presbytériens, 72 catholiques et 20 épiscopaliens. Mais tout le monde n’est pas d’accord avec ces chiffres.

Rapport 1828?
Rapport 1828?
Rapport 1828?

Le Vindicator du 7 mai 1830 raconte la noyade sur la rivière Rouge d’une survivante du naufrage du Rob Roy en 1827, un bateau chargé d’immigrants irlandais. Celui du 13 août offre des parts de fermes pour spéculer.

Vindicator 7 mai 1830
Vindicator 7 mai 1830
Vindicator 13 août 1830
Vindicator 13 août 1830

Le 17 août l’évêque anglican de Québec est venu à Rawdon inaugurer la nouvelle église du révérend Burton située près du moulin de Philemon Dugas dans le 2ème rang. La cérémonie s’est terminée à la taverne où les joyeux orangemen ont fêté au point de tomber saouls sous la table.

Vindicator 17 août 1830
Vindicator 17 août 1830

Le révérend Burton voulait construire un village appelé Burtonville autour de son église et de ses terres à Montcalm Corners près des moulins de P. Dugas et de Manchester Mills.

James Edmund Burton

Pétition des habitants de Rawdon pour la construction de ponts et de routes:

En 1831 les commissaires partis de Grenville pour explorer l’arrière-pays ont rencontré un groupe d’indiens sur la rivière Ouareau.

Rapport des commissaires 1831
Rapport des commissaires 1831

Dans Le bas du ruisseau Vacher – Ste-Marie-Salomé (page 20), Thérèse Melançon-Mireault raconte:

Les indiens-Iroquets, de la tribu des Têtes-de-Boule s’acclimatèrent assez bien de la présence des Acadiens. Pendant un demi-siècle, ils cohabitèrent sur le même territoire… Cependant vers 1824, la dernière famille indienne quitta les parages pour rejoindre d’autres nomades campés à Rawdon. Ces derniers s’enfoncèrent de plus en plus dans les réserves forestières du nord, alors que la civilisation les y contraignait.

Des pétitions sont régulièrement publiées pour ouvrir des chemins et construire des ponts:

La Minerve 18 août 1831
La Minerve 18 août 1831

Le dictionnaire topographique du Bas-Canada de 1831 donne une description du Township de Rawdon. Les moulins de P. Dugas situés près de ceux de Manchester sont la principale industrie. Il y a 5 ponts sans péage construits par les habitants. Il y a une source d’eau ferrugineuse (chalybeate) près de la rivière Blanche et une autre pour soigner les maux de ventre chez M. Jefferies. Il y a du minerai de plomb sur le 3ème rang. Les principaux propriétaires sont le Dr. Selby, le Rév. J. E. Burton et M. John Jefferies. Il reste 10.400 acres libres. La population est de 850 habitants, 1 école publique, 3 moulins à farine, 4 moulins à scie et 8 potasseries.

Pourtant dans le recensement de Rawdon en 1831 il n’y a que le moulin de P. Dugas sur la rivière Rouge qui est inscrit. Dugas est mastermiller (lot 24 rang 1) et Henry van Roussin(?) est inscrit comme mill-right (lot 21 rang 2). Il y a 3 marchands, Robert Green (lot 23 rang 1), Henry Turner (lot 40? rang 1) qui possède 1.500 acres de terres (250 défrichés) et Robert Bagnal (lot 15 rang 7). Le révérend J.E. Burton (lot 16 rang 1) possède 1.000 acres (120 défrichés).

En 1831 Rawdon obtient son bureau postal. Le spéculateur Henry Turner est poursuivi en justice, il y aura d’autres poursuites contre lui. En 1833 les habitants des cantons de Rawdon et Kildare ont rédigé une Loyal Address à sa majesté le Roi. Elles combinent la loyauté au roi à un sentiment fraternel envers la population canadienne.

Gazette de Québec 29 septembre 1831
Gazette de Québec 29 septembre 1831
Gazette de Québec 6 octobre1831
Gazette de Québec 6 octobre1831
The Settler 12 février 1833
The Settler 12 février 1833

En 1832 il y avait 5 professeurs salariés à l’école de Rawdon:

Le nom de Philemon Dugas est souvent orthographié Dugar. Il semble que ce soit un américain loyaliste d’origine acadienne; protestant il s’est converti au catholicisme peu avant de mourir. Il avait construit des ponts à ses frais et il voulait être remboursé:

À cette époque les colons adressaient de nombreuses pétitions à l’Assemblée pour se faire entendre. Dans une pétition de 1834 pour venir en aide à la veuve Petrie on trouve les signatures de 167 des premiers habitants de Rawdon, tous des anglophones.

1834-1837 les townships sources de conflit

1834 marque le pic de la crise que connaît alors le Bas-Canada. Papineau et les Patriotes ont rédigé les 92 résolutions, les plaintes concernent la colonisation des townships mais aussi le système d’éducation. Après la Conquête les écoles avaient été fermées et l’Assemblée essayait de trouver les moyens de les rouvrir. Les propriétés des Jésuites qui auraient pu les financer avaient été saisies par le conquérant. Petit à petit des solutions avaient été trouvées et les écoles rouvraient mais la chicane entre Bureaucrates et Patriotes avait amené le Gouverneur à saboter ces efforts: toutes les écoles avaient été brutalement fermées, leur financement coupé.

19 écoles à Rawdon en 1834 c’est sans doute exagéré mais la presse francophone se plaint que les fonds publics pour l’éducation aille aux écoles anglaises uniquement.

L'Écho du Pays 23 janvier 1834
L’Écho du Pays 23 janvier 1834

À partir de 1834 la situation devient beaucoup plus tendue. Le Vindicator est un journal patriote et il parle souvent des habitants de Rawdon. A Rawdon-Man dénonce Tomas Griffith qui semble être le meneur des loyaux de Rawdon qui ont tenu une première assemblée contre les 92 résolutions. La milice de Rawdon se mobilise pour défendre le Roi.

Vindicator 6 mai 1834
Vindicator 6 mai 1834
Vindicator 28 février 1834
Vindicator 28 février 1834
Montreal Herald 1er mai 1834
Montreal Herald 1er mai 1834
Vindicator 23 mai 1834
Vindicator 23 mai 1834
Vindicator 30 mai 1834
Vindicator 30 mai 1834
Gazette de québec 12 juin 1834
Gazette de québec 12 juin 1834
Vindicator 1er juillet 1834
Vindicator 1er juillet 1834

L’inauguration de la première église catholique de Rawdon en 1834 est très intéressante. Michel, le prince indien, et sa squaw Nicu étaient parmi l’assistance composée principalement d’irlandais.

Vindicator 3 octobre 1834
Vindicator 3 octobre 1834

Michel Nicolas était le chef d’un groupe d’indiens malécites venus de la rivière St-Jean au Nouveau-Brunswick. Les archives des Affaires Indiennes permettent de documenter leur histoire. En 1842 ils étaient une cinquantaine à vivre dans le nord de Rawdon et à Chertsey.

Lire: Les Indiens Wolastoqiyik de Rawdon et Chertsey

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La situation à Rawdon est complexe. Il y a des anglophones et des francophones mais il y a aussi des anglais, des écossais, des américains, des irlandais catholiques et protestants, des presbytériens, des anglicans… Les irlandais ont importé avec eux la haine entre orangistes et catholiques et les affrontements sont nombreux. Ici ce sont le révérend Milton et le le Lt. Col. Griffith qui s’affrontent.

Vindicator 13 janvier 1835
Vindicator 13 janvier 1835
Vindicator 16 janvier 1835
Vindicator 16 janvier 1835

En 1835 le gouvernement essaye encore de régulariser les titres de propriété de ceux qui sont déjà installés. D’après ces documents on peut dire que Rawdon est presque exclusivement anglophone.

Gazette de Québec 29 octobre 1835
Gazette de Québec 29 octobre 1835
Gazette de Québec 12 novembre 1835
Gazette de Québec 12 novembre 1835

La crise de 1837-1838

Les commissaires chargés par l’Assemblée de faire enquête sur les plaintes du Bas-Canada recensent 20.000 acres de terres du Township de Rawdon réservées au clergé et à la courone. Elles sont libres et disponibles pour ceux qui en auraient besoin, les Canadiens:

En 1837 les anglophones protestants rêvaient d’établir des Townships au nord et au sud du St-Laurent pour contenir la population canadienne dans les seigneuries:

L'Ami du Peuple 19 juillet 1837
L’Ami du Peuple 19 juillet 1837

Pendant l’été 1837 les assemblées publiques se multiplient. Les habitants de Rawdon tiennent la leur le 20 juin et prennent plusieurs résolutions pour soutenir la couronne. Ils demandent des armes et des munitions pour les volontaires de la milice. Mais tout le monde n’est pas d’accord dans le canton, un irlandais rappelle l’année 1798 when the irish yeomen took their arms, un très mauvais souvenir (30.000 morts).

Vindicator 28 juillet 1837
Vindicator 28 juillet 1837

Dans son Histoire des Patriotes (page 364) G. Filteau écrit:

Furieux de voir les Canadiens résister, dans un dessein de salut national, aux projets de leurs adversaires, les Bureaucrates avaient résolu de les écraser par tous les moyens possibles. [Lord Durham a écrit dans son rapport]: « Dans ce but, les revenus publics furent dépensés contre les désirs des Canadiens représentés par l’Assemblée. Il s’ensuivit une insurrection que les Anglais précipitèrent dans la crainte de laisser aux Canadiens le temps de s’y préparer ».

Le Populaire 22 décembre 1837

Le Populaire 22 décembre 1837 – La tête à Papineau a été vue à Rawdon, sus au traître!

Thomas Griffith était un gros propriétaire de Rawdon en 1838, il se prenait sans doute pour le boss du township. Il possédait presque tous les lots du village actuel de Rawdon.

Almanach 1838
Almanach 1838
Le Populaire 7 février 1838
Le Populaire 7 février 1838

Dans son rapport de 1839 sur l’état de la colonie, Lord Durham a longuement décrit tous ces affrontements entre les 2 races comme on disait alors. Et il donne très souvent raison aux Canadiens contre les colons britanniques qui ont agi en conquérants sans aucun respect pour la promesse que l’Angleterre avait faite aux Canadiens en 1791 de préserver leurs lois, leur religion et leur langue. Dans les statistiques qu’il publie en annexe de son rapport on voit que 30.700 acres de terre ont été distribués gratuitement à Rawdon: 6.500 acres ont été donnés au clergé protestant et les bénéficiaires du reste ont surtout été les spéculateurs comme T. Griffith semble-t-il.

30.700 acres équivaut à environ 48 miles carré. Un canton faisait en général 100 miles carré (10 miles par 10 miles). La moitié du canton a été distribuée gratuitement.

Après la crise: 1839-1850

Gazette de Québec 7 mars 1839
Gazette de Québec 7 mars 1839

En 1840 des terres étaient encore réclamées par des Voyageurs pour leurs services passés. Ce sont des anciens marchands de fourrures de la Compagnie du Nord-Ouest. Henry McKenzie et Jacob Oldham étaient associés dans la gestion du moulin de Manchester sur la rivière Ouareau.

Dans les journaux on trouve quelques informations sur la vie des habitants. Charles Beaupré est propriétaire d’un moulin à scie sur le lot 9 du 1er rang de Rawdon. La famille Brace a un moulin à scie à la chute Dorwin dans le village actuel. Daniel Parkinson me dit que ce moulin a été acheté par Peter McGill en 1840 ou 1841.

Gazette de Québec 11 juin 1840
Gazette de Québec 11 juin 1840
Gazette de Québec 26 novembre 1840
Gazette de Québec 26 novembre 1840
Gazette de québec 28 mai 1840
Gazette de québec 28 mai 1840
L'Aurore des Canadas 16 septembre 1841
L’Aurore des Canadas 16 septembre 1841

Le 3 novembre 1841 J.-H. Dorwin marchand de la cité de Montréal a conclu un marché avec Charles Lamarche de la paroisse de L’Assomption pour qu’il lui coupe 2.000 billots de pin de 12 pieds et 4 pouces de long et 22 pouces de diamètre à couper au lac Brûlé et à livrer à la quatrième chute de la rivière Ouareau; Lamarche devait aussi faire le plus de plançons qu’il pouvait de 12 pieds et 4 pouces pour un diamètre de 18 pouces.

En 1841 la politique municipale s’organise; les habitants des Townships voudraient être à part des habitants des seigneuries et avoir leurs représentants.

T. Griffith s’est encore fait remarquer par les journaux à l’occasion des élections municipales en proclamant publiquement que les catholiques ne devraient pas avoir le droit de voter puisqu’on ne peut pas leur faire confiance.

Le Canadien 22 novembre 1841
Le Canadien 22 novembre 1841

Des missionnaires protestants, les suisses, commencent à essayer de détourner les catholiques de leur foi; en prêchant en français ils sont d’autant plus dangereux.

Le 19 juillet 1843 Philemon Dugas a vendu à Joseph Thibodeau maître forgeron un terrain extrait du lot 24 du 1er rang de Rawdon où se trouvaient ses moulins. Il y avait une maison et une boutique de forge érigées par l’acquéreur sur cette parcelle.

Le 30 novembre 1843 Charles Roe Rood & Josiah Stocking Rood ont obtenu des droits de coupe de bois sur les terres de la couronne; pour 16 livres, 13 shillings et 4 pence ils ont acheté le droit de couper 800 billots de pin sur la rivière Rouge au nord du township de Rawdon sur 1 mile de chaque côté et 5 miles en amont.

Statistiques économiques de Rawdon en 1844

La récapitulation des retours du dénombrement des habitants du Bas-Canada en 1844 donne des statistiques sur le Township de Rawdon. Il y avait alors 4 auberges, 4 magasins, 4 moulins à farine avec 9 moulanges, 3 moulins à avoine, 2 à orge, 9 à scie, 1 à foulon, 1 à carder, 1 forge, 1 tannerie et 21 fabriques de potasse. Il y avait 1.475 catholiques, 962 de l’église d’Angleterre, 120 de celle d’Écosse, 18 méthodistes wesleyens, 1 méthodiste épiscopal, 4 autres épiscopaux, 10 presbytériens, 8 baptistes et 9 autres religions. 2.607 habitants: 926 canadiens français, 883 canadiens anglais, 695 irlandais, 64 anglais, 23 écossais, 2 américains et 14 autres. 11 écoles accueillaient 164 garçons et 167 filles.

Un article de L’Aurore du 2 juillet 1844 donne une description de Rawdon et ses environs. Les moulins étaient les principales industries des terres de colonisation et le journaliste les a décrits précisément:

L’Aurore du 2 juillet 1844
L’Aurore du 2 juillet 1844
La Minerve 31 octobre 1844
La Minerve 31 octobre 1844
La Minerve 26 décembre 1844
La Minerve 26 décembre 1844

À partir de 1844 les orangemen de Rawdon commencent à devenir célèbres pour les expéditions qu’ils organisent vers Montréal pour soutenir les candidats Loyaux aux élections.

Ce sont d’abord de vrais citoyens de Rawdon qui se font arrêter dans des émeutes et puis ensuite chaque fois que des brutes terrorisent les électeurs aux élections la presse patriote parle des assommeurs de Rawdon, peu importe d’où ils viennent.

Vers 1845 les extrémistes orangistes vont perdre de leur influence. Lors de l’enquête du Parlement sur le chemin de Rawdon à Chertsey, un rapport de 70 pages est fait qui montre les tensions de cette époque. J’en ai fait une synthèse dans Crise politique à Rawdon en 1854. Voilà le témoignage d’Alexander Daly, irlandais catholique et agent des terres pour Rawdon, lors de cette enquête: pendant de nombreuses années l’esprit du Toryism et de la suprématie de l’Ordre d’Orange ont été très forts et en menaient large…

Défense d'Alexander Daly

William Robinson membre de la congrégation méthodiste dit qu’il a décidé de déménager dans le Haut-Canada car il ne veut pas élever sa famille parmi des Canadiens mais dans un pays protestant.

Crise politique la suite

Le commerce du bois était alors très important à Rawdon. Une carte de 1843 dessinée par James Dingman montre un chemin de chantier qui part de Rawdon en suivant la rivière Ouareau jusqu’au nord de N.-D.-de-la-Merci. Dorwin, Dugas et Leblanc y avaient des chantiers.

Le Canadien 21 juillet 1845
Le Canadien 21 juillet 1845
La Minerve 28 juillet 1845
La Minerve 28 juillet 1845
La Gazette de Québec 5 mars 1847
La Gazette de Québec 5 mars 1847
La Minerve 18 juin 1847
La Minerve 18 juin 1847

En 1845 James Dignam a dessiné un plan du village de Rawdon. Les routes existantes ne suivent pas le plan quadrillé. On voit qu’en 1845 il n’y avait pas beaucoup de maisons dans le village. Les lots possédés par T. Griffith en 1838 sont vacants. Les habitations dans les cantons à cette époque étaient dispersées sur tout le territoire, il n’y avait pas vraiment de centre. Au sud un chemin longeait la rivière Ouareau vers le moulin de M. Dorwin situé en aval.

Rawdon 1845

En 1845 la vie sociale et économique se déroulait dans les premiers rangs du canton de Rawdon situés dans la plaine, il n’y avait que de pauvres colons sur les terres arides des montagnes; les moulins, la forge, le four à chaux, la vie se passait autour de chez Philemon Dugas dans le lot 24 du 1er rang. En fait l’histoire du début de Rawdon est intimement liée à celle de St-Jacques (puis St-Liguori). Par exemple en 1847 Samuel Anderson et Russell Twiss des industriels de St-Liguori étaient liés avec les autres industriels anglophones de Rawdon, dans un acte notarié ils ont signifié qu’ils ne comptaient pas financer l’école catholique de St-Jacques puisqu’ils étaient protestants et que leurs enfants allaient à l’école de Rawdon.

John Jefferies habitait alors le 1er rang et ses terres situées juste en amont des moulins Brault (camp Notre-Dame) étaient inondées. Il y a eu chicane et procès: 28 août 1843 John Jeffries de Rawdon a déposé 3 protêts contre Augustin Bro, Joseph Ratelle et Théophile Bro contre la digue qu’ils avaient construit pour leur moulin; 1er septembre 1847 dépôt de 3 nouveaux protêts par John Jeffries fils contre la digue du moulin Brault. Le 27 mars 1851 John Jeffries a conclu un accord avec Théophile et Joseph Brault en leur cédant le terrain en amont des moulins; il leur donnait l’autorisation d’inonder ses terres jusqu’au 2ème rang de Rawdon.

Montreal Herald 23 juillet 1853
Montreal Herald 23 juillet 1853
Montreal Herald 23 juin 1860
Montreal Herald 23 juin 1860
Gazette de Québec 5 juillet 1847

Thomas Griffith avait déménagé dans l’ouest canadien mais en 1847 il demandait une indemnisation pour les pertes encourues lors de la rébellion (Gazette de Québec 5 juillet 1847).

Le Journal de Québec 18 janvier 1849

Le Journal de Québec 18 janvier 1849

Les assommeurs de Rawdon frappent encore.

Peu après, le 25 avril 1849 des émeutiers ont mis le feu au Parlement du Canada-Uni dans le Vieux-Montréal après qu’une loi pour indemniser les Canadiens victimes des rébellions de 1837-1838 ait été adoptée. On peut être certain que quelques orangemen de Rawdon étaient parmi eux.

À partir de 1846 la recherche Rawdon sur le site de la BANQ donne presque toujours des résultats concernant la semence de trèfle de Rawdon. C’est un patrimoine agricole que les irlandais de Rawdon avaient apporté avec eux et qui leur a fait une bien meilleure réputation dans la province et même à l’étranger: Le grand trèfle rouge de Rawdon. John Jeffries de Rawdon avait reçu une médaille du prince Albert à la première exposition industrielle du Crystal Palace de Londres de 1850.

Montreal Herald 23 septembre 1853
Montreal Herald 23 septembre 1853

En 1850 la compagnie Industry Village and Rawdon Railway a été incorporée par J.H. Dorwin et ses associés pour construire une ligne de chemin de fer entre le village d’Industrie (Joliette) et Rawdon. Entre le 1er août 1851 et la fin novembre 1852 des dizaines de contrats d’achat de parcelles de terrain ont été conclu par J.-H. Dorwin représentant de la compagnie entre L’Industrie et le village Montcalm. Comme toutes les industries se trouvaient dans la plaine la ligne s’est arrêtée au pied des montagnes.

Ce train devait servir à exploiter le bois du bassin de la rivière Ouareau dont Peter McGill et J.H. Dorwin avaient obtenu de grandes concessions:

Rapport du Commissaire des Terres de la Couronne 1856
Rapport du Commissaire des Terres de la Couronne 1856

Le 15 janvier 1850 William Rolston reconnait devoir de l’argent à Robert McGowan  un important marchand de bois. Il donne en garantie hypothécaire des terrains, la partie est du lot 25 du 1er rang bordé par la rivière Rouge, John Copping et James McCordy et 2 parties du lot 24 du 1er rang sur la rivière Rouge près du pont du moulin de Dugas et de la route de Rawdon. Le même jour il a fait une reconnaissance de dette envers Jean-Baptiste Leblanc junior marchand de Rawdon en donnant les mêmes garanties. Le magasin de Leblanc était à côté du moulin Dugas sur la carte du tracé du train de Rawdon de 1852.

En 1858 Joseph Bouchette (fils?) a dessiné un ensemble de cartes, Map of part of the Province of Canada from Quebec to Anticosti, qui montre les chemins de Rawdon. Le tracé de la ligne de train est inexact le dernier tronçon entre le village Montcalm et Rawdon n’a jamais été construit. À cette époque Montcalm était aussi important que St-Ambroise et St-Liguori ne figure pas sur la carte.

Joseph Bouchette - 1858 (détail)
Rawdon – 1858 (détail)
Carte du Québec

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