Le Township de Rawdon 1795-1850

L’histoire du township de Rawdon à son commencement raconte les circonstances historiques ayant menées à la révolte des Patriotes Canadiens en 1837-1838. Dans les 92 résolutions présentées par les Patriotes beaucoup concernaient l’ouverture de nouvelles terres à la colonisation dans les cantons ou townships puisque la vallée du St-Laurent devenait surpeuplée.

Les premiers lots attribués

Le premier plan du township de Rawdon a été dessiné en 1795 par Samuel Holland. Il ne représente que les deux premiers rangs du canton. Quelques noms sont inscrits sur certains lots, par exemple celui de Ephraim Sanford sur les lots 17, 18 et 20 du premier rang. Le lot 19 est réservé pour l’église (Ch), les lots 16 et 23 pour la couronne (K).

En franchissant la ligne de démarcation entre les seigneuries et le township les lois changeaient, ce n’était plus le même pays.

Dans les seigneuries le roi déléguait son pouvoir à un seigneur qui avait la responsabilité d’ouvrir des terres à la colonisation pour ses censitaires. Les censitaires payaient leur cens sans être jamais propriétaires de leurs terres. Dans les cantons on achetait des terres sur lesquelles on pouvait spéculer; une différence fondamentale à laquelle les Canadiens vont devoir se plier.

La loi des fabriques qui permettait de financer les paroisses catholiques ne s’appliquait pas non plus dans les cantons où les terres réservées à l’église allaient à l’église protestante uniquement. Le problème était grave car les catholiques habitant les cantons étaient desservis par des missionnaires dans une situation précaire, ils ne pouvaient pas bâtir d’églises.

Les premiers lots du township de Rawdon ont été alloués à des militaires retraités qui ont spéculé sur leur valeur sans y habiter. C’étaient sans doute pour la plupart des amis de la clique des Bureaucrates comme dans les autres townships. On peut noter une exception dans le canton de Kildare voisin de celui de Rawdon.

Pierre-Paul Margane de Lavaltrie et ses associés obtiennent une concesion de 11.486 acres de terre dans le Townshil de Kildare. Le 18 août 1803, les associés cèdent leurs droits à P.-P. Margane de Lavaltrie sur les trois premiers rangs de Kildare. C’est ainsi que la seigneurie de Lavaltrie devait s’agrandir jusqu’à ce canton.

Jean Hétu – Le Lavaltrie d’autrefois (page 36)

La rue du Précieux-Sang à Joliette correspond à la limite du township de Kildare de 1803. Cette extension sera bien utile à B. Joliete et ses associés en 1823 pour la fondation du village d’Industrie. Le seigneur de Lavaltrie est un des rares Canadiens à avoir obtenu des terres dans les Townships.

Le premier document trouvé en faisant la recherche Rawdon dans la presse concerne la propriété d’E. Sanford qui est à vendre par le Sheriff en 1807 car il n’a jamais occupé sa terre.

Gazette de Québec 10 mars 1808
Gazette de Québec 10 mars 1808

Ephraim Sandford and James Sawyers, a veteran of Wolfe’s army, were both Loyalists from the great refugee camp at William Henry (Sorel). Sawyers married Margaret Tucker, widow of John Tucker of the 53rd regiment…

In 1805, grants totaling 3000 acres on the 1st and 2nd Ranges were issued to Ralph Henry Bruyère and George Selby. Bruyère, a British military man, was married to Jessie Dunbars.

D. Parkinson

Les premiers arrivants

En 1834 quand les patriotes ont rédigé les 92 résolutions envoyées à Londres, un de leur principaux griefs était l’anarchie qui entourait la gestion des terres des townships qui étaient distribuées aux petits amis des Bureaucrates. Sur ce diagramme du Township de Rawdon daté de 18?? par la BANQ on voit des noms sur des lots mais il y a plein de ratures et ce n’est pas clair du tout. E. Sanford est maintenant sur le lot 20 du 3ème rang.

Un rapport sur les terres de la couronne daté de 1821 montre que des sucreries de Rawdon étaient louées par M. Antrobus alors qu’il n’avait pas de titre de propriété l’autorisant à le faire. John Antrobus avait épousé la fille du seigneur Cuthbert de Berthier, c’était un marchand de Québec proche des Bureaucrates qui profitait de cette anarchie pour essayer de s’enrichir. Il est mort ruiné en 1820.

Rapport sur les terres de la couronne 1821
Montreal Herald 24 janvier 1821

Crecinous dans une communication au Montreal Herald du 24 janvier 1821 parle des colons de Rawdon qui défrichent des lots sans vraiment savoir si ces lots leur appartiennent.

Il critique aussi les lots réservés au roi et à l’église car ces lots ne sont pas défrichés et ils se trouvent au milieu des autres comme une nuisance. La colonisation devrait se faire de façon coordonnée pour pouvoir s’entraider et ouvrir des chemins utiles à tous.

Dans les seigneuries les terres étaient concédées au fur et à mesure du peuplement. Dans les cantons on obtenait un lot au milieu de la forêt sans chemin d’accès et quand l’arpenteur finissait par arriver pour délimiter les lots on s’apercevait qu’on avait passé des années à défricher le lot du voisin.

Montreal Herald 21 mars 1821
Montreal Herald 21 mars 1821
Rapport de l'Assemblée 1821
Rapport de l’Assemblée 1821

H. W. Ryland était un des chefs Bureaucrates et il présentait des pétitions à l’Assemblée. Voici comment G. Filteau le décrit dans son Histoire des Patriotes: C’était pire qu’un sectaire, car c’était un fanatique et, toute sa vie,il s’en tint à ce double principe, garrotter l’Église Catholique et amener l’apostasie des Canadiens. Vers 1823 il demandait que des agents soient nommés au plus vite pour arpenter les Townships de Rawdon et Kildare et que les lots soient distribués aux Miliciens méritants.

Malgré tout le township de Rawdon avait commencé à se peupler. Des Canadiens et de nombreux immigrants irlandais squattaient des terres, d’autres colons anglais, écossais et américains loyalistes mieux organisés commençaient à obtenir des titres légaux sur les lots défrichés. Dans l’Histoire de Sainte-Julienne de François Lanoue (page 122) on lit:

Le 4 novembre 1824, John Jefferies, surveillant des routes dans Rawdon, demande avec Philemon Dugas, James Kirkwood, Alexander Connoly, Thomas Wallace, George Hobbs, Zacharie Cloutier et 60 autres, un chemin et un pont sur la rivière du Nacquarro (Ouareau).

Le commerce s’organisait.

Canadian Spectator 25 juin 1825
Canadian Spectator 25 juin 1825

Dans un rapport de Joseph Bouchette sur Rawdon, Kildare et Kilkenny que j’avais étudié dans une chronique on trouve des détails sur la répartition difficile des lots à cause du mauvais caractère de certains. Le seigneur de L’Assomption a empiété sur le Township en attribuant des lots à des censitaires dans le 1er rang. Les habitants du Township viennent principalement d’Irlande.

Joseph Bouchete 1824
Joseph Bouchete 1824

En 1826 l’arpenteur John Sullivan a parcouru le canton pour mieux délimiter les lots, il a pris des notes sur les défrichements qu’il a trouvés.

Les moulins étaient les moteurs de la colonisation, Philemon Dugas avait les siens sur la rivière Rouge dans le 2ème rang. Roderick McKenzie seigneur de Terrebonne et juge de paix de Rawdon était propriétaire depuis 1812 du moulin Manchester situé à côté sur la rivière Ouareau dans la seigneurie de St-Sulpice.

Le Spectateur Canadien 29 octobre 1828
Le Spectateur Canadien 29 octobre 1828
La Minerve 11 janvier 1830
La Minerve 11 janvier 1830
La Minerve 15 avril 1830
La Minerve 15 avril 1830

Vers 1828 la population se répartissait ainsi: 92 presbytériens, 72 catholiques et 20 épiscopaliens. Mais tout le monde n’est pas d’accord avec ces chiffres.

Rapport 1828?
Rapport 1828?
Rapport 1828?

Le Vindicator du 7 mai 1830 raconte la noyade sur la rivière Rouge d’une survivante du naufrage du Rob Roy en 1827, un bateau chargé d’immigrants irlandais. Celui du 13 août offre des parts de fermes pour spéculer.

Vindicator 7 mai 1830
Vindicator 7 mai 1830
Vindicator 13 août 1830
Vindicator 13 août 1830

Le 17 août l’évêque anglican de Québec est venu à Rawdon inaugurer la nouvelle église du révérend Burton située près du moulin de Philemon Dugas dans le 2ème rang. La cérémonie s’est terminée à la taverne où les joyeux orangemen ont fêté au point de tomber saouls sous la table.

Vindicator 17 août 1830
Vindicator 17 août 1830

Le révérend Burton voulait construire un village appelé Burtonville autour de son église et de ses terres à Montcalm Corners près des moulins de P. Dugas et R. McKenzie.

James Edmund Burton

Pétition des habitants de Rawdon pour la construction de ponts et de routes:

En 1831 les commissaires partis de Grenville pour explorer l’arrière-pays ont rencontré un groupe d’indiens sur la rivière Ouareau.

Rapport des commissaires 1831
Rapport des commissaires 1831

Dans Le bas du ruisseau Vacher – Ste-Marie-Salomé (page 20), Thérèse Melançon-Mireault raconte:

Les indiens-Iroquets, de la tribu des Têtes-de-Boule s’acclimatèrent assez bien de la présence des Acadiens. Pendant un demi-siècle, ils cohabitèrent sur le même territoire… Cependant vers 1824, la dernière famille indienne quitta les parages pour rejoindre d’autres nomades campés à Rawdon. Ces derniers s’enfoncèrent de plus en plus dans les réserves forestières du nord, alors que la civilisation les y contraignait.

Des pétitions sont régulièrement publiées pour ouvrir des chemins et construire des ponts.

La Minerve 18 août 1831
La Minerve 18 août 1831

Le dictionnaire topographique du Bas-Canada de 1831 donne une description du Township de Rawdon. Les moulins de P. Dugas situés près de ceux de Manchester sont la principale industrie. Il y a 5 ponts sans péage construits par les habitants. Il y a une source d’eau ferrugineuse (chalybeate) près de la rivière Blanche et une autre pour soigner les maux de ventre chez M. Jefferies. Il y a du minerai de plomb sur le 3ème rang. Les principaux propriétaires sont le Dr. Selby, le Rév. J. E. Burton et M. John Jefferies. Il reste 10.400 acres libres. La population est de 850 habitants, 1 école publique, 3 moulins à farine, 4 moulins à scie et 8 potasseries.

En 1831 Rawdon obtient son bureau postal. Le spéculateur Henry Turner est poursuivi en justice, il y aura d’autres poursuites contre lui. En 1833 les habitants des cantons de Rawdon et Kildare ont rédigé une Loyal Address à sa majesté le Roi. Elles combinent la loyauté au roi à un sentiment fraternel envers la population canadienne.

Gazette de Québec 29 septembre 1831
Gazette de Québec 29 septembre 1831
Gazette de Québec 6 octobre1831
Gazette de Québec 6 octobre1831
The Settler 12 février 1833
The Settler 12 février 1833

En 1832 il y avait 5 professeurs salariés à l’école de Rawdon:

Le nom de Philemon Dugas est souvent orthographié Dugar. Il semble que ce soit un américain loyaliste plutôt qu’un acadien. Il avait construit des ponts à ses frais et il voulait être remboursé:

À cette époque les colons adressaient de nombreuses pétitions à l’Assemblée pour se faire entendre. Dans une pétition de 1834 pour venir en aide à la veuve Petrie on trouve les signatures de 167 des premiers habitants de Rawdon, tous des anglophones.

1834-1837 les townships sources de conflit

1834 marque le pic de la crise que connaît alors le Bas-Canada. Papineau et les Patriotes ont rédigé les 92 résolutions, les plaintes concernent la colonisation des townships mais aussi le système d’éducation. Après la Conquête les écoles avaient été fermées et l’Assemblée essayait de trouver les moyens de les rouvrir. Les propriétés des Jésuites qui auraient pu les financer avaient été saisies par le conquérant. Petit à petit des solutions avaient été trouvées et les écoles rouvraient mais la chicane entre Bureaucrates et Patriotes avait amené le Gouverneur à saboter ces efforts: toutes les écoles avaient été brutalement fermées, leur financement coupé.

19 écoles à Rawdon en 1834 c’est sans doute exagéré mais la presse francophone se plaint que les fonds publics pour l’éducation aille aux écoles anglaises uniquement.

L'Écho du Pays 23 janvier 1834
L’Écho du Pays 23 janvier 1834

À partir de 1834 la situation devient beaucoup plus tendue. Le Vindicator est un journal patriote et il parle souvent des habitants de Rawdon. A Rawdon-Man dénonce Tomas Griffith qui semble être le meneur des loyaux de Rawdon qui ont tenu une première assemblée contre les 92 résolutions. La milice de Rawdon se mobilise pour défendre le Roi.

Vindicator 6 mai 1834
Vindicator 6 mai 1834
Vindicator 28 février 1834
Vindicator 28 février 1834
Montreal Herald 1er mai 1834
Montreal Herald 1er mai 1834
Vindicator 23 mai 1834
Vindicator 23 mai 1834
Vindicator 30 mai 1834
Vindicator 30 mai 1834
Gazette de québec 12 juin 1834
Gazette de québec 12 juin 1834
Vindicator 1er juillet 1834
Vindicator 1er juillet 1834

L’inauguration de la première église catholique de Rawdon en 1834 est très intéressante. Michel, le prince indien, et sa squaw étaient parmi l’assistance composée principalement d’irlandais. La Chute à Michel sur la rivière Jean-Venne à Chertsey doit son nom à un indien nommé Michel.

Vindicator 3 octobre 1834
Vindicator 3 octobre 1834

La situation à Rawdon est complexe. Il y a des anglophones et des francophones mais il y a aussi des anglais, des écossais, des américains, des irlandais catholiques et protestants, des presbytériens, des anglicans… Les irlandais ont importé avec eux la haine entre orangistes et catholiques et les affrontements sont nombreux. Ici ce sont le révérend Milton et le le Lt. Col. Griffith qui s’affrontent.

Vindicator 13 janvier 1835
Vindicator 13 janvier 1835
Vindicator 16 janvier 1835
Vindicator 16 janvier 1835

En 1835 le gouvernement essaye encore de régulariser les titres de propriété de ceux qui sont déjà installés. D’après ces documents on peut dire que Rawdon est presque exclusivement anglophone.

Gazette de Québec 29 octobre 1835
Gazette de Québec 29 octobre 1835
Gazette de Québec 12 novembre 1835
Gazette de Québec 12 novembre 1835

La crise de 1837-1838

Les commissaires chargés par l’Assemblée de faire enquête sur les plaintes du Bas-Canada recensent 20.000 acres de terres du Township de Rawdon réservées au clergé et à la courone. Elles sont libres et disponibles pour ceux qui en auraient besoin, les Canadiens:

En 1837 les anglophones protestants rêvaient d’établir des Townships au nord et au sud du St-Laurent pour contenir la population canadienne dans les seigneuries:

L'Ami du Peuple 19 juillet 1837
L’Ami du Peuple 19 juillet 1837

Pendant l’été 1837 les assemblées publiques se multiplient. Les habitants de Rawdon tiennent la leur le 20 juin et prennent plusieurs résolutions pour soutenir la couronne. Ils demandent des armes et des munitions pour les volontaires de la milice. Mais tout le monde n’est pas d’accord dans le canton, un irlandais rappelle l’année 1798 when the irish yeomen took their arms, un très mauvais souvenir (30.000 morts).

Vindicator 28 juillet 1837
Vindicator 28 juillet 1837

Dans son Histoire des Patriotes (page 364) G. Filteau écrit:

Furieux de voir les Canadiens résister, dans un dessein de salut national, aux projets de leurs adversaires, les Bureaucrates avaient résolu de les écraser par tous les moyens possibles. [Lord Durham a écrit dans son rapport]: « Dans ce but, les revenus publics furent dépensés contre les désirs des Canadiens représentés par l’Assemblée. Il s’ensuivit une insurrection que les Anglais précipitèrent dans la crainte de laisser aux Canadiens le temps de s’y préparer ».

Le Populaire 22 décembre 1837

Le Populaire 22 décembre 1837 – La tête à Papineau a été vue à Rawdon, sus au traître!

Thomas Griffith était un gros propriétaire de Rawdon en 1838, il se prenait sans doute pour le boss du township. Il possédait presque tous les lots du village actuel de Rawdon.

Almanach 1838
Almanach 1838
Le Populaire 7 février 1838
Le Populaire 7 février 1838

Dans son rapport de 1839 sur l’état de la colonie, Lord Durham a longuement décrit tous ces affrontements entre les 2 races comme on disait alors. Et il donne très souvent raison aux Canadiens contre les colons britanniques qui ont agi en conquérants sans aucun respect pour la promesse que l’Angleterre avait faite aux Canadiens en 1791 de préserver leurs lois, leur religion et leur langue. Dans les statistiques qu’il publie en annexe de son rapport on voit que 30.700 acres de terre ont été distribués gratuitement à Rawdon: 6.500 acres ont été donnés au clergé protestant et les bénéficiaires du reste ont surtout été les spéculateurs comme T. Griffith semble-t-il.

30.700 acres équivaut à environ 48 miles carré. Un canton faisait en général 100 miles carré (10 miles par 10 miles). La moitié du canton a été distribuée gratuitement.

Après la crise: 1839-1850

Gazette de Québec 7 mars 1839
Gazette de Québec 7 mars 1839

En 1840 des terres étaient encore réclamées par des Voyageurs pour leurs services passés. Ce sont des anciens marchands de fourrures de la Compagnie du Nord-Ouest. Henry McKenzie et Jacob Oldham étaient propriétaires du moulin de Manchester sur la rivière Ouareau.

Dans les journaux on trouve quelques informations sur la vie des habitants. Charles Beaupré est propriétaire d’un moulin à scie sur le lot 9 du 1er rang de Rawdon. En 1841 la politique municipale s’organise; les habitants des Townships voudraient être à part des habitants des seigneuries et avoir leurs représentants.

Gazette de Québec 11 juin 1840
Gazette de Québec 11 juin 1840
Gazette de Québec 26 novembre 1840
Gazette de Québec 26 novembre 1840
Gazette de québec 28 mai 1840
Gazette de québec 28 mai 1840
L'Aurore des Canadas 16 septembre 1841
L’Aurore des Canadas 16 septembre 1841

T. Griffith s’est encore fait remarquer par les journaux à l’occasion des élections municipales en proclamant publiquement que les catholiques ne devraient pas avoir le droit de voter puisqu’on ne peut pas leur faire confiance.

Le Canadien 22 novembre 1841
Le Canadien 22 novembre 1841

Des missionnaires protestants, les suisses, commencent à essayer de détourner les catholiques de leur foi; en prêchant en français ils sont d’autant plus dangereux.

Un article de L’Aurore du 2 juillet 1844 donne une description intéressante des principaux moulins situés sur les rivières Ouareau et Rouge. Les moulins étaient les principales industries des terres de colonisation il est donc important de connaître leur histoire. J’ai interrogé des historiens de Rawdon et il semble que personne ne sache exactement où se trouvaient les moulins de J.H. Dorwin et Peter McGill à Rawdon. Cet article précise qu’ils étaient situés sur la rivière Ouareau en amont du moulin Manchester situé à St-Liguori.

L'Aurore 2 juillet 1844

La rivière lac Ouaro traîne un très gros volume d’eau au printemps; elle a plusieurs rapides, ce qui fait qu’elle offre plusieurs pouvoirs d’eau aux industrieux. On y remarque les beaux moulins à scie de M. Dorwan (Dorwin) ou M. McGille (McGill). Celui de Manchester, actuellement la propriété de M. Dorwan, plus bas de MM. N. Dugas et L. Morin, situés dans un endroit très agréable et où il y a un joli pont; ils ont aussi un moulin pour l’avoine. Ils sont sur la seigneurie du séminaire de Montréal.

Sur la même rivière, Messrs. les seigneurs de St-Sulpice ont de très beaux moulins, connus sous le nom des moulins de Bourgard. Il y a là un petit village; une bonne auberge tenue par M. Arsonnault.

La Minerve 31 octobre 1844
La Minerve 31 octobre 1844
La Minerve 26 décembre 1844
La Minerve 26 décembre 1844

À partir de 1844 les orangemen de Rawdon commencent à devenir célèbres pour les expéditions qu’ils organisent vers Montréal pour soutenir les candidats Loyaux aux élections.

Ce sont d’abord de vrais citoyens de Rawdon qui se font arrêter dans des émeutes et puis ensuite chaque fois que des brutes terrorisent les électeurs aux élections la presse patriote parle des assommeurs de Rawdon, peu importe d’où ils viennent.

Vers 1845 les extrémistes orangistes vont perdre de leur influence. Lors de l’enquête du Parlement sur le chemin de Rawdon à Chertsey, un rapport de 70 pages est fait qui montre les tensions de cette époque. J’en ai fait une synthèse dans Crise politique à Rawdon en 1854. Voilà le témoignage d’Alexander Daly, irlandais catholique et agent des terres pour Rawdon, lors de cette enquête: pendant de nombreuses années l’esprit du Toryism et de la suprématie de l’Ordre d’Orange ont été très forts et en menaient large…

Défense d'Alexander Daly

William Robinson membre de la congrégation méthodiste dit qu’il a décidé de déménager dans le Haut-Canada car il ne veut pas élever sa famille parmi des Canadiens mais dans un pays protestant.

Crise politique la suite

Le commerce du bois était alors très important à Rawdon. Une carte de 1843 dessinée par James Dingman montre un chemin de chantier qui part de Rawdon en suivant la rivière Ouareau jusqu’au nord de N.-D.-de-la-Merci. Dorwin, Dugas et Leblanc y avaient des chantiers.

Le Canadien 21 juillet 1845
Le Canadien 21 juillet 1845
La Minerve 28 juillet 1845
La Minerve 28 juillet 1845
La Gazette de Québec 5 mars 1847
La Gazette de Québec 5 mars 1847
La Minerve 18 juin 1847
La Minerve 18 juin 1847

En 1845 James Dignam a dessiné un plan du village de Rawdon. Les routes existantes ne suivent pas le plan quadrillé. On voit qu’en 1845 il n’y avait pas beaucoup de maisons dans le village. Les lots possédés par T. Griffith en 1838 sont vacants. Les habitations dans les cantons à cette époque étaient dispersées sur tout le territoire, il n’y avait pas vraiment de centre. Au sud un chemin longeait la rivière Ouareau vers le moulin de M. Dorwin situé en aval.

Rawdon 1845
Gazette de Québec 5 juillet 1847

Thomas Griffith avait déménagé dans l’ouest canadien mais en 1847 il demandait une indemnisation pour les pertes encourues lors de la rébellion (Gazette de Québec 5 juillet 1847).

Le Journal de Québec 18 janvier 1849

Le Journal de Québec 18 janvier 1849

Les assommeurs de Rawdon frappent encore.

Peu après, le 25 avril 1849 des émeutiers ont mis le feu au Parlement du Canada-Uni dans le Vieux-Montréal après qu’une loi pour indemniser les Canadiens victimes des rébellions de 1837-1838 ait été adoptée. On peut être certain que quelques orangemen de Rawdon étaient parmi eux.

À partir de 1846 la recherche Rawdon sur le site de la BANQ donne presque toujours des résultats concernant la semence de trèfle de Rawdon. C’est un patrimoine agricole que les irlandais de Rawdon avaient apporté avec eux et qui leur a fait une bien meilleure réputation dans la province et même à l’étranger: Le grand trèfle rouge de Rawdon. John Jeffries de Rawdon avait reçu une médaille du prince Albert à la première exposition industrielle du Crystal Palace de Londres de 1850.

Montreal Herald 23 septembre 1853
Montreal Herald 23 septembre 1853

En 1850 la compagnie Industry Village and Rawdon Railway a été incorporée par J.H. Dorwin et ses associés pour construire une ligne de chemin de fer entre le village d’Industrie (Joliette) et Rawdon. Ce train devait servir à exploiter le bois du bassin de la rivière Ouareau dont Peter McGill et J.H. Dorwin avaient obtenu de grandes concessions:

Rapport du Commissaire des Terres de la Couronne 1856
Rapport du Commissaire des Terres de la Couronne 1856

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