Catégorie: Histoire de Lanaudière
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Les 2 ponts-couverts de Joliette (1871-1885)

À Joliette deux ponts-couverts ont été construits en 1871 sur la rivière L’Assomption; en 1885 la crue de printemps les a détruits tous les deux. Une illustration décrivant Joliette vue à vol d’oiseau en 1881 montre ces deux ponts-couverts. Les devis des travaux des deux ponts ont été notariés et les contrats ont été numérisés par les Archives Nationales du Québec.

Joliette, vue à vol d'oiseau en 1881
Vue à vol d’oiseau de la Ville de Joliette en 1881
Gazette de Joliette 17 janvier 1868

Le Pont des Dalles situé en aval (à gauche) a été construit dès la fondation du Village d’Industrie à l’endroit où la rivière était la plus étroite. C’était alors le seul pont permettant de traverser la rivière l’Assomption dans le nord de la seigneurie de Lavaltrie. Quand Barthélémy Joliette et ses associés ont fait construire le train pour transporter le bois des moulins du village d’Industrie jusqu’au fleuve St-Laurent à Lanoraie le Pont des Chars ou Pont du Rail a été construit pour relier la gare au centre-ville; je n’ai pas trouvé dans les livres sur l’histoire de Joliette à quelle date ce pont a été construit, sans doute vers 1850 lors de la construction du terminus de train.

L’entretien de ces ponts coûtait cher et en 1871 la Ville de Joliette les a fait reconstruire à neuf en les faisant recouvrir pour mieux les protéger.

Le pont du Rail

Le premier contrat a été conclu le 18 octobre 1870 devant le notaire Dieudonné Desormiers entre Jean-Baptiste Gilbert dit Comtois, constructeur de pont, et Gaspard de Lanaudière, seigneur et maire de la ville de Joliette, pour la reconstruction du Pont du Rail.

Pont du Rail Joliette 1881

Le marché a été fait pour la somme de deux mille piastres plus le droit de récupérer le bois de l’ancien pont. La construction devait commencer dès que possible au printemps pour livraison à la St-Michel, le 29 septembre. Les premières pages du contrat concernent les modalités de paiement et les garanties apportées par le constructeur (pages 379 à 386).

Le devis des travaux est ensuite longuement détaillé (pages 387 à 394). Il est tellement détaillé qu’il permettrait à un spécialiste de reconstruire le pont à l’identique ou d’en faire une maquette à l’échelle. Je ne suis pas un spécialiste, le texte est parfois difficile à lire et le vocabulaire des constructeurs d’autrefois nous est étranger: solles, sommiers, lambourdes, jambes de force, gardes de corps, etc. Dans la rivière deux caissons emplis de pierres soutenaient le pont long de 200 pieds; un de ces caissons reposait sur le canal du moulin.

Les travaux à faire sont décrits très en détails, le plus important étant l’arrimage du pont aux rives et la solidité des piliers qui le soutiennent. La qualité, la masse et la taille des pierres, le fer à utiliser pour arrimer le tout, le devis est rigoureux et précis.

Page 394

Le 6 octobre 1871 Jean-Baptiste Gilbert dit Comtois a reçu sa quittance pour les travaux faits au pont des Chars. Pour obtenir le contrat il avait dû trouver des endosseurs qui avaient donné des garanties hypothécaires pour s’assurer que les travaux seraient bien faits.

Le pont des Dalles

Pont des Dalles, Joliette 1881

Le contrat pour la reconstruction du pont des Dalles a aussi été conclu devant le notaire Dieudonné Desormiers entre le maire de Joliette et Jean-Baptiste Gilbert dit Comtois. Il figure dans les minutes de 1871 mais n’est pas daté, la résolution du conseil municipal approuvant le devis date du 26 mai.

Le pont devait être livré le 1er juillet de l’an prochain (1871 ou 1872 ?) pour le montant de 450 piastres. La construction de ce pont était beaucoup plus simple, il s’appuyait directement sur les 2 rives et il n’y avait pas de pilier à construire dans la rivière.

Le devis des travaux est lui aussi plus simple, il semble avoir été écrit sur un bout de papier au coin d’une table.

Le chemin entre la gare et le pont du Rail

Le 19 octobre 1871, toujours devant le notaire Dieudonné Desormiers, le maire de la ville de Joliette Gaspard de Lanaudière a vendu une portion de terrain à la Corporation de la Ville de Joliette pour la somme de 30 piastres. Ce terrain devait permettre d’officialiser la portion du chemin public située entre la gare et le pont du Rail. Le plan annexé au contrat montre le tracé exact de ce chemin. La rivière L’Assomption est dessinée en-haut et le chemin reliait le pont à la rue Arthémise.

Page 79

J’imagine que le chemin existait déjà depuis la construction de la gare et du pont et que ce contrat venait régulariser la situation. Sur le plan Goad de la ville de Joliette en 1908 on voit où étaient situés la gare du C.P.R., la rue Arthémise et le bout de chemin menant au pont. Aujourd’hui la gare a disparu mais le tracé du chemin n’a pas changé. Le site s’appelle Placette de Brive-la-Gaillarde et plus rien ne rappelle l’histoire de la gare et du train menant à Lanoraie.

La gare du C.P.R. Joliette - Plan Goad 1908 - SHJL
La gare du C.P.R. Joliette – Plan Goad 1908 – SHJL
La gare du Canadien Pacifique - BANQ
La gare du Canadien Pacifique – BANQ

Dans la Gazette de Joliette on lit qu’en 1877 un bateau à vapeur, Le Joliette, proposait des croisières sur la rivière L’Assomption en amont de la ville et de ses moulins.

15 mai 1877
3 août 1877

La destruction des 2 ponts-couverts par la débâcle de 1885

Inondations à Joliette en 1885

Samedi matin les eaux montaient toujours et les appréhensions devenaient toujours plus grandes. Les propriétaires des moulins de Joliette redoutaient la débâcle et prenaient toutes les mesures possibles pour protéger leurs propriétés. La glace couvrait la rivière sur une étendue de 7 à 8 miles. Vers trois heures de l’après-midi de grands glaçons se détachèrent un peu plus haut que la chaussée des trois premiers moulins emportant des radeaux, booms, sur une étendue de plusieurs arpents…

Enfin vers 7 heures et demie du soir, la débâcle commença à s’opérer. D’immenses banquises descendirent rapidement. Tout à coup les empellements du grand moulin se brisent et l’eau couvrant une étendue de 4 à 5 arpents de largeur, se précipite comme un torrent, emportant tout sur son passage.La glace continuant de descendre, brise le pont conduisant à la gare… Et tous ces débris volant sur le torrent, vont briser le pont des Dalles que les flots emportent à leur tour.

Gazette de Joliette 28 avril 1885

Le site Les ponts-couverts au Québec répertorie tous les ponts couverts qui ont été construits au Québec. Les 2 ponts-couverts de Joliette sont répertoriés: le Pont des Chars, du Rail, Grand-Pont faisait 180 pieds de long, le Pont des Dalles, Rouge seulement 50 pieds. Ils ont été construits tous les deux en 1871 et ont disparu en 1885.

Merci à Yves Forest qui étudie les contrats notariés dans la région de Lanaudière pour ses recherches personnelles et m’envoie régulièrement des informations pertinentes.

Carte du Québec

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