Catégorie: Histoire de Lanaudière
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Le BON journal catholique de Joliette et les juifs

Après la crise de 1929 l’Église Catholique a mené une campagne de renouveau moral en utilisant les outils de la modernité qu’elle dénonçait, la presse. À Joliette c’est le journal L’Action Populaire appartenant à l’Évêché qui a été enrôlé pour mener la croisade (et ses dérives). Quand on veut purifier les mœurs il faut trouver des coupables. À Joliette il y avait quelques juifs: ils ont dû déguerpir.

Le journal La patrie du 28 août 1920 rapportait que la colonie juive de Joliette avait sa synagogue ce qui semble démontrer qu’il y a déjà eu une population juive dans la ville qui s’y était établie pour faire du commerce.

Le BON journal: L’Action Populaire

C’est en janvier 1935 que le journal L’Action Populaire appartenant depuis 1918 à l’évêché de Joliette s’est autoproclamé le BON journal. Les intérêts catholiques exigent la présence de journaux qui ont la mission de défendre les esprits contre l’erreur, de propager la vérité, de redonner aux événements leur véritable proportion.

L'action populaire, 24 janvier 1935
24 janvier 1935

Le BON journal s’il attaque, c’est pour le triomphe de la justice, de la charité.

L'action populaire, 24 janvier 1935

Pour favoriser la propagande de la morale publique le numéro spécial de Noël a été distribué gratuitement à tous avec le bulletin paroissial: le Père curé fait le vœu sincère que toutes les familles s’abonnent à l’Action populaire au cours de l’année.

L'action populaire, 19 décembre 1935
19 décembre 1935

La semaine sociale de Joliette en 1935

En juillet 1935 Joliette a accueilli la Semaine Sociale de Joliette: le cardinal Villeneuve, un archevêque et huit évêques, tout le gratin s’était déplacé. C’était le début de la nouvelle croisade pour la défense de la moralité publique mise en danger par le Progrès.

L'Action Populaire 11 juillet 1935
L'Action Populaire 11 juillet 1935
11 juillet 1935

La démonstration a été grandiose, la conférence la plus courue a été celle de M. Victor Barrette à propos de l’influence des agents extérieurs (presse, cinéma, radio).

L'Action Populaire 11 juillet 1935
11 juillet 1935

Les juifs coupables de tous les maux

Depuis quelques années déjà L’Action Populaire publiait des articles contre les affiches de cinéma placardées à la vue de tous dans les rues de Joliette pour charitablement défendre les âmes pures contre le juif de la rue St-Paul.

L'Action Populaire 22 mars 1928
22 mars 1928

À Joliette le progrès était principalement véhiculé par les juifs qui spéculaient en versant le poison sur la ville. Il y avait aussi des anglais et des américains mais les juifs étaient nettement les plus dérangeants à Joliette. Le texte suivant est signé O. V. soit Omer Valois qui sera directeur du journal de 1938 à 1956. Il est ensuite devenu monseigneur et a été président de la Société Historique de Joliette, un être moralement parfait et une personnalité illustre de Joliette.

L'Action Populaire 10 juillet 1930
10 juillet 1930

Le règlement municipal no 50 anti-juif

Après la Semaine Sociale de 1935 L’Action catholique chez nous a travaillé fort pendant l’hiver pour mobiliser ses membres. Au printemps 1936, afin de sauvegarder la moralité publique, notre conseil municipal se rendait à la demande des membres de l’Action catholique et adoptait le règlement suivant:

L'Action Populaire 1er octobre 1936
1er octobre 1936

Cet article du 1er octobre est assez troublant car la suite montre que certains bons catholiques trouvaient que ce n’était pas suffisant. Grâce au dévouement et à la fermeté de certains membres du Conseil municipal nous obtenions que la plage fut louée à un particulier qui en interdit l’entrée aux juifs en y plaçant des enseignes à cet effet, et d’autres invitant au respect de la morale.

L'Action Populaire 1er octobre 1936

Il semble qu’il y ait eu débat, tout le monde n’était pas d’accord; les bons catholiques ont tenu ferme et la majorité l’a emporté. Le journal ne précise pas si le règlement a été adopté par le conseil municipal de Joliette ou par celui de St-Charles-Borromée (ce qui semble plus probable).

Le péril juif à Joliette: Péningue

En faisant la recherche pour l’article Péningue et le rang Saint-Gerlot j’avais trouvé quelques articles très violents contre les juifs de Péningue qui devraient aller en Palestine où il y a de la bonne terre arabe: nous ne voulons pas aller chercher Hitler pour les chasser mais il me semble qu’on devrait leur donner la chance de s’en aller… Péningue doit cesser d’être la maison mère des juifs de Joliette.

L'action populaire 25 février 1937
25 février 1937

Péningue s’appelle auourd’hui rue de la Visitation, c’est le territoire situé au nord de Joliette à St-Charles-Borromée. Harry Schwartzman propriétaire le la Maison-Lacombe avait construit 40 chalets d’été qu’il louait principalement à des familles juives de Montréal. Ils dansaient, ils se baignaient dans la rivière, ils dérangeaient les bonnes gens.

Bien sûr on pourrait faire la même recherche dans un autre pays de la même époque et trouver les mêmes résultats dans les journaux catholiques. Les juifs étaient à la fois les symboles de la finance capitaliste et du péril communiste, des boucs émissaires coupables de tous les maux. Dans l’autre journal de l’époque à Joliette, L’Étoile du Nord, on trouve aussi des remarques inacceptables aujourd’hui mais elles sont nettement plus rares et moins violentes.

L'action populaire, 25 avril 1935
25 avril 1935

En 1935 le R. P. Lorenzo Gauthier, clerc de St-Viateur a été nommé curé de la nouvelle paroise du Christ-Roi au nord de Joliette. Il rédigeait une chronique régulière dans L’Action Populaire donnant les nouvelles de sa paroisse Christ-Roi. Il se faisait appeler Père Curé et il a pris en main la moralité de son territoire. Un de ses objectifs était de faire déguerpir les juifs de sa paroisse. Au fond ce sont des peureux qui ont su exploiter notre candeur.

L'action populaire 19 mai 1938
19 mai 1938

10 ans plus tard, après la guerre et alors que le récit de la shoah était connu de tous, le Père Curé du Christ-Roi était toujours inquiet des juifs de Péningue qui n’avaient pas encore totalement disparu de sa paroisse.

L'Étoile du Nord 9 septembre 1948
9 septembre 1948

Ce n’est que vers 1965 que les juifs de Péningue ont définitivement déguerpi quand la famille Schwartzman a vendu la Maison Antoine-Lacombe. Le nom Péningue a alors été effacé des mémoires, le Père Curé avait rempli sa mission.

École et rue Lorenzo-Gauthier

Dans la toponymie de Saint-Charles-Borromée on trouve l’école et la rue Lorenzo Gauthier. Voici la notice publiée par la ville:

Lorenzo Gauthier

Le Père Curé Lorenzo Gauthier a travaillé fort pour animer sa paroisse du Christ-Roi. Comme tout un chacun il était loin d’être parfait et subissait les préjugés de son époque. Le devoir d’histoire ce n’est donc pas de rayer son nom de la liste mais de rappeler et d’expliquer ces faits en les mettant en contexte pour éviter leur répétition.

Ajout: une colonie d’immigrants à St-Charles-Borromée

En documentant le greffe du notaire Guilbault à Joliette j’ai découvert une série de transactions à partir de 1907 qui montre la présence à St-Charles-Borromée d’une communauté d’immigrants.

Le 1er mars 1907 Adélard Magué (Mayer) a vendu à Sam Cocklin contracteur de Londres actuellement à Montréal les lots 290, 294, 295, 296 de St-Charles-Borromée avec les animaux et les outils.

Le 20 avril 1907 Joseph Brouillet constable de Joliette a vendu à Mendel Averback et Israel Schwartzman cultivateurs de Montréal les terres No 312 et 313 de St-Charles-Borromée contenant 104 arpents en superficie avec des bâtisses et les No 1 et 2 de St-Amboise de Kildare contenant 14 arpents sans bâtisse pour 1.400 piastres.

Le même jour les 2 acheteurs ont fait notarier une convention pour spécifier qu’ils étaient propriétaires indivis de ces terres et pour réglementer l’indivision.

Le 6 mai 1907 Abraham Rubin et Frank Wonstein(?) cultivateurs de St-Charles-Borromée ont vendu à Boris Sachatoff marchand et Konstantan Popoff navigateur autrefois de New-York et aujourd’hui de St-Charles-Borromée la terre No 298 de 15 arpents bâtie de maison, grange et autres bâtiments, la terre No 297 de 50 arpents, une partie du No 6 de St-Ambroise de 15 arpents avec les animaux et les outils; ils avaient acheté ces terres le 22 décembre 1906.

Le 1er juin B. Sachatoff et C. Popoff sont retournés chez le notaire pour affirmer qu’ils avaient acheté ces terres en propriété indivise aussi au nom de Stefan Ludkofsky et Stepan Denisenko cultivateurs de Russie. Le 15 juin Boris Sachatoff a vendu sa part à S. Ludkofsky. Le 13 août C. Popoff et S. Ludkofsky ont vendu des parts à S. Denisenko qui devient propriétaire de trois quarts et S. Ludkofsky d’un quart.

Le 10 août 1907 Alexis Vève cultivateur de St-Charles-Borromée a fait une promesse de vente à Sender(?) Teitelman tailleur de Montréal pour la terre No 318 bâtie de maison, grange et dépendances et la 319 sans bâtisse. La vente a été conclue le 17 février 1908.

Le 17 août Pierre Majeau a vendu à Marks Gurelsky et Sam Melberg meubliers de Montréal et demoiselles Annie Balofsky et Jide(?) Melberg la ŧerre No 306 bâtie de maison, grange et dépendances.

Le 17 août William Labelle de Joliette a vendu à Sham et Jack Brassloff et S. Cooklin les terres No 291 et 293 avec une grange.

Le 7 décembre Frank Wonstein cultivateur de St-Lin a vendu à Esther Wonstein son épouse et à Abraham Rubin le lot 626 de St-Lin et le 952 de Ste-Julienne.

Le 25 janvier 1908 Sam Coocklin cultivateur de St-Charles-Borromée a convenu avec Jack et Sam Brassloff tailleur de Montréal que ses employés avaient involontairement coupé 45 voyages de bois sur leur terrain de St-Charles-Borromée et qu’il aurait d’en prendre autant sur leur terrain. Le 18 mars Sam Cooklin à Morris Edelman et Woolf Goldberg tailleurs de Montréal les terres No 290, 294, 295, 296 avec les animaux, les outils et les bâtisses.

Le 17 mars 1908 Sam Cooklin et Abraham Gin(?) cultivateur de St-Lin ont formé une société pour la fabrication et la vente de tubes pour cigarettes. Le siège social était au domicile de S. Cooklin à St-Charles-Borromée. La part de A. Gin consistait en toutes les machineries et le stock, celle de S. Cooklin en son habileté et son expérience dans la fabrication des tubes. Claude Martel dans Histoire de Joliette mentionne la British North American Tube Company en 1908 dont la destinée demeure floue.

Le 4 mai 1908 Marcus Herman tailleur de Montréal a vendu à Coppel Silverston tailleur de Montréal le lot 309 de St-Charles-Borromée bâti de maison et dépendances acquis de Fredda Herschorn épouse de David Lessor cultivateur de St-Charles-Borromée en 1906. Le 5 juin une quittance partielle détaille les transactions.

Le 16 mai Mendel Averback a vendu à Izrael Schwartzman cultivateur de Montréal sa moitié indivise des terres achetées en commun: 312 et 313 de St-Charles-Borromée, 1 et 2 de St-Ambroise. Le 23 mai Stepan Denisenko cultivateur de St-Charles-Borromée a vendu à Aron Fairbank épicier de Montréal les trois quarts indivis des lots 298 et 297 de St-harles-Borromée, du lot 6 de St-Ambroise et du matériel. Le 27 mai Nessen Nessenbaum cultivateur de St-Charles-Borromée a vendu à Jacob Kofman commerçant de Montréal les lots 323 et 324 avec maison, grange et autres bâtisses. Le 9 août Jacob Kofman les a revendus à Jacob Cohen tailleur de Montréal.

Le 20 mars 1909 Jack Brassloff menuisier a donné une procuration à son frère Sam Brassloff tailleur, tous les 2 de Montréal, pour acquérir une moitié indivise des lots 291 et 293. Le 29 janvier 1910 Jacob Kofman et Jacob Cohen ont vendu à Samuel Tafler contracteur de Montréal les lots 323 et 324. Le 25 avril 1910 Salomon Waxman tailleur de Montréal a vendu à Sam Davies tailleur le lot 193 acheté de Louis Brault en 1907. Le 11 mai 1911 Sarah Milberg représentant Marcks Guretaky et Side Milberg, Sam Milberg et Annie Balfsky, a vendu à Sam Davis tailleur de Montréal le lot 306.

Le 25 mars 1912 Jack et Sam Brassloff ont vendu à John Banks peintre de Montréal les lots 291 et 293 avec le matériel de sucrerie. Le 2 septembre John Banks a revendu le tout à Allen Gillinder tailleur de Montréal. Le 26 décembre 1912 James Lazarovitch a résilié l’achat fait à Dimitri Kraef des lots 318 et 319.

Le 3 août 1913 Alexandre Alexander machiniste de St-Charles-Borromée a vendu à Peter Grypinich(?) tailleur de Montréal 2 terrains faisant partie du lot 215. Le 18 août William Matthews cultivateur de St-Charles-Borromée a fait notarier un bordereau de vente du lot 193 vendu le 11 avril 1907 à Salomon Waxman, revendu le 25 avril 1910 à Sam Davis tailleur de Montréal, revendu le 9 mai à W. Matthews. Le 16 août il l’avait revendu à James Newbury menuisier de Montréal.

Le 27 septembre 1913 Isaie Boucher a vendu à Adolf Noreiko une partie du lot 216 sur l’avenue du Pécieux-Sang projetée. Le 28 octobre Adèle Stern a vendu à Barnet David Adelman courtier de Montréal une partie du lot 231 sur la rivière de l’Assomption.

Le 12 septembre 1914 Aimé Riopel a vendu à Barry Zyrkovitch(?) tailleur de Montréal une partie du lot 310 sans bâtisse.

Le 14 octobre 1914 Sam Davis a vendu à Elias Moscovitch tailleur de Montréal le lot 306.

Harry Schwartzman a acheté la Maison Antoine-Lacombe en 1924, il a construit une quarantaine de pavillons de villégiature alentour qu’il louait aux membres de la communauté juive de Montréal.

La chaîne de titres de la maison Antoine Lacombe: en 1905 madame Freddy Herschorn, 1907 Abraham Rubin et Franck Wornstein, Boris Sachaloff & al., Isaac Kerb, 1908 Stefan Perschsky, … , 1924 Harry Schwartzman et Dora Bernstein.

Carte du Québec

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