Catégorie: Histoire de Lanaudière
Site indépendant sans témoin espion

La création du canton de Kildare de 1792 à 1830

Histoire de la création du canton de Kildare situé au nord de Joliette où se trouvent aujourd’hui les villes de Saint-Charles-Borromée, Saint-Ambroise-de-Kildare et Sainte-Marcelline-de-Kildare. En 1824 les habitants des six premiers rangs du canton étaient tous canadiens français et les habitants des six autres rangs presque tous anglophones, des militaires irlandais retraités.

Arpentage du canton de Kildare

En 1792 le gouvernement a commencé à créer des cantons, townships, au nord des seigneuries concédées sous le régime français. Dès 1792 Pierre-Paul Margane De la Valtrie a demandé que la limite nord de sa seigneurie soit délimitée pour créer un canton. Sa demande a été acceptée en 1802 et l’arpenteur du gouvernement Joseph Bouchette a reçu le mandat de délimiter les lots du canton de Kildare.

Un premier arpentage sommaire du canton de Kildare avait été fait dès 1792 en même temps que celui du canton de Rawdon par William Fortune.

W. Fortune avait embauché 4 indiens à Caganawago près de Lachine, sans doute Kahnawake, pour le guider sur ce territoire encore inconnu.

L’arpentage fait par Joseph Bouchette en 1802 est plus précis, son carnet d’arpentage déposé lui aussi à la BANQ donne les détails sur son travail. Le 14 septembre 1802 il s’est rendu à Lavaltrie rejoindre M. Vondenvelden, député arpenteur, selon les instructions de l’Arpenteur Général. Il semble que l’arpenteur Louis Legendre ait dessiné le diagramme à partir des relevés de J. Bouchette.

Carnet K3, Canton de Kildare - Joseph Bouchette 1802
Joseph Bouchette 1802

À Lavaltrie Bouchette a retrouvé Charles De La Naudière, William Vondenvelden, écuyers, Robert Smith et plusieurs autres censitaires de la seigneurie de Lavaltrie pour procéder à l’arpentage. Charles-Gaspard Tarieu de Lanaudière était l’époux de Suzanne-Antoinette, fille de Pierre-Paul Margane de Lavaltrie.

Le carnet d’arpentage donne des précisions sur la qualité des terrains arpentés qui étaient très boisés. Le canton de Kildare commençait au niveau de la rue Précieux-Sang qui se trouve aujourd’hui dans la ville de Joliette. Sur la 2ème page du carnet on lit la description de la végétation à cet emplacement exact en 1802 (lots 7 à 13). Au niveau du lot 12 un chemin montait vers le nord en suivant la rivière L’Assomption pour mener à la seigneurie de M. Panet (Ste-Mélanie).

Le diagramme du canton de Kildare a été adopté officiellement par le gouvernement le 24 juin 1803, il est signé par Joseph Bouchette.

À cause de sa situation enclavée ce canton ne fait que 5 miles de large au lieu des 10 normaux, formant 12½ lots au lieu de 28. À l’ouest le canton de Rawdon venait d’être tracé, à l’est les seigneuries de Lanoraie et d’Ailleboust existaient depuis longtemps. Pour compenser, partiellement, le canton de Kildare a eu droit à 12 rangs au lieu de 10.

L’octroi des lots du canton de Kildare en 1803

Le jour même de la reconnaissance officielle du township on enregistre l’octroi de terre dans la partie sud du territoire – les rangs 1 à 6 – tandis que la partie nord – les rangs 7 à 12 – est réservée pour les militaires qui désireront s’établir au Bas-Canada…

Le même jour, les concessionnaires des terres au sud du septième rang cèdent tous par contrat leurs nouvelles propriétés soit au seigneur de Lavaltrie, soit à Monsieur William Vondenvelden, et ce pour une somme dérisoire.

J.-Claude Lapierre – St-Ambroise de Kildare

Les six premiers rangs ont été entièrement concédés grâce à un système de prête-noms, sauf les lots réservés au clergé et à la couronne. Le seigneur de Lavaltrie a été récompensé pour ses loyaux services d’une façon très particulière qui a dû faire des jaloux.

William Vondenvelden était arpenteur général adjoint du gouvernement depuis 1795 et en 1801 il a été élu député de Gaspé. À la chambre d’Assemblée, il appuie le parti canadien. Ce geste lui attire des ennuis, et il doit démissionner de son poste d’inspecteur, le 21 mai 1801. Il semble qu’il avait aidé le seigneur de Lavaltrie à arpenter la limite nord de sa seigneurie et dans ses démarches auprès du gouvernement grâce à ses bonnes relations. L’octroi de ces lots était son salaire, 3 rangs revenant au seigneur de Lavaltrie et 3 à W. Vondenvelden.

J.-Claude Lapierre

Dans le nord du canton J.-Claude Lapierre indique que plusieurs lots ont été octroyés en 1824 au major Beauchamp Colclough, l’officier le plus haut gradé du 103ème régiment basé à Berthier. Les lots identifiés à son nom lui ont été attribués pour ses services comme agent des terres du gouvernement depuis 1820 environ. Il était chargé de distribuer des lots aux soldats retraités. Les officiers et les sergents avaient droit à un lot et les soldats à un demi lot.

Par exemple, en 1820, les trois frères Millichap dans le douzième rang à proximité du lac des Français; en 1822, dans le huitième rang, les Dixon (six frères et 4 soeurs) et les Daly (un père et ses fils); aussi en 1822 les Gass (5 frères)…

J.-Claude Lapierre

Une autre carte de la BANQ attribuée à Louis Legendre en 1812 reprend le diagramme de J. Bouchette en détaillant la limite sud du canton et la jonction avec les limites irrégulières des terres des seigneuries.

Ligne sud du township de Kildare
Diagram du Township de Kildare – Louis Legendre 1812 (BANQ)

La moitié sud du canton transformée en seigneurie

La partie régie par le seigneur de Lavaltrie est exploitée selon le système seigneurial. Les structures administratives étant déjà en place, les nouvelles terres sont simplement annexées à la seigneurie.

J.-Claude Lapierre

M. de Lavaltrie propriétaire des 3 premiers rangs subdivise ses 39 lots pour en faire 117. Le premier colon à s’installer est Louis Gauthier suivi de Louis Laporte en 1809. Le suivant est Louis Laporte fils en 1814. Quinze nouveaux colons s’installent en 1817, treize en 1818, tous les lots du premier rang et la moitié du deuxième sont occupés en 1822.

Le 18 février 1809 Pierre-Paul Marganne de Lavaltrie a cédé un lot à François Gauthier dit Landreville qui montre comment les lots ont été octroyés. Il avait proposé de vendre la terre en franc et commun soccage, ce que Gauthier a refusé préférant le prendre à bail perpétuel en payant une rente comme si il s’agissait d’une censive. Le lot avait été arpenté par Pierre Rottot le 28 décembre 1807. Les lots ont peu à peu été octroyés par les seigneurs de Lavaltrie selon la même teneur; j’ai retrouvé quelques contrats notariés. 17 décembre 1814 bail à charge perpétuelle par Dame veuve DeLanaudière à Louis Laporte fils, 19 décembre 1816 à Jean-Baptiste Jodouin,

Le 19 février 1819 pour un bail à Joseph Gaudin un formulaire préimprimé a été utilisé:

Bail à Joseph Gaudin 1819
Bail à Bazile Deshotels 1822

Le 16 février 1819 Jean-Baptiste Billy dit St-Louis marchand de Ste-Elisabeth a loué à François Sarazin une sucrerie dans le canton de Kildare avec 350 arbres à sucre pour 9 ans.

En 1822 la Dame veuve De Lanaudière est décédée et un nouveau formulaire a été imprimé au nom des nouveaux seigneurs de Lavaltrie, Pierre Paul Tarrieux Taillant de Lanaudière, Barthélémy Joliette et Charles Pierre Leodel (une erreur de frappe, il s’appelait Loedel).

Bail à François Beaudouin 1822

Les lots de la famille Vondenvelden ont été distribués et administrés selon le même système seigneurial. Dans la liste des premiers occupants des 6 premiers rangs faite par J.-Claude Lapierre il n’y a que des noms canadiens-français (sauf Jean-Baptiste McGraw).

Une fois les lots octroyés des ventes ont pu se faire. Le 4 octobre 1817 François Pelerin a vendu à Jean-Baptiste Vaine un lopin de terre à prendre dans le 4ème lot du 1er rang de Kildare, le terrain N°2 selon l’arpentage de ce lot fait par Maitre Rottot(?) le 30 mai 1808. Le 5 octobre François Carron a vendu à Joseph Martin dit Barnabé le N°8 du lot 5 du 1er rang. Le 1er novembre 1817 Jean-Baptiste Veine de St-Jacques a revendu à François Wolfe le lopin de terre. Le 15 novembre 1817 Jacques Magneron dit Lajeunesse a vendu à François Raynaud dit Blanchard un autre lopin du même lot. Le 21 septembre 1818 Jean-Baptiste Bolduc a vendu à François-Xavier Versailles un lopin à prendre dans le lot 6 du 1er rang, le N°9 du lot. Le 21 mars 1819 Pierre Bonin a vendu à Louis Champoux le N°10 du lot 6 du 1er rang. Le 23 juillet 1819 François Wolfe a revendu à Pierre Desrosier le terrain N°2 du lot 4. Le 16 février 1819 Joseph Magneron dit Lajeunesse a vendu à Jean-Baptiste Laperche dit St-Jean le N°12 du lot 6 du 1er rang. Le 23 mars 1820 François Grégoire maître tonnelier a vendu à François Ciber dit Bélaire le N°11 du lot 6 du 1er rang. Le 29 avril Jean-Baptiste Houle a vendu à Bazil Ayot dit Mâlo le N°7 du lot 5 du 1er rang. Le 15 juillet Joseph Martin dit Barnabé a vendu à Amable Champoux le N°8 du lot 5 du 1er rang. Etc.

En 1823 Barthélémy Joliette s’est fait octroyé encore 800 acres en obtenant des lots réservés à la Couronne en récompense de ses services dans la guerre contre les États-Unis.

L’exploitation du nord du canton

La carte suivante est datée de 1802 par la BANQ mais c’est une erreur. Il s’agit du diagramme dessiné par J. Bouchette en 1803 avec des annotations postérieures sur certains lots. On voit les noms de Joliette et Leodel les seigneurs de Lavaltrie, la carte doit donc dater de 1820 ou après.

Diagram of the Township of Kildare par Joseph Bouchette père - 1802
Diagram of the Township of Kildare – Joseph Bouchette père – 1802 (BANQ)

Dans les 6 premiers rangs on voit 2 lots réservés à la couronne ou au clergé identifiés au nom de Leodel et d’autres sont colorés (à vendre?). Mais la plupart des cases sont vides, les lots étaient déjà concédés. Ce diagramme semble plutôt avoir été fait pour identifier les propriétaires des lots des rangs 7 à 12.

En 1823 Barthélémy Joliette et son beau-frère P.-C. Loedel qui administraient la seigneurie de Lavaltrie ont fondé les moulins du village de L’Industrie (Joliette) et ils ont eu besoin de bois à exploiter. Ils ont pu acheter tous les droits de coupe de la seigneurie d’Ailleboust à son seigneur mais dans un canton ils devaient se faire octroyer des lots qu’ils n’avaient aucune intention d’occuper personnellement.

Rangs 9, 10 et 11
Rangs 9, 10 et 11

L’attribution des lots à des militaires retraités dans ce secteur montagneux s’est donc faite en concurrence avec les exploitants de bois. Guy et Beauchamp Colclough sont arrivés à Berthier vers 1822. Le 7 septembre 1822 bail entre Charles Preville et Guy C. Colclough résidant à Berthier pour une portion de terre de Daillebout. Le 18 octobre François Lavoie résidant dans la seigneurie de Daillebout paroisse Ste-Elisabeth a loué un emplacement sur sa terre au major Beauchamp Colclough de Berthier.

L’arpenteur général Joseph Bouchette avait fait une enquête en 1824 à la suite de plaintes contre le capitaine Guy C. Colclough agent du township de Rawdon: General report of an official tour through the new settlements of the province of Lower-Canada.

Joseph Bouchette 1824

Le 9 octobre 1824 Beauchamp Colclough résidant à Daillebout a cédé à son fils Alexander Colclough le lot N°12 du 7ème rang de Kildare et le lot N°6 tenant au cédant et au lot du clergé de 200 acres chacun avec les lettres patentes accordées par sir Francis Burton. Le même jour comme agent du township de Kildare il a vendu à François Boucher marchand de Maskinongé le lot 11 du 8ème rang tenant à Thomas Dixon et au village pour 100 livres; il a aussi vendu à Antoine Lemyre de Maskinongé le lot 13 du 7ème rang de 124 acres pour 5 chelins par acre.

Le 9 octobre encore Guy Colclough capitaine à demi paye du 103ème régiment résidant à Daillebout a vendu à François Boucher le lot 11 du 7ème rang de 200 acres tenant à Charles Morrison et Alexander Colclough avec des bâtiments pour 150 livres.

Le 11 novembre Beauchamp Colclough résidant à Berthier a vendu à William Henry Hamilton son gendre collecteur de douane de Sherbrooke le lot 5 du 8ème rang de 200 acres pour 6 chelins et 3 deniers par arpent; le 14 décembre à Charles Morrison marchand de Berthier le lot 9 du 7ème rang pour 58 livres; le 14 janvier 1825 à Pierre Larochelle de Ste-Elisabeth la moitié du lot 8 du 7ème rang pour 6 chelins et 3 deniers par arpent; le 6 mai à James McCue l’autre moitié du lot 8.

Le 28 mai 1825 Beauchamp Colclough senior a cédé à Beauchamp Colclough junior lieutenant dans la milice de la ville de Dublin résidant maintenant à Berthier le lot 8 du 8ème rang. Le 1er avril 1826 Nathaniel Barter de Ste-Elisabeth a cédé à Antoine Robert maître-tanneur de Berthier la moitié di lot N°1 du 8ème rang de Kildare dont il avait reçu le ticket de location le 4 septembre 1824 par Beauchamp Colclough.

Le 21 avril 1827 Catherine Crawford épouse de Beauchamp Colclough de Berthier a constitué Beauchamp Urquart Colclough de Dublin, Irlande, comme procureur. Le 7 juin Alexander Colclough de Berthier a constitué Beauchamp Colclough de Berthier son procureur. Le 21 août Beauchamp Colclough a vendu à Joseph Bérard dit Lépine de Ste-Elisabeth un terrain partie du lot N°5 du 7ème rang de Kildare; le 1er octobre il a vendu à James Dickson de Ste-Elisabeth le lot N°10 du 9ème rang; le 28 avril 1828 à Christopher Purcell de Ste-Elisabeth partie du lot N°5 du 7ème rang. Le 23 juin Alexander Colclough a vendu à Christopher Purcell une partie du lot N°6 du 7ème rang; le 15 novembre Beauchamp Colclough a cédé à Edouard Langevin marchand de Berthier le lot N°13 du 9ème rang.

Le 30 juillet 1828 Beauchamp Colclough a vendu à John McConvill de Berthier le lot N°8 du 8ème rang. Le 28 mars 1829 Alexander Colclough a transporté au révérend John C. Driscoll de rivière du Loup une somme de 35 livres dûe par Christopher Purcell. Le 6 juin il a vendu à Charles Morrison marchand de Berthier le lot N°12 du 7ème rang.

Le 17 décembre Charles Morrison marchand de Berthier et procureur de Marie Suzanne Voyer veuve de William Vandenvelden et de son fils William tous deux seigneurs de la Seigneurie du Township de Kildare a concédé à titre de rente perpétuelle non rachetable à Jean-Baptiste et Pierre Bouin de Ste-Elisabeth une partie du lot N°5 du 5ème rang.

Le 3 août 1829 Thomas Byrn(?) de Kildare a cédé à Joseph Borniche de St-Barthélémy la moitié du lot N°4 du 8ème rang.

Le 23 août 1830 Pierre Paul Tarrieux de Lanaudière seigneur de Lavaltrie avait obtenu par un ordre du Conseil du 3 mai 1823 le lot N°1 du 5ème rang mais Jacques Enouille dit Lanois de l’Isle du Pas prétendrait à la moitié de ce lot pour les améliorations qu’il y avait déjà fait; ils ont conclu un compromis. Le 25 octobre Louis Robillard et François Désislets fils de Kildare ont cédé à Benjamin Abott cultivateur de St-Paul leurs droits sur le lot N°11 du 5ème rang du clergé protestant.

Le 17 novembre 1831 Suzanne Voyer veuve de William Vandenvelden et son fils William avocat de Québec seigneurs de la Seigneurie du township de Kildare ont concédé à Bazile Carpentier de Ste-Elisabeth le lot N°12 du 4ème rang. Le 22 septembre 1832 ils ont vendu à Louis Marie Raphaël Barbier médecin de Berthier les lots N°1, 2, 4, 5, 6, 8, 9, 11, 12 et 13 du 4ème rang et les lots N°2, 3, 5, 6, 7, 9, 10, 12 et 13 du 5ème rang, les lots N°1, 3, 4, 5, 7, 8, 10, 11 et 12 du 6ème rang et le lot N°1 du 7ème rang.

Le 8 octobre 1833 John McConvill instituteur à Berthier a vendu à Nathaniel et Alexander Barber de Kildare le lot N°8 du 8ème rang. Le 25 novembre 1833 James Dixon a transféré à John et Benjamin Dixon de Kildare le lot N°10 du 9ème rang.

La famille de Lanaudière a conservé la propriété de nombreux lots du canton de Kildare qui lui rapportaient des rentes foncières. Cette propriété a été divisée lors des héritages successifs mais par exemple en 1857 Charles H. Panneton l’agent de Charlotte DeLanaudière veuve de Barthélémy Joliette collectait toujours les cens, rentes, ventes, lods et rentes foncières pour des lots du township de Kildare, il recevait une quittance chaque année. Le 18 décembre 1878 Louis Arthur McConville a été nommé en justice comme curateur de la succession vacante de Barthélémy Joliette, il en a perçu les revenus jusqu’à son décès le 9 mai 1882 sans avoir rendu de comptes sauf un livre récapitulant le versement des rentes foncières dans le township de Kildare pour un montant de $624.52. Ces rentes foncières provenaient des lots N°7 du 1er rang, 4 et 11 dans le 2ème rang, 2 dans le 3ème. Les lots avaient été subdivisés et la liste des rentes est détaillée: 3 minots de bled froment et 7 francs en argent par Régis Riendeau père sur le N°22 du 7ème lot du 1er rang, etc. Il y avait 18 censitaires en tout pour 48 minots et 115 francs par année.

Lire: La succession de Barthélémy Joliette

Carte de Joseph Bouchette fils – 1821

La première carte un peu précise du canton de Kildare a été dessinée par Joseph Bouchette fils en 1821. Elle représente les cantons de Rawdon et de Kildare.

Plan of the Township of Rawdon and Kildare - Joseph Bouchette fils 1821
Plan of the Township of Kildare (détail) – J. Bouchette 1821 (BANQ)

La ville de Joliette n’existait pas, la paroisse dans la seigneurie de Lavaltrie au sud est Saint-Paul. Dans Kildare le chemin menant à la seigneurie de M. Panet est tracé dans les lots 12 des rangs 1 à 5 tel que décrit dans le carnet d’arpentage. Dans les rangs 5 et 6 il y avait des canadian settlements, c’est là que le village de St-Ambroise s’est développé.

À l’est du 8ème rang le lot 11 a été réservé pour le clergé (Glèbe), les lots 12 et 13 pour la création d’un village. Ce site se trouve un peu avant le pied de la montagne en allant à Ste-Béatrix. Le major Colclough aurait voulu y fonder un village pour les militaires retraités.

Le village et la Glèbe
Le village et la Glèbe

Village of Kildare

Le major Beauchamp Colclough voulait fonder un village près de ses lots et son plan a été adopté par le gouvernement avant 1832, sans doute dans les années 1820. J. Bouchette a dessiné un plan du village et de ses rues et bâtiments publics que je n’ai pas retrouvé. Quelques maisons ont été construites dans ce village puis le projet a périclité quand le major a été démis de ses fonctions. En 1844 le projet a été relancé et un nouveau plan a été tracé par James Dingman en 1845 conservé par la BANQ. Le site du village et son chemin ont été définitivement abandonnés en 1860.

Plan of the village of Kildare - James Dingman 1845
Plan of the village of Kildare – James Dingman 1845

Le greffe de l’Arpenteur Général du Québec a numérisé une liste des habitants du village.

Avis public – Les personnes susnommées dans la liste annexée, sont requises de lever leurs Patentes de Terres, dent les formules sont dans ce bureau.

Gazette de Québec, 1 octobre 1835

Le 4 avril 1843 Joseph Régeaze dit Laprade et Aurélie Barthe dite Belleville ont vendu un terrain partie des lots 12 et 13 du 8ème rang devant faire partie du village de Kildare projeté par le gouvernement; les voisins étaient Hugh et Patrick Daly, Jean-Baptiste Adam, James Dixon et Edouard Laprade.

L’aurore des Canadas, 12 décembre 1844

Don – Son Excellence a accordé £10 pour contribuer à l’érection d’une église au township de Kildare (L’aurore des Canadas, 5 décembre 1844). Le journal ne précise pas si c’est pour une église catholique ou protestante.

En 1843 l’évêque anglican avait fait la visite de son diocèse en passant par Kildare et Rawdon. Il avait assisté à la messe dans la chapelle érigée dans le rang de Kildare.

The protestants are poor and unhappily divided into sects. Les protestants sont pauvres et malheureusement divisés en sectes.

Un plan dessiné par l’arpenteur Joseph Bouchette en 1858 situe un hameau près de la rivière Blanche nommé Dixon’s corner.

Joseph Bouchette - 1858 (détail)
Joseph Bouchette – 1858 (détail)

Le 2 mars 1827 Thomas Dixon avait fait une cession gratuite à l’Institution Royale de Québec représentée par le révérend John Campbell Driscoll demeurant à Rivière du Loup d’une partie du lot N°10 dans le 8ème rang de Kildare contenant 1 arpent sur 1 arpent avec une maison de 24 pieds pour l’usage de l’Institution, c’est-à-dire pour y établir une école élémentaire.

En 1848 une église protestante a été construite sur le terrain de M. Dixon dans le rang Kildare avec un cimetière. Le cimetière existe encore mais l’église St-John a été déménagée en 1957 et elle se trouve maintenant dans le quartier Masonville de Rawdon.

L’action populaire, 10 février 1965
Eglise St-John de Kildare – Histoire de Rawdon

De nombreuses transactions pour les lots du village du 8ème rang ont été conclues de 1847 à 1850. Le 13 juillet 1847 Christopher Purcell commerçant a vendu à Charles Guilbault de Ste-Mélanie un emplacement dans le 2ème rang du village de Kildare; le 11 octobre Prosper Brissette et al. à Benjamin Geoffroy cultivateur un emplacement dans le 8ème rang connu comme le No1 dans le 1er rang du village. Le 29 octobre 1849 Joseph Dubeau et Marie-Claire Geoffroy ont vendu à James Dixon cultivateur les lots 9 et 10 dans le 5ème rang du village situé dans le 8ème rang de Kildare. Le 18 septembre 1850 George Dixon a vendu à John Dixon son frère un terrain du lot 9 du 8ème rang avec réserve d’un terrain qu’il avait cédé à l’évêque anglican. Le même jour il a vendu à Benjamin Dixon son frère un terrain dans le lot 11 du 9ème rang et John Dixon a vendu à Benjamin une partie du lot 9 du 9ème rang.

En 1865 la Church Society of the Diocese of Montreal a vendu à Margaret Maklam veuve du marchand de Joliette James Stansfeld la terre qu’elle possédait à Kildare, la Glebe.

La tournée d’inspection de Joseph Bouchette en 1824

En 1824 Joseph Bouchette a fait une inspection officielle des nouveaux établissements du Bas-Canada selon les instructions du gouverneur Dalhousie.

General report of an official tour through the new settlements of the province of Lower-Canada : performed in the summer of 1824, in obedience to the commands and instructions of His Excellency George, Earl of Dalhousie, G.C.B., captain general and governor in chief of British North-America, &c. &c. &c. / by Joseph Bouchette.

Les établissements des canadiens français sur les rangs 1, 2 et 6 semblent déjà prospères, les habitants sont heureux. Par contre certains lots du clergé et de la couronne sont occupés illégalement. Le village de Kildare est en construction avec une belle route et des ponts pour y mener.

Les statistiques publiées en annexe montrent que le canton de Kildare était plus développé que celui de Rawdon en 1824. À Rawdon 18.000 acres étaient louées à des militaires, 4.700 dans Kildare. Les habitants du vieux Kildare étaient des canadiens, ceux des nouveaux établissements des émigrants irlandais.

J. Bouchette décrit aussi les moulins du village de L’Industrie qui venaient d’être construits en 1823. La ville de Joliette allait bientôt devenir le centre régional et le village de Kildare a été abandonné. Situé entre Rawdon, St-Gabriel-de-Brandon et Berthier le major Colclough aurait voulu en faire le centre anglophone des cantons du nord de Montréal. Mais les émigrants irlandais catholiques se sont mélangés aux canadiens-français alors que plusieurs anglophones ont préféré partir ailleurs, la population est devenue de plus en plus francophone et c’est plutôt Rawdon qui est devenu ce centre régional.

La chapelle de Saint-Ambroise de Kildare

Le 25 janvier 1831 les tenanciers du township de Kildare ont notarié un accord pour l’érection d’une chapelle dans le 6ème rang. Le 27 mai un marché a été conclu entre Joseph Généreux maître menuisier de St-Cuthbert et François-Xavier Brissette de Ste-Elisabeth pour faire la menuiserie d’une chapelle et sacristie à Kildare selon le devis d’un marché conclu le même jour par les syndics élus pour sa construction; le devis est détaillé dans ce contrat:

Saint-Ambroise-de-Kildare sur Wikipedia

Sur la page Wikipedia de Saint-Ambroise il n’y a aucune information, la section Histoire est vide. Sur Wikipedia en français! Parce qu’en anglais on trouve quelques informations intéressantes, il y a encore des anglophones de Kildare attachés à leur histoire.

St-Ambroise de Kildare, histoire en anglais

Les émigrants protestants avaient bâti une école, une chapelle et un cimetière. Le village s’est appelé Saint-Jacques puis Saint-Philippe puis Saint-Ambroise pour qui les catholiques et les protestants avaient une dévotion commune.

L’attribution des lots du canton de Kildare (Archives du Canada)

Les archives du Canada ont publié la liste officielle de l’attribution des lots dans le canton de Kildare érigé le 24 juin 1803. Les 6 premiers rangs ont été attribués le même jour, 1.200 acres à P. P. Marganne De la Valtrie et le reste à des prête-noms. Le nom de William Vondenvelden n’apparaît pas. À la même date Hannah Mendenball et Daniel Pastorius ont reçu des lots dans le 11ème rang.

Les octrois de lots n’ont recommencé qu’en 1823 dans les rangs 10, 11 et 12 à Sarah Pastorius et John T. Boyle. On trouve ensuite le nom de Pierre de Boucherville puis ceux de Beauchamp et Guy C. Colclough, etc.

Les rentes foncières du township de Kildare

Lors de l’abolition du régime seigneurial en 1854 le statut des rangs de Kildare que les seigneurs de Lavaltrie avaient concédé en censive comme des terres seigneuriales a posé problème et a été discuté à la chambre d’assemblée.

Le pays, 21 avril 1855

La partie sud du canton de Kildare avait été administrée d’une façon très exceptionnelle, comme si il s’agissait d’une seigneurie. Les propriétaires des lots concédés avaient refusé de les acquérir en pleine propriété en franc et commun soccage, ils avaient préféré payer une rente perpétuelle aux seigneurs de Lavaltrie qui en étaient propriétaires.

Par la suite ces rentes ont été vendues et revendues. En 1902 Euclide Riendeau cultivateur de Saint-Charles-Borromée a transporté à Onésime Jetté cultivateur de Joliette des rentes foncières non rachetables payables en blé et en argent payables le 1er mars et le 11 novembre de chaque année consistant en 2 pintes de blé froment, sec, net, loyal et marchand mesure de Paris et 2 sols argent tournois. Certaines consistaient en 3 minots de blé et 7 francs en argent, d’autres plus ou moins. 22 rentes sont décrites en détail.

E. Riendeau avait acquis ces rentes de Bernard-Henri Leprohon qui les avait reçues en héritage de Peter-Charles Loedel et sa femme Marie-Antoinette de Lanaudière qui les avait reçues lors du partage de la seigneurie de Lavaltrie en 1853. Le transport a été fait pour la somme de 1.666 piastres et 67 centins.

Le système seigneurial avait été aboli en 1854 mais les rentes n’avaient pas toutes été rachetées.

Carte du Québec

1 réflexion au sujet de “La création du canton de Kildare de 1792 à 1830”

  1. Bonjour, je viens de découvrir votre extraordinaire site parce que je souhaite remonter jusqu’au carte des années 1800 de mon lot de terrain.

    J’habite Saint-Charles Borromée. (10 Clarence-Gagnon).

    Je souhaite retrouver tous les lits et concessions de mes lots de terrain depuis son origine.

    Seriez vous en mesure de m’aider?

    Merci
    Annie

    Répondre

Commentez cet article