L’Amérique défaite

Écrit en 2013 par George Packer après la réélection d’Obama ce livre décrit un pays subissant la politique néolibérale depuis les années Reagan et qui se décompose peu à peu. L’illusion a duré quelques années nourrie de bulles financières de plus en plus graves, Wall Street a écumé toute la richesse de la nation et transféré l’industrie ailleurs, les quelques riches sont toujours plus riches, les autres essaient de survivre.

Portraits intimes d’une nation en crise

On pourrait dire ils l’ont voulu, ils l’ont eu!

Depuis la révolution Reagan les américains imposent au monde entier leur vision néolibérale de la société, abolir toute régulation, et pour nous prouver qu’ils ont raison ils l’ont appliqué à leur propre pays. L’Amérique défaite raconte le désastre que c’est pour la grande majorité de la population et comment une grande partie des États-Unis est complètement déstabilisée. Les élites étaient supposément surprises de la victoire de Donald Trump pourtant la sonnette d’alarme sonne très fort depuis un bout de temps déjà.

Les années 70

En 1973 le premier choc pétrolier a été la fin du rêve américain. Depuis 30 ans l’Amérique vivait des années de prospérité jamais connues dans l’histoire du monde avec une classe moyenne prospère et entreprenante. Avec la crise de l’énergie le monde est entré en crise et les économistes ont cherché des solutions. La solution la plus sage aurait été d’en profiter pour passer à une nouvelle économie verte planifiée pour sauver l’Amérique et le monde. Mais le socialisme a mauvaise presse en Amérique. Les néoconservateurs eux prétendaient qu’en libéralisant totalement l’économie et en supprimant les services sociaux qui encouragent les fainéants on relancerait la dynamique du pays.

La gouverne néolibérale

En position de force dans le monde l’Amérique a pu poursuivre son idéal matérialiste en imposant sa nouvelle loi. La finance est devenue le nouveau paradigme, toutes les régulations sur les banques et les produits financiers adoptées au cours du siècle pour contrôler les abus et les dérapages ont été abolies, par les républicains d’abord puis par les démocrates de Clinton obligés de se plier à Wall Street. Avec le libre-échange les usines de l’Amérique ont périclité puis ont été délocalisées. Les emplois industriels ont disparu, les villes se sont vidées, les Wall-Mart ont obligé tous les petits commerces à fermer, la campagne est devenue un désert où il faut rouler des heures pour trouver une épicerie et des produits frais, les associations animées par la classe moyenne locale se sont effondrées. Comment résister à un univers médiatique toujours plus vulgaire et vide de sens.

Pendant ce temps la finance et l’informatique atteignaient des sommets vertigineux, créant l’illusion de la prospérité. Pour continuer à vivre The american way of life tout le monde s’est mis à miser sur son capital, sa maison, et les banques avec la complicité des autorités ont encouragé une gigantesque bulle immobilière. Comme le prix des maisons montait toujours plus on pouvait emprunter pour payer ses factures. Les génies de Wall Street ont inventé les dérivés financiers qui permettent de transférer le risque. On pouvait alors prêter à n’importe qui puisqu’on n’assumait plus le risque. Dans le livre l’auteur explique longuement le procédé, un prête-nom qui trouve une vieille baraque pourrie, l’achète quelques milliers de dollars et la revend aussitôt à une institution complice pour une grosse somme. L’institution transfère ensuite le risque sous forme de dérivés de plus en plus complexes. Il y a eu tellement de transactions douteuses qu’on a inventé le terme de robo-signing. Une énorme pyramide de Ponzi s’est mis en place et le jour où le marché a commencé à baisser c’était la panique. Des milliers de petits investisseurs avides se sont fait piéger et ont tout perdu. Les banques ont perdu des milliers de milliards mais elles étaient trop grosses pour tomber et le président Obama les a sauvées.

En 2007 un an avant la crise John Paulson est devenu célèbre en faisant 4 milliards de profit personnel. Il fera encore mieux en 2010 après la crise, 4,9 milliards, un vrai génie ! Mais tous ces milliards il faut bien qu’ils viennent de quelque part, que quelqu’un paie la note au final.

La désillusion

On a du mal a réaliser de l’extérieur à quel point l’Amérique a été traumatisée par ces années de néolibéralisme. La Californie a été la première à goûter à cette médecine avec Reagan. La prospérité existe, il y a des très riches, la Silicon Valley, Holywood. Il y a aussi les travailleurs illégaux tolérés et exploités pour garder les salaires au plus bas. Il y a eu une crise de l’énergie, le système scolaire public est naufragé, les services sociaux sont assurés par des mécènes et des fondations, les pauvres doivent être polis et ne pas contester. Pour étudier dans une bonne école et avoir une chance dans la vie il faut habiter dans un quartier riche.

Obama après 8 ans au pouvoir

La crise de l’immobilier et sa conclusion ont sans doute réveillé beaucoup de gens. Tous ces banquiers qui nous disaient que le Marché était neutre et impartial, on a bien vu que les dés étaient pipés. Les petits ont tout perdu, les gros ont fait des milliards de profit et quand les choses ont mal tourné ils ont été sauvés par les impôts des contribuables qui se faisaient doublement arnaquer. Alors que beaucoup avaient foi en la révolution Obama, sa première décision fut de s’incliner totalement devant Wall Street, cédant à toutes les conditions. On a bien vu ensuite que la révolution n’est pas venue et que le busyness a continué comme avant. Même le président des États-Unis ne peut plus contrôler la finance internationale. Il a essayé sans doute de gouverner de son mieux mais la dérive ne s’est pas arrêtée, certains bien sûr continuent à prospérer mais la vaste majorité est très frustrée et assiste impuissante à la décadence de leur pays.

Quoi faire

L’auteur semble très découragé à la fin de son ouvrage. Il faudrait une révolution des mentalités pour renverser les mythes qui les gouvernent. L’avidité, le matérialisme, l’individualisme peuvent être des qualités mais la vie en société doit être régulée pour le bien de tous. Les américains sont pour l’instant allergiques à toute forme de socialisme mais ils devront changer d’avis quand ils toucheront le fond du tonneau. Le monde entier attend le réveil de l’Amérique, espérons qu’il ne se fera pas trop tard. 2016 est plutôt un nouveau pas vers le gouffre avec l’élection de Donald Trump, il faudra vraiment qu’on aille jusqu’au fond en espérant pouvoir remonter après.

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